Chapitre 342
Chapitre 342 : Chapitre 103
La fierté lui gonfla la poitrine tandis que Maxi contemplait son mari. Après s’être essuyé la main avec une serviette, elle remit en hâte ses cheveux en ordre et lissa sa tunique froissée. Elle doutait que ces efforts améliorent son apparence, mais elle pouvait au moins éviter d’avoir l’air d’une vagabonde.
« La… recherche est déjà terminée ? » demanda-t-elle en regardant Riftan balayer l’infirmerie du regard.
Il se tourna vers elle et elle rougit quand ses yeux la détaillèrent. Même s’il l’avait vue dans des états bien pires à maintes reprises, elle se sentait toujours gênée et embarrassée.
Elle dissimula la tache de sang sur sa manche et toussota doucement. « J’ai entendu dire que nous partirions dans une semaine. Avez-vous découvert quelque chose au sujet des mages noirs ? »
« Allons faire un tour », lança sèchement Riftan en se dirigeant vers l’entrée de la tente.
Maxi resta d’abord perplexe, mais elle attrapa vite son manteau, comprenant qu’il pouvait vouloir profiter de cette promenade pour se retrouver seul avec elle.
Son cœur se mit à battre plus vite. Ils n’avaient pas encore eu l’occasion de parler. Il avait été occupé à fouiller la ville, tandis qu’elle s’était consacrée aux blessés. Après avoir prévenu les mages assis devant le brasero qu’elle s’absentait un instant, Maxi suivit Riftan dehors.
À sa grande surprise, le ciel se teintait déjà de rouge. Ils contournèrent un bâtiment dont un mur s’était effondré et se dirigèrent vers la place bordée de tentes de toutes tailles. Ils se frayèrent un chemin parmi des soldats qui transportaient des caisses en bois et les chargeaient sur des chariots, tandis que des chevaliers consignaient minutieusement leur contenu dans des registres. Maxi en conclut qu’ils devaient faire l’inventaire du butin de guerre.
« O-on m’a dit que nous resterions quelque temps à Osiriya… pour régler le partage du butin. Y a-t-il beaucoup d’objets de valeur ? »
« Bien plus que prévu », répondit sèchement Riftan en la conduisant vers les faubourgs.
Ils s’engagèrent dans une ruelle étroite entre deux bâtiments qui semblaient servir d’entrepôts. Au fond, un escalier abrupt s’élevait ; Maxi leva les yeux, intriguée. Où l’emmenait-il ?
Riftan lui fit signe de le suivre et répondit d’un ton indifférent : « Une montagne de pierres de mana et d’artefacts faits de peau de wyverne, d’os de basilic et d’écailles. Tout ça se trouvait dans une cave souterraine. Il y avait même de l’orichalque. »
Maxi ouvrit de grands yeux. « De l’orichalque ? »
« En effet », répondit Riftan avec un sourire ironique. « Sa découverte a déclenché quelques querelles épuisantes. La possibilité de trouver des filons d’orichalque quelque part dans cet enfer glacé semble avoir rendu tout le monde fou de convoitise. — Vous n’en voulez pas, vous ? J’ai entendu dire que l’orichalque valait des centaines de fois plus que l’or. »
« C’est vrai pour l’orichalque fondu, répondit Riftan sans détour, mais on a perdu la méthode de fonte du minerai d’orichalque depuis la chute de l’Empire de Roem. Le minerai ne sert à rien si l’on ne peut pas en extraire le métal, et le coût de l’exploitation d’une mine dépasserait les bénéfices. »
« Alors… pourquoi les autres se disputent-ils ? »
« Par avidité. Peu de gens dans ce monde savent renoncer à un trésor d’une telle valeur. Et puis, quelqu’un pourrait toujours retrouver un jour la méthode de fonte. »
L’ascension l’avait laissée à bout de souffle, mettant fin à ses questions. Ils se tenaient à présent devant un tunnel voûté.
Maxi scruta son obscurité avec inquiétude. « O-où allons-nous ? »
« Je veux te montrer quelque chose. »
Riftan passa un bras autour de ses épaules et l’entraîna dans le passage étroit. Elle ne parvenait pas à deviner combien de temps ils marchèrent dans le noir, mais, lorsqu’ils débouchèrent de l’autre côté, l’éclat du soleil couchant l’éblouit. Maxi plissa les yeux et retint son souffle en les rouvrant.
« C-Ciel… c’est magnifique », murmura-t-elle, émerveillée, en s’avançant dans les rayons tièdes.
Jamais elle n’aurait imaginé trouver un lieu d’une telle beauté dans cette ville de monstres. Tournant lentement sur elle-même, elle contempla la vaste salle circulaire. C’était peut-être un temple, mais elle n’en était pas certaine : elle n’avait jamais rien vu de pareil.
Les vitraux qui couvraient les murs baignaient la vaste salle de couleurs à couper le souffle, dont les reflets dansaient sur le sol de marbre. En levant les yeux, Maxi aperçut des vitraux au plafond. La lumière violette qui les traversait lui donnait l’impression d’être entourée de flammes.
Il faisait assez froid pour que son souffle se voie, mais la douce lumière du soleil détendit tout son corps. Maxi ferma les yeux pour savourer cette sensation exquise.
« Personne ne m’a jamais parlé de cet endroit. »
« C’est parce que je n’en ai encore parlé à personne. »
La retenue qui perçait dans sa voix tira Maxi de son ravissement. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle vit Riftan debout à ses côtés, dans la lumière. Ses cheveux sombres se teintaient de nuances envoûtantes de violet, de bleu et de brun foncé. Le soleil couchant embrasait sa peau d’or et de feu, et ses yeux luisaient comme une mer nocturne où se reflétaient les étoiles.
Le désir s’alluma dans sa poitrine. Le bout de ses doigts la démangeait, tant elle voulait le caresser.
Elle voulait ne faire qu’un avec cet homme magnifique. Son désir était si intense qu’il l’effraya un instant. Le corps tendu, elle leva vers lui un regard brûlant.
« Je voulais te montrer cet endroit avant que les autres ne le saccagent », dit Riftan en balayant la salle du regard. « Depuis des mois, tu n’as vu que des monstres et des cadavres. Il te faut des souvenirs pour remplacer ceux-là. »
Lorsqu’il se tourna de nouveau vers elle, son visage ne trahissait aucune émotion. Une étrange tristesse l’envahit.
Riftan semblait éviter son regard et contemplait la lumière qui jouait sur le sol. Sa voix se brisa légèrement lorsqu’il dit : « Je prie pour que le souvenir de cet endroit te protège. Si des cauchemars viennent te tourmenter, un beau souvenir peut être un grand réconfort. »
« Vous… en avez eu ? »
Riftan releva brusquement les yeux à sa question. Maxi fut soudain prise du désir de comprendre ce qu’il avait au fond du cœur.
« A-avez-vous déjà été tourmenté par des cauchemars ? insista-t-elle. Deviez-vous vous rappeler de beaux souvenirs… chaque fois que vous en faisiez un ? »
Une douleur semblable à un éclair passa sur son visage.
« Oui, j’ai fait des cauchemars, et un unique souvenir m’a aidé à les supporter », répondit-il d’un ton neutre.
Avant qu’elle ait pu lui demander de quel souvenir il s’agissait, il s’avança vers la pénombre qui bordait la salle et se mit à examiner les sculptures des piliers. La révélation qu’il cherchait encore à la tenir à distance la frappa comme une douche glacée. Elle avait cru qu’il lui avait enfin ouvert son cœur. N’était-ce qu’un embrasement passager des émotions, dans le feu de la guerre ?
Maxi s’approcha de lui et lui caressa l’avant-bras. Il se raidit un instant, puis passa un bras autour de ses épaules. Sa chaleur rassurante dissipa son anxiété.
Riftan se montrait simplement prudent. Une fois qu’ils auraient quitté le champ de bataille pour un lieu plus sûr, il l’accepterait de nouveau pleinement. Pour se rassurer, Maxi enroula ses bras autour de sa taille.
« Merci… de m’avoir amenée ici », murmura-t-elle, le visage contre sa poitrine.
Il resserra son étreinte et elle soupira en regardant les derniers rayons s’évanouir. Quand les cauchemars viendraient, elle se rappellerait Riftan debout dans la lumière éclatante du soleil.
***
La charge de travail de Maxi diminua considérablement lorsque les clercs commencèrent à soigner les blessés. Bientôt, tous les membres de la Tour des Mages, Maxi comprise, furent chargés d’inspecter la ville. Elle comprit vite qu’Anton n’avait pas exagéré : les Chevaliers du Temple les surveillaient bel et bien.
Sous prétexte de leur servir d’escorte, les paladins suivaient les mages à chaque pas, et chacune de leurs découvertes était étroitement surveillée. Leur comportement troublait Maxi. Maintenant que leur ennemi commun avait disparu, les Chevaliers du Temple seraient-ils leur prochain adversaire ?
Après avoir lancé un regard inquiet aux soldats osiriyans, Maxi rejoignit les mages. L’armée de la coalition avait établi son campement à l’extérieur du château, par crainte qu’il ne soit piégé. Maxi se faufila entre les tentes qui encombraient la place et s’arrêta près des caisses en bois empilées pêle-mêle à l’entrée du quartier des mages. Nevin, Albern, Miriam et Geoffrey étaient assis autour d’un feu. Maxi détacha le rouleau de cuir qu’elle avait fixé à son flanc et le leur tendit.
« J’ai terminé l’aile est. La fouille du château principal est-elle achevée ? »
Une expression étrange leur passa sur le visage à sa question.
Maxi les dévisagea, perplexe. « Q-qu’est-ce qu’il y a ? Quelque chose s’est passé ? »
Miriam, qui attisait le feu avec un bâton, répondit sèchement : « Ils ont ordonné l’arrêt des recherches. Ils commenceront à raser la ville dès que tout le monde aura évacué les bâtiments. »
Maxi ouvrit de grands yeux. « M-mais nous n’avons encore trouvé aucune piste sur les mages noirs, et… il y a toujours des endroits que nous n’avons pas fouillés. »
« Le temps nous manque. »
Maxi releva vivement la tête en entendant cette voix inattendue. Sir Quahel Leon sortait de la tente, accompagné d’un de ses aides. Ils lui parurent si intimidants qu’elle recula instinctivement d’un pas.
Sir Quahel la regarda avec sévérité et poursuivit : « Nous devons partir avant d’être à court de provisions, sans quoi nous mourrons de faim. Nous ne pouvons plus attendre. »
« Les bâtiments de cette ville… sont en pierre. Il ne sera pas si facile de les détruire. »
« Nous devons au moins abattre les murs du château principal. Sinon, les monstres pourraient revenir et s’en servir à nouveau comme base. »
Maxi étudia le visage du paladin. Son raisonnement tenait la route, mais quelque chose lui disait qu’il ne leur révélait qu’une partie de ses motifs. Elle dissimula ses doutes et choisit soigneusement ses mots.
« Comme vous le savez, les remparts sont renforcés par la magie. Ils sont aussi gravés de runes qui annulent tout sort lancé contre eux. P-pour abattre les murs, il faut d’abord neutraliser les runes. »
« C’est précisément pour cela que je suis ici : demander aux mages de neutraliser les runes au plus vite. »
Cela ressemblait davantage à un ordre qu’à une requête. Le regard de Sir Quahel — un vert perçant moucheté d’or — passa sur les mages.
« Vous pourrez entendre tous les détails à l’intérieur », dit-il avant de s’éloigner vers les rangées de tentes sans attendre leur réponse.
Geoffrey secoua la tête en les regardant partir. « On dirait que ce type croit que nous sommes tenus d’obéir au moindre de ses ordres. »
« C’est le commandant en chef. Nous n’avons pas le choix : il faut suivre les ordres jusqu’à la fin de cette campagne militaire, marmonna Nevin avec amertume en se levant. Allons à l’intérieur écouter ce que Maître Celric a à dire. Peu importe ce qu’ils veulent nous faire faire, je veux simplement en finir pour que nous puissions enfin quitter cet endroit… »