Chapitre 400
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Chapitre 161 — 400
« Alors, je m’en tiendrai à Sir Riftan. Vous pouvez me baiser la main. »
Maxi fronça les sourcils devant l’impudence de la femme. Elle se demanda comment cette noble de Dristan connaissait Riftan.
« C’est un honneur, mais… » Il jeta un regard aux chevaliers qui entouraient la noble. « Je vais devoir décliner respectueusement. Le roi Thorben serait furieux s’il apprenait que mes humbles lèvres ont touché la main de sa très chère sœur. »
Les yeux de Maxi s’écarquillèrent. Cette femme hautaine était de sang royal ? Après avoir examiné avec attention le visage fin de la princesse, elle reporta son regard sur les autres chevaliers. Comme la plupart semblaient aussi surpris qu’elle, Maxi en déduisit que Riftan était le seul à connaître la princesse.
La femme baissa sa main avec raideur, l’air contrarié. « Je vois que votre impertinence n’a pas changé. » Riftan ne répondit pas. Elle poursuivit : « Pourquoi ne pas nous rendre au château ? Je suis sûre que vous avez tous besoin de repos. »
À peine eut-elle fini de parler qu’un jeune serviteur s’avança avec un étalon gris. La princesse monta en selle avec agilité, sans aide. Puis, d’un geste assuré, elle fit faire demi-tour à sa monture et prit la tête du cortège en direction du grand château, de l’autre côté de la place. Riftan et l’armée de la coalition lui emboîtèrent le pas.
Maxi lutta contre l’envie de trotter jusqu’à Riftan pour lui demander comment il connaissait cette femme. Elle ne voulait pas qu’il la prenne pour une épouse jalouse qui cherchait à garder son mari pour elle seule. Les doigts crispés sur ses rênes, elle guida lentement Rem à travers la foule en liesse.
Bientôt, ils se retrouvèrent devant une magnifique porte voûtée. Tandis qu’ils franchissaient le pont-levis, Maxi contempla lentement la vaste cour, les différents bâtiments dont les cheminées carrées crachaient une fumée grise, puis le château imposant, quoique grossièrement bâti, aux murs couleur sable.
Des dizaines de serviteurs les attendaient dans le jardin. La neige avait été balayée avec un soin méticuleux, et des soldats portant les couleurs de Dristan se tenaient au garde-à-vous le long des murs du château et dans les tours de guet. Maxi scrutait leurs visages quand la voix cristalline de la princesse retentit à l’avant du cortège.
« Je crains que les chambres d’hôtes du château ne puissent en accueillir que trente. Les autres chevaliers pourront loger dans l’aile annexe et les quartiers des gardes. »
Riftan, qui observait le château, tourna la tête vers la princesse. « Combien de personnes le château peut-il accueillir au total ? »
« Jusqu’à neuf cents. Le reste logera dans l’hospice tenu par l’Église. Il y a aussi deux auberges assez grandes à la périphérie de la ville. L’armée peut également y séjourner. »
Les hébergements furent organisés sans tarder. Riftan ordonna à Ursuline de louer les deux auberges et lui demanda de répartir les chambres selon le rang de chacun.
Quant aux chambres d’hôtes du château, elles furent attribuées aux chevaliers de haut rang de Wedon et de Balto, aux grands prêtres et aux Chevaliers du Temple. Leurs subordonnés occupèrent l’aile annexe et les quartiers des gardes, tandis que le reste de l’armée devait loger dans l’hospice et les auberges. Les chefs d’unité tirèrent au sort pour déterminer où leurs hommes passeraient la nuit.
Une fois les chambres attribuées, l’armée se dispersa avec une parfaite discipline, telle une colonie de fourmis. Maxi observa la scène un moment, puis rejoignit Riftan. Il donnait encore ses instructions aux chevaliers, mais tourna la tête vers elle.
« Tu as l’air épuisée », remarqua-t-il en fronçant les sourcils.
Il lui prit le visage entre les mains et lui caressa la joue avec sollicitude. Puis il se retourna et gravit à grandes enjambées les marches menant à la grande salle. La princesse le suivit. fre(e)webnovel
« Pourriez-vous demander à un serviteur de nous conduire à notre chambre ? demanda poliment Riftan à la princesse. Ma femme a besoin de repos. »
La princesse cessa de donner des ordres aux servantes et se retourna, surprise. « Votre femme ? »
Elle dévisagea Maxi de la tête aux pieds.
S’efforçant de dissimuler son indignation, Maxi adressa à la femme le sourire le plus charmant qu’elle put. « Je suis ravie de faire votre connaissance, Votre Altesse. Je suis Maximilian Calypse. »
Le menton relevé, la princesse répondit : « Je suis Lienna Moor Thorben. Vous devez donc être la fille aînée du duc de Croyso. »
L’hostilité dans les yeux de la princesse poussa Maxi à rentrer légèrement les épaules. Lienna pinça les lèvres et ajouta d’un ton moqueur : « Vous êtes bien différente de ce que racontent les rumeurs. »
« Qu’est-ce que vous… ? »
Avant que Maxi puisse achever sa réplique furieuse, la princesse pivota et héla bruyamment une servante. « Doria ! Veuillez conduire notre invitée dans la chambre du deuxième étage. »
Maxi fixa la princesse, incrédule, mais celle-ci ne lui accorda pas la moindre attention.
Après avoir confié Maxi à la servante, Lienna adressa un sourire entendu à Riftan. « Vous, monsieur, devez rester. Nous avons des affaires à discuter. »
« Je pense que cela peut attendre. J’aimerais aussi me reposer », répondit Riftan avec indifférence en passant un bras autour de Maxi.
Le soulagement de Maxi fut de courte durée : la princesse répliqua sèchement : « Je ne vois pas en quoi m’offenser pourrait vous être utile. »
Riftan lança un regard glacial à la femme, outré par sa menace à peine voilée. Maxi se mordit la lèvre en comprenant que Lienna cherchait délibérément à retenir Riftan pour la provoquer. Il était évident que l’hostilité de la princesse envers elle découlait du long conflit entre Dristan et le Duché de Croyso.
Maxi s’efforça de garder un visage impassible malgré les regards provocateurs de la femme. « Je m’en sortirai seule. Faites ce que vous avez à faire. »
Riftan eut l’air mécontent. Il aurait sans doute voulu qu’elle insiste pour qu’il l’accompagne. Il devait néanmoins avoir reconnu qu’il serait imprudent d’offenser la maîtresse du château alors que l’armée de la coalition dépendait de la ville pour son approvisionnement.
« Très bien », dit-il en la lâchant. « Va te reposer. »
Il lui déposa un baiser sur le front, puis rejoignit la princesse, qui les observait d’un air hautain.
Maxi sentit son visage se renfrogner et se détourna vivement pour le cacher. Elle suivit la servante replète qui s’était proposée pour la conduire à sa chambre.
« Veuillez patienter un instant », lui dit la servante une fois dans la chambre d’hôtes. « Je vais vous préparer un bain et vous apporter des vêtements de rechange. »
Un feu crépitait déjà dans l’opulente pièce et la réchauffait. Maxi s’accroupit devant l’âtre en attendant. Bientôt, des serviteurs apportèrent une cuve remplie d’eau fumante, des serviettes et une robe de lin propre.
Bien qu’elle fût sur le point de s’évanouir d’épuisement, Maxi se lava avec soin dans le bain délicatement parfumé, puis enfila des vêtements propres. Elle n’avait peut-être pas de bijoux pour se parer, mais refusait d’avoir l’air éreintée devant cette femme insupportablement arrogante. Tout en essayant de dompter ses cheveux emmêlés, elle jetait de temps à autre un coup d’œil à la porte.
Après une attente qui lui parut interminable, elle entendit quelqu’un dans le couloir. Elle ouvrit brusquement la porte avant même que l’on frappe et découvrit Elliot de l’autre côté, le poing levé.
Le chevalier recula d’un pas et lui adressa un sourire embarrassé. « Je suis heureux de vous trouver réveillée, madame. »
« Y-y a-t-il un problème ? »
« Pas du tout. C’est juste que… la maîtresse du château a préparé un banquet. Je suis venu vous escorter jusqu’à la salle à manger. »
Elliot s’interrompit en la voyant se raidir.
Dissimulant son déplaisir, Maxi demanda aussi calmement que possible : « Et où est Riftan ? »
« Le commandant est dans la salle à manger. Il négocie l’achat de provisions. »
Maxi plissa les yeux devant sa réponse prudente. Sans aucun doute, il s’agissait d’une négociation avec cette femme exaspérante. Après avoir fixé le sol d’un air maussade, elle prit son manteau accroché au mur. Même si elle savait que les choses se dérouleraient plus facilement sans elle, elle ne voulait pas être la seule à manquer le banquet.
Elle sortit de la chambre et suivit Elliot jusqu’à la salle à manger.
« Savez-vous… comment Riftan a connu une personne de la famille royale de Dristan ? » demanda-t-elle avec prudence en chemin.
« Le commandant a servi d’espion à Dristan juste après avoir été adoubé. Il a probablement rencontré la princesse à cette époque. »
Maxi regarda Elliot, stupéfaite. « U-un espion ? Alors qu’il était chevalier ? »
« Il n’est pas rare qu’un suzerain confie des tâches peu reluisantes à des chevaliers de bas rang », répondit Elliot en haussant les épaules.
Maxi fronça les sourcils. Riftan n’avait que dix-huit ans lorsqu’il avait été adoubé. Avait-il rencontré la princesse à cette époque ?
Elle essaya de se représenter Riftan dans sa jeunesse. Il avait dû être beau même alors. L’image d’un jeune Riftan tentant de séduire la princesse de Dristan lui vint à l’esprit. Elle secoua la tête pour chasser cette vision déplaisante. Elle ne tenait pas à découvrir toute l’étendue de leur relation.
Le visage fermé, Maxi descendit les escaliers et entra dans la salle à manger du rez-de-chaussée. La pièce était déjà bondée de chevaliers : les membres de haut rang de Wedon et de Balto — dont, bien sûr, Richard Breston —, Sir Quahel Leon et les Chevaliers du Temple. Tous étaient assis autour d’un grand brasero.
Riftan et la princesse de Dristan occupaient toutefois les places d’honneur, face à l’entrée. Même de là où elle se tenait, Maxi percevait l’étrange tension qui régnait entre eux.