Chapitre 367
Chapitre 367 : Chapitre 128
Le hurlement du vent couvrit la fin des explications de Ruth. Maxi rentra les épaules pour se protéger du froid. Elle était glacée jusqu’aux os, et les cheveux de sa nuque se hérissèrent. Elle ne savait pas si c’était à cause de la neige cinglante ou de la révélation stupéfiante qu’elle venait d’entendre.
« Je dois faire part de mes découvertes à Sir Riftan. Reprenons cette discussion dans les quartiers des invités », dit Ruth en posant un chapeau sur sa tête à demi gelée. Il désigna les logements de l’autre côté de la cour.
Maxi tenta de remettre de l’ordre dans ses pensées confuses tout en le suivant en silence. Il n’y avait pas de mages noirs assoiffés de vengeance ; il ne restait que les terrifiants monstres qu’ils avaient créés.
Était-ce une bonne nouvelle pour les mages ? Objectivement, c’était une évolution positive : l’invasion d’il y a trois ans avait été orchestrée par les monstres, et non par les mages déchus. De plus, la base ennemie avait désormais disparu, ce qui réduisait la menace qu’ils représentaient.
Cette pensée lui apporta un peu de réconfort, aussi ténu fût-il. Maxi se calma et traversa résolument les cours enneigées. En approchant des quartiers des chevaliers, elle remarqua des hommes qui se précipitaient dehors, des torches à la main. Où allaient-ils par un temps pareil ?
Déconcertée, elle les observa s’affairer dans la neige, puis courut à la suite de Ruth, qui l’avait distancée.
Le bâtiment était encore plus agité. Des dizaines de chevaliers étaient réunis autour des tables, dans la vaste salle, la tête penchée sur de graves discussions. Des serviteurs montaient les escaliers à la hâte, des cages de pigeons dans les bras.
Maxi les regarda, perplexe. Ils ne pouvaient tout de même pas vouloir envoyer des pigeons par un temps pareil.
À quelques pas devant elle, elle entendit Ruth grogner. « Il a dû se passer quelque chose. »
L’estomac de Maxi se noua. L’atmosphère tendue indiquait clairement qu’un grave problème était survenu.
Sans échanger un mot, Ruth et Maxi se mirent à courir à travers la salle en plein désordre. Au moment où ils allaient monter l’escalier, ils aperçurent Elliot Karon qui descendait.
Ruth arrêta le chevalier. « Sir Elliot. Est-il arrivé quelque chose ? »
« Mage Ruth. » La surprise d’Elliot se mua aussitôt en déférence lorsqu’il aperçut Maxi derrière lui. « Mes salutations, madame. »
« L-laissons les formalités de côté pour l’instant ! Que se passe-t-il ? Il y a un problème ? »
Le visage d’Elliot s’assombrit devant cette rafale de questions, et Maxi comprit qu’il hésitait à lui annoncer une mauvaise nouvelle. Elle le fixa d’un regard perçant, prête à le rabrouer, mais Ruth prit la parole le premier.
« Où est Sir Riftan ? Je dois lui faire un rapport urgent. »
« Le commandant est allé voir le roi », répondit Elliot. Puis, se décidant enfin à révéler la vérité, il ajouta dans un profond soupir : « Nous avons appris qu’un grand nombre de morts-vivants sont apparus dans toutes les régions de l’Est. Plusieurs châteaux et villages ont déjà été ravagés, et nous nous efforçons d’envoyer une armée au plus vite. »
La nouvelle inattendue choqua tant Maxi qu’elle en oublia un instant de respirer. Elle frissonna comme si on l’avait trempée dans une eau glacée.
« Pardonnez-moi, madame, mais je dois faire porter un message à Anatol et organiser nos hommes », dit Elliot, le visage grave. « Veuillez m’excuser. »
Après un signe de tête poli, il traversa la salle et sortit dans la tempête de neige. Maxi se tourna vers Ruth, le visage blême.
« V-vous pensez que les monstres sont aussi derrière tout ça ? »
Ruth acquiesça. « Très probablement. »
« M-mais comment ? Même s’ils possédaient une magie puissante, créer assez de morts-vivants pour provoquer de telles destructions, ce n’est pas une mince— »
« Nous ne devrions pas en parler ici », l’interrompit Ruth.
Maxi referma précipitamment la bouche et jeta un regard autour d’elle. Heureusement, personne ne semblait leur prêter attention. Ruth soupira doucement et se tourna vers la porte.
« Allons au palais de l’Empire roemien. Les monarques des Sept Royaumes y séjournent ; je pense donc que nous y trouverons Sir Riftan. »
Il reprit le chemin de la sortie. Maxi le suivit, troublée par son empressement. Était-il si urgent d’informer Riftan que l’ennemi était constitué de monstres, et non de mages noirs ? Cette nouvelle avait beau être capitale pour les mages, les monarques et les seigneurs féodaux devaient se soucier assez peu que les démons ravageant leurs terres fussent des humains ou des monstres.
En fait, le pape accueillerait peut-être même cette révélation avec soulagement : elle le disculperait des accusations de l’Église orthodoxe, qui lui reprochait d’avoir dissimulé l’existence des mages noirs.
Plus elle y réfléchissait, plus elle était perplexe. Qu’est-ce qui préoccupait tant Ruth ? Cachait-il un secret encore plus important ?
Maxi déglutit, sans savoir si elle souhaitait vraiment découvrir de quoi il s’agissait. Elle avait déjà enduré l’équivalent d’une décennie d’épreuves. Elle était lasse des guerres et des monstres. Tout ce qu’elle voulait, c’était échapper aux difficultés, avec Riftan à ses côtés.
« Si vous choisissez de m’accompagner dans cette pièce, vous risquez de vous retrouver mêlée à une affaire délicate », remarqua soudain Ruth, comme s’il avait deviné son hésitation. « Si vous voulez vous épargner des soucis, vous devriez retourner dans votre chambre. »
Maxi se mordit la lèvre. Elle savait parfaitement que Riftan n’abandonnerait jamais ses responsabilités, et elle ne pouvait guère lui demander de sacrifier son honneur pour passer le reste de sa vie dans la honte. Elle devait se rappeler que tous ses efforts, jusque-là, avaient visé à mériter le droit de se tenir à ses côtés.
À présent, elle avait la force, le courage et la sagesse nécessaires pour affronter l’adversité. Maxi releva le menton et déclara d’un ton calme : « Assez de sottises. Montrez-moi le chemin. »
Ruth secoua la tête en souriant, puis franchit l’entrée voûtée. Ils traversèrent la vaste salle où se tenaient les banquets du soir et gravirent l’escalier de marbre.
Une foule de nobles s’était déjà rassemblée devant les appartements du roi Reuben ; le problème devait donc être bien plus grave qu’elle ne l’avait d’abord imaginé.
« Sir Riftan doit être en train de s’entretenir avec le roi », soupira Ruth après avoir parcouru la foule du regard. « Nous allons devoir attendre qu’il sorte. »
Ils s’assirent sur les bancs de marbre inoccupés. Maxi sentait le poids des regards des nobles sur elle, mais n’y prêta aucune attention et garda les yeux rivés sur la porte close. Elle n’avait pas le cœur à faire la conversation.
Lorsque Riftan sortit enfin des appartements du roi, Maxi se leva d’un bond. La vue familière de son manteau bleu et de son armure gris argent des Chevaliers du Dragon rouge suffit à apaiser la tension qui l’étreignait, et elle se hâta vers lui.
« Riftan ! »
Riftan descendait le couloir, l’air pensif. Il sembla légèrement surpris de la trouver là.
« Qu’est-ce que tu fais ici ? »
« J-j’ai appris ce qui s’est passé dans l’Est. Sa Majesté vous a-t-elle ordonné d’affronter les monstres ? » demanda Maxi avec inquiétude.
En voyant ses yeux se plisser légèrement, elle craignit qu’il ne la congédie encore, en prétendant que cela ne la concernait pas.
Contrairement à ses craintes, Riftan la contempla en silence, puis reporta son regard sur Ruth, derrière elle.
Il désigna d’un signe de tête un couloir faiblement éclairé. « Trouvons un endroit plus tranquille. »
Il passa un bras autour de ses épaules et se mit à descendre l’escalier. Une vague de joie submergea Maxi. Il avait vraiment voulu dire qu’il affronterait tout à ses côtés. Pleine d’assurance, elle descendit les marches d’un pas léger.
Lorsqu’ils entrèrent dans une pièce vide, Ruth rompit brusquement le silence.
« Quelle est l’ampleur des dégâts ? »
Riftan s’avança calmement vers la fenêtre en répondant : « Toute la région du nord-est, y compris le Duché de Croyso, a été réduite en ruines. Le messager du duc de Croyso est ici pour demander une aide militaire. »
Maxi tressaillit. Depuis trois ans, elle s’était efforcée d’effacer son père de sa vie et, depuis qu’elle avait appris les troubles dans l’Est, elle n’avait pas pensé une seule fois à lui. Elle observa nerveusement Riftan et distingua une lueur de ressentiment sur son visage pourtant impassible.
« Le duché n’est pas le seul endroit touché », poursuivit-il froidement. « Des milliers de morts-vivants sont apparus autour des monts Lexos et attaquent les établissements humains voisins. Dristan et les régions méridionales d’Arex ont également subi de lourds dégâts, et des légions de morts-vivants surgissent sporadiquement ailleurs. »
Le regard intense de Riftan se posa sur Ruth.
« Peux-tu m’expliquer comment c’est possible ? »
« Je le peux, mais il me faudrait des jours », répondit Ruth sans détour. « Puisque les détails de la nécromancie ne sont pas ta préoccupation première, je peux au moins te dire que l’ennemi prépare tout cela depuis longtemps. Ils ont répandu la magie noire sur tout le continent pendant que l’armée de la coalition combattait sur le plateau de Pamela. Cela a peut-être même commencé plus tôt. »
« A-alors… » dit Maxi en déglutissant avec appréhension.
Ruth tourna la tête vers elle et poursuivit calmement : « L’invasion d’il y a trois ans était probablement une manœuvre stratégique destinée à jeter les bases de ce qui se passe aujourd’hui. »
Maxi serra dans son poing la manche de sa robe. Elle avait du mal à croire que les monstres aient pu élaborer des plans aussi longtemps à l’avance. Ruth surestimait peut-être leurs capacités. Elle allait le lui faire remarquer quand Riftan prit la parole.
« À ton avis, quel est leur objectif ? »
Ruth baissa les yeux, les lèvres étroitement closes. Après un instant de silence, Riftan insista.
« Je doute fort qu’ils cherchent à venger les mages exilés ou à s’emparer des territoires qu’ils ont ravagés. Tu dois bien avoir une idée de leur véritable objectif. »
« J’en ai une vague idée », répondit Ruth d’un ton raide. « Mais avant de vous dire ce que j’ai découvert, j’aimerais demander une audience privée au pape… »