Chapitre 343
Chapitre 343 : Chapitre 104
Le lendemain, les mages entreprirent de détruire les runes. Anette, Armin, Anton et Maxi furent chargés d’annuler celles qui se trouvaient dans le château principal. Les imposants murs de pierre qui s’élevaient le long du versant montagneux étaient couverts de runes de fortification, dont la moitié était impossible à déchiffrer tant elles étaient complexes.
Maxi poussa un profond soupir en faisant courir ses doigts sur l’un des piliers de pierre qui flanquaient l’entrée du château. Presque tous les matériaux de construction semblaient imprégnés de magie.
« Ça va prendre une éternité… pour toutes les annuler. »
« Inutile de toutes les annuler, répondit sèchement Kuahel Leon. Le château s’effondrera dès que ses piliers porteurs seront fragilisés. »
Le chevalier du Temple avait suivi les mages, ses subordonnés sur les talons. Maxi, qui contemplait le haut plafond, lui lança un regard déconcerté.
« Puis-je vous demander… pourquoi vous nous suivez ? »
Kuahel haussa un sourcil. « Est-ce interdit ? »
« N-Non, mais… le commandant suprême… n’a-t-il pas des affaires plus importantes à régler ? »
« J’ai la chance d’avoir de nombreux assistants compétents, répondit sèchement le chevalier du Temple. De plus, cette tâche pourrait se révéler plus dangereuse que vous ne le pensez. Une rune pourrait se mettre à réagir ou un piège dissimulé se déclencher pendant qu’on l’annule. Par précaution, il a été décidé que des grands prêtres capables de neutraliser la magie accompagneraient les mages. »
Maxi fronça les sourcils. Elle doutait que l’annulation des runes de fortification puisse entraîner le moindre incident. Pourtant, lorsqu’elle se rappela avoir failli mourir sous les coups d’un golem, dans les ruines, elle se trouva incapable de réfuter ses arguments.
Dans un soupir, elle poursuivit docilement son chemin. Lorsqu’ils atteignirent la salle au centre du château, Kuahel désigna les rangées de piliers de pierre qui en longeaient le pourtour, puis la voûte de pierre.
« Vous devez vous occuper des runes sur ces piliers. Combien de temps cela prendra-t-il ? »
« Chaque pierre semble porter un sort, répondit Anton après avoir examiné attentivement une gravure complexe. Il nous faudra au moins une demi-journée pour toutes les traiter. »
« Entendu. Alors, je vous prie de vous hâter. »
Les mages se dispersèrent bientôt pour commencer leur tâche. Maxi s’agenouilla près de l’entrée du transept gauche afin d’examiner attentivement un pilier. Cette rune-là ne semblait pas difficile à neutraliser, mais leur nombre ferait durer l’opération.
Posant la main sur le pilier, elle se servit de son mana pour démêler le pouvoir de la rune en partant du haut. Lorsqu’elle fut certaine que le pilier pourrait soutenir le plafond même sans le sort, elle longea le mur et entreprit rapidement d’annuler les autres runes.
Enfin, Maxi atteignit l’autre bout de la salle. Quand elle se redressa et se retourna, Anette et Armin travaillaient toujours de l’autre côté, tandis qu’Anton avait disparu. Il devait être passé à une autre partie du château, supposa Maxi. Elle revint sur ses pas jusqu’à Kuahel, qui s’appuyait contre un mur.
« J’ai terminé de ce côté, dit-elle avec prudence. Où dois-je travailler ensuite ? »
Le chevalier du Temple promena lentement son regard dans le couloir sombre, puis fit signe en direction de la sortie. « Cela suffira pour la salle. Sortons. »
« D-Déjà ? »
« Il est dangereux de rester plus longtemps à l’intérieur. Maintenant que les runes sont annulées, nous ne pouvons pas écarter le risque que le château s’effondre. Vous pourrez poursuivre votre tâche dehors. »
Le groupe sortit du château et s’attela aux runes gravées sur sa façade. Au milieu de l’après-midi, Maxi était à bout de forces. Neutraliser des runes aussi longtemps lui avait coûté plus de mana qu’elle ne l’avait prévu.
Épuisée, elle s’affala sur une marche de pierre froide. Kuahel Leon se tenait juste derrière elle, la suivant comme un geôlier.
« Tu n’as déjà plus de mana ? demanda-t-il d’un ton irrité.
— La concentration de mana est faible dans ces parages ! s’écria Maxi en lui lançant un regard noir. »
Kuahel regarda Anette et Anton, puis revint à Maxi. « Les deux autres ont l’air de bien se porter. »
Maxi rougit. En tant que membre de la tribu Umri et mage chevronné d’Urd, respectivement, Anette et Anton avaient une capacité à emmagasiner d’immenses quantités de mana exceptionnelle, même parmi les mages de la Tour des Mages. Il était naturel qu’une mage ordinaire comme Maxi ne puisse rivaliser avec eux sur ce point.
Pourtant, consciente de l’air pitoyable qu’elle aurait, elle ne put que marmonner d’un ton maussade : « Ce sont eux qui ne sont pas ordinaires. »
« Je ne voulais pas vous faire de reproches. J’étais simplement surpris. En vous voyant travailler sans relâche pendant la guerre, j’avais pensé que vos réserves de mana étaient considérables. »
« M-Malheureusement… je ne peux que qualifier mes réserves de mana d’ordinaires. Quant à mes efforts pendant la guerre… je faisais simplement tout mon possible pour tenir le coup. »
Sa voix s’assombrit tandis que les souvenirs de ces quelques semaines éprouvantes lui revenaient en mémoire. Elle contemplait la ville désolée quand elle remarqua soudain le chevalier du Temple qui l’observait comme un chat intrigué.
Perplexe, Maxi fronça les sourcils. « Pourquoi… me regardez-vous comme ça ? »
Ses yeux s’agrandirent à peine à sa question. Le chevalier du Temple pencha la tête et se frotta le visage, comme pour en effacer toute émotion. « Comment est-ce que je vous regardais, exactement ? »
« Comme si vous… observiez une créature étrange. »
À son ton irrité, son expression retrouva son impassibilité habituelle. « Je vous prie de m’excuser si je vous ai offensée. Je tâcherai de ne pas laisser mes pensées se lire aussi facilement la prochaine fois. »
Maxi dévisagea l’homme avec incrédulité, puis poussa un soupir. Elle était trop épuisée pour se disputer avec lui.
Anton et Anette ne tardèrent pas à la rejoindre dans l’escalier, et tous trois retournèrent au camp pour se reposer. Au moment où le soleil commençait à disparaître sous l’horizon, le groupe parti explorer les abords de la ville regagna la place.
Maxi mangeait alors une bouillie de haricots clairsemée, devant le feu de camp. Elle s’illumina en apercevant Riftan, qu’elle n’avait pas vu de la journée depuis qu’elle avait commencé à s’occuper des runes à l’aube. Posant son bol, elle courut vers lui.
« R-Riftan ! »
Riftan s’immobilisa au milieu de ses longues enjambées et tourna la tête. Sous le regard pénétrant qu’il promena sur elle, Maxi porta machinalement la main à ses cheveux pour les arranger. À son grand désarroi, ses doigts ne purent rien contre les nœuds emmêlés de ses boucles.
Elle rabattit sa capuche sur sa tête en s’approchant. « D’où venez-vous ? Je… je ne vous ai pas vu de la journée. »
« J’ai mené une expédition dans les montagnes. J’ai passé la journée à fouiller les rochers parce que cette foutue bonne femme s’est mis en tête de trouver un filon d’orichalque, grommela Riftan en jetant un coup d’œil par-dessus son épaule. »
Maxi suivit son regard et son visage s’assombrit en voyant la princesse Agnes traverser la place à la tête des Chevaliers royaux de Wedon. Une autre femme avait passé la journée avec son mari, tandis qu’elle n’avait même pas pu apercevoir son visage une seule fois. Cette pensée lui fit bouillir le sang.
« E-Et ? demanda-t-elle avec un sourire crispé. Vous en avez trouvé un ? »
« On a perdu notre temps. » Il confia Talon à un écuyer qui le suivait, puis se massa la nuque d’un air épuisé. « Cela dit, c’est sans doute mieux ainsi. Ça n’aurait fait qu’engendrer d’autres disputes. »
« S-Si c’est ce que vous pensez… pourquoi avoir pris la peine de le chercher ? »
Comme s’il avait senti son mécontentement, il reporta son regard sur elle. Maxi s’efforça de garder son calme. À son grand soulagement, il ne semblait pas avoir remarqué sa jalousie mesquine.
« J’y suis allé aussi pour inspecter les environs à la recherche de tanières de monstres cachées, répondit-il d’un ton égal. Je comptais de toute façon explorer le secteur, mais ça n’a rien donné non plus. »
Il s’interrompit pour l’examiner attentivement. « Plus important, comment s’est passée ta journée ? J’ai appris que les recherches dans la ville avaient été interrompues pour que les mages puissent commencer à annuler les runes. Le travail n’est pas trop difficile ? »
« P-Pas du tout. La tâche s’est déroulée plus facilement que prévu, alors je pense que nous aurons terminé d’ici demain. »
« Je chargerai Rovar de t’escorter à partir de demain matin. Laisse-le t’accompagner. »
Maxi fronça les sourcils. Elle savait déjà vaguement qu’à tout moment, au moins trois ou quatre Chevaliers du Dragon rouge la surveillaient. Elle ne voyait pas pourquoi Ulyseon, qui occupait le sixième rang dans l’ordre, devait s’ajouter à la liste.
« Ce ne sera pas nécessaire, dit-elle avec une sévérité feinte. Les chevaliers du Temple nous escortent partout… et Sir Kuahel nous a même accompagnés aujourd’hui. »
Riftan, qui se dirigeait vers les baraquements des Chevaliers du Dragon rouge, s’arrêta net. Il plissa les yeux et demanda d’une voix menaçante : « L’Épée sacrée t’a escortée ? »
« P-Pas seulement moi. Il escortait les mages qui travaillaient au château principal, pour nous protéger au cas où quelque chose… »
« Tu veux dire que le commandant des chevaliers du Temple s’est chargé lui-même de cette tâche ? » Croisant les bras, Riftan se pencha vers elle d’un air menaçant. « Je te trouve souvent en sa compagnie. Et on dirait bien qu’il s’intéresse à toi. »
Décontenancée, Maxi lâcha : « C-C’est absurde ! Cet homme me trouve simplement amusante… »
Elle s’interrompit. Avait-il le droit de l’interroger ainsi après avoir passé la journée avec la princesse Agnes ? Et puis, Kuahel Leon était un homme d’Église.
Réprimant la révolte qui montait en elle, Maxi répondit avec une douceur feinte : « Peut-être… qu’il a eu pitié de moi et s’est montré attentionné… parce que mon mari me délaisse. »
Le visage de Riftan se durcit. « Je te délaisse ? C’est une accusation ? »