Chapitre 407
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« M-Merci au ciel ! Maintenant que notre allié est là… »
« Il est trop tôt pour se réjouir », intervint Kuahel, la coupant froidement.
Le visage de Maxi se décomposa tandis que son soulagement s’évanouissait comme de la fumée. Elle se tourna vers le chevalier du Temple.
« Nous devons apporter la relique sacrée ici pendant que l’armée combat les dullahans », déclara-t-il avec un calme mesuré.
La prophétie sinistre du mystérieux monstre résonna dans son esprit. Kuahel avait raison : ils devaient réparer la barrière au plus vite pour empêcher le dragon de se réveiller.
Maxi évalua le peu de mana qui lui restait. Elle n’en avait pas assez pour lancer un sort de lévitation. Pourtant, au vu de leur situation désespérée, ne devait-elle pas risquer l’épuisement de son mana pour assurer leur fuite ?
Son regard parcourut les environs et s’arrêta sur une construction de fortune, à droite du sanctuaire. Elle s’approcha prudemment du bord du toit et proposa : « N-Nous pourrions descendre par là ? »
Kuahel évalua la hauteur avant de sauter avec agilité. Puis il tendit les mains pour l’aider. Quand les pieds de Maxi se posèrent sur l’échafaudage branlant, elle saisit l’échelle appuyée contre le mur. Elle était loin d’avoir l’air solide, mais ils n’avaient pas le choix. Maxi entama prudemment la descente.
À son grand soulagement, aucun monstre ne les repéra. Une fois au sol, Maxi tenta de raffermir ses jambes tremblantes. Elle scruta la cour déserte, l’entrepôt délabré et le mur au-delà. Elle devinait vaguement qu’ils se trouvaient derrière l’église, mais ignorait toujours où exactement.
« O-Où devons-nous aller, maintenant ? »
« Suivez-moi. »
Kuahel observa les alentours, puis se dirigea d’un pas vif vers la sortie voûtée, à l’autre bout du jardin. Maxi s’empressa de le rattraper quand un grondement retentit au loin. Elle leva les yeux juste à temps pour voir d’énormes rochers s’abattre sur la ville.
L’armée de la coalition avait commencé à bombarder les remparts avec ses engins de siège.
Kuahel accéléra, l’incitant à se dépêcher. « Restez près de moi à tout prix. »
Maxi hocha la tête, le visage grave.
Le fracas assourdissant de la guerre faisait trembler l’air. L’immense étalon semblait avoir jailli des profondeurs de l’enfer. Une haleine brûlante s’échappait de ses naseaux comme la vapeur d’un volcan, et ses puissantes jambes martelaient le sol tandis qu’il bondissait. Sur son dos, le guerrier brandissait une épée de six kevette et fauchait cinq fantassins avec une précision meurtrière.
Richard Breston sentit la chaleur de leur sang et de leurs entrailles. Dans la frénésie du combat, les cavaliers ne faisaient preuve d’aucun scrupule et piétinaient leurs propres camarades tombés pour charger l’ennemi. Pour Breston, ce chaos était un spectacle sans fin.
L’adrénaline lui parcourait les veines tandis que son espadon blanc fendait l’air. L’arme, héritage de la famille Breston et réputée forgée dans les os du Dragon noir, trancha sans effort un cheval cuirassé et son cavalier mort-vivant, comme s’ils n’avaient été que des feuilles de papier.
Au lieu de s’écraser au sol en morceaux, le cadavre du dullahan fondit comme du sable noir. Breston claqua la langue en contemplant la tache sombre sur la terre.
Quelle déception.
Pour ajouter à son agacement, la mare noire se mit à bouillonner et reprit la forme décapitée du dullahan. La situation était vraiment déprimante. Breston posa son épée sur son épaule et balaya du regard le champ de bataille chaotique.
Les dullahans n’avaient pas diminué en nombre, mais les forces de la coalition, elles, s’étaient visiblement amenuisées. La neige était tachée du sang d’innombrables soldats tombés au combat. Les débris des engins de siège et des chariots de ravitaillement jonchaient la colline, témoignant des ravages causés par les wyvernes. Le centre tenait toujours, mais les flancs avaient été décimés. Il était évident qu’ils avaient gravement sous-estimé les forces monstrueuses.
Quelle plaie, pensa Breston en grimaçant.
Une défaite de la coalition affaiblirait la faction réformiste et son nouveau pape, mais elle ruinerait aussi les ambitions de Heimdall, qui voulait abolir l’armistice. Les nobles de l’est et du sud se rallieraient probablement pour le maintenir, afin d’empêcher le retour du dragon, et l’opinion publique deviendrait plus favorable à l’armistice. Quiconque tenterait maintenant de semer la discorde serait désigné comme un ennemi.
Pourtant… l’Église pouvait-elle diriger le Conseil des Sept Royaumes après avoir perdu la confiance du peuple ?
Jetant un regard derrière lui, Breston remarqua l’unité arrière, postée à environ un thradion de là. Même protégés par les mages, les archers et les unités de siège n’avaient pas échappé à l’assaut des wyvernes. Mais s’ils battaient en retraite à présent, il leur faudrait une fortune pour reformer leurs rangs. Les nobles continueraient-ils à obéir au Conseil des Sept Royaumes et à fournir hommes et provisions à la coalition ?
Un sourire se dessina sur les lèvres de Breston. L’Église avait déjà montré son incompétence au monde entier. Il était certain que les nobles cesseraient de respecter la décision du Conseil des Sept Royaumes. Quelle que soit l’issue de cette campagne militaire, cette farce insensée qu’était cet accord de paix prendrait fin.
Breston reporta son attention sur le front. La cavalerie de Dristan et les Chevaliers du Dragon rouge repoussaient l’armée des dullahans. Même si Riftan Calypse dirigeait ses troupes avec brio, l’histoire retiendrait malgré tout son échec.
Breston fit faire demi-tour à son cheval, l’air satisfait. Il s’apprêtait à ordonner aux soldats de Balto de battre en retraite quand quelqu’un lui barra brusquement la route.
« Qu’est-ce que vous croyez faire ? »
Breston dévisagea le chevalier élancé monté sur son étalon gris. C’était le jeune noble des Chevaliers du Dragon rouge.
Ursuline Ricaydo, c’est ça ?
Le chevalier aux cheveux clairs le foudroya de ses yeux bleu profond, lui coupant habilement la retraite.
« Abandonner son poste sans l’autorisation du commandant en chef est un acte de trahison. »
« Si vous voulez vous faire massacrer comme des chiens, libre à vous », ricana Breston en détaillant les chevaliers qui lui barraient la route.
Un grand nombre de chevaliers de Wedon se tenaient derrière le campement de Balto, comme s’ils avaient prévu sa désertion. Breston posa la main sur son épée et adressa à Ursuline un sourire menaçant. f(r)eeweb(n)ovel
« Mais nous préférons éviter ce sort. Seuls des imbéciles risqueraient leur vie dans une bataille qu’ils ne peuvent pas gagner. »
« Si le flanc gauche abandonne sa position, l’unité centrale sera complètement encerclée », gronda Ursuline, avec une expression menaçante qui jurait avec son visage avenant.
« Vous voulez trahir vos alliés pour sauver votre peau ? »
« Nos alliés ? »
Breston éclata d’un rire sonore, comme si l’autre chevalier venait de dire quelque chose d’hilarant. « Vous ne pouvez pas être sérieux. Si vous nous considériez vraiment comme vos alliés, vous ne nous auriez pas surveillés comme le lait sur le feu. »
« Je le répète : personne n’a le droit d’abandonner son poste sans l’autorisation du commandant en chef », siffla le chevalier entre ses dents serrées. « Faites immédiatement faire demi-tour à votre cheval. »
Le sourire de Breston s’effaça. Il resta sans voix. Comment en était-il arrivé à devoir recevoir des ordres d’un pudibond sans envergure venu du sud ? Il avait peut-être été trop tolérant.
Il s’approcha d’Ursuline et lança d’un ton menaçant : « Je déteste recevoir des ordres. À tel point que mon propre père a renoncé à essayer de m’en donner. Alors, qui êtes-vous pour… »
Breston s’interrompit brusquement quand une détonation de kopel leur parvint de loin. Il tourna la tête vers le front chaotique, puis scruta l’horizon. Des bannières rouges flottaient au vent tandis qu’une armée montée approchait de la ville.
Serait-ce Sejuleu Aren ?
Breston serra les mâchoires. Il serait imprudent de se retirer maintenant. Il fixa le sommet de la colline, puis finit par faire signe aux chevaliers de Phil Aaron de garder leurs positions. C’est alors qu’il aperçut la bannière familière qui flottait derrière l’armée de Livadon, tandis qu’elle descendait la colline. Il lui fallut un instant pour reconnaître les armoiries : celles de la Confédération méridionale de Balto.
Breston se tourna vers Ursuline, abasourdi, comme s’il venait de recevoir un coup sur la tête. « Qu’est-ce que vous avez fait, bon sang ? »
« Je crains de ne pas comprendre », répondit froidement Ursuline. « Y a-t-il un problème à ce que des renforts arrivent à temps ? »
Après avoir lancé un regard meurtrier au chevalier élancé, Breston éperonna sa monture et fonça vers le front. À environ deux thradions devant lui, les lanciers de Wedon formaient un mur de boucliers. Breston les franchit d’un bond et s’élança au cœur des combats. Il galopa devant des centaines de soldats avant d’apercevoir Riftan Calypse, à l’avant-garde, qui affrontait seul huit dullahans.
Breston abattit d’un seul coup le dullahan qui lui barrait le chemin et plaça son cheval près de Calypse. Il vit les yeux du bâtard luire derrière sa visière.
« Vous êtes censé commander le flanc gauche. »
« Vous avez accompli quelque chose d’assez intéressant et je n’ai pas pu contenir ma curiosité », ricana Breston.
Il enfonça son épée dans l’un des chevaux infernaux qui fonçait sur lui comme un buffle. Son cavalier bascula dans la boue. Tirant sur ses rênes, Breston dirigea son étalon pour qu’il piétine le dullahan à terre.
Il reporta son attention sur Riftan Calypse et le fusilla du regard. « Comment avez-vous réussi à convaincre la Confédération méridionale de Balto d’envoyer des renforts ? »
« Vous pensiez être le seul à savoir manigancer ? » répondit Calypse avec indifférence en abattant sa hallebarde.
Comme les monstres refusaient de s’approcher d’eux, apparemment par peur, les deux hommes purent discuter sans être interrompus.
« L’Église n’est pas restée les bras croisés pendant que Heimdall VI ralliait des opposants à l’armistice. Vous avez gravement sous-estimé le nouveau pape. »
« Vous prétendez que c’est le pape qui a convaincu la Confédération méridionale ? »
Comme Calypse ne répondait pas, Breston se plaça devant lui et lui barra la route.
« Vous devez me prendre pour un idiot. L’Église n’aurait pas pu agir sans que nous le sachions. »