Chapitre 394
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394 Chapitre 155
« Je crains que cela ne dépasse le cadre de mes pouvoirs, dame Calypse, répondit sèchement Sir Derek. Sa Grâce m’a uniquement chargé de reprendre Midna. Je n’ai pas le pouvoir de donner des ordres aux autres vassaux. »
C’était un refus, même s’il était enrobé de formules polies. Mais Maxi savait que même les seigneurs de moindre importance disposaient d’une certaine liberté pour gérer leurs terres. Il leur arrivait de prendre des décisions contraires aux souhaits de leur suzerain, mais tant qu’ils ne dépassaient pas certaines limites, une insubordination mineure était généralement tolérée. Après tout, c’était préférable à une trahison pure et simple.
Maxi comprit bientôt qu’insister sur ce point ne ferait sans doute pas fléchir Sir Derek. Le chevalier ne voyait aucune raison valable de risquer de défier son seigneur.
Décidant d’adopter une approche plus douce, elle déclara d’un ton conciliant : « Je sais bien que cela dépasse le cadre de vos pouvoirs. Je reconnais que je n’ai pas le droit de vous imposer une telle demande. Mais ne sommes-nous pas liés par un code moral ? Nous avons le pouvoir d’inciter les autres à faire ce qui est juste, de les convaincre de réparer leurs torts. La noblesse de l’Est ne perdra la face que si l’on apprend qu’elle a abandonné les soldats qui ont risqué leur vie pour ses terres. »
« Défier son suzerain est tout aussi déshonorant, répondit Sir Derek d’un ton sans vie.
Maxi dut puiser dans toute sa volonté pour ne pas laisser paraître sa colère. Les multiples excuses du chevalier l’exaspéraient, mais elle savait qu’une attitude autoritaire ne servirait à rien.
« Le plus grand déshonneur, Sir Derek, consiste à défier le roi, répliqua-t-elle d’une voix posée.
« Nous n’avons reçu aucun ordre de Sa Majesté. Seulement de Sa Grâce. Il est donc de notre devoir d’obéir aux ordres de Sa Grâce. » Il s’interrompit pour boire une gorgée de vin, puis ajouta avec nonchalance : « Je vous conseille de faire part de vos inquiétudes au duc lui-même. »
« N-Nous n’avons pas le temps de… » s’écria Maxi avant de se reprendre.
Elle savait que ses excuses ne tenaient pas la route. Si elle tentait de convaincre les hommes de son père de le défier, c’était uniquement parce qu’elle n’avait aucune chance de faire changer d’avis le duc. Sir Derek avait sans doute percé ses intentions à jour, lui aussi.
Se mordant la lèvre, Maxi dut admettre que de simples appels à la conscience ne feraient pas bouger ces nobles égoïstes. Ils trouvaient toutes sortes de prétextes pour fuir leurs responsabilités. À leurs yeux, leur sécurité immédiate l’emportait sur toute considération morale.
Il lui fallait une véritable menace.
« Vous avez dit que mon père était gravement malade. Croyez-vous vraiment qu’un vieillard sur son lit de mort soit encore capable de prendre des décisions raisonnables ? »
Le chevalier parut momentanément surpris, moins par la franchise de sa remarque que par l’audace de cette jeune femme qui osait remettre ouvertement en question son tout-puissant suzerain.
Après un silence, il répondit avec prudence : « Dans ce cas, je vous conseille d’adresser une requête officielle à Sa Majesté. Même le duc ne peut ignorer un décret royal. »
« S-Sa Majesté se trouve à Balbourne ! Il nous a fallu des semaines… rien que pour arriver jusqu’ici ! s’exclama Maxi, à bout de patience. Si nous tardons davantage, le dragon reviendra. Vous-même… vous devez bien avoir des intérêts dans le duché. »
« Je suis actuellement chargé de Karodia, répondit-il sèchement.
Maxi parcourut mentalement la carte de la région. Karodia était une zone commerciale située dans le nord-ouest du duché. Son assurance vacilla lorsqu’elle comprit que Sir Derek avait sans doute lui aussi des griefs contre Riftan. Elle garda néanmoins son calme.
« Si le dragon ressuscite, toutes les terres seront en danger, Karodia comprise. Est-ce vraiment ce que vous souhaitez, Sir Derek ? »novelbuddy .com
« Dame Calypse, moi aussi, je souhaite soutenir l’armée de la coalition. Mais même si je risque de m’attirer les foudres du duc en accédant à votre demande, rien ne garantit que les autres nobles enverront des vivres. À votre avis, combien seraient prêts à défier le duc et à risquer leur position ? »
Maxi sentit ses joues s’empourprer d’indignation. Tandis que l’armée de la coalition se battait pour protéger ces terres, ces nobles sans courage se souciaient davantage de leur rang. La rage bouillonnait en elle. Elle brûlait d’envie de lui lancer ses quatre vérités, mais savait que cela mettrait probablement un terme aux négociations.
Maxi remua fébrilement ses pensées. Ces nobles voulaient préserver le statu quo. Elle se demanda comment elle pouvait leur en donner l’assurance. Elle ignorait la gravité de la maladie de son père, mais la passivité de Sir Derek laissait penser que le duc n’était pas encore à l’article de la mort.
Elle prit un risque calculé.
« Mon père ne sera pas là éternellement pour garantir votre position. »
« Et que suggérez-vous, au juste ? »
Sans tenir compte de sa question sèche, Maxi poursuivit d’un ton glacial : « Comme vous le savez, mes relations avec mon père sont tendues, et mon mari nourrit lui aussi du ressentiment envers le duché. Pourtant, l’animosité qui persiste entre Anatol et Croyso s’évanouira naturellement après la mort de mon père. Mais si vous vous dérobez à vos responsabilités aujourd’hui… sachez que nous nous souviendrons de vos actes pendant des années. »
Le chevalier se tut, et Maxi sentit la satisfaction l’envahir. Elle le tenait.
« Cependant, ajouta-t-elle aussitôt, faites preuve d’un peu de courage dans cette affaire… et je vous garantis qu’il n’y aura aucune conséquence. Quiconque perdra son poste à cause de cela… le retrouvera après la mort de mon père. »
Sir Derek la regarda, et elle le vit peser ses paroles.
Maxi décida de hâter sa prise de décision. « Vous pouvez transmettre ma promesse aux autres nobles par écrit. Le choix vous appartient. »
Enfin, Sir Derek soupira. « Je comprends. Je vais envoyer des lettres sans tarder. »
Le cœur sur le point d’éclater de triomphe, Maxi se contenta de hocher la tête comme s’il n’avait fait que son devoir.
Hebaron la suivit lorsqu’elle quitta la caserne. « Vous avez été magnifique, ma dame, dit-il en lui tapotant le dos. Une véritable force de la nature. Si redoutable que j’ai failli me pisser dessus de peur. »
« N-Ne vous moquez pas de moi ! » siffla doucement Maxi en accélérant le pas pour s’éloigner du campement du duché.
« Je ne me moque pas, ma dame, je suis admiratif. Même ce grand buté était impressionné. »
Maxi lança un regard noir au chevalier narquois tandis qu’ils traversaient une place animée. Les soldats affluaient déjà vers les cuisines pour le déjeuner.
En rejoignant le bout de la file, Maxi demanda avec précaution : « Vous croyez que les vassaux du duché… enverront des vivres ? »
« Ils seraient idiots de ne pas le faire, répondit Hebaron en haussant les épaules. Mais je vous conseille de ne pas trop espérer. Vous seriez surprise du nombre d’idiots qu’il y a dans le monde. »
Abattue, Maxi observa les cuisiniers de l’armée distribuer les repas. Si les vivres n’arrivaient pas bientôt, ils n’auraient bientôt plus que de la bouillie de haricots claire comme de l’eau et du pain rassis. Riftan finirait alors sans aucun doute par combler lui-même le manque.
Maxi serra les poings.
Non. Je ne laisserai pas mon père l’exploiter davantage.
Soudain, elle eut l’étrange impression qu’on l’observait. En balayant les environs du regard, elle aperçut Richard Breston qui l’épiait depuis sa place.
Maxi fronça les sourcils. Que faisait-il là ? La réunion s’était-elle terminée si vite ?
Breston fit tourner distraitement un couteau entre ses doigts, puis se leva et disparut derrière une tente. Depuis combien de temps était-il assis là ? De cet endroit, il avait facilement pu la voir sortir de la caserne du duché. Un frisson d’inquiétude la parcourut lorsqu’elle se rappela qu’il avait invoqué la diminution des vivres pour justifier son retrait de la coalition.
***
Le lendemain, près de cinq cents habitants évacués de Midna regagnèrent la ville fortifiée. Des chariots chargés de fourrage, de tonneaux d’alcool, de pain et de fromage les suivaient : toutes ces provisions provenaient des régions méridionales. Elles ne suffiraient pas à nourrir une armée aussi vaste et ses chevaux pendant longtemps, mais ils ne pouvaient plus se permettre d’attendre. L’armée de la coalition décida de poursuivre son plan et de se procurer davantage de vivres dans la région suivante.
Tandis que Maxi chevauchait à travers les champs enneigés, la honte et la rage se mêlaient en elle. Elle n’avait jamais nourri beaucoup d’illusions au sujet de son père, mais son refus catégorique de les aider avait ravivé sa colère. S’il mourait sur-le-champ, elle ne verserait pas une larme. Furieuse, elle tira sur ses rênes.
« Nous allons nous reposer un moment ici », entendit-elle Riftan crier depuis la tête de l’armée.
Maxi avait été déplacée de l’arrière de la formation des Chevaliers du Dragon rouge vers le centre, ce qui lui offrait une vue dégagée sur l’imposant commandant suprême, juché sur son cheval de guerre.
Riftan mit pied à terre et s’avança aussitôt vers elle. « Laisse-moi t’aider à descendre. »
« Ce n’est pas la peine. Je peux… »
Avant qu’elle ait pu achever sa phrase, il la saisit par la taille et la souleva sans effort de sa jument.