Chapitre 346
Chapitre 346 : Chapitre 107
Ils entrèrent dans une chambre à coucher somptueuse. Après avoir ôté son manteau couvert de poussière, Maxi promena le regard sur le vaste lit et les autres meubles luxueux de la pièce. Peut-être avait-elle passé trop de temps recroquevillée dans des couvertures en lambeaux, sur le sol de tentes crasseuses : le confort qui l’entourait lui semblait étrangement étranger.
« Viens, assieds-toi », dit Riftan en la guidant à l’intérieur.
Maxi rapprocha une chaise de la cheminée et s’y laissa tomber. Un soupir de bien-être lui échappa. Elle avait oublié comme il était agréable de se réchauffer devant un feu ardent.
Elle retira ses gants, les posa sur ses genoux et tendit les mains vers les flammes. Riftan l’observa un instant en silence, puis lui tendit une coupe d’argent remplie de vin.
« Bois ça. Ça te réchauffera. »
« M-Merci. »
Maxi accepta la coupe et en but une gorgée. Comme il l’avait dit, l’alcool corsé lui réchauffa bientôt le corps. Elle vida la coupe et lui tendit le récipient. « Je p-pourrais en avoir encore ? »
« Tu ferais mieux d’éviter de boire autant le ventre vide. Attends qu’on serve le repas. »
Riftan lui prit la coupe des mains et la posa hors de sa portée. Maxi lorgna la bouteille de vin, mais le souvenir de son évanouissement après une nuit de beuverie étouffa son envie dans l’œuf. Elle était résolue à garder la tête claire ce soir.
Elle jeta un coup d’œil à Riftan, bien décidée à abattre le mur entre eux. Il retirait à présent son armure avec dextérité, pièce après pièce. Son cœur se serra lorsqu’elle remarqua son visage dépourvu de toute émotion. Si cette nuit devait être agréable, il leur restait une montagne à gravir.
Retenant un soupir, Maxi commença à ôter lentement ses bottes et ses chaussettes, pour gagner du temps. Elle les jeta dans un panier, tout en cherchant comment amorcer la conversation.
À cet instant, des pas précipités retentirent dans le couloir.
« Seigneur, nous vous avons préparé votre bain. »
« Entrez. »
Six serviteurs pénétrèrent dans la pièce, portant une grande baignoire remplie d’eau chaude, des piles de linge propre et des vêtements colorés. Maxi s’écarta et lissa nerveusement ses cheveux tandis qu’ils s’affairaient à régler la température du bain et à disposer soigneusement les vêtements, le savon et les serviettes. Riftan rompit enfin le silence lorsqu’ils eurent quitté la pièce.
« Tu comptes rester plantée là ? Dépêche-toi d’entrer avant que l’eau ne refroidisse. »
Surprise, Maxi se tourna vers lui. Débarrassé de son armure, il attisait le feu, vêtu seulement d’une tunique fine et d’un pantalon de laine.
Décontenancée, Maxi le dévisagea sans comprendre avant de demander : « T-Toute seule ? »
Le tisonnier se figea dans sa main.
Comprenant tardivement comment ses mots avaient pu sonner, Maxi rougit. « C-C’est toi qui m’as dit… que les couples mariés prenaient leur bain ensemble, alors j’ai supposé… »
« Aujourd’hui, tu te baigneras d’abord. La baignoire est trop petite pour nous deux », répondit-il froidement en ajoutant du bois dans le feu.
Maxi plissa les yeux en regardant son dos, puis tourna le regard vers le bain fumant. La baignoire n’était certes pas très grande, mais ils avaient partagé des cuves plus petites sans le moindre problème. Elle ravala sa remarque : la dernière chose qu’elle voulait, c’était le supplier de la rejoindre.
Elle se dirigea délibérément vers la baignoire d’un pas lourd, ôta sa tunique qui lui arrivait aux genoux, retira ses collants épais et jeta le tout dans le panier à linge. Debout, elle ne portait plus que ses chaussettes, un sous-vêtement et une fine chemise. Elle se retourna vers son mari. Il actionnait le soufflet, les yeux toujours rivés sur la cheminée. Cette vue l’emplit soudain d’angoisse. Peut-être lui était-il indifférent qu’elle soit nue ou non.
Tripotant sa manche usée, elle toussota dans un ultime effort pour attirer son attention.
« Je suis désolée, mais pourriez-vous m’aider à rajouter de l’eau chaude ? J’ai peur qu’elle ait déjà un peu refroidi. »
Riftan se figea. Son regard se posa sur la bouilloire en laiton que les serviteurs avaient suspendue au-dessus du feu. Il resta silencieux un instant, puis la décrocha à l’aide du tisonnier. Il s’approcha lentement de la baignoire, versa de l’eau, puis se détourna. Il ne la regarda pas une seule fois.
Maxi le retint précipitamment. Elle scruta son visage, l’inquiétude grandissant en elle. « Ê-Êtes-vous toujours en colère contre moi ? » Comme il ne répondait pas, elle poursuivit : « Ce que j’ai dit ce jour-là… était un peu dur. Vos soupçons absurdes m’avaient mise en colère. »
Elle se tut en remarquant sa mâchoire se crisper. Elle ne voulait pas déclencher une autre dispute stérile.
Elle observa son visage avec prudence et le supplia : « Je vous en prie, dites quelque chose. N’importe quoi. Si seulement vous me disiez pourquoi vous êtes… »
« J’ai besoin que tu… retournes d’abord dans la baignoire. »
Sa voix semblait étranglée. Il arracha brutalement son bras à son emprise et se précipita vers la table, comme une bête échappée d’un piège. Stupéfaite, Maxi le regarda prendre la bouteille de vin, remplir une coupe et la vider d’un trait…
Les yeux flamboyants, il croisa son regard. Il s’essuya la bouche avec sa manche, remplit de nouveau sa coupe et la vida comme pour éteindre un brasier dans sa gorge.
« Si tu veux parler, couvre-toi d’abord », lança-t-il froidement en désignant une couverture du menton.
Maxi cligna des yeux, hébétée, et sentit son visage s’embraser. Elle s’enveloppa dans la couverture tandis que Riftan la regardait avec malaise.
« Pour répondre à ta question », dit-il en se servant encore du vin. Il s’interrompit pour soupirer. « Non, je ne suis pas en colère contre toi. J’essaie simplement de me retenir. Je ne voulais pas te sauter dessus juste après un voyage aussi éprouvant. »
Il vida une autre coupe et ajouta avec amertume : « On dirait pourtant que ma femme n’a aucune intention de faciliter les efforts de son mari pour se conduire en chevalier. »
Les oreilles de Maxi virèrent au rouge écarlate. Le regard de Riftan s’attarda sur elle, puis il détourna les yeux pour prendre une nouvelle bouteille sur l’étagère. Il la déboucha avec un empressement désespéré, comme un homme mourant de soif dans le désert.
« Et puis, c’est toi qui es toujours en colère contre moi. Tu ne m’as pas adressé un mot après notre dispute. »
« V-Vous non plus ! »
« C’est seulement parce que… »
Il abattit la bouteille sur la table. Son regard s’assombrit tandis qu’il se tournait vers elle en se frottant la bouche. Puis, d’une voix contenue : « J’ai pensé qu’il valait mieux garder mes distances jusqu’à la fin de la campagne militaire. Je devais rester vigilant tant que nous n’étions pas en lieu plus sûr, et tu avais tes propres responsabilités. Si nous avions été dans le même espace, nous aurions fini par nous siffler dessus comme deux chats furieux. »
Maxi s’apprêtait à répliquer sèchement, mais elle se rappela toutes leurs disputes et leur incessant bras de fer depuis leurs retrouvailles. Riftan avait raison : ils n’avaient cessé de tourner l’un autour de l’autre comme des bêtes aux aguets. Peut-être était-il las de la situation.
Saisie d’une angoisse paralysante, elle lâcha : « Mais… ce n’est plus le cas, maintenant. »
Riftan posa les yeux sur elle. Elle ne sut pas s’il lui demandait si elle le pensait vraiment ou s’il réfléchissait simplement à quelque chose.
Son cœur se serra. Avait-il recommencé à ériger ses barrières tandis qu’elle s’obstinait à protéger sa fierté ? Après avoir plongé son regard dans ses yeux d’un calme inquiétant, Maxi lui prit la main posée sur sa cuisse. À son grand soulagement, il ne se dégagea pas cette fois.
« Vous souvenez-vous encore… de ce que je vous ai dit il y a trois ans ? »
Il se raidit à peine. Elle leva la tête vers ses yeux voilés. Il la regardait comme une bête sur ses gardes, et cela lui brisa le cœur.
« Je vous ai dit que je reviendrais auprès de vous dès que je le pourrais… » murmura-t-elle en caressant sa paume calleuse, « et que je ne vous quitterais plus jamais. »
Riftan ne répondit pas, mais Maxi était certaine qu’il se souvenait de ses paroles aussi clairement que le jour où elle les avait prononcées. Elle-même se rappelait cette scène avec une vivacité intacte, comme si elle datait de la veille : le silence dans la chambre obscure, sa voix rauque qui la suppliait de ne pas partir, la lumière qui s’éteignait dans ses yeux.
Elle serra instinctivement sa main. « Quand j’étais à la Tour… je me suis promis encore et encore que je ne partirais plus jamais… que je ne serais plus jamais… séparée de vous. »
Elle s’interrompit pour maîtriser sa voix tremblante et força un sourire sur ses lèvres frémissantes.
« Si vous me le permettez… je veux tenir cette promesse. Je veux être à vos côtés, toujours. Je ne veux plus… jamais être séparée de vous. »
Maxi entendit son inspiration brusque. À peine eut-elle levé la tête pour examiner son visage qu’il posa sa grande main sur sa nuque. 𝑏𝘦𝘥𝘯𝑜𝘷𝘦𝑙.𝑜𝑟𝘨
Un gémissement lui échappa lorsqu’il lui renversa la tête. Ses lèvres gercées s’écrasèrent fébrilement contre les siennes, et ses bras d’acier se resserrèrent autour d’elle, abolissant tout espace entre eux..