Chapitre 351
Chapitre 351 : Chapitre 112
« Vous m’accusez de ne penser qu’à moi ? »
La voix de Riftan débordait d’incrédulité.
Les larmes lui brûlaient les yeux et menaçaient de déborder, mais Maxi les retint de toutes ses forces.
« V-vous pouvez le nier ? » s’emporta-t-elle. « Vous ne m’écoutez jamais. Vous n’essayez jamais… de comprendre ce que je veux ! Parce que je refuse de me plier à vos désirs et de rester enfermée dans un château ! Je veux tout partager avec vous, être à vos côtés ! Mais ça veut dire que… je peux vous bl-blesser à nouveau… et c’est pour ça que vous me repoussez… encore et encore ! »
Sa voix était devenue stridente lorsqu’elle eut fini. Les yeux de Riftan s’embrasèrent. Il lui saisit les bras et approcha son visage à quelques centimètres du sien. Sa gorge tressaillit sous l’effet de la colère. Il avait l’air terrifiant, mais Maxi n’éprouvait aucune peur. Elle lui rendit son regard, les yeux venimeux, attendant qu’il explose.
L’instant d’après, sa rage bestiale disparut derrière le masque froid du chevalier. Il la lâcha et recula lentement.
« Pense ce que tu veux », dit-il avant de s’éloigner à grands pas.
La colère qui grondait dans la poitrine de Maxi s’effrita comme du sable tandis que Riftan quittait la pièce. La porte se referma derrière lui dans un clac. Maxi ferma les yeux.
***
À partir de là, il se mit à l’ignorer complètement. Blessée par son silence, Maxi déménagea ses affaires dans les quartiers des mages. Riftan n’était pas le seul à ne plus vouloir lui parler.
Alors qu’elle avait commencé à croire qu’ils s’étaient rapprochés, il lui avait claqué la porte au nez. Elle ne savait plus quoi faire.
Maxi se massa les tempes douloureuses et leva les yeux vers le ciel gris, à travers la fenêtre. Qu’attendait-il d’elle ? Il était évident qu’il ne supportait pas l’idée qu’ils s’éloignent, et pourtant, dès qu’elle s’approchait trop, il s’empressait toujours de mettre de la distance entre eux.
L’expédition sur le plateau de Pamela et les circonstances extrêmes de la guerre avaient temporairement suspendu leur conflit. À présent que tout cela était terminé, il semblait chercher de nouvelles raisons de la tenir à l’écart.
Maxi se mordit la lèvre. Était-ce cela qu’il voulait ? Garder une distance raisonnable pour qu’aucun d’eux ne puisse blesser l’autre ? Voulait-il que leur mariage ressemble à ces unions sans passion si répandues dans l’aristocratie, où l’on ne se souciait que de sauver les apparences ?
Pour chasser ses sombres pensées, Maxi prit un parchemin sur la pile qui encombrait le bureau. Mais son esprit était trop rempli pour qu’elle puisse déchiffrer les antiques gribouillis. Elle se frotta le front avec rage, puis s’affala sur le bureau.
Anette, qui n’avait cessé de lui jeter des coups d’œil en coin, soupira. « Pourquoi tu n’irais pas faire une sieste ? »
« Je n’ai pas sommeil. »
« C’est pour que tu arrêtes de nous distraire, que je dis ça. Va donc ruminer ton désespoir dans ta chambre », lança Anette sans pitié, tout en griffonnant sur son parchemin.
Maxi lui décocha un regard noir avant de se lever. Officiellement, elle aidait à traduire les archives des mages noirs dès qu’elle le pouvait, mais elle savait bien qu’elle ne faisait pas sa part. Abattue, elle se traîna jusqu’à la porte.
Comme s’il avait pitié d’elle, Celric, qui examinait d’autres archives près de la cheminée, dit doucement : « Il est évident que quelque chose vous tracasse, et vous ne ferez que vous enfoncer davantage si vous restez seule. Pourquoi n’iriez-vous pas tous manger un morceau ? Après l’intervention des paladins, il ne nous reste de toute façon pas grand-chose à faire. »
Sa dernière phrase avait un goût amer. L’intervention impromptue des Chevaliers du Temple, qui avaient saisi les archives quelques jours plus tôt, lui avait clairement déplu. Toutefois, en tant que simples assistants de l’expédition, les mages n’avaient pas grand-chose à faire. La Basilique d’Osiriya avait financé et dirigé l’entreprise ; pour parler franchement, l’Église avait donc droit à toutes les archives.
Heureusement, les mages avaient été autorisés à conserver leurs découvertes personnelles, mais le reste avait été chargé dans les chariots de ravitaillement osiriyans, mettant de fait fin à toutes les recherches.
Celric jeta un regard à la pile de documents sur la table. « Il ne devrait pas nous falloir plus de quelques jours pour terminer le reste. Nous pouvons prendre notre temps jusqu’au départ de l’armée pour Osiriya. »
À peine eut-il prononcé ces mots que tous ceux qui étaient assis autour de la table se levèrent à tour de rôle. Avant que Maxi ait eu le temps de réagir, plus de dix mages l’avaient entraînée hors du bâtiment.
Ils bavardaient de sujets divers en se dirigeant vers la cuisine. La majeure partie de la conversation portait sur le conseil qui se tiendrait à Balbourne : ils spéculaient sur la manière dont les négociations seraient menées et pariaient même sur la part du butin qui reviendrait à la Tour des Mages.
Alors que Maxi suivait ses bruyants compagnons à quelques pas de distance, elle aperçut un chevalier en armure des Chevaliers du Dragon rouge qui marchait aux côtés de la princesse Agnes, ses boucles blondes flottant librement. Ils se hâtaient vers l’arrière du château.
Maxi s’immobilisa, les yeux fixés sur le dos du chevalier. Il avait la tête couverte d’une capuche, mais même à cette distance, sa grande taille ne faisait aucun doute. Sa poitrine se serra.
Figée par le choc, elle les regarda pénétrer dans une cour déserte. Puis elle revint à elle, dit aux mages de continuer sans elle et se hâta à la suite de la princesse et du chevalier.
Le couple marcha un moment avant de s’arrêter dans un espace ouvert bordé d’un mur. Lorsque le chevalier se retourna pour regarder derrière lui, Maxi se dissimula derrière un grand arbre.
Des voix lui parvinrent bientôt. Elle était trop loin pour comprendre ce qu’ils disaient, mais elle reconnut que la voix grave de l’homme n’était pas celle de Riftan. Ses épaules s’affaissèrent, soulagées. Dans le même temps, une douleur lui vrilla le ventre et ses yeux s’embrasèrent de larmes.
Mais à quoi pensais-je ?
Elle s’accroupit et enfouit le visage dans ses genoux. Au bout d’un moment, la voix exaspérée de la princesse Agnes lui parvint.
Maxi risqua un coup d’œil hors de sa cachette et vit Elliot Karon tenter calmement d’expliquer quelque chose à la princesse. Le chevalier sortit une feuille de papier de sa tunique. Agnes la prit et sembla en examiner le contenu pendant un long moment.
Une étrange atmosphère régnait entre eux. Pour quelle raison ces deux-là, entre tous, auraient-ils eu une conversation aussi clandestine ? Maxi les observait furtivement depuis l’ombre quand elle se rappela soudain que Riftan et la princesse s’étaient eux aussi souvent entretenus en privé pendant la campagne militaire. Son visage s’assombrit.
Elle avait toujours cru qu’ils parlaient de la guerre. Elle comprit alors qu’ils avaient pu discuter de quelque chose dont elle ignorait tout. Riftan avait-il une autre raison de lui avoir dit de retourner à la Tour des Mages ? Un grave problème avait-il surgi, au point de le pousser à jouer les hommes froids pour l’envoyer en lieu sûr ?
Elle était en train de retourner ces questions dans son esprit lorsque quelqu’un lui tira brusquement le bras. Maxi poussa un petit cri et releva vivement la tête : le visage grave d’Elliot se tenait devant elle. Le chevalier eut l’air surpris et la lâcha aussitôt.
« P-pardonnez-moi, madame. J’ai cru que quelqu’un nous espionnait. »
Maxi rougit jusqu’aux oreilles. Il était évident qu’elle venait justement de le faire. S’en rendant compte, Elliot se tut, visiblement embarrassé.
« Je vous ai aperçus tous les deux de loin… commença Maxi, mais j’ai manqué l’occasion de vous parler. »
Son regard glissa derrière lui tandis qu’elle marmonnait cette piètre excuse. À son grand soulagement, la princesse Agnes n’était plus là. La conversation avait apparemment pris fin pendant que Maxi était perdue dans ses pensées. be𝚍𝚗ove𝚕.𝚗𝚎𝚔
Soulagée que la princesse n’ait pas assisté à sa conduite honteuse, Maxi reporta son attention sur Elliot. Le chevalier était visiblement tendu et embarrassé.
Comme il n’avait pas l’air en colère, du moins, Maxi décida de jouer franc jeu. Elle se redressa et dit : « Vous aviez l’air de parler d’une affaire sérieuse, alors je n’ai pas voulu vous déranger. »
« Qu’avez-vous entendu ? » demanda Elliot après un moment.
Son regard perçant scruta son visage. Maxi songea à feindre qu’elle savait quelque chose pour pousser le chevalier à se confier, mais elle finit par renoncer. Elle doutait qu’il se laisse berner si facilement.
« Je… je n’ai rien entendu, avoua-t-elle, mais je vous ai vu remettre quelque chose à la princesse. »
Elliot pinça les lèvres. Maxi attendit qu’il s’explique. Comme il gardait le silence depuis un long moment, elle sentit la colère monter en elle.
« Le jour de notre arrivée… commença-t-elle. Sir Ursuline est venu trouver Riftan en urgence. Riftan m’a dit que c’était à cause d’un conflit commercial, mais ce n’est pas vraiment la raison, n’est-ce pas ? Il a dû se passer quelque chose de bien plus grave… »
« Madame, je ne suis pas autorisé à vous dire quoi que ce soit. Si vous voulez absolument savoir, je vous conseille d’en parler au commandant. »
Maxi fixa le visage grave du chevalier. Voyant qu’il serait difficile de le faire changer d’avis, elle lâcha un rire déçu.
« Alors… il me cache quelque chose. »
« Et il vous a formellement ordonné, à vous et aux autres, de ne rien me révéler. »
Le chevalier ne confirma ni ne démentit, gardant résolument la bouche close. C’était une réponse suffisante pour Maxi. Elle se frotta les yeux douloureux et souffla d’agacement. La frustration lui faisait l’effet d’une cocotte prête à exploser.
Elle en avait assez que Riftan lui cache la vérité, assez de le voir lui tourner froidement le dos sous prétexte de la protéger. Elle en avait assez de rester à l’extérieur de ses remparts, à le supplier de la laisser entrer.
S’essuyant le front d’une main tremblante, elle dit : « T-très bien. Je ne vous poserai pas d’autres questions. »
« Vous devriez demander au commandant… »
« Non. Je sais… qu’il refusera de me dire quoi que ce soit. »
Percevant la résignation dans sa voix, Elliot eut l’air mal à l’aise.
« Et s’il n’a pas l’intention de me dire quoi que ce soit… poursuivit Maxi, sans même essayer de paraître indifférente, je n’ai pas l’intention de lui demander. »
***
Quelques jours plus tard, l’armée de la coalition se mit en route pour Osiriya. Les soldats conscrits de chaque unité avaient reçu l’ordre de rentrer chez eux avec leur solde, et leurs effectifs avaient été réduits de moitié. Comme d’autres hommes se séparèrent du groupe en chemin, ils n’étaient plus qu’un peu plus de six mille à leur arrivée à la frontière osiriyane..