Chapitre 370
Chapitre 370 : Chapitre 131
C’était une épée courte et élégante, dont la lame mesurait environ deux kevettés (soit environ soixante centimètres). Riftan la tira à moitié de son fourreau de cuir et, après l’avoir soigneusement examinée, lui tendit la poignée.
« Tiens, essaie de la porter. »
« M-Moi ? »
Maxi leva vers lui un regard surpris avant de s’en saisir avec prudence. Bien que sa lame fût beaucoup plus courte que celle de Riftan, elle était encore trop lourde pour qu’elle la manie d’une seule main. Elle dut serrer la poignée à deux mains pour en équilibrer le poids.
En la voyant peiner, Riftan soupira et reprit l’arme. « Je demanderai au forgeron d’allonger la poignée pour que tu puisses la manier à deux mains. »
« C-C’est pour moi ? »
« Ça ne saute pas aux yeux ? » répliqua sèchement Riftan en rengainant la lame étincelante. Il prit ensuite une paire de gants de cuir dans un petit coffre. « Je les ai fait faire pour toi. Essaie-les. »
Maxi, qui clignait des yeux d’un air absent, prit les gants et les enfila. Le cuir souple et tanné épousait parfaitement ses mains. Elle s’émerveilla de sa souplesse et de sa solidité en serrant puis en ouvrant le poing.
Alors qu’elle s’y essayait, Riftan prit une cuirasse noire et la posa contre sa poitrine. « Tourne-toi. »
Maxi obéit. D’un geste habile, Riftan attacha la cuirasse par-dessus le gambison, de façon à ce qu’elle épouse sa poitrine.
La faisant de nouveau pivoter vers lui, il demanda : « Est-ce trop serré ? »
« N-Non, pas du tout. »
Non seulement la cuirasse semblait taillée sur mesure, mais elle était incroyablement légère. Maxi leva vers Riftan des yeux brillants d’émotion. Elle n’en revenait pas qu’il eût préparé tout cela pour elle.
Le cœur débordant de joie, elle s’exclama : « Elle est très confortable. De quoi est-elle faite pour être si légère ? »
« De cuir de cocatrix. Il est léger, mais résiste à la plupart des attaques. »
Maxi examina la cuirasse avec étonnement. Le cocatrix était un monstre de haut rang aussi rare qu’un basilic. Les vendeurs pouvaient fixer le prix qu’ils voulaient pour ses peaux et, comme seuls quelques artisans savaient travailler une matière pareille, une cuirasse d’une telle qualité avait dû coûter une fortune.
Maxi déglutit. « U-Un mage… aurait-il besoin d’une armure aussi coûteuse ? »
« Toi, oui », répondit froidement Riftan, le visage grave. « À partir de maintenant, les chevaliers et moi t’apprendrons à manier l’épée dès que nous le pourrons. Les mages sont rarement appelés à combattre, mais tu dois apprendre à te protéger, au cas où. »
Maxi voulut rétorquer qu’elle ne s’était jamais jetée volontairement dans le danger, mais elle se tut. Elle ne voulait pas se disputer pour des broutilles alors qu’il acceptait qu’elle l’accompagne dans cette campagne militaire.
« J’ai compris », répondit-elle avec l’enthousiasme d’une écuyère zélée. « Je ferai de mon mieux. »
Riftan observa sa réaction, le regard chargé d’une émotion complexe et indéchiffrable, puis poussa un soupir. Il se retourna et sortit du coffre une cape bleu foncé.
« Reste toujours près de Ruth, dit-il en examinant l’état de la cape, que vous soyez en chemin ou au combat. Il t’expliquera les règles que tu devras respecter en tant que mage de notre ordre. »
« E-En tant que mage de l’ordre ? »
« C’est bien ça. » Il lui posa la cape sur les épaules et déclara : « Tu es désormais une mage des Chevaliers du Dragon rouge. Tu dois donc obéir aux ordres de ton commandant avant de suivre les consignes de cette racaille de Nornui. »
Maxi ouvrit de grands yeux. Après lui avoir rabattu la capuche sur la tête, Riftan sortit de la cabane.
Muette de stupeur, Maxi le suivit d’un pas incertain, puis revint brusquement à elle. Les mages avaient leurs propres règles, et certaines formalités devaient être accomplies avant qu’elle puisse officiellement rejoindre les Chevaliers du Dragon rouge. Elle le lui fit remarquer, la voix tremblante.
« V-Vous savez bien que nous ne pouvons pas en décider nous-mêmes. Il faut d’abord adresser une demande officielle à la Tour pour obtenir un mage avant que je puisse rejoindre les Chevaliers du Dragon rouge. Et il y aura aussi des évaluations… »
« Toutes les formalités nécessaires ont été accomplies », rétorqua Riftan d’un ton plutôt froid en la coupant. « À ton avis, pourquoi Ruth Serbel a-t-il joué les commissionnaires pour ce vieil homme si pointilleux ? Tu crois qu’il était aux ordres de Calto Serbel uniquement parce qu’ils sont de la même famille ? »
Ses lèvres tressaillirent et une expression cynique se dessina sur son visage. « Ruth Serbel est un mage des Chevaliers du Dragon rouge, pas un domestique à qui l’on peut donner des ordres. »
« V-Vous voulez dire… qu’il a aidé Maître Calto à condition que je sois affectée à Anatol ? » demanda Maxi, stupéfaite.
Comme les mages d’Urd connaissaient parfaitement les circonstances qui l’avaient conduite à Nornui, elle s’était attendue à ce qu’on la renvoie chez elle une fois toutes les formalités accomplies. Découvrir que la Tour avait utilisé son retour comme monnaie d’échange sans même la consulter lui donna l’impression d’avoir été trahie.
« Je serais retournée à Anatol même sans l’aide de Ruth », dit-elle d’un ton glacial. « Puisque la Tour des Mages ne restreint pas la liberté de ses mages, Maître Calto n’avait pas le droit de négocier… »
« C’est vrai dans la plupart des cas, mais Anatol a Ruth Serbel. Tu as oublié qu’il est la brebis galeuse de votre communauté ? » répondit Riftan avec objectivité. « Même si je déteste l’admettre, tu es une mage de la Tour, et Nornui peut te retenir là-bas si elle le souhaite. Je ne voulais pas prendre ce risque. »
Incapable de trouver quoi répondre, Maxi referma la bouche.
Alors qu’ils pénétraient dans un terrain vague récemment déblayé de sa neige, Riftan ajouta dans un soupir : « Ce n’est toutefois pas la seule raison pour laquelle Ruth a joué les serviteurs de la Tour. Il a obtenu le pardon de son départ non autorisé en échange d’une enquête discrète sur les archives des mages noirs et de négociations avec le pape au nom de Nornui. Il aurait collaboré avec Calto Serbel, que ton affectation ait fait partie de l’accord ou non. »
Maxi leva vers son mari un regard interrogateur. « Savez-vous ce qu’il a négocié avec le pape ? »
« Il m’a dit qu’il ne pouvait pas entrer dans les détails, mais il s’agissait probablement de réviser la liste des hérésies. Je ne pense pas que la Tour des Mages ait autre chose à demander à l’Église. »
Maxi se perdit dans ses pensées. Si le nouveau pape promulguait un édit favorable aux utilisateurs de magie, cela ouvrirait certainement de nouvelles possibilités aux mages. Sans compter qu’elle pourrait peut-être apprendre quelques sorts avancés. Elle résolut de harceler Ruth ou Calto pour connaître tous les détails de ces négociations.
Rougissant d’excitation, elle leva de nouveau les yeux vers Riftan. Des flocons de neige tourbillonnants se posèrent dans ses cheveux noirs de velours. Elle les chassa doucement et demanda avec prudence : « Vous voulez vraiment… que je rejoigne l’ordre ? »
« Tu veux une réponse honnête ? » demanda-t-il en baissant sur elle un regard grave.
En découvrant son visage assombri, Maxi sentit son enthousiasme s’évanouir comme du sable entre ses doigts. Elle hésita longuement, puis finit par hocher la tête.
Riftan détourna les yeux et contempla le terrain enneigé. « Je n’ai toujours voulu que le meilleur pour toi, dit-il amèrement. Je veux te couvrir de belles robes et de bijoux, pas d’armures et d’armes. Je veux t’offrir une vie sans inquiétude ni peur, où les mages noirs seraient le dernier de tes soucis. Mes désirs n’ont pas changé. »
« J-Je… »
« Mais tu as choisi de devenir mage. » Un sourire amer se dessina sur ses lèvres. « Et tu as le droit de décider de ta vie. »
Une boule se forma dans la gorge de Maxi. Tristesse et tendresse se mêlaient dans les yeux sombres et chaleureux qui la contemplaient.
Submergée par ses émotions, elle se jeta dans ses bras. Sa voix s’étrangla lorsqu’elle parla.
« C-Ce que je veux… c’est être avec vous, Riftan Calypse. Rester à vos côtés, toujours. »
Riftan l’enlaça et enfouit le visage dans les boucles rousses qui retombaient sur son épaule. Elle sentit son souffle chaud contre son cou glacé tandis qu’il murmurait : « Alors, faisons comme ça. »
***
Riftan conduisit Maxi auprès des Chevaliers du Dragon rouge. Il rassembla les hommes qui se trouvaient aux quatre coins du terrain et annonça que Maximilian Calypse avait désormais pour fonction d’être mage à Anatol. Des acclamations retentirent, et cette joie débordante donna le vertige à Maxi. Même le fait qu’ils devraient partir dans quelques jours pour affronter une nouvelle guerre atroce ne parvint pas à ternir la fierté et l’accomplissement qu’elle ressentait à cet instant.
Maximilian Calypse faisait désormais partie des Chevaliers du Dragon rouge. Elle eut l’impression d’avoir grandi d’une kevette en une nuit.
Mais son euphorie ne dura pas. Elle se retrouva bientôt étalée sur le sol du terrain d’entraînement, à fixer le visage soigneusement rasé d’Ursuline Ricaydo.
Le chevalier poussa un soupir exaspéré. « Il doit y avoir quelque chose qui cloche dans la façon dont vos muscles sont reliés, madame… »