Chapitre 403
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Chapitre 164
Riftan foudroya la princesse du regard, la colère bouillonnant juste sous la surface. Quand Maxi prit la parole, il se tourna vers elle.
Maxi fut un peu soulagée de constater que les attentions de la princesse déplaisaient à son mari, mais conserva une expression impassible.
« Vous avez dit que nous devions traverser les plaines d’Ignord avant la nuit », fit-elle remarquer.
« Vous voulez dire les plaines de Gnoir », corrigea la princesse avec une dignité affectée, en prenant une gorgée de vin. « N’est-il pas impoli de donner à un lieu de Dristan son nom à la mode de Wedon ? »
« Pardonnez-moi, Votre Altesse », répliqua Maxi avec ironie avant de reporter son regard sur Riftan. « Ne devriez-vous pas ordonner aux hommes de lever le camp et de se préparer au départ si nous voulons traverser les plaines de Gnoir avant le coucher du soleil ? »
« C’est généralement au commandant qu’il revient de décider quand l’armée se met en marche », rétorqua sèchement la princesse, comme si elle se préparait à la bataille. « Même si vous êtes l’épouse de sir Riftan, ne pensez-vous pas outrepasser quelque peu vos prérogatives ? »
À bout de patience, Maxi lança à la femme un regard furieux.
Avant qu’elle ait pu répondre, Riftan gronda : « Je ne tolérerai aucun manque de respect envers mon épouse. »
Il adressa un regard d’avertissement à la princesse et appuya chacun de ses mots. « C’est une mage des Chevaliers du Dragon rouge : elle a donc le droit de donner son avis quand bon lui semble. Je crois que c’est Votre Altesse qui devrait veiller à ne pas outrepasser ses prérogatives. »
La princesse prit un air renfrogné. Riftan entrouvrit la bouche, comme s’il allait ajouter quelque chose, mais se ravisa.
Visiblement exaspéré, il se leva et lança froidement aux chevaliers qui observaient la scène : « La pause est terminée ! Préparez-vous à partir ! »
Sur ces mots, il passa un bras autour des épaules de Maxi et la conduisit jusqu’à la tente où les chevaux s’abritaient de la neige. Maxi jeta un regard plein de satisfaction au visage crispé de la princesse, puis leva furtivement les yeux vers Riftan.
« Ça ne vous attirera pas d’ennuis… de parler ainsi à la princesse ? demanda-t-elle en s’efforçant de paraître inquiète. Si cela devait attirer les foudres de la famille royale… »
« Le roi Thorben n’est pas assez stupide pour laisser les sentiments personnels de sa sœur obscurcir son jugement. Et tu n’as pas à supporter son insolence pour lui faire plaisir », répondit Riftan d’un ton neutre en faisant sortir Talon de la tente.
Maxi fronça les sourcils. Si la princesse n’avait pas assez d’influence pour rallier le roi Thorben à leur cause, pourquoi Riftan la supportait-il ? Elle leva vers son mari un regard réprobateur. fr(e)ewebnovel.com
« Alors… pourquoi supportez-vous le comportement de cette femme ? Vous pourriez facilement l’éloigner en plaçant la cavalerie de Dristan à l’arrière. »
« Nous sommes à Dristan. Personne ne connaît mieux que ses habitants la géographie de la région ni la structure du Château de Vesmore. C’est pour cela que j’ai posté la cavalerie de Dristan avec les Chevaliers du Dragon rouge, et c’est la seule raison pour laquelle Lienna Moor Thorben chevauche près de moi. »
Riftan poussa un léger soupir en sellant Talon, puis se tourna vers Maxi.
« Je sais que le comportement de la princesse te déplaît. Je le sais parce que j’aurais envie d’écorcher vif le premier rustre qui oserait te reluquer. Mais nous atteindrons le Château de Vesmore dans quelques jours et la princesse ira naturellement à l’arrière. Essaie de prendre sur toi jusque-là. Je tâcherai moi aussi de garder mes distances avec elle. »
Un peu rassérénée, Maxi acquiesça. Elle ne voulait pas continuer à se comporter comme une enfant capricieuse alors qu’il faisait tant d’efforts pour l’apaiser. En menant Rem hors de l’écurie improvisée, elle se promit de jouer les épouses compréhensives jusqu’à leur arrivée à Vesmore.
Hélas, sa résolution ne tint pas une demi-journée. Elle vit la princesse feindre de perdre l’équilibre en descendant de cheval, puis se jeter dans les bras de Riftan. Maxi eut un instant l’impression que la rage l’empêchait de respirer.
Elle regarda Riftan aider la princesse à contrecœur. Quand son mari se dégagea froidement de son étreinte, Maxi détourna les yeux à la hâte. Elle ne pouvait pas les regarder bien longtemps et ne voulait pas faire de scène.
Priant de toutes ses forces pour garder patience, elle s’avança péniblement vers le feu de camp. Elle rejoignit les soldats comme si rien ne s’était passé et soupa avec eux. Les regards insistants de Ruth et des chevaliers lui apprirent qu’elle avait bien du mal à dissimuler ses sentiments.
Elle était tout de même fière de ne pas en avoir fait davantage. Tout en mangeant son ragoût, elle se répétait qu’elle n’aurait que quelques jours à tenir. Dès qu’elle eut fini, elle se retira dans les baraquements pour se reposer.
Un autre jour passa ainsi, puis une journée plus éprouvante encore commença. Maxi s’efforça de ne pas regarder le couple qui chevauchait côte à côte à la tête de l’armée. Elle se concentra plutôt sur les hommes devant elle. Malgré tous ses efforts, sa patience s’épuisait rapidement.
À l’approche de la bataille, Riftan s’employait à recueillir des informations sur Vesmore et ses environs, et Lienna Moor Thorben profitait de l’occasion pour lui parler sans cesse. Aux yeux de Maxi, la guerre et leur mission visant à empêcher le retour du dragon semblaient bien loin des préoccupations de la princesse.
Une violente rafale lui cingla le visage ; elle cessa de lancer des regards noirs et leva les yeux vers le ciel. Les flocons épars se faisaient plus nombreux. Ce mauvais temps avait presque du bon : il lui était difficile de se complaire dans sa jalousie. Les oreilles engourdies, elle affronta le froid mordant et s’efforça désespérément de suivre le cavalier devant elle.
L’appel de Riftan à faire halte retentit enfin à l’avant. Dès qu’elle l’entendit, Maxi manqua de tomber de cheval. Elle tituba jusqu’au feu ardent que les soldats avaient déjà ravivé. Elle resta là, blottie près des flammes sans trop s’approcher pour ne pas se brûler, jusqu’à ce que le vent commence à faiblir et qu’elle doive remonter sur Rem.
La vague de froid dura trois jours et retarda d’une journée entière l’arrivée de l’armée à Vesmore. Maxi poussa un soupir de soulagement en apercevant, au-delà du voile de neige, la silhouette indistincte de la ville fortifiée. Ils avaient enfin atteint leur destination.
Elle comprit soudain que leur arrivée n’avait rien de réjouissant. Cela signifiait aussi que la veille de leur ultime bataille était arrivée. Le regard tourné vers son mari, à l’avant, elle pria avec ferveur pour que leur armée ait le temps de se reposer avant le début des combats.
À son grand soulagement, Riftan ne semblait pas vouloir ordonner un siège immédiat. Après avoir inspecté les remparts depuis une colline, il ordonna aux chevaliers d’établir le camp.
Bientôt, la légion de soldats se déploya dans la plaine autour de la ville. Maxi suivit les Chevaliers du Dragon rouge jusqu’à une crête qui surplombait directement Vesmore.
Il ne leur fallut pas longtemps pour distinguer clairement les centaines de bâtiments de pierre qui se serraient dans la ville, parmi lesquels une grande basilique. Le visage grave, Maxi examina les solides remparts. Comme à Midna, ils ne portaient aucune trace de dégâts importants, comme si la ville avait été prise de l’intérieur.
Devraient-ils donc infiltrer la ville une nouvelle fois pour en ouvrir les portes ? Elle observait discrètement les Chevaliers du Temple tout près quand Ruth soupira.
« On dirait que l’armée partie vers le nord n’est toujours pas arrivée. »
En effet, les troupes menées par Sejuleu Aren et la princesse Agnes étaient introuvables. Comme les unités de Riftan avaient fait un détour par le sud pour arriver jusqu’ici, les autres auraient dû être là depuis au moins une semaine.
« Ils ont peut-être… rencontré des difficultés ? » demanda Maxi.
« Ils ont sans doute aussi des problèmes de ravitaillement. Arex n’a jamais été favorable à l’armistice », répondit Ruth en se grattant la nuque d’un air contrarié. « Cela dit, les nobles ont déjà dû payer de lourds impôts pour financer cette guerre malgré la famine. Pas étonnant qu’ils rechignent à fournir des provisions supplémentaires. »
« M-Mais… nous nous battons pour la paix des Sept Royaumes. Les seigneurs féodaux ont le devoir de soutenir les hommes qui combattent pour leur… »
« Pourquoi se soucieraient-ils de leur devoir alors qu’ils sont au bord de la ruine ? La fonte de leurs coffres les effraie davantage que la vague menace du retour du dragon. »
« V-Vous dites qu’ils se moquent que l’armée meure de faim ? Alors que nous risquons nos vies… »
Maxi s’interrompit dans son emportement. Au loin, elle venait d’apercevoir ce qui ressemblait à une nuée de corbeaux avançant vers eux tels des nuages menaçants.
Un frisson lui parcourut l’échine lorsqu’elle comprit ce qu’elle voyait. Ce n’étaient pas des corbeaux, mais des wyvernes : des centaines, qui masquaient le ciel. À l’instant même où elle le comprit, un cor retentit à l’avant.
Ruth fut le premier à réagir. « Levez les boucliers ! »
Alors que Maxi s’empressait d’invoquer son mana, de gros rochers se mirent à tomber du ciel comme de la grêle. Retenant un cri, elle accéléra la circulation de son mana. La barrière avait beau être en place, la pluie de pierres la fit suer à grosses gouttes.
Tout en s’efforçant de maîtriser son mana, Maxi balaya fébrilement les alentours du regard. Les autres mages avaient eux aussi rapidement invoqué des boucliers, mais leurs efforts n’avaient pas suffi à protéger toute l’armée.
Les soldats frappés par les pierres lancées à toute vitesse gisaient dans la neige, atrocement mutilés, tandis que plusieurs chariots, engins de siège et tentes de l’armée étaient éparpillés en morceaux sur le sol.