Chapitre 420
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« Ne devrions-nous pas sortir ? » murmura Dean, anxieux.
Maxi se leva pour ouvrir les volets. Tout le long du rempart, les soldats tiraient des flèches enflammées à travers les créneaux. Bientôt, le ciel d’un noir de poix prit la couleur de la cendre, tandis que d’énormes rochers s’abattaient sur le bouclier vacillant, telles des comètes.
Maxi poussa un soupir de soulagement en voyant les rochers lancés par des monstres invisibles ricocher contre la barrière.
« O-on dirait… que le bouclier de maître Calto tient toujours. »
« Il devrait tenir jusqu’à midi. C’est du moins ce qu’a dit maître Calto », renchérit Anette en griffonnant des formules sur un morceau de parchemin. « Et une fois le bouclier tombé, les mages dresseront des barrières au-dessus des remparts. Nous n’avons qu’à nous soucier de fabriquer ce golem. »
Maxi se tourna vers son amie, le visage grave. « Ne vont-ils pas manquer de bras ? »
« Il faudra faire avec pour l’instant. Ce golem est notre priorité », répondit sèchement Anette. Elle prit une nouvelle feuille de parchemin et se remit au travail.
Maxi tenta de se concentrer sur la rune devant elle, mais les coups sourds qui retentissaient dehors, ainsi que sa curiosité, l’empêchaient de tenir en place. Était-il vraiment préférable de rester enfermée dans l’atelier ?
« J’ai terminé ma partie. »
Alec, qui venait de finir rapidement la conception du cœur du golem, tendit la main pour recevoir une nouvelle tâche.
Arrachée à ses pensées, Maxi balaya rapidement le bureau du regard. Se rendant compte qu’ils avaient achevé toutes les formules qu’elle leur avait confiées, elle s’empressa de terminer celle sur laquelle elle travaillait.
« D-donnez-moi un instant, je vous prie. J’ai presque fini celle-ci. »
« Prenez votre temps. Nous ne voudrions pas que vous commettiez une erreur en vous pressant. »
« Je vous assure qu’il n’y en a aucune. »
Après avoir vérifié rapidement les symboles complexes, Maxi enroula le parchemin et le tendit à Alec. Puis, elle prit une nouvelle feuille et commença à tracer la formule du circuit intérieur du golem. Elle ne pouvait pas se laisser distraire. Il était essentiel qu’elle achève la rune au plus vite.
Tandis que les bruits de la guerre résonnaient au-dehors, Maxi gravait frénétiquement des symboles anciens sur le grand parchemin. Après ce qui lui sembla une éternité, une corne retentit au loin. C’était un signal militaire. Un long coup annonçait la présence de l’ennemi, deux coups brefs donnaient l’ordre d’attaquer, et un long suivi de deux brefs commandait de s’arrêter.
La corne retentit trois fois. Un silence inquiétant recouvrit la ville. Un instant, Maxi s’accrocha à l’espoir vain que les monstres avaient renoncé à Vesmore. Mais l’appel à se réorganiser fit voler cet espoir en éclats, et le fracas de la bataille reprit.
Maxi se concentra sur son travail, tâchant de chasser sa déception. Même si les monstres partaient maintenant, ce ne serait qu’un bref répit. Les morts-vivants s’en prendraient inévitablement à une autre ville, rendant inutile la barrière autour des monts Lexos. Et sans le Sanctuaire invoqué, le dragon retrouverait rapidement ses pouvoirs. Cette pensée la frappa de plein fouet.
Les effectifs de l’expédition actuelle ne représentaient que la moitié de ceux de l’ancienne, six ans plus tôt. Ils peinaient déjà à lutter contre les draconiens capables d’user d’une magie puissante. Ils n’auraient aucune chance si le dragon retrouvait sa pleine puissance dès maintenant.
Animée d’une détermination nouvelle, Maxi pensa à Riftan. Pour lui, ils devaient vaincre l’armée des monstres. Elle ne voulait pas que son époux ait à subir davantage d’épreuves, alors qu’il menait déjà son propre combat acharné.
Elle noircit formule après formule jusqu’à en avoir les yeux rougis. Pendant qu’elle travaillait, deux jeunes mages entrèrent dans l’atelier. Ils étaient apparemment venus prêter main-forte sur ordre de Calto.
Maxi leur demanda de rassembler les composants nécessaires à l’appareil magique — dalles de pierre, pierres magiques et divers outils — et de recopier les schémas préparés par Anette. Elle comptait fabriquer plusieurs golems à la fois en se servant de ces copies.
Au bout d’un temps qui lui parut interminable, Anette se frotta les yeux fatigués et tapota l’épaule de Maxi. « Tu devrais faire une petite sieste. Je peux m’occuper d’ici. »freewebnove(l).com
Maxi leva les yeux et se rendit compte que la nuit était de nouveau tombée. Elle travaillait depuis l’aube, presque vingt heures d’affilée.
« Regarde-moi cette écriture. C’est illisible », dit Anette en claquant la langue devant les formules à peine déchiffrables de Maxi. « Repose-toi un peu, tu travailleras avec les idées plus claires. »
Maxi retint un soupir et se leva. Elle doutait de réussir à s’endormir, mais sa tête était terriblement embrumée et elle savait qu’elle avait perdu sa concentration. Après avoir avalé un peu de bouillie apportée par les sentinelles, elle s’allongea dans un coin, en espérant trouver le sommeil.
Le siège se poursuivit pendant des jours. Les soldats s’épuisaient, tandis que l’armée des morts-vivants répétait ses attaques et ses retraites autour de la ville. Maxi comprit que les monstres cherchaient à entamer peu à peu les défenses de Vesmore. Les affrontements sporadiques contraignaient la coalition à garder les remparts sans relâche, ce qui épuisait les soldats et multipliait les blessés.
Les mages peinant à cause de leur manque de mana, l’infirmerie manquait de guérisseurs. Lorsque le nombre de victimes atteignit quatre-vingts en quelques jours, même les officiers supérieurs se mirent à presser Maxi.
« Les appareils magiques ne tiendront que jusqu’à demain. Si les golems ne sont pas prêts, nous devrons utiliser les pierres magiques pour les alimenter », annonça la princesse Agnes en entrant à grands pas dans l’atelier.
Maxi, qui gravait une rune sur un morceau d’obsidienne de la taille de sa paume, leva les yeux, embarrassée.
La princesse de Dristan, qui était entrée derrière Agnes, prit la parole à son tour. « Je savais que compter sur une magie qui n’a pas fait ses preuves était une erreur. Nous devrions cesser de perdre notre temps et renforcer les appareils magiques. »
« N-nous avons presque terminé », balbutia Maxi. « Les golems devraient être prêts au matin. Je vous en prie, accordez-nous encore un peu de temps. »
Elle entendit le doute dans sa voix tremblante.
La princesse Lienna contempla d’un regard sceptique le désordre de pierres magiques, de dalles et de piles de parchemins qui couvrait le bureau. « Combien de golems aurons-nous demain ? »
« Q-quatre. »
La princesse eut un rire incrédule. « Vous comptez défendre la ville contre des milliers de monstres avec seulement quatre golems ? »
« N-nous en fabriquerons d’autres dès que nous aurons activé les premiers ! »
La princesse sembla prête à répliquer, mais se retint, jugeant peut-être le débat inutile. Elle tourna les talons et déclara : « Très bien. Nous attendrons demain. Si votre magie se révèle inutile, nous prendrons les pierres magiques restantes pour les appareils. »
Après avoir lancé un regard noir à cette femme suffisante, puis l’avoir regardée descendre l’escalier avec incrédulité, Maxi se tourna vers la princesse Agnes.
Agnes lui adressa un regard désolé. « Je suis navrée de vous presser ainsi, mais le moral des soldats s’effondre. Si nous perdons les barrières, la plupart des hommes cesseront de se battre et la ville tombera en quelques minutes. Nous avons besoin de ces golems. »
Prête à défendre son travail, Maxi remarqua le visage épuisé d’Agnes. Tout le monde gardait les remparts depuis des jours sans pouvoir se reposer convenablement. Il était naturel qu’ils soient anxieux.
« Ne vous inquiétez pas, la rassura doucement Maxi. Ils seront prêts avant l’aube. »
Dès que la princesse Agnes eut quitté l’atelier, Maxi se remit aussitôt à la tâche. À l’aube, elle avait achevé quatre figurines de golem.
Elle s’enduisit les doigts douloureux et enflammés de pommade, puis contempla les figurines de la taille de sa paume. Même si elles étaient de sa propre main, elle avait du mal à croire que ces constructions rudimentaires puissent se changer en golems.
Et s’ils ne fonctionnaient pas comme prévu ? Et si les golems devenaient incontrôlables ? Mille craintes tournaient en boucle dans son esprit. Après avoir vérifié les figurines avec une minutie obsessionnelle, elle ferma les yeux très fort et enveloppa chacune d’elles dans un épais tissu de laine.
« Alec, Dean, placez les golems à l’extérieur de la porte ouest », ordonna-t-elle en leur en tendant un à chacun. « Anette et moi nous occuperons de la porte est. »
« V-vous voulez que nous sortions de la ville seuls ? »
« La cavalerie de Dristan a accepté de vous escorter, et maître Calto sera là aussi pour vous protéger. »
Après avoir échangé un regard terrorisé, les jumeaux partirent bientôt, le visage déterminé. Maxi et Anette leur souhaitèrent bonne chance, puis prirent à leur tour le chemin de la porte est.
À l’approche de celle-ci, elles tombèrent sur un groupe de soldats armés. Maxi se mit à courir vers eux, mais s’arrêta en entendant une dispute animée.
« Sir Riftan m’a chargé de protéger sa dame ! s’emporta Garrow contre Gabel. Pour quelle raison m’interdis-tu de prendre part à cette mission ? »
« Mes hommes et moi pouvons protéger sa dame ! Je veux que tu restes… »
« Je ne tolérerai pas ça ! Je n’ai pas protesté quand on m’a écarté de la Campagne du Dragon, mais cette fois, je refuse d’obéir ! » gronda Garrow, les épaules secouées par la colère.
Maxi se figea. Elle n’avait jamais vu le jeune chevalier aussi furieux.
Après s’être irrité en se grattant la nuque, Gabel changea de tactique et tenta de le convaincre. « Tu n’es pas encore prêt. Quand tu te seras habitué à ton champ de vision réduit… »
« Tu prétends que je ne suis pas fiable ? » rétorqua Garrow, le visage assombri. « Je peux encore me battre avec un seul œil. Rien de ce que tu diras ne m’empêchera d’escorter sa dame ! »
« Bon sang ! Être sous les ordres de cette personne t’a rendu encore plus têtu ! » cracha Gabel. Puis, dans un soupir résigné, il ajouta : « Très bien. Fais comme tu veux. »
Il tourna alors les talons, furieux. Lorsqu’il aperçut Maxi, plantée là, assez embarrassée, il s’élança vers elle.
« Ma dame, vous voilà. »
Maxi eut un rire nerveux. « C-cela fait longtemps, Sir Gabel. V-vous allez bien ? Vous n’êtes pas blessé, j’espère ? »
Gabel avait été posté sur le rempart nord, près de la basilique ; elle ne l’avait donc pas vu depuis un bon moment. Il lui adressa un doux sourire, comme pour dissiper la tension.
« Comme vous le voyez, je n’ai pas une égratignure. Avez-vous terminé tous vos préparatifs, ma dame ? »
« O-oui. »
« Parfait. Alors, ne perdons pas de temps. »
Les chevaliers firent aussitôt signe aux sentinelles postées au-dessus de la porte, et Maxi s’avança tandis que la herse se relevait. Le pont-levis s’abaissa lentement dans un grand cliquetis de chaînes. Les yeux tremblants, elle contempla les milliers de monstres campés de l’autre côté. Même à distance, elle croyait sentir leur souffle glacial.
« Vous êtes absolument certaine que les appareils magiques fonctionnent toujours ? » demanda Anette à voix basse.
Maxi s’efforça de parler calmement. « Ils devraient encore fonctionner quelques heures. »
Elle força ses jambes raides à avancer hors de la ville. Même si Garrow, Gabel et cinq de ses hommes les plus proches la protégeaient de tous côtés, elle était aussi terrifiée qu’un oisillon quittant pour la première fois la sécurité de son nid.
Comme s’il avait senti sa peur, Gabel lui dit doucement : « N’ayez pas peur, ma dame. Nous vous protégerons. »
Maxi ferma les yeux très fort et traversa le pont-levis jusqu’à la pente enneigée, jonchée de milliers de flèches.