Chapitre 418
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Désespérée, Maxi tenta d’évaluer la taille de l’armée des monstres. Les goules qui avaient franchi la barrière s’étaient changées en cendres, mais les rangs des squelettes demeuraient presque intacts. Des géants armés de masses de fer s’alignaient dans la plaine, tandis que des soldats squelettes portant des lances, des boucliers, des épées de glace et des haches couvraient la colline derrière eux.
« Préparez-vous au combat ! » lança la princesse Agnes.
Les soldats se reformèrent rapidement, armes à la main. Maxi se fraya un chemin parmi eux et demanda à Alec : « Avons-nous encore de l’huile incendiaire ? »
Le mage jeta un coup d’œil à travers une meurtrière, puis se tourna vers elle en secouant la tête. « Nous avons tout utilisé. Les mages d’Undaim en préparent d’autre, mais il faudra attendre une demi-journée avant qu’elle soit prête. »
Le regard de Maxi se posa sur le corps de garde adossé au rempart. Certains mages étaient apparemment restés dans l’atelier pour fabriquer de l’huile et préparer des élixirs pour les soldats. Elle observa la fumée blanche qui s’élevait de la cheminée, puis balaya des yeux les mages postés sur le chemin de ronde. Les mages les plus expérimentés semblaient prêts à poursuivre le combat, mais les autres devaient avoir épuisé leur mana.
« Ceux qui manquent de mana devraient aider à préparer l’huile. Cela pourrait accélérer les choses. »
« Et le mur ? » demanda Alec.
« Sans mana, ils ne seront de toute façon pas très utiles là-bas. Mieux vaut les envoyer préparer des élixirs à l’arrière », répondit fermement Maxi.
Elle envoya tous les mages de Nornui, à l’exception de cinq des plus expérimentés, au corps de garde. Elle chargea les autres de concentrer leurs barrières sur les brèches du bouclier. Puis, elle monta dans la tour de guet pour inspecter l’appareil magique. Il lui restait assez de mana pour tenir un jour de plus. Le problème, c’était le lendemain.
En redescendant, elle s’approcha d’Alec. « N-Nous devrions préparer des pierres magiques pour remplacer les pierres épuisées aussi vite que possible. Combien en avons-nous ? »
« Quatre sacs de pierres de qualité inférieure, mais moins de trente pierres de premier choix. »
Maxi se mordit la lèvre. Pour maintenir un vaste bouclier couvrant deux thradions, il fallait une pierre provenant d’un monstre de premier ordre, comme le basilic. Et avec quatorze appareils magiques chargés de protéger la ville, trente pierres ne dureraient qu’une semaine. Elle poussa un profond soupir.
« Nous devrions… commencer par celles-là. »
« Je reste ici. Va t’en occuper dans l’atelier », suggéra Alec. Il étudia son visage avant d’ajouter : « Tu dois manquer de mana après avoir défendu le mur toute la nuit. »
« J-Je vais bien. Et puis, tu travaillerais bien plus vite que… »
« Vas-y. Un mage épuisé ne fera que gêner. »
Entendre ses propres paroles retournées contre elle la fit soupirer de résignation. Elle se dirigea vers l’atelier des mages, dans le corps de garde. La chaleur des chaudrons bouillonnants, des herbes aromatiques et des huiles à l’odeur puissante alourdissait l’air de la pièce éclairée aux chandelles.
Maxi passa devant les mages occupés à surveiller les chaudrons et s’installa à un bureau au centre de la pièce. Elle sortit d’un coffre quelques pierres de basilic enveloppées dans du cuir, puis se mit à en retirer les impuretés à l’aide d’un ciseau bien aiguisé. Elle façonna ensuite les pierres purifiées avec un couteau à graver. Enfin, elle y traça des circuits de mana qui permettraient à celui-ci de s’écouler. Alors qu’elle était plongée dans son travail, un bruit assourdissant secoua soudain le bâtiment.
Maxi agrippa instinctivement la table. Elle n’était pas la seule à avoir sursauté : tout autour d’elle, les autres mages regardaient également autour d’eux, déconcertés.
« Ne me dites pas que la barrière a déjà cédé ! » s’exclama le jeune mage Caim, paniqué.
Un nouvel impact retentit et fit trembler les murs. Comprenant qu’un désastre était en train de se produire, Maxi se précipita hors du bâtiment juste à temps pour voir d’énormes rochers passer par-dessus les murs et s’écraser dans les faubourgs.
Maxi chancela en voyant l’un d’eux décrire un vaste arc dans le ciel avant de s’abattre sur le toit du bâtiment en face du corps de garde. Horrifiée, elle resta un instant pétrifiée, puis reprit ses esprits.
Il n’y avait pas une seconde à perdre. Elle gravit à toute vitesse l’escalier menant aux remparts. En haut, elle aperçut les géants qui lançaient des rochers depuis la colline, de leurs longs bras squelettiques. Leurs projectiles franchissaient la barrière haute de huit kevettes et s’écrasaient contre le mur extérieur. Maxi réagit aussitôt et invoqua un bouclier au-dessus de leurs têtes.
Elle réussit à protéger les archers, mais les engins de siège installés sur le chemin de ronde n’eurent pas cette chance. Les catapultes volèrent en éclats ; leurs bras basculèrent en arrière et écrasèrent les soldats qui tentaient de les charger. Les jambes de Maxi fléchirent devant cette scène atroce, mais elle parvint tant bien que mal à rester debout.
Retenant ses larmes, elle cria : « T-Tout le monde, sous le bouclier ! Vite ! »
La panique s’empara des soldats sur le mur. Ils se bousculèrent pour trouver refuge sous le bouclier. À mesure que le chaos s’intensifiait, Maxi fut plaquée contre le rempart, suffoquant sous la pression des corps en armure qui l’écrasaient. Elle avait beau essayer, impossible de les repousser.
Alors qu’elle luttait pour respirer, Garrow se fraya à coups de coudes un chemin parmi les hommes pour la rejoindre. Il repoussa brutalement les soldats en grondant : « Reprenez-vous ! Vous voulez donc écraser Lady Calypse à mort ?! »
Son regard féroce balaya les troupes. « Gardez vos positions ! Je jetterai moi-même du haut du mur quiconque osera rompre les rangs ! »
À cette menace, les soldats cessèrent enfin de se bousculer frénétiquement. Mais ils se recroquevillèrent de nouveau lorsqu’une autre pluie de rochers s’abattit sur eux.
« Tenez bon ! » rugit Garrow. « Si nous cédons, la ville tombera. Chargez les balistes ! Archers, visez les géants ! »
Les soldats se mirent aussitôt au garde-à-vous. Ayant repris ses esprits, Maxi étendit son bouclier autant que possible pour les protéger des rochers qui s’abattaient sur eux. En jetant des regards à droite et à gauche, elle vit les autres mages faire de même, à intervalles réguliers.
Pourtant, à dix mages seulement, ils ne pouvaient pas défendre tous les remparts de la ville. Les rochers fracassaient les créneaux et les tours du château. Les soldats pris sous le déluge étaient parfois projetés au bas des murs. Pour Maxi, c’était comme si elle était prise au piège d’un cauchemar.
Engourdie, elle rassembla le mana qu’il lui restait. Elle serait bientôt à bout, mais son bouclier devait tenir ; à la moindre défaillance, d’autres mourraient sous les assauts. Elle regarda au-delà du mur tandis qu’un froid l’envahissait, comme si elle avait perdu une grande quantité de sang. Les flèches abattaient les géants, mais ils se relevaient encore et encore pour reprendre leur attaque.
Nous allons perdre.
Au moment où Maxi ferma les yeux, résignée, des rayons argentés tourbillonnèrent autour des murs. Une barrière bleue et translucide enveloppa toute la ville. Un fracas retentit au-dessus d’elle et Maxi leva brusquement la tête. La barrière, tout juste apparue, déviait les rochers qui pleuvaient sur eux comme des comètes.
« Veuillez excuser mon retard. Cela faisait longtemps que je n’avais pas invoqué une barrière d’une telle ampleur ; l’opération m’a pris bien plus de temps que prévu. »
Maxi se tourna vers la voix et vit Calto Serbel gravir les marches, une canne d’ivoire à la main. Le vieil homme examina le rempart dévasté, les soldats épuisés et les visages blêmes des mages à bout de forces.
« Cette barrière tiendra un jour, annonça-t-il. Reposez-vous donc. Nous devons organiser notre défense. »
Sur ces mots, il se retourna et redescendit les marches. Maxi fixa son dos qui s’éloignait, stupéfaite, puis s’affaissa au sol. L’usage excessif de son mana lui donna le vertige un instant.
Garrow se hâta de l’aider à se relever. « Vous allez bien, madame ? »
« Je crois… avoir évité l’épuisement de mon mana », marmonna faiblement Maxi en se frottant les yeux douloureux.
« Vous avez tout de même besoin de repos. Vous n’avez pas l’air bien », dit Garrow en observant son teint blême.
Avant que Maxi ait pu protester, il la souleva et se mit en route. Troublée, elle allait lui demander de la reposer quand elle vit l’inquiétude sur le visage du jeune chevalier. Elle se détendit dans ses bras et se laissa porter. À vrai dire, après être restée éveillée trente heures et avoir presque épuisé son mana, elle n’avait plus la force de marcher.
Arrivé aux quartiers des mages, Garrow la déposa sur un lit recouvert de paille. « Attendez-moi ici un instant, je vous prie. Je vais vous apporter à manger et à boire. »
Maxi lui agrippa le bras. « C-Ce n’est pas la peine. J’ai juste besoin de dormir. »
« Vous devez manger pour reprendre des forces, madame. Je reviens tout de suite », insista Garrow avant de se diriger vers la réserve attenante aux quartiers.
Il revint bientôt avec du pain et du beurre. Elle mourait de soif, n’ayant rien bu depuis un jour et demi, mais n’avait aucun appétit. Elle avait l’impression que tous ses sens s’étaient émoussés.
Elle humecta ses lèvres desséchées avec du vin chaud et se força à avaler quelques bouchées. En regardant par la fenêtre, elle comprit qu’elle sentait encore les vibrations provoquées par le bombardement des monstres. Ils devaient toujours attaquer. Malgré tout, le bouclier créé par l’un des plus grands mages d’Urd était rassurant. Tant qu’il tiendrait, ils pourraient se reposer en paix.
Non, se corrigea Maxi. Même si le bouclier tombait, ils seraient encore assez forts pour défendre la ville. Rassurée par cette pensée, elle sombra dans le sommeil.
Lorsqu’elle se réveilla, la pièce était plongée dans l’obscurité. Un frisson lui parcourut l’échine et elle se redressa brusquement. La panique la saisit un instant : elle crut s’être relevée de sa tombe. Mais à la vue de la faible lueur, son angoisse s’apaisa.
Combien de temps ai-je dormi ?
Elle se leva, prit la lampe posée sur le rebord de la fenêtre et l’alluma avec sa magie. Alors qu’elle s’apprêtait à monter l’escalier menant au rempart, une main ferme lui saisit le bras.
« La barrière de Maître Calto tient toujours. Inutile de monter là-haut. »
« A-Anette. »
Soulagée de voir son amie, Maxi se mit aussitôt à la bombarder de questions.
« C-Comment ont été les pertes à l’ouest ? Sidina va bien ? Combien… »
« Tous les mages s’en sont sortis indemnes. Trois ont épuisé leur mana, mais ils ont presque récupéré. Et nous n’avons qu’une poignée de soldats blessés », répondit calmement Anette. Puis elle ajouta : « La plupart sont morts avant qu’on puisse faire quoi que ce soit. »
En rentrant les épaules, Maxi s’efforça de garder son calme. « Combien sont morts ? »
« Une trentaine. »
Maxi serra sa robe dans son poing. Vesmore étant encerclée, ils avaient dû diviser leurs forces pour défendre simultanément les côtés est et ouest. La perte de trente soldats était un coup terrible. Que pouvaient-ils faire, à présent ? Elle cherchait désespérément une solution quand Anette désigna l’escalier qui menait à l’atelier.
« Maître Calto a dit qu’il souhaitait te voir. Il est dans l’atelier. »
Maxi regarda son amie, perplexe. « Q-Qu’est-ce qu’il me veut ? »
« Aucune idée », répondit Anette en haussant les épaules.
Comme si elle n’avait plus rien à faire avec Maxi, Anette s’éloigna vers la cheminée et s’allongea sur l’un des lits. Maxi soupira et descendit. Dans l’atelier, Calto Serbel leva les yeux du parchemin qu’il étudiait devant le brasero.
« Enfin réveillée. »
Embarrassée, Maxi murmura : « J’ai… trop dormi ? »
« Ce n’était pas un reproche. Viens t’asseoir. » Calto posa la pile de parchemins sur ses genoux et poussa un léger soupir. « Je vais aller droit au but, car nous manquons de temps. Dans les circonstances actuelles, nos chances de défendre la ville avec succès sont minces. Si la situation perdure, Vesmore tombera dans quinze jours — et ce délai ne suffira guère à faire venir des renforts. »
Maxi blêmit.
« Nous n’avons qu’une seule solution », dit Calto avec calme.
« L-Laquelle ? »
« Te souviens-tu de cette rune ? » demanda-t-il en lui tendant les parchemins. freewebno(v)el
Maxi les prit et ouvrit de grands yeux à la vue du schéma familier.
« C’est ta rune de golem. »