Chapitre 371
Chapitre 371 : Chapitre 132
Maxi lança un regard noir à Ursuline.
« Vous avez fini ? »
« Pas tout à fait », répondit sèchement le chevalier en se penchant pour lui tendre la main.
Maxi accepta son aide, l’air renfrogné.
En l’aidant à se relever, Ursuline ajouta d’un ton sévère : « Combien de fois vous ai-je dit de ne pas détourner les yeux de votre adversaire ? Au moins cent fois, j’en suis sûr. Vous devez garder les yeux fixés sur ses épaules et sa tête, prête à reculer à tout moment. Vos charges inconsidérées vous font perdre l’équilibre à la première contre-attaque. Au moins, essayez de ne pas trébucher toute seule… »
« Vous avez fait passer le message, Sir Ursuline », lança Maxi avec irritation en se frottant les fesses endolories.
Ursuline, cependant, semblait décidé à poursuivre ses remontrances. Il haussa un sourcil et prit un ton autoritaire. « C’est ce que vous m’avez dit tout à l’heure, avant de refaire exactement la même erreur. Si vous aviez vraiment compris mes consignes, vous n’auriez pas trébuché de nouveau. »
« C-Comprendre quelque chose et réussir à le mettre en pratique, ce sont deux choses différentes ! »
« La plupart des gens diraient que cela signifie qu’on n’a pas compris. »
Ramassant son épée d’entraînement dans la neige, Maxi foudroya le chevalier du regard, exaspérée. Elle ne pouvait nier qu’elle avait des réflexes lamentables, mais les remarques incessantes d’Ursuline commençaient à lui taper sur les nerfs.
Pointant son épée de bois vers le visage agaçant d’impassibilité de son instructeur, elle lança sèchement : « J-J’ai simplement perdu l’équilibre. Ça ne… se reproduira plus. »
Le chevalier ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose, puis s’interrompit et secoua la tête. Il leva son épée d’entraînement pour engager le combat.
Maxi évalua soigneusement la distance qui les séparait, à la recherche d’une ouverture. Dans son esprit, mettre le chevalier au tapis semblait assez facile, mais son corps refusait de lui obéir. Ses coups manquaient de force et elle perdait contenance chaque fois qu’elle attaquait. Elle finissait aussi toujours les fesses par terre lorsqu’elle tentait d’éviter un coup. Quelques instants plus tard, Maxi se retrouva de nouveau étalée au sol, telle un épouvantail couvert de neige.
Ursuline la regarda d’un air sombre. « Je vais être franc, madame. Vous n’avez absolument aucun talent pour le maniement de l’épée. »
« J-Je le sais ! » cria Maxi.
Le chevalier conserva son sérieux, comme pour souligner qu’il s’agissait d’une évaluation objective. « À vrai dire, le moindre mouvement élémentaire vous donne du fil à retordre. Pour faire simple, vous n’êtes pas faite pour l’activité physique. Au lieu de perdre votre temps dans une entreprise aussi désespérée, vous feriez peut-être mieux d’apprendre des sorts offensifs auprès du sorcier. »
« V-Vous abandonnez déjà ? »
Bien qu’elle fût à bout de forces après avoir subi l’obstination d’Ursuline Ricaydo, son renoncement lui inspira de l’angoisse. Elle se redressa d’un bond et brandit son épée d’entraînement, comme pour lui prouver qu’elle en était capable.
« Je sais que je suis une très mauvaise élève, mais… je finirai par m’améliorer, je vous l’assure. Vous m’avez appris à manier la dague, et j’ai mis cet entraînement à profit pour tuer un gobelin sur le plateau de Pamela. »
« Inutile de mentir, madame. Je continuerai à vous enseigner tant que vous voudrez apprendre. »
« C-Ce n’est pas un mensonge ! J’ai vraiment tué un gobelin comme ça ! » s’exclama Maxi en plongeant une dague imaginaire dans le vide.
Ursuline la dévisagea avec scepticisme, puis secoua la tête. « Ça devait être un monstre particulièrement stupide », marmonna-t-il pour lui-même.
Le chevalier s’empressa de se taire devant le regard meurtrier de Maxi.
Furieuse, Maxi siffla entre ses dents serrées : « V-Vous n’êtes pas obligé de vous forcer à m’enseigner ! Je préférerais… apprendre auprès de Riftan, de toute façon. »
« Le commandant n’aura pas le temps avant la fin des préparatifs de la campagne militaire », répondit Ursuline, non sans une pointe d’inquiétude. « La situation semble plus grave que prévu. Il s’emploie à empêcher l’Alliance du Nord de prendre le contrôle de l’armée de la coalition. »
Le visage de Maxi s’assombrit à cette nouvelle inattendue. « Cela veut dire que… Richard Breston pourrait devenir commandant en chef, cette fois ? »
« Dans le pire des cas, oui », admit le chevalier, les yeux fixés sur la chapelle principale où siégeait le Conseil des Sept Royaumes. « Puisque l’Église ne peut nier sa responsabilité dans la situation actuelle, l’Alliance du Nord s’en sert comme prétexte pour retirer le commandement aux Chevaliers du Temple et nommer Richard Breston à la tête de l’armée de la coalition. S’ils réussissent… les armées de tous les royaumes favorables à l’armistice seront en danger. Il tentera probablement d’anéantir une grande partie de leurs troupes. Le commandant essaie d’empêcher cela. » « Que… compte-t-il faire ? »
« Que voulez-vous qu’il fasse ? » répondit Ursuline en haussant les épaules. « Il va devoir revendiquer le poste lui-même. Le roi Reuben l’a déjà nommé commandant de l’armée de Wedon. Avec le soutien de la couronne, il ne devrait pas avoir trop de mal à l’emporter sur Breston. »
Le visage de Maxi se crispa d’inquiétude tandis qu’elle se rappelait les moqueries ouvertes que les Nordiens avaient adressées à son mari en raison de ses origines modestes. Même si Riftan était sans conteste le plus grand chevalier du royaume, elle ne doutait pas que les nobles conservateurs du Nord le dénigreraient pour sa basse extraction. De plus, Riftan n’avait toujours pas reçu de titre nobiliaire officiel.
Maxi savait bien qu’il était sans précédent qu’un simple chevalier vassal prenne le commandement d’une armée de plusieurs dizaines de milliers d’hommes. Le soutien de la couronne de Wedon suffirait-il à assurer à Riftan le poste de commandant en chef de l’armée de la coalition ?
Sentant Maxi sombrer dans l’inquiétude, Ursuline intervint : « Je vous conseille de vous concentrer sur vous-même pour le moment, madame. Si Sir Riftan parvient aujourd’hui à prendre le commandement de l’armée, les Chevaliers du Dragon rouge seront en première ligne. Il est peu probable que vous ayez à affronter l’ennemi directement… »
Le chevalier s’interrompit, comme s’il hésitait. Il la considéra un instant d’un air mal à l’aise, puis reprit avec gravité : « Mais il serait tout de même utile que vous connaissiez une ou deux techniques. »
Bien que son attitude résolue l’irritât, Maxi se mit docilement en garde, son épée de bois à la main. Ils poursuivirent leur entraînement aux bases de l’escrime pendant près de deux heures. Malgré la force physique et l’endurance qu’elle avait acquises au fil des mois de campagne militaire, elle peina à suivre ces exercices épuisants. Son niveau restait celui d’une enfant qui agitait sauvagement un bâton.
Épuisée et découragée, Maxi quitta le terrain d’entraînement d’un pas traînant. Elle ne s’était pas attendue à devenir une épéiste accomplie du jour au lendemain, mais elle n’aurait pas cru que les choses tourneraient aussi mal.
Se frottant les fesses endolories et les poignets douloureux, elle traversa le vaste terrain. Tout autour d’elle, des soldats transportaient des bagages en slalomant entre les rangées de chariots qui encombraient l’espace, de la chapelle principale à l’entrée de la basilique. Elle se hâta à travers le tumulte, résolue à demander à Ruth de lui lancer un sort de soin.
Alors qu’elle approchait des quartiers occupés par les Chevaliers du Dragon rouge, elle aperçut Riftan qui revenait avec quelques-uns de ses hommes. Elle courut joyeusement vers lui.
« Riftan ! »
Un léger sourire passa sur son visage impassible lorsqu’il la vit, et Maxi sentit aussitôt sa fatigue s’envoler.
Il revenait apparemment du Conseil et portait l’uniforme d’apparat des Chevaliers du Dragon rouge. Dépourvu des ornements de soie et de plumes prisés par les autres nobles, il dégageait malgré tout une allure digne dans son simple surcot bleu et son épaulière ornée de l’insigne des chevaliers.
Maxi le contempla avec fierté, puis se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser léger comme une plume sur son menton lisse.
« C-Comment s’est passé le Conseil ? J’espère qu’ils ne vous ont pas trop malmené. »
« Maxi… je ne suis pas un enfant qui craint d’être mis à l’écart », répondit Riftan en laissant échapper un reniflement incrédule.
Il semblait sincèrement trouver son inquiétude ridicule, mais la chaleur de ses yeux noirs suggérait qu’il appréciait cette attention. Après lui avoir effleuré la joue d’un baiser, il ôta son gantelet et caressa son cou glacé.
« Je vois que tu t’es entraînée. »
« Oui, je me suis exercée », répondit Maxi comme une enfant en quête de compliments.
Une expression étrange, entre sourire et grimace, traversa brièvement le visage de Riftan. Il inclina la tête pour inciter ses subordonnés souriants à s’éloigner, passa un bras autour des épaules de Maxi et entra d’un pas vif dans le bâtiment. Ils traversèrent la salle à manger bondée et montèrent l’escalier.
« Je suis désolé de ne pas pouvoir t’entraîner moi-même, dit-il. Je n’arrive pas à trouver le temps. »
« C-Ce n’est pas grave ! Je sais que vous êtes occupé », s’empressa de le rassurer Maxi.
Elle éprouvait une pointe de déception, mais était également soulagée qu’il n’ait pas eu à assister à ses gesticulations pitoyables.
Forçant un rire, elle ajouta : « Sir Ursuline est un excellent mentor… vous n’avez donc pas à vous inquiéter pour mon entraînement. Mais surtout… comment s’est passé le Conseil aujourd’hui ? J’ai entendu dire que vous disputiez à Richard Breston le titre de commandant en chef. »
Une fois entré dans leur chambre, Riftan répondit sans détour en allumant la cheminée : « Le roi de Livadon a choisi de me soutenir, alors je pense que j’ai de bonnes chances. Ton premier partenaire de danse s’est révélé utile. »
Maxi leva les yeux au ciel à sa remarque acerbe. De toute évidence, il comptait lui en tenir rigueur encore quelque temps.
Retenant un soupir, elle répondit avec une nonchalance étudiée : « Comme c’est gentil de sa part. Nous voilà tous deux redevables à Sir Sejuleu. »
Riftan lui lança un regard noir, puis renifla. Il se redressa. « Je préfère ne pas parler de ce salaud », dit-il, visiblement mécontent. « Tiens, essaie de porter ça. »
Il détacha l’épée à sa ceinture et la lui tendit.
« C-C’est pour moi ? » demanda-t-elle, les yeux brillants d’impatience. 𝚏r𝚎𝚎𝚠e𝚋𝚗𝚘v𝚎l.𝚌𝚘𝚖
« Oui. Elle devrait être bien plus légère que la précédente. »
Lorsqu’elle saisit la poignée à deux mains, Riftan retira le fourreau, dévoilant une lame fine et étincelante. Maxi ne put que la contempler, émerveillée. Le fil de la lame était si tranchant qu’elle craignait de se blesser les yeux en la regardant.
« Elle n’est pas trop lourde ? »
Maxi secoua la tête. « E-Elle est incroyablement légère. »
« Maintenant, essaie de la manier… »