Chapitre 345
Chapitre 345 : Chapitre 106
Le rempart nord de la forteresse résista à l’impact, mais tout le reste fut réduit en miettes, méconnaissable. Maxi frissonna à cette vue. Le sol trembla tandis que la ville s’effondrait, et le fracas assourdissant de la destruction résonna dans les montagnes.
Quand les derniers paladins eurent quitté la ville, les remparts s’écroulèrent. Des éclairs bleus jaillirent des murailles, suivis d’une série d’explosions qui projetèrent des pierres à travers la colline. Le visage dissimulé derrière sa manche, Maxi regarda la ville disparaître dans un nuage de poussière.
« Nous devrions partir, maintenant. »
La voix de Riftan retentit derrière elle. Elle se retourna et vit les Chevaliers du Dragon rouge au garde-à-vous, près des troupes de Wedon. Son regard se posa aussitôt sur son mari, dont la tête dépassait de celles des autres. Même son cheval de guerre semblait dominer tous ceux qui l’entouraient.
Après avoir passé ses hommes en revue, Riftan donna le signal du départ, et les soldats se mirent en marche en rangs impeccables.
Maxi jeta un dernier regard par-dessus son épaule en leur emboîtant le pas. Les remparts n’étaient plus qu’un amas de décombres, fouetté par le vent aride. Elle observa des volutes de sable balayer la ville désolée, puis détourna les yeux.
La guerre était terminée. Un soulagement mêlé d’une étrange tristesse l’envahit. Combien d’hommes avaient-ils enterrés ici ? Tandis qu’elle traversait le champ où s’étaient livrées de féroces batailles, Maxi pria pour que les hommes ensevelis dans des tombes sans nom reposent en paix à jamais. Puis, lentement mais sûrement, ils laissèrent derrière eux ces plaines souillées de sang et de cauchemars.
***
Le voyage du retour se déroula sans incident. Ils ne rencontrèrent aucun monstre sorti de son hibernation, et les soldats ne se plaignirent pas malgré leurs rations qui s’amenuisaient. La montagne de butin devait sans aucun doute les consoler.
Les soldats pouvaient espérer de généreuses récompenses, et les chevaliers qui s’étaient distingués pendant la guerre recevraient des titres et des terres. Les troupes étaient si impatientes qu’elles ne semblaient pas se fatiguer. Avant même de s’en rendre compte, ils avaient quitté le plateau de Pamela et atteint le Château d’Ethylene bien plus tôt que prévu.
Un sourire radieux éclaira le visage de Maxi lorsqu’elle leva les yeux vers les remparts gris du Château d’Ethylene, puis vers les sommets qui s’élevaient de part et d’autre, couverts de pins. Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas vu autant de verdure. Son cœur chantait de joie. Enfin, ils avaient quitté ce royaume de roche et de glace pour retrouver le monde des hommes.
Rem renâcla, épuisée. Maxi lui caressa l’encolure et l’encouragea à avancer le long du ruisseau sinueux, à la suite des chevaliers qui faisaient boire leurs montures plus loin en aval. À présent qu’ils se trouvaient en terrain plus sûr, les soldats semblaient bien plus détendus. Tout en bavardant avec enthousiasme, ils jetaient leurs lourds casques et leurs armures sur les chariots, et le nombre de monstres qu’ils avaient tués ne cessait de croître au fil de leurs récits. Certains sifflaient même en marchant, le pas léger.
Des acclamations tonitruantes accueillirent l’armée de la coalition à son passage sous la porte de la ville. Maxi promena le regard sur les rues bondées, tout en chassant les pétales que les habitants d’Ethylene lançaient avec exubérance. Des femmes élégamment vêtues en répandaient d’autres de chaque côté de la route, tandis que les hommes entonnaient des chansons vigoureuses à la gloire des héros. La foule était bien plus nombreuse que celle qui les avait accompagnés au départ.
« Ne me dites pas que nous recevrons le même accueil dans chaque ville où nous passerons, marmonna Anette, observant la foule en liesse d’un air mal à l’aise.
Maxi eut un sourire en coin. « Tant que nous voyagerons avec les chevaliers… j’en ai bien peur. Les Chevaliers du Dragon rouge, les chevaliers de Bolosé et les Chevaliers du Temple sont les héros des Sept Royaumes. »
Anette secoua la tête et souffla du nez. L’armée de la coalition quitta la place et prit la direction du Château d’Aren. Les Chevaliers royaux de Bolosé entrèrent les premiers, suivis des Chevaliers royaux de Wedon, des Chevaliers du Dragon rouge, des Chevaliers du Temple, puis des chevaliers de Phil Aaron.
L’armée, qui comptait plus de vingt mille hommes, avait été réduite à environ quinze mille. La moitié d’entre eux avait décidé de loger dans les auberges et les monastères de la ville. Le reste put ainsi séjourner au château et, même s’ils devaient être cinq par chambre, les soldats étaient ravis d’échapper à une nouvelle nuit sous la tente.
Après avoir regardé en silence les serviteurs conduire les soldats dans les différentes parties du château, Maxi descendit ses affaires de la selle de Rem.
Anette l’observa un moment, puis lui demanda brusquement : « Qu’est-ce que tu vas faire ? »
Maxi se tourna vers elle, perplexe. « À propos de quoi ? »
« Où vas-tu dormir ? Tu comptes encore venir dans notre chambre ? »
Rougissant, Maxi détourna le regard. Elle ne savait que répondre. Elle désirait rester auprès de Riftan, mais craignait qu’il ne la rejette encore. Depuis leur ridicule dispute, elle n’avait pas eu l’occasion de parler sérieusement avec lui, et elle en avait assez de le voir se refermer dès qu’elle croyait qu’ils s’étaient rapprochés.
Après avoir fixé le sol d’un air maussade, Maxi se força à sourire. « B-Bien sûr. Je suis… mage de la Tour. Je ne peux pas m’attendre à un traitement de faveur. »
« Je trouvais normal que tu restes avec nous pendant la guerre, puisque tu dirigeais les mages, dit Anette en fronçant les sourcils, mais est-ce encore nécessaire ? »
« Ça… c’est à moi d’en décider. »
Anette ne répondit pas. Elle observa Maxi, puis secoua la tête en soupirant. « Très bien. Fais comme tu veux. »
Sur ces mots, elle prit ses bagages sur sa selle et les passa sur son épaule. Elle confia son cheval à un serviteur qui attendait, puis fit signe à Maxi de la suivre.
« Viens, allons-y. Nous devrions voir Maître Calto une fois nos affaires rangées. »
À cet instant, une voix retentit derrière elles.
« Elle ne vous accompagnera pas. »
Maxi se retourna, surprise.
Riftan lui prit son sac et le passa sur son épaule. « Ma femme restera avec moi. »
La joie et la colère s’affrontèrent en elle. Son regard faisait battre son cœur, mais le fait qu’il revendique si tranquillement ses droits conjugaux après l’avoir ignorée si longtemps éveillait en elle un esprit de rébellion.
Elle raidit le bras qu’il tenait et, l’espace d’un instant, eut envie de se dégager. Pourtant, c’était l’occasion de réparer leur relation, et elle ne voulait pas tout gâcher par orgueil. Après tout, n’avait-elle pas espéré qu’il fasse le premier pas ?
Se ressaisissant, Maxi se tourna vers Anette. « J-Je suis désolée de changer d’avis, mais je crois que… je vais finalement rester avec mon mari. » bednovel.net
À ces mots, elle sentit l’étreinte de Riftan se relâcher légèrement. Avait-il eu peur qu’elle le repousse ?
Elle étudiait attentivement son visage impassible lorsqu’Anette lui demanda : « Tu es sûre que ça ira ? »
Riftan parut offensé par la question et lança un regard noir à Anette. « Y a-t-il une raison pour que ma femme ne vienne pas avec moi ? »
Les lèvres d’Anette se tordirent légèrement. Voyant son amie prête à lui répliquer, Maxi intervint. « Riftan a raison. Tout ira bien… alors ne t’inquiète pas pour moi. »
Le regard d’Anette parcourut le visage de Maxi, comme pour y chercher quelque chose. Puis elle haussa les épaules et suivit les autres mages. Quand ils furent partis, Maxi leva les yeux vers Riftan.
Son visage ne trahissait aucune émotion lorsqu’il dit : « Viens. »
Passant un bras autour de ses épaules, il l’attira contre lui et l’entraîna vers le château principal. Elle respira son parfum viril si caractéristique. Il n’avait pas dû avoir l’occasion de se laver correctement pendant ce long voyage ; comment pouvait-il donc sentir aussi bon ? Il semblait toujours flotter autour de lui une odeur de cuir et de musc léger.
Ils se trouvaient à présent sur le terrain d’entraînement. En approchant de Sejuleu Aren, qui donnait des instructions à ses serviteurs sur le côté, Riftan l’interpella.
« Je logerai dans la même chambre que la dernière fois. »
Sejuleu hocha vivement la tête. « Comme tu voudras. Les serviteurs vont bientôt apporter de quoi manger et l’eau pour ton bain. » Avec un sourire malicieux, il ajouta : « Je leur ai demandé de chauffer le sauna. Tu te joins à moi ? »
« Non », répondit sèchement Riftan, avant d’entraîner Maxi plus loin.
Le cœur de Maxi s’emballa. Alors qu’ils approchaient des escaliers, elle entendit le rire espiègle de Sejuleu résonner derrière eux.
« Oh, quel dommage d’être privé du plaisir de ta compagnie ! Je suppose que je devrais profiter de l’occasion pour me lier d’amitié avec notre cher Sir Kuahel. »
Maxi jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, juste à temps pour voir Sejuleu passer familièrement le bras autour du clerc, raide comme un piquet. Kuahel lui tordit aussitôt le bras, visiblement offensé. Tandis qu’elle continuait d’observer les deux commandants, les yeux écarquillés, Riftan la conduisit dans le château principal.