Chapitre 365
365, chapitre 126
« V-vous avez bien dormi ? » demanda Maximilian.
Riftan savourait les adorables marques d’affection de son épouse, qui lui rappelait un petit oiseau le picorant du bec, quand ses sourcils se froncèrent légèrement. Il lui en voulait encore d’être partie avant même le lever du soleil.
« Tu aurais dû me le demander au lit, grommela-t-il.
— Je ne voulais pas vous réveiller, dit-elle en reculant. Vous m’avez dit que vous dormiez mal, et vous… vous vous réveillez toujours avant moi. Je ne voulais pas troubler votre repos. »
Riftan plissa les yeux en étudiant son visage inquiet. Il trouvait toujours étrange qu’une femme qui lui arrivait à peine à la moitié de la taille le traite comme un enfant.
« Alors, tu aurais dû attendre que je me réveille, répliqua-t-il sèchement, prenant délibérément un ton bourru.
— Je vous ai dit que j’avais quelque chose d’important à faire, répondit-elle en poussant un petit soupir. Cette fois, j’ai laissé un mot. Vous ne l’avez pas vu ? »
Riftan rougit légèrement en se rappelant les nombreux morceaux de parchemin qu’il avait trouvés éparpillés dans la pièce. Maximilian lui tira le col en souriant, l’attira à elle et déposa des baisers malicieux sur sa joue, comme pour apaiser un enfant boudeur.
« Moi non plus, je ne voulais pas quitter notre lit, mais aujourd’hui, il se trouve que…
Elle hésita, les joues rosies. Riftan fronça les sourcils. Sa timidité était absolument adorable, mais il n’aimait pas qu’elle lui cache quelque chose.
Relevant son menton, il plongea les yeux dans ses beaux iris gris et limpides. « Qu’y a-t-il ? »
« Eh b-bien… »
Visiblement troublée, Maximilian baissa précipitamment les yeux. Le rose de ses joues s’étendait maintenant jusqu’à ses oreilles délicates et sa nuque. Le spectacle lui donnait le vertige, tant il était alléchant.
Une envie impérieuse monta en lui : il voulait l’emporter dans leur chambre et découvrir jusqu’où s’étendait cette rougeur. Pourtant, sa curiosité quant à ce qui l’avait tant réjouie l’emporta.
Il prit soin de garder un visage impassible. « Continue. Je t’écoute. »
« En fait… j’ai reçu aujourd’hui ma rémunération de la Tour des Mages pour mes efforts pendant la guerre. »
Riftan plissa les yeux, surpris par ses paroles. Pour une raison qu’il ne comprenait pas, elle semblait nerveuse.
Sa voix s’anima lorsqu’elle ajouta : « Au départ… je devais recevoir huit denars en tout… m-mais ils ont reconnu le rôle que j’ai joué dans la direction de l’unité de soutien à l’arrière… alors ils ont augmenté ma rémunération à un soldem et six denars. »
Ne sachant que répondre, Riftan fronça les sourcils. Un soldem représentait une somme considérable pour une mage novice, mais au regard de ses origines et de sa propre fortune, cela ne signifiait pas grand-chose. Après tout, n’avait-il pas amassé une fortune en or et en joyaux pour qu’elle ne manque jamais de rien ? Se pouvait-il qu’elle ignore sa propre richesse ? Il fronça légèrement les sourcils, puis Maximilian lui tira soudain le bras.
« Allons… quelque part où nous serons seuls. »
À la vue d’un groupe de clercs qui entrait dans le jardin, il la laissa l’éloigner. Ils traversèrent le cloître et se dirigèrent vers l’arrière du bâtiment des assemblées. Une vaste cour était couverte d’herbe sèche, et des bosquets encore en bourgeons entouraient une petite source gelée.
Complètement perplexe, Riftan lâcha d’un ton raide : « Mais qu’est-ce qui se passe ? »
Après avoir vérifié qu’ils étaient seuls, Maximilian croisa nerveusement son regard.
« Je… voulais te donner ceci », dit-elle en prenant sa main pour y déposer un objet.
Riftan plissa les yeux devant la pièce d’or brillante posée sur son gant de cuir noir. Perplexe, il la souleva par la chaîne en or qui y était attachée.
Maximilian rougit. « Tu m’as dit un jour que garder la première pièce qu’on a gagnée… portait b-bonheur. »
Riftan releva brusquement la tête tandis qu’elle plongeait la main dans son manteau. Elle en sortit la pièce de cuivre qu’il lui avait donnée autrefois.
« Puisque toute ta fortune… est entre mes mains, je veux que tu aies toute la mienne. »
Stupéfait, il ne put que contempler le visage de son épouse. Comme il ne réagissait pas, Maximilian parut nerveuse et ajouta d’un ton embarrassé : « Je suis allée directement chez le forgeron après avoir reçu ma rémunération… pour la faire monter en collier. Je ne voulais pas risquer de la dépenser par accident. »
Il gardait le silence, et une lueur d’inquiétude passa dans ses yeux. « Tu la chériras, n’est-ce pas ? »
Une vague d’émotion déferla dans la poitrine de Riftan tandis qu’il serrait la pièce dans sa main. Sa gorge le brûlait comme s’il avait avalé une boule de feu.
« Jusqu’au jour de ma mort », parvint-il enfin à articuler d’une voix étranglée.
Un sourire effleura ses lèvres. Elle était si belle et si attendrissante, rayonnant d’une joie pure, qu’il en oublia un instant de respirer. Comment avait-il pu résister à ses charmes ? Réprimant l’élan de passion qui l’envahissait, il lui tendit le collier.
« Aide-moi à le mettre. »
Elle prit la pièce en riant doucement. « Alors, baisse-toi. »
Tel un chien de chasse fidèle, il obéit et se pencha. Ses bras fins s’enroulèrent autour de son cou et, tandis qu’elle s’efforçait d’attacher la chaîne, il frotta son front contre ses épaules délicates. Son parfum singulier, doux et chaud, lui chatouilla les narines.
« V-Voilà, c’est fait », dit-elle en s’écartant.
Ses yeux brillaient de satisfaction tandis qu’elle contemplait la pièce d’or qui pendait sur sa poitrine.
Il retira son gant et suivit du bout des doigts les gravures usées de la pièce. Il grava dans sa mémoire la couronne sur l’avers, les treize épées sur le revers, jusqu’aux rayures et aux bosses, puis releva enfin les yeux.
« Merci. »
Le visage de Maximilian s’illumina, comme si c’était elle qui avait reçu le cadeau. Riftan ne put plus se retenir.
Il lui saisit doucement la taille fine, l’attira contre lui et posa ses lèvres sur sa bouche souriante. Le doux son de son rire dansa sur sa langue, et son souffle le fit fondre de l’intérieur.
Enfouissant les doigts dans ses boucles auburn, il prit son visage rougi entre ses mains et baissa les yeux vers elle. Il couvrit de baisers son front lisse, ses joues roses, son petit nez et ses paupières délicates.
Maximilian riait, manifestement ravie. Son abandon sans réserve lui allait droit au cœur. Elle lui faisait entièrement confiance. Malgré les innombrables blessures qu’il lui avait infligées, elle s’abandonnait encore à lui sans condition.
Il se demanda soudain si elle savait qu’il n’existait que pour elle.
Les yeux de Maximilian pétillèrent. « La prochaine fois… je t’offrirai quelque chose d’encore mieux. » Puis, comme si elle était décidée à lui briser le cœur pour de bon, elle ajouta : « Je te donnerai… tout ce que j’ai. Ce n’est peut-être pas grand-chose, mais ce qui m’appartient est à toi. »
Submergé par l’émotion, Riftan ferma les yeux. Maximilian frotta malicieusement son nez contre le sien, et il eut l’impression de vivre un merveilleux rêve. Il desserra son étreinte avec précaution, de peur d’écraser son corps délicat.
« Alors, dit-il en s’efforçant de garder son calme, je serai bientôt aussi riche que les empereurs de Roem. »
« Mais tu l’es déjà, non ? »
Le visage de Maximilian se renfrogna légèrement, persuadée qu’il ne prenait pas ses paroles au sérieux. Au lieu de lui assurer qu’il préférait son cadeau à toutes les richesses de Darian le Monarque, il couvrit de baisers son visage contrarié.
Il brûlait d’envie de la serrer contre lui, de se perdre entièrement en elle. Pourtant, son désir de faire durer cet instant parfait l’emporta. Dans un soupir ardent, il lécha sa lèvre gonflée.
Soudain, quelque chose de froid se posa sur sa paupière. Levant les yeux, il vit des flocons tomber des nuages au-dessus d’eux. Maximilian parut stupéfaite et suivit son regard, les yeux écarquillés.
« Mais nous sommes en Aquarias (la saison de l’eau, qui correspond au printemps). »
Après avoir encore un moment observé le ciel gris de cet hiver qui semblait éternel, Riftan enveloppa son épouse de son manteau. Il chassa doucement la neige de ses cheveux, puis se tourna vers l’entrée du bâtiment.
« Nous devrions rentrer dans notre chambre. On dirait que la neige n’est pas près de s’arrêter. »
Maximilian, qui contemplait distraitement les flocons, hocha lentement la tête. Il la serra contre lui et la guida vers leurs appartements.
***
La neige redoubla d’intensité et recouvrit rapidement le monde d’un blanc immaculé. Cette chute abondante et inattendue en prit beaucoup au dépourvu. Des murmures de mauvais présages circulèrent parmi les clercs, tandis que les nobles s’inquiétaient pour leurs récoltes et leur bétail. Certains attribuaient ce brusque changement de temps à un phénomène étrange qui ne survenait que tous les quelques dizaines d’années, mais la plupart semblaient troublés.
Maxi, qui regardait par la fenêtre les terrains de la basilique recouverts de neige, reporta son attention sur les mages rassemblés près de la cheminée.
« Est-ce que… c’est déjà arrivé ? » demanda-t-elle.
« Il a peut-être neigé un peu, répondit Anton d’un air sombre en griffonnant fébrilement sur une feuille, mais je n’ai jamais vu une chute aussi abondante à cette période. Je m’inquiète pour ceux qui sont en route vers la Tour. »
Royald, qui jouait tranquillement aux dés près d’un brasero, répondit d’un ton distrait : « Je suis sûr qu’ils se sont réfugiés dans une auberge. Ils voyagent avec des marchands. Je doute qu’ils campent dehors. »
Les négociations entrant dans leur phase finale, les mages restés à Osiriya disposaient d’un temps libre sans précédent. Tandis qu’Anton et Calto réfléchissaient à la façon de gérer le butin de la Tour, les autres mages avaient peu à faire, hormis profiter des banquets et songer à la manière de dépenser l’argent durement gagné. Maxi ne faisait pas exception et savourait la tranquillité incomparable de chaque jour qui passait.