Chapitre 36
Chapitre 36 : Chapitre
Après quelques journées bien remplies, les rénovations s’achevèrent enfin. Maxi et les domestiques inspectèrent minutieusement la grande salle, qui avait changé au point d’en être méconnaissable.
Un immense lustre doré éclairait la salle, autrefois sombre. En dessous, un magnifique tapis cramoisi et or recouvrait le sol. Un tapis moelleux montait l’escalier jusqu’au deuxième étage, menant à une somptueuse salle de banquet qui n’aurait rien eu à envier au palais royal. 𝘧𝓇𝒆𝗲𝓌𝙚𝙗𝓷o
Maxi se tint à l’entrée de la vaste salle de banquet et contempla les lieux avec émerveillement. Le sol de pierre avait été remplacé par d’élégants carreaux de marbre, et trois lustres d’argent scintillaient sous le haut plafond voûté. Une tapisserie représentant l’ascension de Wigrew vers les cieux ornait le mur, tandis que de lourds rideaux bordeaux encadraient les fenêtres. Des chaises recouvertes de soie et de fourrure se dressaient sur l’estrade et, sur la terrasse à l’extérieur, une licorne de marbre semblait figée en plein bond.
« Tout est-il à votre goût, madame ? » demanda Aderon avec appréhension.
Maxi hocha la tête, effleurant de ses doigts les fenêtres étincelantes. La lumière du soleil traversait les vitres et illuminait toute la salle.
« C-C’est magnifique. »
En voyant le visage d’Aderon s’épanouir en un sourire satisfait, Maxi se surprit à sourire elle aussi. Il s’était montré plutôt insistant dans ses ventes, mais il était également honnête. Il lui avait procuré des articles de grande qualité à des prix raisonnables et fourni une main-d’œuvre consciencieuse.
Pour le remercier, Maxi demanda aux domestiques de préparer un dîner somptueux pour le marchand. Après avoir savouré du vin et le rôti de cerf, spécialité du cuisinier, Aderon quitta le château, ravi. Maxi lui fit ses adieux et le regarda s’éloigner depuis l’entrée, jusqu’à ce que son carrosse disparaisse au loin.
« Le château est presque méconnaissable. Sir Riftan sera surpris en rentrant. » ƒ𝘳ee𝔀e𝚋n૦𝐯el.c𝗼𝓂
Maxi se retourna et vit Ruth descendre l’escalier en se grattant les cheveux cendrés en bataille.
« V-Vous pensez que R-Riftan aimera ? » demanda Maxi, nerveuse.
« Pourquoi ne l’aimerait-il pas ? C’est lui qui vous a demandé de redécorer les lieux. »
L’indifférence de Ruth ne suffit guère à apaiser les inquiétudes de Maxi. Elle le regarda d’un air contrarié tandis qu’il bâillait sans la moindre élégance.
« Ça vous f-ferait mal de me f-faire un c-compliment ? »
« C’est tellement éblouissant que j’arrive à peine à garder les yeux ouverts ! Une telle splendeur me plonge dans une extase absolue ! »
Maxi lança un regard noir à Ruth. Sans y prêter attention, il s’étira longuement avant de passer devant elle. Puis il s’arrêta soudain, comme s’il venait de se rappeler quelque chose, et se retourna vers Maxi et les domestiques.
« Ce serait peut-être le moment idéal », marmonna-t-il en sortant une petite fiole de sa poche. « Je viens de terminer le réactif pour l’arbre. Vous voulez essayer ? »
« C-C’était rapide ! »
« J’étais tellement absorbé par ça que je n’ai pas dormi depuis des jours. »
Pourtant, sa mine laissait clairement penser qu’il venait tout juste de sortir du lit. Et comme Maxi l’avait souvent vu dormir sur le plancher de la bibliothèque, son aplomb la stupéfia. Mais sachant qu’il lui avait été d’une aide inestimable, elle se contenta de hocher la tête.
Ruth se dirigea vers l’extérieur. Il marcha droit vers le grand arbre près du pavillon et s’arrêta sous ses branches. Maxi l’observa tandis qu’il dévissait la fiole et en versait le mystérieux contenu au pied de l’arbre.
« Ô grand dieu de la terre, miséricordieux ! Nous vous implorons : tendez vos mains guérisseuses et emplissez ce humble serviteur de votre puissance ! »
Maxi leva les yeux au ciel. Depuis son enfance, les hiérarques étaient venus la voir d’innombrables fois pour la soigner après les cruels sévices de son père. Elle savait bien que les mages pouvaient recourir à la magie au moyen de simples runes ou incantations, et qu’il était inutile de prononcer des invocations aussi longues.
Mais lorsqu’elle remarqua les domestiques qui regardaient la scène avec émerveillement, elle comprit soudain les intentions de Ruth. Il voulait leur montrer qu’ils avaient tout fait pour sauver l’arbre.
Ruth tendit les bras vers le ciel avec emphase, comme s’il recevait un pouvoir extraordinaire, puis les abaissa et joignit les mains en prière. Maxi s’efforça de ne pas rire devant ce spectacle.
Bientôt, cependant, elle remarqua une faible lueur qui se rassemblait autour de Ruth. Elle la contempla avec stupeur tandis qu’elle formait une petite sphère. En dehors des visites des hiérarques, elle n’avait jamais vu de magie d’aussi près. La douce lumière qui s’écoulait des mains de Ruth dansait dans les airs avant d’envelopper l’arbre. Lentement, celui-ci, d’aspect sinistre, se mit à absorber la lumière.
Fascinée, Maxi tendit la main pour toucher cette lueur chaude. Dès que ses doigts entrèrent en contact avec elle, la lumière se mit à pénétrer dans sa main. Surprise, elle retira vivement son bras. Ruth, qui avait tout vu, la regarda avec étonnement.
« Voilà qui est inattendu », dit-il en baissant les bras.
L’arbre avait fini d’absorber la lumière. Ruth toucha son tronc, comme pour vérifier quelque chose, puis se tourna de nouveau vers Maxi.
« Il semblerait que vous ayez une affinité avec le mana, madame. »
« U-Une affinité avec le mana ? »
« C’est la condition première pour quiconque veut apprendre la magie. »
Maxi ouvrit de grands yeux, stupéfaite. Elle cligna des paupières et contempla ses mains. Voulait-il dire qu’elle avait un don pour la magie ?
Ruth haussa les épaules avant d’ajouter : « C’est seulement un prérequis de base, comme les personnes agiles sont mieux faites pour manier l’épée. Ça ne suffit pas à faire de quelqu’un un sorcier. »
« J-Je vois. »
Les épaules de Maxi s’affaissèrent. Bien sûr. Comment aurait-elle pu espérer posséder un don aussi extraordinaire ? En voyant sa déception, Ruth esquissa un léger sourire.
« Mais c’est un talent rare. Vous êtes pleine de surprises, madame. »
« Q-Qu’est-ce que vous v-voulez dire ? »
« Vous avez un tempérament étonnamment emporté, vous avez tendance à exagérer, vous êtes compétitive, et maintenant, vous avez une affinité avec le mana… »
Maxi rougit de gêne, mais Ruth poursuivit avec un grand sourire.
« Au début, je vous prenais pour une dame fragile et réservée, mais vous vous révélez tout à fait intéressante. »
« C-Ce n’était pas vraiment un c-compliment ! »
« Si, ça en était un », répondit Ruth, un sourire suffisant aux lèvres.
Peu convaincue qu’un véritable compliment puisse avoir un ton aussi sarcastique, Maxi se mit à tapoter du pied les racines de l’arbre.
« E-Enfin, avons-nous r-réussi à r-ranimer l’arbre ? »
« Je ne peux pas l’affirmer. »
« C-Comment pouvez-vous ne pas le s-savoir ? »
À quoi avait donc servi toute cette mise en scène ? Maxi fronça les sourcils, mais Ruth se contenta de hausser les épaules.
« Je me suis contenté d’insuffler à l’arbre le mana de la terre. Il faudra attendre le printemps pour en voir le résultat. S’il se remet à faire des feuilles, c’est que la magie a fonctionné. Sinon, il n’y a plus d’espoir et il faudra l’abattre. »
Maxi leva les yeux vers les branches fines et serrées de l’arbre, puis hocha la tête. En contemplant le jardin désolé, elle repensa aux projets dont elle avait discuté avec le jardinier. Si l’arbre était toujours mort au printemps, elle comptait le remplacer par des fleurs éclatantes et un jeune arbre, que quiconque s’y oppose.
***
Les rénovations terminées, les préparatifs pour l’hiver commencèrent pour de bon au Château de Calypse. Sans avoir une minute à eux, les domestiques couvrirent le puits de lourdes planches de bois pour empêcher l’eau de geler, réparèrent les séparations des écuries et firent des réserves de foin et de bois de chauffage suffisantes pour tout l’hiver.
Pendant ce temps, les servantes lavèrent le linge de maison et les vêtements jusqu’à en avoir les mains gonflées, nettoyèrent toutes les pièces du château et travaillèrent au métier à tisser. Elles devaient achever les vêtements d’hiver des gardes avant que le froid ne s’installe.
…
Voyant tout le monde à bout de forces, Ludis suggéra avec prudence : « Madame, je ne suis pas sûre que nous puissions préparer tous les vêtements à temps. Peut-être pourrions-nous acheter une partie du tissu au lieu de tout tisser nous-mêmes ?
Maxi accepta aussitôt. Elle voyait bien que tout le monde était surmené.
« C-Combien dois-je en commander ? »
« Environ la moitié de la quantité nécessaire. Nous avons déjà préparé le reste. »
Maxi observa le tas de tissu dans un coin. Si elle ne passait pas une commande précise, elle était sûre d’entendre le sorcier fouineur lui en faire tout un sermon. Elle prit un morceau de parchemin pour calculer la quantité totale de tissu nécessaire aux gardes, ainsi que celle qui avait déjà été tissée.
« C-Cela suffira-t-il ? »
« Oui, madame. Et si nous pouvions également commander davantage de lanières de cuir, de fil et d’aiguilles… »
« M-Madame ! Excusez-moi de vous interrompre, mais il y a une urgence ! »