Chapitre 361
361 Chapitre 122
« Qu’est-ce que tu regardes ? » demanda Riftan en s’approchant derrière elle.
Passant un bras autour de ses épaules, il l’éloigna de la fenêtre comme s’il arrachait un enfant imprudent aux flammes.
Maxi leva les yeux vers lui tandis qu’il tirait les rideaux, saisie d’une étrange impression de déjà-vu. La pièce sombre lui rappela une petite caverne. Leurs ombres vacillantes dansaient sur le sol, et le parfum enivrant de leurs étreintes se mêlait à la douceur acidulée du vin.
Elle fronça les sourcils en inspirant cette senteur apaisante et intime qui embrumait son esprit. Autrefois, ils s’étaient retrouvés prisonniers d’une grotte semblable. Comme à présent, ils s’étaient perdus dans leur propre monde. Et, déjà, Riftan lui avait caché quelque chose.
Maxi se mordit la lèvre tandis qu’il la ramenait au lit. Elle était de plus en plus convaincue qu’il cherchait à détourner son attention de quelque chose. Il l’enlaça, noyant ses pensées sous ses caresses tendres et ses attentions minutieuses.
Malgré son désir brûlant de découvrir la cause de son agitation, elle résolut de prendre son mal en patience, cette fois. Elle attendrait qu’il se confie à elle.
« E-Entendez-vous ça ? » demanda-t-elle en se forçant à sourire. « Ils doivent encore donner un banquet. »
Ses yeux sombres, teintés de méfiance, se plissèrent. Croyait-il qu’elle voulait partir ? Après l’avoir examinée en silence, Riftan se détourna, avec un air d’indifférence manifeste.
« Ils ne se lassent donc jamais ? Impossible de dormir avec tout ce vacarme. »
Il ramassa la couverture sur le lit en désordre et l’étendit avec adresse. Maxi ouvrit de grands yeux. Sa voix lui avait paru irritée.
?
« V-Vous ne dormez pas ? »
Ce ne fut qu’alors que Maxi comprit qu’elle ne l’avait jamais vu profondément endormi. Son visage s’assombrit d’inquiétude.
« D-Depuis quand ? Ne me dites pas que… »
« Je n’ai de toute façon pas besoin de beaucoup dormir, alors ne t’en inquiète pas. »
L’interrompant d’un ton légèrement agacé, Riftan lui fit signe de s’allonger. Maxi se mordit la lèvre. Malgré sa résolution de se plier à ses souhaits, supporter son comportement autoritaire n’avait rien de facile.
« N-Nous sommes restés au lit toute la journée. J’en ai assez d’être allongée. »
« Tes jambes tremblent. Cesse de faire l’entêtée et viens t’allonger. »
Sous le regard désapprobateur de Riftan, Maxi rougit. Elle se tenait maladroitement debout, vacillant comme un poulain nouveau-né. Ne savait-il donc pas pourquoi elle était dans cet état ?
Lui lançant un regard noir, Maxi s’avança vers lui. « Ne faites pas ça… V-Venez ici un instant. »
Elle lui arracha la couverture des mains et la jeta sur le lit. Lorsqu’elle voulut le prendre par la main pour l’entraîner, Riftan tressaillit comme s’il s’était brûlé.
Depuis qu’il l’avait emportée comme une femme prise dans la tourmente, elle se retrouvait captive de son tourbillon. Aussi Maxi contempla-t-elle avec satisfaction son visage légèrement déconcerté et le plaça-t-elle devant la fenêtre. Quand elle ouvrit les rideaux, la douce mélodie des flûtes et des mandolines s’engouffra dans la pièce avec une brise fraîche et le bruissement des feuilles.
« Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? » demanda Riftan après un moment.
Il fronça les sourcils et la dévisagea avec méfiance, comme chaque fois qu’elle tentait de sonder ses pensées les plus profondes.
Dissimulant la douleur sourde qui lui étreignait le cœur, Maxi prit un air détaché. « J-J’aime cette mélodie. Je ne sais pas comment elle s’appelle… mais j’ai toujours voulu danser dessus. »
« Quoi ? » demanda Riftan, le visage impassible.
Maxi lui tira doucement la main et reprit les pas d’une valse. Après l’avoir regardée d’un air hébété, Riftan imita ses mouvements avec hésitation, la laissant le guider au lieu de véritablement danser.
Maxi lui lança un regard noir. « J-Je n’ai dansé qu’une seule fois, vous savez. C’est à vous de me guider. »
Soudain, une lueur dangereuse brilla dans les yeux de Riftan. Il enroula les bras autour de sa taille et pencha le visage juste au-dessus du sien.
« C’était ta première danse ? » gronda-t-il d’un ton menaçant.
Maxi se raidit et parvint à esquisser un sourire gêné. Elle sentit les bras de Riftan se resserrer autour d’elle et leva les yeux vers son visage : il avait l’air d’un homme sur le point de commettre un meurtre.
« Tu as choisi de partager ta première danse… avec un autre homme… juste devant moi. »
À son ton glacial, Maxi promena frénétiquement le regard autour d’elle, comme une souris acculée cherchant une issue. La crainte de raviver des braises agonisantes lui donna des frissons.
Désespérée, elle se creusa la tête, puis lâcha : « V-Vous aussi, vous avez dansé avec une autre femme devant moi, autrefois. »
Riftan plissa les yeux. « Ne raconte pas de mensonges. Je n’ai jamais fait ça. »
« S-Si ! Vous… »
Elle n’avait dit cela que pour détourner son attention, mais une vague de colère la submergea. Faisant remonter ce vieux souvenir, elle le réprimanda d’un regard noir.
?
« Vous avez dansé… avec la sœur de sir Hans. »
Riftan eut l’air déconcerté. « Sir Hans ? »
Maxi ne savait pas s’il ne s’en souvenait vraiment pas ou s’il faisait semblant.
« Vous ne vous en souvenez pas ? » demanda-t-elle en le foudroyant du regard. « Sir Hans… est l’un des vassaux les plus f-fidèles de mon père. J-Je vous ai vu danser… a-avec sa sœur, à un banquet au Château de Croyso. Elle avait les cheveux noirs, tressés en couronne… et une robe rouge fluide. E-Elle était très belle. »
Les yeux de Riftan s’agrandirent à mesure que le souvenir lui revenait.
Se mordant la lèvre à cette évocation déplaisante, Maxi ajouta avec ironie : « V-Vous avez même… d-disparu avec elle… après la danse. »
Un son étranglé, entre l’exclamation et le gémissement, lui échappa.
Relevant fièrement le menton, Maxi soutint son regard hostile. Pourtant, contrairement à ce qu’elle s’était attendu, il n’avait l’air ni gêné ni coupable. Il la contemplait plutôt d’un air pensif. « Tu m’observais ? » murmura-t-il.
Maxi sentit ses joues s’embraser. « T-Tout le monde vous regardait au banquet. »
Riftan soutint son regard comme s’il cherchait à déchiffrer ses pensées. Elle était irritée qu’il tente de lire en elle alors qu’il s’obstinait à cacher les siennes.
« Q-Quand les Chevaliers du Dragon rouge venaient au château… v-vous étiez le seul sujet de conversation des servantes. E-Et pas seulement elles. Les nobles de passage parlaient aussi beaucoup de vous. V-Vous comprenez… pourquoi j’aurais pu être curieuse. »
« Pour une simple curiosité, tu t’en souviens avec une précision étonnante, malgré toutes ces années. »
?
Quelque chose dans le ton méditatif de Riftan rendit Maxi nerveuse. En vérité, elle aussi était étonnée de se rappeler cette soirée avec tant de vivacité. Mais, à la réflexion, ce n’était pas si surprenant.
Non seulement il se distinguait parmi les chevaliers musculeux, mais Riftan avait toujours attiré tous les regards. Même les femmes qui le méprisaient pour ses origines modestes rougissaient en lui jetant des coups d’œil furtifs. Maxi avait même vu deux servantes se tirer les cheveux pour avoir le privilège de s’occuper de lui. Veuillez vous rendre sur novelbuddybook.com pour lire les dernières mises à jour.
Son visage se durcit malgré elle tandis que les souvenirs déplaisants affluaient les uns après les autres.
« C-Comment aurais-je pu oublier ? » dit-elle en le repoussant contre la poitrine. « V-Vous avez disparu avec une femme qui n’était même pas votre fiancée. E-Et, en plus, vous êtes revenu au banquet sans aucune gêne, tout décoiffé. »
Une pointe de frustration passa dans les yeux de Riftan.
Maxi le fusilla du regard. « Vous êtes un coureur de jupons. »
« C’est elle qui m’a sauté dessus ! » s’exclama Riftan, indigné. « Je n’étais qu’une victime consentante malgré moi. »
Maxi renifla, le regard glissant vers ses larges épaules et ses bras d’acier. « J-J’en ai assez. Danser avec vous… ce n’est vraiment pas amusant. »
Alors qu’elle tentait de s’éloigner, Riftan la saisit par la taille et la souleva du sol. Maxi poussa un petit cri. Il soutint ses fesses d’un bras et plaqua sa paume contre la sienne. La fixant d’un regard intense, il siffla : « Alors je vais te divertir. »
Sur ces mots, il se mit brusquement à tourner, obligeant Maxi à s’accrocher à son cou. Il la fit tournoyer dans la pièce au rythme de la musique lointaine, sans rien de l’élégance ni de la grâce de la danse qu’elle s’était imaginée.
Maxi le regarda d’un air boudeur. Mais lorsqu’elle vit le sourire espiègle qui lui retroussait les lèvres, sa colère bouillonnante s’apaisa. Soudain, ses pas se firent précis, comme ceux d’un danseur de salon chevronné. La pièce tournoya autour d’elle, et elle éclata de rire.
Tournoyer comme des enfants dans la lumière du soleil couchant lui sembla plus intime que n’importe quelle danse de couple formelle.
« Vous… quel idiot », dit-elle en riant contre sa nuque. «
Elle le sentit se figer. Son cœur battait à grands coups sous la fine couche de tissu qui les séparait. La reposant à terre, Riftan lui glissa derrière l’oreille une mèche de cheveux en désordre.
Par-dessus son épaule, Maxi contempla le ciel baigné de nuances violettes. Enveloppé de cette douce lumière, il ne lui semblait plus être un étranger. Le bel homme devant elle était son mari, celui qui aimait lui jouer de temps à autre un petit tour avant de lui sourire.
Son cœur se gonfla de bonheur. Elle détourna ses pensées du secret qu’il lui cachait et des nombreux problèmes qui les attendaient au-delà de cette pièce. Au cours des trois dernières années, rien ne lui avait été aussi douloureux que de vivre loin de cet homme.
Elle passa les bras autour de sa taille et posa la joue contre son torse puissant. Leur danse se transforma en un lent balancement. Riftan la serra contre lui et posa la joue sur le sommet de sa tête.
« Qu’espères-tu obtenir en me faisant encore plus succomber à ton charme ? » demanda-t-il, sa phrase s’achevant dans un grognement.
Son souffle lui chatouilla le front, et Maxi sourit, comblée. Savoir qu’elle avait un tel effet sur lui la ravissait.