Chapitre 349
Chapitre 349 : Chapitre 110
« Cette enfant semble prendre un malin plaisir à fourrer son nez partout, dit Calto. Une vraie mage de Sigrew, sous tous les rapports. »
« Je vois que vous… êtes devenus très proches », marmonna Maxi, quelque peu déconcertée.
Il était étrange de voir un mage fraîchement consacré et un ancien d’Urd échanger sans les formalités habituelles. Calto haussa les épaules, nullement troublé par la surprise de Maxi.
« Pendant que vous et les autres combattiez au cours de la campagne militaire, nous avons passé nos journées à déchiffrer ces documents. Quand on est contraint de travailler côte à côte, du crépuscule jusqu’à l’aube, il est tout naturel de finir par se rapprocher. Cela dit, ajouta l’ancien en grondant à voix basse, avec votre amie, c’est un peu trop le cas. »
Maxi rapprocha une chaise du feu, s’assit et adressa un regard interrogateur à Calto. L’ancien jeta une bûchette dans l’âtre et contempla les flammes sans un mot.
« Quand cette affaire sera réglée, commença-t-il en choisissant soigneusement ses mots, la plupart des mages, dont Celric, Anton et moi-même, retourneront à la Tour des Mages. N’envisageriez-vous pas de nous accompagner ? Je vous confierais au meilleur mentor si vous souhaitiez commencer à vous former pour devenir mage senior. »
Les yeux de Maxi s’écarquillèrent devant cette proposition inattendue. N’était-il pas de notoriété publique, à la Tour, qu’elle avait été pressée de quitter Nornui ?
« P-Pardonnez-moi, dit Maxi en agitant les mains, mais je n’ai aucune ambition de gravir les échelons… »
« Je vous prie de me laisser finir, déclara fermement Calto. Je n’ai pas l’intention de vous retenir éternellement à Nornui. Je vous propose simplement une année de formation. Ensuite, je vous enverrai où vous le souhaiterez, à Drachium ou à Anatol. Il va sans dire que vous n’étudierez pas de magie extrêmement dangereuse, mais je vous autoriserai à apprendre tous les sorts dont l’usage est permis hors de Nornui. »
Maxi parut troublée. « Puis-je vous demander… pourquoi vous me faites cette proposition ? »
« Vous êtes une mage douée, Maximilian, et je trouve dommage d’interrompre votre formation après seulement trois années d’études. »
Calto se cala contre les coussins du canapé. « La Tour des Mages a grand besoin de nouveaux mages seniors compétents. Beaucoup ont péri lors de la guerre, il y a trois ans, et depuis, les seigneurs féodaux de chaque royaume ne cessent de réclamer à la Tour qu’elle les remplace. Or, il faut normalement dix ans pour former un mage d’exception. »
« Je suis certaine qu’en levant les restrictions sur les sorts interdits… vous pourriez en déployer davantage. »
Calto secoua la tête. « Nous envisageons déjà d’assouplir les restrictions sur les sorts les moins dangereux, mais nous ne pouvons pas autoriser l’usage hors de Nornui de ceux qui vont directement à l’encontre des préceptes de l’Église. Le chef de la Tour ne le permettrait pas, et ceux qui maîtrisent cette magie se satisfont de leur rôle d’érudits. Même si l’interdiction était levée, peu d’entre eux, voire aucun, ne se porteraient volontaires pour être envoyés sur le terrain. »
Calto poussa un profond soupir, puis ajouta : « En définitive, la Tour doit désormais former des mages capables de lancer de puissants sorts, tout en restant suffisamment sûrs pour être envoyés dans le monde extérieur. Vous êtes une candidate prometteuse, Maximilian. Quelques années de formation supplémentaires vous rendraient bien plus puissante que vous ne l’êtes aujourd’hui. »
Maxi déglutit. Une magie puissante. Quel mage au monde n’en aurait pas été tenté ? Encore plus quelqu’un qui avait pris conscience de son impuissance au fil de deux guerres.
Mais rien ne valait la douleur d’être séparée de Riftan une nouvelle fois.
« Je vous remercie… d’avoir une si bonne opinion de mes capacités, dit Maxi en secouant la tête, mais je suis restée loin de chez moi bien trop longtemps. Je ne veux plus jamais être séparée de mon mari. »
L’ancien scruta son regard, comme s’il cherchait à savoir s’il lui restait une chance de la faire changer d’avis. Maxi soutint délibérément ses yeux. Pour finir, un soupir résigné lui échappa.
« Vous avez été très claire. Mais il reste encore du temps — beaucoup, en réalité — avant que le Conseil des Sept Royaumes n’achève ses délibérations. N’hésitez pas à venir me voir si vous changez d’avis d’ici là. »
Maxi aurait voulu lui dire qu’elle ne changerait pas d’avis, mais elle inclina la tête par politesse. Pour signifier que leur conversation était terminée, Calto prit un parchemin sur le bureau et désigna la porte du menton.
« À propos, je crains que Sidina ne se soit égarée. Auriez-vous l’amabilité de retrouver mon petit-déjeuner ? Si cela vous demande trop d’efforts, vous pourriez demander à une servante de passage de m’apporter à manger, si elle n’est pas déjà occupée. »
Il cherchait manifestement à la faire sortir, ce qui arrangeait tout à fait Maxi. Elle se précipita avec joie hors de la pièce, dévala l’escalier et quitta l’annexe.
Curieusement, la proposition de Calto avait quelque peu remis de l’ordre dans ses pensées confuses. Elle se rappela une fois encore que ce qui comptait le plus, c’était d’être avec Riftan, et que cela ne changerait jamais.
Je devrais lui reparler.
Décidée à aller retrouver son mari après avoir apporté son repas à Calto, Maxi hâta le pas. Le chemin menant au château principal était animé par les serviteurs qui transportaient des seaux et des brassées de bois. Maxi se faufila parmi eux en direction de l’arrière du bâtiment. Elle approchait de la cuisine lorsqu’elle tomba sur Sidina.
« Déjà fini de discuter ? s’étonna la jeune fille, tout en fourrant précipitamment un morceau de pain dans sa poche. »
Maxi plissa les yeux. « Vous étiez censée aller chercher à manger, mais je vois que vous vous êtes plutôt remplie l’estomac. »
« Je ne faisais que goûter ! Regardez, j’ai apporté votre repas. » Sidina brandit le paquet qu’elle portait, l’air offensé. « La cuisine est sens dessus dessous, en ce moment. Servir huit mille soldats affamés, ce n’est pas une mince affaire. Vous n’imaginez même pas comme j’ai dû me battre pour mettre la main sur… »
« B-Bon, vous avez réussi à me convaincre. Dépêchons-nous de retourner auprès de Maître Calto. »
Après avoir coupé court aux justifications interminables de la jeune fille, Maxi fit volte-face. Sidina avait toujours eu la langue bien pendue, mais son bavardage semblait s’être accentué depuis le départ de Maxi.
« Alors, qu’est-ce que Maître Calto voulait vous dire ? » demanda Sidina en se rapprochant d’elle.
Après une brève hésitation, Maxi choisit de lui répondre franchement. « Il m’a proposé… de poursuivre ma formation à la Tour pendant quelques années. »
« À vous aussi ? »
Maxi se colla au mur pour éviter la foule de soldats qui se dirigeait vers la cuisine, puis se tourna vers Sidina. « Il vous a aussi proposé de gravir les échelons ? »
« Oh, je lui ai fait part de mes ambitions il y a longtemps. Comme les mages qui ont participé à la campagne militaire seront prioritaires pour étudier les archives des mages noirs, je n’allais pas laisser passer cette occasion. » Elle agita fièrement l’index. « Miriam a reçu une proposition similaire. Hier soir, pendant les festivités, j’ai entendu Maître Albern lui demander si elle voulait devenir mage senior à Kabala, mais elle a refusé. D’après ce que j’ai compris, elle rejoindra les Chevaliers royaux de Bolosé une fois que tout sera terminé. »
Maxi ouvrit de grands yeux. Miriam, qui détestait côtoyer les gens, n’avait rien d’une bonne recrue pour cet ordre bruyant. S’étaient-elles rapprochées en montant la garde ensemble devant la cité des monstres ?
« C’est surprenant. Je pensais que Miriam était davantage passionnée par la recherche. »
« Eh bien, l’occasion de rejoindre les Chevaliers royaux de Livadon ne se présente pas souvent. Si elle se débrouille bien, elle pourrait même devenir mage royale. J’ai entendu dire que le salaire était sacrément bon », chuchota Sidina à son oreille, comme si elle lui confiait un secret d’État.
Maxi haussa les épaules et longea le château pour éviter le flot grandissant de monde. Les festivités de la veille avaient dû se prolonger toute la nuit : les cuisiniers de l’armée empestaient eux aussi l’alcool tandis qu’ils transportaient des marmites hors de la cuisine.
Riftan m’a-t-il négligée hier soir parce qu’il a bu jusqu’à l’aube avec les chevaliers ? Maxi serra les dents tout en poursuivant son chemin. Si c’était le cas, il entrerait bientôt dans l’histoire comme l’homme dont l’épouse était la plus violente.
« Qu’est-ce que tu comptes faire, Max ? » lança soudain Sidina, interrompant le tourbillon de ses pensées.
La question ne lui parvint pas tout de suite, tant son esprit était embrouillé. Elle cligna des yeux, et Sidina lui décocha un regard en coin, comme pour lui signifier de ne pas faire semblant de ne pas comprendre. « À propos de la proposition de Maître Calto ! insista-t-elle. Tu ne souhaites vraiment pas retourner à Nornui pour poursuivre ta formation ? »
Maxi poussa un petit soupir. « Tu sais à quel point j’étais désespérée de quitter l’île. »
« Oui… mais tu ne trouves pas que ce serait du gâchis ? Une fois la campagne militaire officiellement terminée, tu pourras étudier les innombrables archives du plateau de Pamela. »
« N’as-tu pas dit que tu avais perdu tes cheveux à force de traduire ces documents ? Même si je déteste profondément mes boucles, je tiens quand même à les garder sur mon crâne », rétorqua Maxi en reprenant le chemin de l’annexe.
Sidina lui barra soudain la route. « Blague à part, j’espère que tu y réfléchiras sérieusement. Nous avons dû quitter Nornui juste après notre consécration, alors nous n’avons jamais reçu de véritable formation en magie élémentaire. Quelques années de plus nous permettraient de tirer pleinement parti de ce que nous avons appris jusqu’ici. »
« Nous ne sommes pas obligées de suivre cette formation à Nornui. »
« Certes, mais il te faudrait cinq ans ailleurs, alors qu’un an suffirait à Nornui ! » Sidina s’accrocha au bras de Maxi, l’air profondément pitoyable. « Ne refuse pas. Passe juste une année de plus avec moi à la Tour. Nous sommes amies pour la vie, non ? Après la formation, je compte aussi demander à être affectée dans le nord. Quand nous aurons toutes les deux terminé… »
Sidina cessa soudain de geindre. Perplexe, Maxi la regarda, puis tourna la tête pour suivre son regard. Riftan, Ursuline et Elliot se tenaient là, les rênes de leurs destriers de guerre à la main.
La lumière éclatante du soleil faisait ressortir la beauté éblouissante de Riftan, et la colère de Maxi s’évapora. Elle se précipita vers lui, laissant Sidina derrière elle.