Chapitre 41
Chapitre 41 : Chapitre
« C’est un noble livadonien. »
La tête de Maxi se mit à tourner. S’était-elle trompée ? La situation n’aurait peut-être pas pris une tournure aussi dangereuse si elle avait simplement laissé entrer cet homme. Comme s’il avait lu dans ses pensées, Riftan écarta une mèche de son visage et l’embrassa sur la joue.
« Mais il a menti au sujet de ses prétentions sur Kaysa. Ce n’était pas le seigneur, mais l’un de ses fils. Quand son demi-frère a été choisi comme héritier, il a volé le trésor de famille et s’est enfui à Wedon. Je suppose qu’il errait dans les parages avec ses chevaliers quand il a appris l’existence de l’immense collection de trésors que j’avais rapportés du repaire du dragon. »
« E-Est-ce qu’il est v-venu ici pour vous f-faire du mal ? »
Riftan la regarda d’un air impassible, puis éclata de rire.
« Il n’est pas aussi fou. Il n’a simplement jamais pensé que je pourrais faire le trajet de Drachium à Anatol en huit jours. Il a gravement sous-estimé la situation. »
Maxi se souvint que Ruth lui avait dit qu’il faudrait au moins dix jours à Riftan pour arriver à Anatol. Le chevalier était arrivé deux jours plus tôt que ne l’avait prédit le sorcier.
« Ou plutôt… Je suis arrivé juste à temps. Si j’étais venu un ou deux jours plus tard, les choses auraient bien plus mal tourné. Il avait avec lui trois chevaliers de haut rang et un dispositif magique. Ils n’auraient pas tardé à franchir nos défenses. »
« U-Un dispositif m-magique ? »
« Le trésor de sa famille. » Le visage de Riftan se durcit soudain. « Le dispositif renferme une puissante magie de feu. C’est avec ça qu’il a détruit la porte. Il a probablement cru qu’il avait une chance puisque nos chevaliers étaient absents. S’il avait réussi et qu’il était parvenu à s’enfuir à Livadon, il n’aurait pas été facile de le retrouver. »
Entendant la colère dans la voix de Riftan, Maxi posa une main sur son bras. Rob Midahas avait beau être un imbécile, s’en prendre à un noble risquait facilement de provoquer un conflit. Riftan baissa les yeux vers son regard effrayé et esquissa un sourire amer.
« J’aurais dû le décapiter et accrocher sa tête aux murs du château pour donner l’exemple. Mais, comme tu l’as dit, je n’ai pas envie de te quitter encore pour partir à la guerre. »
« A-Alors… »
« Dès demain, à l’aube, j’enverrai un message à son père. Je lui réclamerai des dédommagements et lui dirai de tenir son fils en laisse. »
Maxi poussa un soupir de soulagement. Avec un sourire, Riftan déposa une traînée de baisers sur ses épaules et ses joues. Ses cheveux humides exhalaient un doux parfum. Se rappelant la remarque de Ruth sur l’aversion des chevaliers pour les senteurs florales, Maxi étouffa un rire.
« Qu’est-ce qui te fait rire ? » demanda Riftan, intrigué.
« V-Vos cheveux sentent la r-rose. »
Riftan rougit. « Je me suis dit que tu aimerais que je sente bon… »
Alors que Riftan se mettait à tripoter ses cheveux humides, la poitrine de Maxi se serra. Au début, son langage grossier et sa carrure imposante lui avaient fait craindre qu’il ne se révèle aussi violent que son père. Jamais elle n’aurait imaginé qu’un jour, son redoutable époux lui semblerait si attendrissant.
« Je suppose que ça ne sied pas à un homme. » Riftan se renifla d’un air penaud.
Maxi le contempla un instant en silence, puis redressa son corps fatigué pour déposer un tendre baiser sur sa joue. Riftan se raidit de la tête aux pieds. Rouge de gêne, Maxi l’embrassa une nouvelle fois sur la mâchoire.
« C-C’est une odeur agréable. Ça ne s-sied pas moins à un h-homme. »
« Alors, je vais devoir utiliser ce savon jusqu’à la fin de mes jours. »
Riftan l’attira à lui par la taille et l’embrassa, puis pressa doucement son sein tendre de la main. Surprise, Maxi le repoussa.
« N-Nous l’avons déjà f-fait… »
« N’est-ce pas ce que tu voulais ? » 𝒇𝚛e𝘦wℯ𝑏𝓃𝑜νℯ𝒍.co𝗺
« J-Je ne cherchais pas à… »
Elle l’avait embrassé sous le coup d’un élan d’affection irrésistible. Elle n’avait nullement eu l’intention de le séduire si tôt après leurs ébats passionnés. Mais Riftan n’en tint pas compte et commença à se déshabiller, tout en l’embrassant avec plus d’ardeur.
« C’est toi qui as attisé les flammes, Maxi. » Riftan s’allongea sur elle.
Son corps s’amollit au son de son murmure. Il la pénétra doucement et, cette fois, elle éprouva davantage de plaisir que de douleur. Quand tout fut terminé, elle passa les bras autour de son cou et l’attira contre elle.
Il était largement passé midi lorsque Maxi se réveilla le lendemain. Avec l’aide de Ludis, elle prit un bain et s’habilla. Riftan était parti à l’aube pour s’occuper des intrus, et Maxi s’inquiétait qu’il n’ait pas assez reposé après son long voyage.
Remarquant son air assombri, Ludis cessa de lui brosser les cheveux. « Quelque chose ne va pas, madame ? »
Maxi secoua la tête. « N-Non, ce n’est r-rien. »
« Le sorcier dit qu’il s’occupera de vos blessures. Voulez-vous que j’aille le chercher ? »
« C-Ce n’est pas vraiment une b-blessure. »
Maxi leva les yeux au ciel en suivant du doigt l’éraflure qui lui barrait le genou et descendait jusqu’au tibia. Elle s’était simplement égratignée la jambe en tombant. Les gardes, eux, avaient certainement subi des blessures bien plus graves ; nombre d’entre eux avaient été écrasés par la porte du château ou tailladés par les épées ennemies. Elle n’allait pas faire toute une histoire pour une égratignure aussi insignifiante.
« Je ne crois p-pas que ce soit n-nécessaire. »
« Mais, madame, cela pourrait laisser une cicatrice… »
Ludis s’interrompit au milieu de sa protestation et pinça les lèvres, craignant d’avoir parlé avec trop de familiarité.
« Comme vous voudrez, madame. Je vais demander une pommade au sorcier. »
« Merci, Ludis », dit Maxi, alarmée par la mention d’une cicatrice. 𝘧r𝑒𝘦𝒘𝘦𝙗novel.𝐜o𝒎
La servante partit aussitôt, puis revint avec des bandages propres et un flacon de pommade. Maxi appliqua la pommade et banda la blessure pour la garder propre, même si elle ne pensait pas que son égratignure méritait un bandage.
« M-Merci. »
« Je vous apporterai votre repas dans votre chambre, madame. »
« Ce n’est p-pas la peine. Je vais manger dans la salle à m-manger. Je devrais t-terminer le travail d’hier. »
« Le seigneur a demandé que vous restiez au lit aujourd’hui. »
Maxi lança à Ludis un regard embarrassé. Il était vrai que Riftan l’avait enlacée d’innombrables fois la nuit précédente et l’avait épuisée, mais pas au point de devoir garder le lit, surtout qu’elle avait dormi jusqu’à midi tandis que lui était parti travailler sans s’être reposé convenablement. Il n’était pas question qu’elle paresse au lit.
« Je vais b-bien. J’ai seulement été un peu é-b-bousculée par les événements d’hier. »
« Mais le seigneur… »
« Je lui p-parlerai. »
Ludis hocha silencieusement la tête devant l’insistance obstinée de Maxi.
Maxi quitta la chambre, un châle chaud posé sur les épaules. L’air vif s’engouffrait par les fenêtres ouvertes. En avançant dans le couloir, elle promena son regard sur les rebords de fenêtre propres et les tapis neufs qui s’étendaient sur le sol.
« L-Le seigneur a-t-il d-dit quelque chose au sujet du château ? » demanda Maxi à Ludis, qui marchait juste derrière elle.
…
Ludis eut l’air gênée. « Je suis sûre qu’il n’a pas eu le temps d’examiner le château correctement, avec tout le remue-ménage d’hier. »
« Je v-vois. »
Voyant la déception sur le visage de Maxi, Ludis lui adressa l’un de ses rares sourires et ajouta aussitôt : « Mais les chevaliers étaient stupéfaits. En entrant dans la grande salle pour dîner hier soir, ils ont dit qu’elle était devenue d’une splendeur incomparable. »
« V-Vraiment ? »
Ludis hocha vivement la tête, et Maxi descendit l’escalier d’un pas léger. Les serviteurs interrompirent le nettoyage des fenêtres pour la saluer. Maxi leur rendit leur salut et se dirigea vers la salle à manger.
Ruth et trois chevaliers du Dragon rouge levèrent les yeux de leur déjeuner lorsqu’elle entra. Maxi s’immobilisa. Sauf occasion particulière, les chevaliers prenaient généralement leur petit-déjeuner et leur déjeuner dans leurs quartiers. Elle ne les avait donc jamais croisés en l’absence de Riftan et resta plantée là, à cligner des yeux.
« Vos blessures vont-elles bien, madame ? » Ruth rompit le silence gêné. « À voir la réaction de Sir Riftan, j’ai cru que vous vous étiez cassé un os, mais vous semblez aller bien. »
Le sorcier détailla Maxi de ses yeux ensommeillés, bâillant tout en passant les doigts dans ses cheveux perpétuellement en bataille.
« Ce n’était qu’une é-gratignure. »
« Je m’en doutais », répondit Ruth sans émotion en tirant la chaise à côté de lui. « Je vous en prie, asseyez-vous, madame. »
Avant que Maxi ait pu protester, Ruth demanda à un serviteur de lui apporter à manger. Ayant perdu l’occasion de partir, elle jeta un coup d’œil au visage des chevaliers avant de s’asseoir. Le silence envahit la salle. Maxi attendit anxieusement qu’on lui serve son repas.
…
Quand le silence devint trop pénible, elle demanda : « O-Où est R-Riftan ? »
« Il est aux portes, il vérifie l’avancement des réparations, grommela Ruth en arrachant un morceau de pain avec les dents. Il a fait venir des forgerons et des artisans pour construire une porte en acier. Et ce n’est pas tout : il veut aussi qu’on installe un dispositif magique défensif. Il a toujours été obsédé par la protection du château, mais ce noble débile a encore aggravé les choses. »
« P-Plus c’est sûr, mieux c’est », dit Maxi d’un ton enjoué, soulagée d’avoir un sujet de conversation.
Ruth grimaça. « C’est à moi qu’il est revenu de créer ce dispositif. À ce rythme, je vais mourir à la tâche. »
Maxi fut dispensée de chercher une réponse lorsqu’un serviteur posa devant elle un bol de soupe au poulet et du pain frais. Elle porta sa cuillère à ses lèvres, levant les yeux au ciel tandis que Ruth gémissait et s’arrachait les cheveux. Elle ne savait rien de la fabrication des dispositifs magiques, mais ses récriminations lui laissaient deviner que la tâche était éreintante.
Soudain, Ruth releva brusquement la tête. « Madame, savez-vous faire des opérations arithmétiques simples ? »