Chapitre 421
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Des membres de goules noircis et ratatinés jonchaient la plaine enneigée, éparpillés autour des os jaunis de squelettes. À cette sinistre vision, tous les muscles de Maxi se tendirent.
Après avoir soigneusement évité les restes des morts-vivants, Anette demanda à voix basse : « Cet endroit fera l’affaire ? »
Maxi secoua la tête. « Activer les golems ici… fragiliserait les fondations du mur. Il faut nous éloigner davantage de la ville. »
Anette jeta un regard à la colline grouillante de monstres, soupira et reprit péniblement sa marche. Pendant un moment, on n’entendit que le crissement de la neige sous leurs pas et la plainte lugubre du vent. Bientôt, elles se retrouvèrent à une centaine de kevettes à peine de l’armée monstrueuse.
Maxi regarda derrière elle pour évaluer le chemin parcouru, puis reporta son attention sur les monstres campés devant la barrière. La longue rangée à la tête de l’armée des morts-vivants semblait composée d’ogres géants et de cyclopes ressuscités. Dans la lumière bleutée de l’aube, leurs os noueux étaient cendrés, et les orbites de leurs crânes gigantesques luisaient d’un rouge inquiétant.
Après avoir jeté un regard craintif à leurs masses de fer noirci, Maxi se tourna vers Anette. « J-je crois que nous sommes assez loin. Tu peux installer ton golem ici. »
« Et le tien ? »
« Je vais placer le mien là -bas », répondit Maxi en montrant le nord-est.
Anette haussa les épaules et sortit la figurine de golem de son sac. Maxi laissa Gabel et deux de ses hommes avec Anette, puis s’éloigna encore de cent cinquante kevettes. Il était essentiel de garder leurs golems à distance l’un de l’autre pour éviter que leurs magies n’entrent en conflit. fre(e)webnovel.com
En plissant les yeux, Maxi évalua la distance et sortit une pelle de son sac à dos. Au moment où elle allait attaquer le sol gelé, Garrow intervint et lui prit la pelle des mains.
« Permettez-moi, ma dame. »
Sans attendre de réponse, il se mit à creuser. Maxi le regarda avec anxiété jusqu’à ce que le trou soit assez profond.
« Ça devrait aller », dit-elle.
Garrow planta la pelle dans le sol, non loin de là , tandis que Maxi sortait la figurine de golem de son sac. À genoux près du trou, elle déballa la figurine et la déposa dans la fosse de deux kevettes.
Elle fit signe aux chevaliers. « Veuillez reboucher le trou. »
Les chevaliers s’exécutèrent aussitôt et recouvrirent rapidement le trou. Quand le sol fut de nouveau plat, Maxi se piqua l’auriculaire avec un petit couteau. Le froid devait lui avoir engourdi la main, car elle sentit à peine la douleur.
Elle fit perler quelques gouttes de sang, les laissa tomber sur le sol et insuffla sa mana dans la terre. Un réseau lumineux de lignes rouges se déploya sur la surface gelée. L’espoir emplit ses yeux. Ces puissants géants protégeraient désormais la ville des monstres maléfiques.
Pourtant, elle eut beau attendre, le miracle ne se produisit pas.
« C’est fait ? » demanda Garrow, une pointe d’inquiétude dans la voix.
Essayant de cacher son embarras, Maxi jeta un regard vers Anette. Son amie semblait tout aussi déconcertée.
Anette accourut, le visage tendu par l’anxiété. « Qu’est-ce qui se passe ? »
« J-je n’en suis pas sûre moi-même. Si nous avons tout calculé correctement… »
Maxi regarda autour d’elle, perplexe. La terre était désespérément immobile.
« L-le déséquilibre de mana a peut-être perturbé la magie », conclut-elle avec abattement.
« Alors… notre plan a échoué ? »
Le visage de Maxi s’empourpra, partagée entre honte et frustration. Elle lutta contre l’envie de pleurer, comprenant que leur dernier espoir de protéger la ville venait peut-être de s’effondrer.
Retenant ses larmes, elle dit d’une voix tremblante : « Nous devrions retourner en ville et… chercher une autre solution… »
À cet instant précis, Garrow la poussa de côté. Elle atterrit dans la neige et leva vers lui un regard stupéfait. Ses yeux s’écarquillèrent davantage lorsqu’elle aperçut la pointe de glace qui transperçait l’endroit exact où elle se tenait. Une sueur glacée lui couvrit le dos. Les réflexes fulgurants de Garrow lui avaient évité le sort d’un poisson embroché par un harpon.
Garrow dégaina son épée et beugla : « Dressez un bouclier ! »
D’autres pointes de glace s’abattirent sur eux. Maxi réagit aussitôt et leur épargna d’être criblés de trous. Mais son bouclier ne pouvait pas les protéger des attaques venant droit devant.
Maxi poussa un cri et se plia en deux sous la douleur. Les chevaliers avaient dévié la plupart des projectiles avec leurs épées, mais quelques pointes s’étaient fichées dans son épaule et sa cuisse.
« Ma dame ! »
Garrow se précipita pour la soutenir, quand une ombre noire chargea dans leur direction. Il la tira derrière lui et abattit son épée. Un fracas métallique assourdissant retentit à travers la plaine.
Maxi arracha de sa chair les pointes de glace qui s’y étaient enfoncées, puis promena son regard sur la quinzaine d’assaillants qui les encerclaient. Sous leurs capuchons, elle distingua des têtes de serpents aux écailles noires.
Comment avaient-ils réussi à franchir le bouclier ?
Après avoir regardé autour d’elle, perplexe, Maxi reporta brusquement son regard devant elle. À son grand effroi, le bouclier s’était affaibli, laissant les monstres s’engouffrer dans la brèche.
« Bon sang ! » jura Gabel entre ses dents.
Il pivota et lança une aura de lame sur les monstres qui leur barraient la route, les dispersant. Profitant de ce bref répit, les chevaliers s’enfuirent en entraînant Maxi et Anette. Les monstres se lancèrent bientôt à leur poursuite.
Autour d’elle, Maxi vit des étincelles jaillir et entendit l’acier s’entrechoquer. Elle ne parvenait pas à comprendre ce qui se passait, mais les chevaliers repoussaient désespérément l’assaut des monstres.
En proie à une panique grandissante, elle fut soudain prise de vertiges. Baissant les yeux, elle remarqua que du sang coulait de son bras droit. Elle pressa sa main indemne contre son épaule et sentit le tissu imbibé de sang. Elle se dit qu’elle avait peut-être même des os brisés, mais, étrangement, ne ressentait aucune douleur. Était-ce donc un cauchemar ?
Hébétée, elle continuait d’avancer lorsqu’un choc violent fit trembler le sol. Maxi trébucha et s’effondra dans la neige.
Relevant brusquement la tête, elle vit un géant mort-vivant se rapprocher. L’horrible squelette colossal brandissait un marteau qui devait peser au moins dix rants (environ 350 kilogrammes).
Tout à coup, un pilier de terre, haut comme une tour, jaillit du sol. Maxi retint son souffle tandis qu’il s’élevait vers le ciel, puis basculait en avant et réduisait en miettes le géant de trente kevettes.
Au milieu des décombres, Maxi tourna les yeux vers Anette. L’expression stupéfaite de son amie confirma qu’elle n’avait pas lancé ce sort. Un mage sur les remparts les avait-il aidées en lançant un sort offensif à longue portée ?
Alors qu’elle regardait la ville, hébétée, le sol se mit à trembler sous leurs pieds. Maxi recula gauchement. Le pilier de terre, qui avait anéanti le géant mort-vivant en un clin d’œil, balaya le sol et extermina tous les monstres d’un seul coup.
Alors, elle comprit : le pilier était un bras.
Alors que l’énorme membre de terre et de roche s’agitait au-dessus du sol, Maxi s’écria : « R-reculez tous ! »
Les chevaliers s’écartaient déjà pour éviter le golem. La terre trembla tandis que sa tête et son corps rouge sombre, gigantesques, émergeaient du sol. Maxi en resta bouche bée : il était bien plus grand qu’ils ne l’avaient estimé.
« Incroyable… » murmura Garrow, incrédule.
De fait, le golem mesurait près de cent kevettes, peut-être même davantage.
Après l’avoir regardé vaciller jusqu’à atteindre toute sa hauteur, Maxi revint brusquement à elle. Voyant que les dragons étaient eux aussi distraits, elle tira Garrow par le bras.
« Nous devons fuir, maintenant ! »
Les chevaliers se mirent à courir. Maxi et Anette firent de leur mieux pour les suivre. Ses poumons semblaient sur le point d’éclater, mais elle n’osa pas s’arrêter pour reprendre son souffle.
Ignorant la douleur dans ses cuisses, elle se poussa jusqu’à ses limites. À l’approche des portes de la ville, elle se précipita à l’intérieur. Anette et les chevaliers la suivirent en trombe. Les soldats à l’entrée abaissèrent rapidement la herse.
À bout de souffle, étendue par terre, Maxi osa enfin regarder derrière elle ; le spectacle terrifiant lui donna un frisson d’horreur. Leurs poursuivants étaient en déroute. Le golem leva une jambe gigantesque et écrasa impitoyablement les monstres, comme s’ils n’étaient que des insectes.