Chapitre 410
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Des tentes de toutes les couleurs encombraient les rues, et le cours d’eau était bordé de centaines de chevaux qui aspiraient l’eau à grandes goulées.
Maxi traversa la place chaotique en direction du bâtiment où une foule de soldats attendait de recevoir ses rations. Une file de plusieurs centaines de personnes serpentait depuis le grand édifice de pierre, probablement utilisé comme lieu de réunion par les marchands. Certains la saluèrent courtoisement en la reconnaissant.
Maxi leur rendit leur sourire et promena son regard autour d’elle, à la recherche de son mari. Elle aperçut bien quelques jeunes hommes vêtus de l’uniforme des chevaliers du Dragon rouge, mais aucun des chevaliers les plus chevronnés de l’ordre. Ils étaient peut-être encore en train d’affronter les derniers monstres.
Pour mieux comprendre la situation, Maxi décida de gagner les faubourgs. Après avoir quitté le groupe de tentes, elle s’approcha des remparts et vit des sentinelles monter la garde sur le chemin de ronde. Leurs surcots indiquaient clairement qu’il s’agissait de soldats dristanais.
Après avoir observé les hommes avec attention, elle longea le mur jusqu’à la porte orientale. Elle finit bientôt par trouver la rangée de tentes qui arborait le drapeau de Wedon.
Elle s’approcha avec prudence d’un groupe de soldats rassemblés autour d’un feu. « Savez-vous… où se trouve Sir Riftan ?
Les soldats réunis levèrent simultanément les yeux de leur petit déjeuner. Maxi écarquilla les siens en reconnaissant un visage familier parmi eux.
« S-Sir Gabel ! »
« Cela fait un moment, ma dame », répondit le chevalier d’un ton enjoué en retirant sa capuche.
Ses yeux brun foncé luisant dans la lumière du feu, Gabel la détailla de la tête aux pieds, inquiet. « J’ai appris que vous aviez traversé bien des épreuves, ma dame. J’espère que vous n’avez pas été blessée. »
« Je vais bien, comme vous pouvez le voir. Mais… que faites-vous ici, Sir Gabel ? Et Anatol ? »
« Anatol est entre de bonnes mains. Sir Remus Baldo le protège en ce moment même, et Sir Obaron comme Sir Sebrique restent des forces avec lesquelles il faut compter. »
Le chevalier haussa légèrement les épaules avant d’ajouter : « J’étais dans le nord depuis tout ce temps pour régler le différend commercial avec Balto. J’y ai retrouvé Rovar et Livakion, puis je suis descendu vers le sud avec eux. »
« Je vois que vous avez… été très occupé. »
« Pas autant que vous, ma dame », répliqua Gabel avec un sourire en coin. « Ces trois dernières années, je n’ai fait que gérer la mine et tenir tête aux marchands et aux nobles. Ces temps-ci, je ne sais plus si je suis chevalier ou administrateur. »
Maxi détourna maladroitement les yeux. Gabel ne se plaignait pas aussi ouvertement qu’Ursuline, mais il était évident que la charge de gérer le domaine à la place de Riftan lui pesait.
« V-Vous devez comprendre que Riftan n’avait pas le choix, dit Maxi pour défendre son mari. Nous avons dû partir en campagne militaire dès notre retour du plateau de Pamela. »
« Je le sais, ma dame », répondit Gabel avec un sourire amer. « Je ne faisais que me plaindre. C’est assez vexant, voyez-vous, d’être le seul à rester à l’écart tandis que mes camarades enchaînent les batailles. »
Ne sachant que répondre, Maxi baissa les yeux, embarrassée. Le chevalier avait beau parler avec désinvolture, elle sentait qu’il était d’humeur massacrante. Il avait peut-être été proche d’un ou de plusieurs des morts.
Après avoir discrètement étudié son expression, Maxi tenta de changer de sujet. « Savez-vous où se trouve Riftan ? Je ne l’ai pas vu depuis mon arrivée en ville. »
« Le commandant campe à l’extérieur de la ville, au cas où les monstres attaqueraient. Vous devriez pouvoir le voir de là-haut, ma dame », répondit Gabel en désignant une tour de guet près d’une tente.
Maxi gravit aussitôt la tour de guet par l’escalier qui longeait le mur. À l’intérieur, l’air était étouffant à cause du brasier qui brûlait au milieu de la pièce.
Elle contourna la pièce jusqu’à la fenêtre en arc et en ouvrit les volets. Le ciel gris tranchait sur l’étendue blanche et scintillante des champs enneigés. Au loin, des milliers de soldats campaient à l’extérieur de la porte de la ville. Ne parvenant pas à repérer Riftan parmi eux, elle regarda la colline, résignée.
Le champ était jonché de carcasses de wyvernes et de machines de siège abandonnées. Alors qu’elle contemplait d’un regard absent les vestiges de la bataille, un léger tremblement la parcourut.
C’est vraiment fini.
Par la fenêtre opposée, Maxi aperçut la tour de la basilique, qui perçait le ciel comme une lance au cœur de la ville. Les clercs avaient dû achever de restaurer la barrière. Même si le monstre du plateau de Pamela s’était échappé, la coalition avait réussi à empêcher la résurrection du dragon.
Un peu revigorée, Maxi se retourna lentement. À cet instant, une voix douce s’éleva dans l’obscurité et lui glaça le sang.
« Te voilà. »
Maxi sursauta et rentra instinctivement les épaules.
Riftan se tenait près de l’entrée sombre. Il s’avança vers elle d’un pas lourd et murmura avec douceur : « On commence notre entretien privé, Mage ? »
« U-Un entretien privé ? »
Maxi recula instinctivement, un sourire crispé aux lèvres.
Après l’avoir observée calmement, Riftan tira une chaise près du brasero. « Tu as l’air épuisée. Viens, assieds-toi. »
« J-Je vais bien… »
« Assieds-toi. »
Maxi s’assit. Riftan plaça une autre chaise en face d’elle, puis tira de sa ceinture une flasque d’argent et lui versa une coupe de vin. Maxi contempla celle-ci d’un regard absent, puis en avala le contenu sur son invitation silencieuse.
Un silence suffocant s’étira, avant que Riftan ne reprenne enfin la parole. « Maximilian Calypse, qui est ton supérieur direct ? »
« N-Ne serait-ce pas Ruth Serbel ? Il me dépasse dans la hiérarchie des mages, après… »
Riftan lui pinça les joues et l’interrompit au milieu de sa phrase. Il les écrasa et les tira à plusieurs reprises, lui donnant l’air d’un poisson-globe. Puis, d’une voix si douce qu’elle en devenait glaçante, il déclara : « Grave-le dans ta mémoire : c’est moi, ton supérieur direct. »
Ne voulant pas attiser sa colère, Maxi hocha docilement la tête, mais Riftan ne semblait pas près de mettre un terme à leur entretien privé.
Approchant son visage du sien, il dit lentement : « Maintenant, explique-moi pourquoi ma mage a désobéi aux ordres directs de protéger l’arrière-garde et s’est introduite dans la ville à la place. »
« J-Je n’avais pas le choix ! Sir Quahel Leon m’a demandé de localiser le nécromancien. L’éliminer était le moyen le plus rapide d’empêcher les dullahans de revenir à la vie. »
« Alors tu t’es introduite imprudemment dans une ville envahie par les monstres ? » demanda Riftan d’une voix plus grave.
Maxi vit sa poitrine se soulever et s’abaisser, comme s’il s’apprêtait à lui crier dessus, mais il renversa simplement la tête en arrière et ferma les yeux.
J’aimerais qu’il se contente de me crier dessus.
Après avoir pris un long moment pour réprimer sa colère grandissante, Riftan dit d’une voix contenue : « As-tu seulement l’intention de tenir ta promesse envers moi ? »
« B-Bien sûr ! J’ai seulement accepté d’aider Sir Quahel Leon… parce qu’il a juré sur son honneur de me protéger. »
Maxi prit délibérément un air offensé, mais le visage de Riftan se durcit davantage.
« On dirait que tu as une grande confiance en cet homme », marmonna-t-il d’un ton menaçant.
« Sir Quahel Leon est l’un des plus grands chevaliers des Sept Royaumes. En qui pourrions-nous avoir confiance, si même la parole d’un tel homme ne vaut rien ? Je n’ai fait que ce que je pouvais pour vaincre l’ennemi, une fois assurée de ma sécurité. »fre(e)webnov(l).com
Maxi redressa la tête avec conviction, et un lourd silence tomba entre eux. Pendant un moment, seul le crépitement du feu se fit entendre.
Après l’avoir dévisagée avec colère, Riftan dit entre ses dents : « Cet homme s’est servi des mages de la Tour tout en leur dissimulant délibérément la perte de la pierre du dragon. Et tu lui confies ta vie ? »
« C-C’est… » balbutia Maxi, avant de refermer la bouche.
Riftan se leva brusquement. « Très bien. Je vais parler à l’Épée sacrée en personne. »
Sur ces mots, il se dirigea vers l’escalier. Maxi le retint précipitamment.
« Q-Qu’allez-vous lui dire ? »
« Que je lui briserai le cou s’il s’approche encore de ma femme. Ça te pose un problème ? »
Le visage empourpré, Maxi haussa la voix. « J-Je ne vous laisserai pas faire ! Sir Quahel Leon a simplement reconnu mes capacités de mage ! Cet homme ne s’intéresse pas à moi autrement ! »
Quand Riftan eut un reniflement méprisant, Maxi sentit la colère lui monter à la tête comme une bouffée de chaleur. Elle se mit à lui marteler le dos des poings.
« Q-Qu’est-ce qui vous fait rire ? Vous méprisez mes capacités ? »
« Non », répondit-il en lui saisissant les poignets, « mais je ne vois pas pourquoi il a insisté pour t’entraîner dans le danger alors que Ruth était là aussi. »
« V-Vous me méprisez ! Ruth est peut-être un meilleur mage que moi… mais je maîtrise mieux certains sorts… » Maxi interrompit brusquement sa tirade.
Elle sentit l’air changer soudainement, puis un courant glacial qui lui pénétra jusqu’aux os. Même le brasier ardent s’éteignit dans un crépitement. C’était comme si toute chaleur avait été aspirée hors du monde.
Le visage sombre, Riftan s’approcha de la fenêtre. À cet instant, un cri aigu retentit. On aurait dit l’écho puissant d’une voix venue de très loin.
Le visage de Maxi se vida de ses couleurs tandis qu’elle fixait la fenêtre. Une neige blanche, semblable à du givre, tombait du ciel couvert. Elle se couvrit la bouche en contemplant la silhouette indistincte des monts Lexos, au-delà de la brume. La voix lugubre du monstre de la basilique résonna dans ses oreilles.
Vous arrivez trop tard.