Chapitre 413
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Chapitre 413 — 174
« Eh bien, oui, mais puisque Sektor est déjà de retour… » Dean s’interrompit, puis poursuivit dans un soupir : « Je suppose qu’on nous enrôlera dans la campagne militaire. Ça ne nous dérange pas. Nous nous étions préparés à cette éventualité en quittant Nornui, mais… j’avoue que j’espérais une bonne nouvelle. »
Maxi regarda les jumeaux. Visiblement mal à l’aise devant la foule curieuse, les garçons Umri jetaient des coups d’œil nerveux autour d’eux, leurs chapeaux rabattus sur le front.
Au lieu d’attendre près de la porte qu’Anette et Sidina entrent dans la ville, comme elle l’aurait voulu, Maxi éloigna les garçons de la route encombrée. « Combien de mages… la Tour en a-t-elle dépêché au total ? »
« Cinquante-cinq, dont quatorze mages supérieurs d’Urd », répondit Alec en pressant le pas. « Et nous attendons vingt-quatre autres mages supérieurs, qui doivent nous rejoindre depuis différentes régions du continent. »
Maxi se tourna vers lui, stupéfaite. Les mages de rang inférieur, dont l’arsenal de sorts était limité, n’étaient pas difficiles à trouver, mais les Sept Royaumes comptaient moins de deux cents mages supérieurs capables de déployer une magie puissante. Il était rare que la Tour des Mages en dépêche près de quatre-vingts pour une seule cause. De plus, la Tour avait autorisé tant de mages d’Urd à quitter l’île, alors qu’ils connaissaient des sorts interdits.
« Je croyais… que les anciens se désintéressaient de tout ce qui se passait hors de l’île », marmonna Maxi, perplexe.
« C’est vrai pour la grande majorité des natifs de l’île. Les mages supérieurs ont refusé de participer à l’expédition sur le plateau de Pamela lorsque Maître Calto a accepté de coopérer avec l’Église ; c’est pourquoi la Tour a dû conférer en toute hâte le titre de mage à de nouveaux membres pour renforcer ses effectifs », expliqua Alec. « Mais ils ont tous changé d’avis en voyant les documents envoyés par l’expédition. Les archives du plateau de Pamela sont des trésors historiques dont n’importe quel mage se lècherait les babines. Ils se sont tous mis à insister pour que la Tour récupère le reste des documents. C’est à ce moment-là que les anciens ont entamé les négociations avec l’Église. »
« Et voilà pourquoi nous sommes là ! » s’exclama Dean en écartant les bras.
Maxi le dévisagea, bouche bée. « Vous voulez dire… que l’Église a accepté de remettre toutes les archives en sa possession si la Tour dépêchait ses mages supérieurs ? »
« Ça aurait été formidable, mais non. Ils ont aussi exigé un généreux don », grommela Alec en désignant les chariots qui bordaient la route. « À votre avis, qui a payé toute cette nourriture ? On peut dire sans exagérer que la Tour des Mages finance cette campagne militaire. »
Maxi resta sans voix en contemplant les chariots alignés le long de la rue. Le nouveau pape était peut-être bien plus rusé qu’elle ne l’avait cru. Non seulement il s’était servi de Riftan pour étouffer les braises de la guerre, mais il avait aussi trouvé le moyen de sauver l’Église de la ruine financière.
« On pourrait poursuivre cette discussion à l’intérieur ? Il fait un froid de canard », se plaignit Alec avant d’éternuer bruyamment.
Maxi les conduisit dans une auberge près de l’infirmerie. Comme beaucoup de blessés avaient encore besoin de leurs soins, la plupart des mages y logeaient. À l’intérieur, quelques-uns profitaient d’un déjeuner tardif autour d’un brasero. Maxi adressa un signe de tête à leur intention et mena les frères Umri vers une place libre.
Ruth, blotti sous une couverture et en train d’engloutir un bol de bouillie claire, les dévisagea avec stupeur. « Un Umri ?
Sa voix n’avait guère dépassé le murmure ; personne autour d’eux ne sembla donc l’entendre. Maxi lui donna un coup de coude dans les côtes pour le mettre en garde, et il toussa. Lorsqu’il eut repris son souffle, il les entraîna dans un coin.
« Comment avez-vous quitté l’île ? »
« En bateau. Comment voulez-vous que nous ayons fait ? » répliqua Alec avec sarcasme, avant d’examiner avec curiosité les cheveux gris clair et les yeux gris-bleu de Ruth. « Et vous êtes un Serbel. Vous êtes le célèbre déserteur ? »
« On ne me considère plus comme un déserteur ! J’ai obtenu un pardon officiel », s’exclama Ruth, exaspéré. Le visage fermé, il regarda par la fenêtre et ajouta : « Vous ne pouvez pas être les seuls. La Tour a dû dépêcher des mages pour participer à la campagne. Qui les dirige ? »
« Maître Calto. »
Ruth laissa échapper un grondement sourd. « Ainsi, les anciens ont enfin décidé de se débarrasser de mon oncle. Ce vieil homme maladif va rendre son dernier souffle dans un désert désolé. »
« Qu’est-ce que tu viens de dire ?! »
Tous les regards se tournèrent vers l’entrée, d’où venait la voix perçante. Vêtu d’une épaisse robe de laine, Calto Serbel passa la porte, suivi de dizaines de mages. Il se trouvait loin du groupe de Maxi, mais l’ouïe fine du vieil homme n’avait pas laissé échapper les paroles de mauvais augure de son neveu.
Calto se rua sur Ruth, le visage déformé par la colère, et lui pinça l’oreille. Ruth poussa un cri de douleur. Habituée à ce spectacle, Maxi leur tourna le dos et courut rejoindre Anette et Sidina.
« Maxi ! » s’écria Sidina en ouvrant grand les bras pour l’étreindre. « Je suis si heureuse de te voir saine et sauve. Tu n’imagines pas à quel point je me suis inquiétée en apprenant qu’une nouvelle guerre avait éclaté. Ça a dû être terrible pour toi. »
« C’est vrai que nous avons cruellement manqué de mages, mais nous nous en sommes sorties. »
Maxi se détacha légèrement de Sidina et observa attentivement ses amies. Toutes deux semblaient fatiguées par le long voyage, mais elles paraissaient en bonne santé. De toute évidence, elles avaient eu la chance d’éviter les monstres en chemin.
« Quand nous nous sommes quittées, vous aviez toutes les deux laissé entendre que vous ne remettriez plus jamais les pieds hors de Nornui… Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ? »
Anette, qui époussetait la neige de son chapeau, désigna ses frères cadets et grommela : « Je n’ai pas eu le choix, après que ces deux-là ont insisté pour venir. »free(w)ebnov(e)l
Anette n’était visiblement pas ravie que ses frères espiègles l’aient mise dans cette situation, tandis que Sidina était toujours aussi enjouée.
« Moi, en revanche, je me suis portée volontaire avec plaisir », répondit gaiement Sidina. « Je m’inquiétais pour toi. Et puis, je voulais voir un vrai dragonien de mes propres yeux. »
« Un dragonien ? » demanda Maxi, perplexe.
« C’est ainsi que nous avons commencé à appeler les hommes-lézards mutants créés par les mages noirs. Ça sonne bien, tu ne trouves pas ? Les mages de Sigrew ont trouvé ce nom », expliqua Sidina d’un ton enthousiaste.
Maxi considéra gravement son amie. « La Tour a-t-elle… appris quelque chose sur ces monstres ? »
« Seulement qu’ils vénèrent le dragon et possèdent une intelligence et une quantité de mana supérieures à celles des humains. Nous avons aussi découvert qu’il en resterait probablement entre quarante et cinquante. »
« C-cinquante ? »
Sidina balaya d’un haussement d’épaules la réaction horrifiée de Maxi. « Nous avons trouvé des documents qui retracent l’augmentation de la population dragonienne. S’ils sont fiables, nous estimons qu’ils sont au moins quarante. »
Maxi déglutit. Malgré ses nombreuses rencontres avec ces créatures inquiétantes, elle avait cru qu’il n’en restait pas plus de dix. Un frisson lui parcourut l’échine. Non seulement ils devaient affronter un dragon, mais ils allaient aussi se mesurer à des dizaines de monstres si puissants qu’ils pouvaient invoquer des milliers de morts-vivants. Cette nouvelle accablante suffit à dissiper tout le soulagement qu’elle avait ressenti à l’arrivée des renforts.
« Je voudrais voir le commandant en chef sans tarder. Où puis-je le trouver ? » demanda Calto, qui avait retrouvé sa dignité habituelle.
Tout en se frottant l’oreille brûlante, Ruth se retourna. « Je vais vous y conduire. Suivez-moi. »
Maxi s’apprêtait à les accompagner lorsqu’elle remarqua enfin les visages des mages épuisés rassemblés au milieu de l’auberge. Elle devait d’abord leur trouver un logement.
D’un signe discret, elle ouvrit la porte de derrière. « Par ici, tout le monde. »
Elle conduisit ses pairs jusqu’à une auberge vide. Le temps fila tandis qu’elle préparait les chambres et le repas du groupe. Lorsqu’ils furent installés, Maxi gagna la place et leva les yeux vers le ciel qui s’assombrissait, noir comme l’encre. La neige, pareille à du givre, continuait de tomber par intermittence.
Elle se rendit soudain compte qu’elle n’avait pas vu le soleil depuis quelque temps. La pâle lumière perçait parfois les nuages, mais cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas contemplé les rayons ambrés du soleil. Elle ne parvenait toujours pas à croire qu’une seule créature puisse, par sa simple existence, transformer le monde à ce point.
« Madame. »
Cette voix tira Maxi de ses pensées moroses. Elle se retourna et aperçut le visage toujours aussi sérieux d’Elliot.
« Une réunion d’urgence va avoir lieu. Veuillez demander aux mages occupant des postes d’autorité de se rassembler dans la salle de l’Assemblée. »
« S-s’est-il passé quelque chose ? »
« C’est urgent, madame. Faites vite, je vous prie », répondit sèchement le chevalier avant de s’élancer vers le terrain désert.
Quelque chose de grave s’était produit ; Maxi en était certaine. Elle convoqua en toute hâte les cinquante-cinq mages ; sept d’entre eux se portèrent volontaires pour assister à la réunion comme représentants.
Lorsqu’ils arrivèrent dans la grande salle rectangulaire de l’Assemblée, les commandants des différents royaumes, Riftan compris, les grands prêtres et Calto Serbel les attendaient déjà. Les mages se rangèrent naturellement aux côtés de Calto, et Maxi prit place à côté de Ruth.
Riftan fixait un message posé sur la table, le visage impassible. Il prit enfin la parole quand tout le monde fut installé.
« Midna est de nouveau attaquée par une armée de morts-vivants. »
Maxi inspira brusquement.
Après avoir tranquillement parcouru du regard les visages qui l’entouraient, Riftan reprit : « L’ennemi n’a pas encore pris la ville, mais Midna retombera si nous n’envoyons pas des renforts au plus vite. »
« Midna n’est pas la seule ville en danger », déclara sombrement Sejuleu Aren, rompant le silence depuis son emplacement au fond de la salle. « Les autres risquent elles aussi d’être attaquées. Puisque les monstres cherchent à ressusciter le dragon, ils tentent sans aucun doute de détruire la barrière en ce moment même. »
« Nous voilà dans une situation délicate », dit la princesse Agnes, assise à la gauche de Riftan, en rejetant ses cheveux en arrière d’un geste agacé. « Une fois que l’armée sera partie pour les monts Lexos, les villes seront sans défense et les monstres ne manqueront pas de frapper à nouveau. Mais nous ne pouvons pas non plus oublier le dragon. Plus nous l’ignorerons, plus la bête deviendra puissante. »
« Nous n’avons pas le choix : il faut diviser l’armée », déclara fermement Riftan. « Les chevaliers de haut rang et une unité d’élite de clercs capables d’utiliser la magie divine formeront l’expédition. Les mages resteront avec l’infanterie pour défendre les villes et protéger le Sanctuaire invoqué des monstres. »