Chapitre 368
Chapitre 368 : Chapitre 129
Les paroles inattendues de Ruth prirent Maxi au dépourvu, mais Riftan sembla comprendre pourquoi le sorcier avait formulé une telle demande.
Plongé dans ses pensées, Riftan observa brièvement Ruth avant de répondre avec calme : « J’ai beau porter le glorieux titre de réincarnation de Wigrew, je ne suis qu’un chevalier vassal. Une audience publique, oui, mais obtenir un entretien privé risque d’être difficile. Et puis, le pape tient actuellement à affirmer son autorité. Il n’acceptera pas facilement, à moins que nous ayons quelque chose d’alléchant à lui proposer. »
« Dans ce cas, répliqua Ruth avec ironie, dites-lui que je sais où se trouve l’objet qu’ils cherchent sans relâche depuis quelques années. Faites-lui comprendre qu’il aurait intérêt à accéder à ma demande s’il veut éviter de s’attirer des ennuis plus graves. »
Riftan haussa un sourcil. « Tu veux que je menace le représentant de Dieu ? »
« N’est-ce pas ta spécialité ? » rétorqua Ruth d’un ton neutre. « Nous n’avons pas de temps à perdre. J’aimerais parler au pape aujourd’hui, si possible. S’il refuse, par orgueil ou pour toute autre raison, préviens-le que je m’adresserai au Grand Prêtre Garis. Cela devrait le convaincre. »
Maxi en resta bouche bée. Ruth demandait-il vraiment à Riftan de menacer le dirigeant le plus influent des Sept Royaumes ?
Horrifiée, elle lâcha précipitamment : « Cessez de tourner autour du pot et dites-nous ce que vous avez découvert ! Si nous nous mettons le pape à dos pour une broutille… »
« Très bien, intervint Riftan en la coupant. Je vais demander audience auprès de lui tout de suite. »
Ce ne fut qu’en entendant de faibles pas résonner dans le couloir que Maxi comprit que quelqu’un avait écouté leur conversation. Elle blêmit et Ruth poussa un léger soupir.
« Je vous expliquerai tout après avoir vu le pape », dit-il.
Maxi comprit alors pourquoi Ruth se montrait si prudent. La Grande Basilique d’Osiriya était devenue un champ de bataille où s’affrontaient de nombreuses factions. Les tensions entre l’Église orthodoxe et l’Église réformée, les luttes de pouvoir discrètes entre les monarques, les nobles en quête de faveur et les serviteurs prêts à espionner pour quelques pièces…
Maxi ravala sa curiosité et hocha la tête. « Je comprends. »
Avec son accord, Riftan décroisa les bras et se dirigea vers la porte. « Je vais voir le père Lugias. Vous deux, attendez ici. »
Bras droit du pape, le Grand Prêtre Lugias était chargé de recevoir les nobles en son nom. Après le départ de Riftan, Maxi et Ruth s’installèrent près de la cheminée et attendirent dans un silence anxieux.
Maxi était en proie au tourment. Ruth avait dit que l’Église recherchait quelque chose, et son ton énigmatique indiquait qu’il ne s’agissait pas seulement des mages noirs. Si c’était le cas, que cherchaient-ils donc au juste ?
Une question en entraînait une autre, et toutes s’emmêlaient dans son esprit comme des fils. L’impatience la gagnait lorsqu’elle fut soulagée de voir Riftan rentrer dans la pièce.
« Sa Sainteté a accepté de vous recevoir immédiatement », annonça-t-il en baissant les yeux vers Ruth. Un sourire de travers tordit ses lèvres. « Je dois toutefois te prévenir : tes paroles l’ont mis dans une colère noire. Ne t’attends pas à ce qu’il tolère ton insolence comme je le fais. Tu risques de te retrouver au gibet pour blasphème. »
« Merci de me prévenir », marmonna Ruth entre ses dents en se levant.
En sortant de la pièce, Maxi aperçut un Chevalier du Temple et un clerc vêtu d’une robe noire qui attendaient dehors. Ils devaient être là pour escorter Ruth jusqu’au pape, supposa-t-elle. Son ventre se noua. À en juger par leur présence, le pape estimait les renseignements de Ruth extrêmement dangereux.
« Je vous en prie… prenez l’avertissement de Riftan au sérieux, supplia Maxi, inquiète. Veillez à ne pas offenser le pape. »
« Tu me prends pour un enfant irréfléchi ? » répliqua-t-il en lui lançant un regard incrédule. Il secoua la tête. « L’audience ne devrait pas durer longtemps. Je serai de retour avant même que tu t’en rendes compte, alors ne t’inquiète pas. »
Sur ces mots, il suivit le clerc dans le couloir sombre. Maxi le regarda s’éloigner, le visage empreint d’inquiétude.
« N-Nous ne devrions pas l’accompagner ? »
« Il se débrouillera très bien tout seul. Tu n’as pas à t’inquiéter », répondit Riftan d’un ton froid en la guidant vers la cheminée.
Maxi leva les yeux vers lui, le regard plein de questions. « Vous savez ce que Ruth a découvert, n’est-ce pas ? »
« Il faudrait être idiot pour ne pas comprendre que la faction réformée cache quelque chose », répondit-il évasivement.
Maxi fronça les sourcils et le fusilla du regard tandis qu’il jetait une bûchette dans la cheminée. Comprenant qu’elle attendait des explications plus précises, Riftan poussa un léger soupir.
« Depuis quelques années, les Chevaliers du Temple fouillent les Sept Royaumes à la recherche de quelque chose. Au début, nous avons pensé qu’ils traquaient les restes de l’armée des monstres, mais des recherches plus poussées nous ont fait douter. À présent, il est clair qu’ils cherchent un objet. »
« Q-Quel genre d’objet ? »
Après avoir contemplé en silence les flammes crépitantes, Riftan releva la tête et croisa le regard de Maxi. Elle le vit hésiter, tiraillé entre son désir de la protéger et son devoir de l’informer.
Il sembla prendre une décision et poursuivit d’un ton calme : « Avant de partir en campagne militaire, j’ai chargé Ursuline d’enquêter sur les activités passées des Chevaliers du Temple. La princesse Agnes et Sejuleu Aren ont tous deux coopéré à l’enquête. Grâce à eux, nous avons appris des choses importantes. »
Maxi plissa les yeux, se rappelant les innombrables conversations privées entre Riftan et la princesse auxquelles elle avait assisté. Elle sentit soudain monter en elle une pointe de frustration à l’idée d’être tenue à l’écart de tout.
Repoussant ses mesquines émotions, elle demanda : « Qu’avez-vous… appris ? »
« Il y a trois ans, la Grande Basilique d’Osiriya a remplacé son trésorier sans raison apparente. C’est très inhabituel, puisque les postes au sein de l’Église sont généralement occupés à vie, sauf motif valable de renvoi ou si la personne est trop âgée ou trop malade pour continuer. En outre, seul un grand prêtre jouissant de la confiance du pape est nommé à cette fonction. Pourtant, le trésorier déchu n’a pas protesté, bien qu’il ait été évincé sans motif. Ensuite, les Chevaliers du Temple ont constitué un groupe de recherche et se sont mis à fouiller le continent occidental. »
Maxi comprit aussitôt ce qu’il sous-entendait. « Vous pensez… que quelque chose a été volé dans la basilique ? »
Riftan hocha la tête, le visage impassible. « C’est la seule conclusion logique. Les salauds qui sèment des morts-vivants sur tout le continent ont probablement volé quelque chose dans la basilique pendant le chaos de la guerre. L’ancien pape a gardé le secret pour éviter qu’on lui reproche de n’avoir pas su protéger les biens de l’Église. Puis il a ordonné aux Chevaliers du Temple, qui lui avaient prêté allégeance, de retrouver l’objet et de le rapporter. »
Maxi déglutit avec nervosité. Même si Ruth avait promis de tout leur expliquer à son retour, elle ne put s’empêcher de demander : « À votre avis… qu’est-ce qui a été volé ? »
Elle avait posé la question dans un murmure à peine audible, mais dans le silence de la pièce, sa voix lui sembla beaucoup trop forte.
Après avoir observé son visage rougi en silence, Riftan haussa les épaules. « Quelque chose de dangereux. Sa disparition entraînerait sans aucun doute de graves répercussions. »
Maxi se mordit la lèvre en essayant de se rappeler toutes les reliques sacrées que possédait l’Église. Elle doutait que les monstres convoitent les restes sacrés de Darian le Monarque et de ses douze chevaliers. Et, à part le fragment brisé d’Ascalon, l’épée sainte de Wigrew, les armes des douze chevaliers étaient actuellement confiées à des chevaliers en activité.
La rumeur voulait bien que l’Église possédât de puissants artefacts magiques et des livres de magie écrits par des elfes à l’apogée de l’Empire roemien, mais si les monstres convoitaient ces objets, ils auraient attaqué la Tour des Mages.
Alors que Maxi se mordillait la lèvre, des doigts frais lui effleurèrent le visage. Surprise, elle leva les yeux et trouva le regard noir de Riftan posé sur elle. Du bout du doigt, il toucha doucement sa lèvre gercée.
« Ne t’inquiète pas tant. Quoi qu’il arrive, je te protégerai. »
Un sourire heureux illumina le visage de Maxi. Quelques mots de sa part suffirent à la rassurer. Elle prit sa main et entrelaça leurs doigts.
« Je vous protégerai aussi. »
Une expression énigmatique, entre sourire et grimace, apparut sur le visage de Riftan. Elle devina qu’il était amusé par ses paroles, mais préféra ne pas s’en offusquer. Il avait tendance à sous-estimer l’amour qu’elle lui portait. Cette fois, elle était déterminée à lui montrer toute l’étendue de ses sentiments, quel que soit le temps que cela prendrait.
Se levant de sa chaise, elle vint s’asseoir sur ses genoux. Elle le sentit sursauter lorsqu’elle passa les bras autour de son cou chaud et posa la tête sur son épaule robuste, mais il ne tarda pas à lui rendre son étreinte.
Réconfortée par sa chaleur, Maxi perdit la notion du temps. Puis elle entendit des pas las approcher.
Elle se leva d’un bond et se précipita vers la porte. Quand elle l’ouvrit, elle trouva Ruth qui avançait dans le couloir, l’air épuisé.
Elle l’examina d’un regard inquiet. « V-Vous allez bien ? Ils ne vous ont pas maltraité ou… »
« Je ne peux pas dire qu’on m’ait réservé un accueil chaleureux, mais ça s’est mieux passé que je ne le pensais », répondit Ruth en se frottant la nuque. Il se dirigea vers la cheminée et ajouta d’une voix grave : « Un conseil d’urgence va bientôt se tenir. Une coalition sera formée dans quelques jours, alors nous ferions mieux de nous préparer à une prochaine campagne militaire. » Maxi sentit son visage se vider de ses couleurs. Elle s’y était attendue, mais son cœur se serra tout de même.
Riftan agrippa l’épaule de Ruth et le retourna assez brusquement. « Tu peux nous expliquer maintenant ? » gronda-t-il d’un ton menaçant.
« Tu as déjà dû comprendre, non ? » répliqua Ruth d’un ton maussade en repoussant la main de Riftan. « On ne sait pas comment, mais l’armée des monstres s’est infiltrée dans la basilique et a volé la pierre magique de Sektor. C’est grâce à cette pierre qu’ils ont pu semer autant de ravages. »
Maxi le regarda, abasourdie, tandis que ses paroles faisaient leur chemin dans son esprit.
Riftan répliqua sèchement : « Sektor a épuisé son mana lors de la dernière bataille. La pierre était vide. »
« J’imagine qu’ils sont capables de la recharger, répondit Ruth d’un ton sombre en tournant les yeux vers le blizzard qui faisait rage dehors. Il est fort probable qu’ils soient aussi responsables de la baisse continue des températures ces dernières années et du dérèglement actuel. Les monstres du plateau de Pamela cherchent à ressusciter le Roi Démon des monts Lexos… »