Chapitre 320
Chapitre 320 : Chapitre 81
« La magie offensive serait inefficace contre les murs. Il serait donc plus judicieux que les mages se concentrent sur le renforcement des armes », fit remarquer Maxi en lançant un regard triomphant à Miriam.
Sa victoire fut de courte durée : Kuahel observa sèchement : « Si nous ne réglons pas le problème des wyvernes, peu importe à quel point nous améliorerons les catapultes. Aucune distance ne protégera nos hommes d’une attaque venue des airs. »
« Nous réglerons ce problème rapidement, répondit Geoffrey. Nous avons déchiffré la majeure partie de la rune. Dès que nous comprendrons son fonctionnement, ce ne sera plus qu’une question de temps avant que nous trouvions comment la neutraliser. Cependant… »
Le mage s’interrompit, l’air préoccupé.
L’impatience de Breston eut raison de lui. Il le pressa avec irritation : « Cependant quoi ? Accouche, bon sang. »
Geoffrey fronça les sourcils, vexé par l’impolitesse de Breston, et répondit sèchement : « Pour détruire la rune, il faut accéder à son circuit de mana. »
Un silence s’installa.
« Cela signifie que quelqu’un devra s’infiltrer dans la cité des monstres », marmonna Riftan.
Maxi se raidit. Il n’allait tout de même pas envisager de se charger d’une tâche aussi dangereuse ? Elle le dévisagea avec méfiance.
« Les monstres renforceront leurs défenses dès que nous aurons rassemblé notre armée, lança Kuahel d’un ton narquois. S’infiltrer ne sera pas aussi facile que la dernière fois. »
Riftan leva le menton vers le paladin. Un sourire froid se dessina sur ses lèvres, puis s’évanouit.
« Ce n’était déjà pas facile la première fois. »
***
Les délibérations se prolongèrent jusque dans la nuit. Les chevaliers échangeaient toutes sortes de termes militaires et prenaient chacun leur tour la parole pour donner leur avis. L’atmosphère de la salle s’échauffa bientôt, tandis que les disputes se succédaient. Lassé de ce bras de fer entre chevaliers, Anton se leva au moment où les serviteurs arrivaient pour allumer les chandelles.
« Nous allons nous retirer. Il nous reste beaucoup à faire. »
Maxi se leva machinalement avec eux, mais la vue de Riftan et de la princesse Agnes assis côte à côte l’empêcha d’aller plus loin.
La voyant figée sur place, mal à l’aise, Miriam fronça les sourcils en se dirigeant vers la sortie. « Qu’est-ce que tu fais ? »
Les autres mages quittaient déjà la salle de réunion. Ne sachant que faire, Maxi se tourna vers Riftan. Mais son mari gardait les yeux rivés sur la carte.
« Escorte-la jusqu’à ses quartiers, Charon », dit-il d’un ton monocorde.
Elliot se leva et vint la rejoindre. N’ayant aucune raison de rester, Maxi sortit, l’air maussade.
Elle retrouva Anette et Armin, toujours occupés à marteler dans l’atelier. Elliot et Ulyseon eurent beau insister pour qu’elle regagne ses quartiers et se repose, Maxi retourna à sa place, près du brasero, afin d’achever sa tâche. Après avoir travaillé jusque tard dans la nuit, elle regagna enfin sa chambre et se rassasia de pain, de fromage et de vin chaud.
Pourtant, de la lumière brillait encore dans les baraquements. Une lampe à la main, debout devant la fenêtre, Maxi contempla les lieux, puis se glissa dans son lit, l’air sombre.
Au matin, elle alla trouver Calto pour lui suggérer d’engager des mages qui ne dépendaient pas de la Tour des Mages. Bien qu’il n’eût d’abord guère apprécié l’idée, le vieil homme dut la juger nécessaire, car il envoya bientôt une lettre de commande à la guilde des mercenaires.
Quelques jours plus tard, dix-sept mages arrivèrent au Château d’Ethylene. La plupart étaient des mages de moindre talent, capables de lancer seulement quelques sorts de guérison ou de magie réparatrice, mais certains possédaient des compétences remarquables. Leur aide facilita grandement la fabrication des dispositifs magiques par Maxi, Anette et Armin. Le déchiffrement des runes des mages noirs progressait lui aussi, et les chefs de l’armée de coalition purent fixer la date de leur départ.
Anton entra dans la vaste salle où les mages étaient rassemblés et fit une annonce solennelle.
« Vous devez avoir fait vos bagages avant la fin de la journée. Nous partirons à l’aube. Chacun recevra des armes pour se défendre et des rations de secours ; nous distribuerons également des dispositifs magiques, des pierres magiques et des remèdes. Veillez à tout emporter. » « L’armée a-t-elle prévu comment nous allons prendre la cité des monstres ? » demanda Miriam en levant la main.
Anton secoua la tête. « Les commandants semblent avoir quelque chose en tête, mais rien n’a été décidé avec certitude. Ils craignent que des informations ne filtrent. Les détails seront confirmés en chemin vers le plateau. »
À ces mots, les mages se mirent à chuchoter entre eux, l’air inquiet. Tous savaient que les commandants des différents royaumes se livraient une lutte sourde, et les mages doutaient qu’une direction aussi divisée puisse mener cette campagne à la victoire.
« Assez chuchoté. Dois-je vous rappeler que trois chevaliers, célébrés comme les réincarnations de Rosem Wigrew, prendront part à cette campagne ? » déclara Anton d’une voix imposante, cherchant à apaiser leur inquiétude. « Cette guerre est nécessaire pour protéger la paix et la prospérité de cette terre. La tâche ne sera pas facile, mais je prie chacun d’entre vous de donner le meilleur de lui-même dans son rôle. »
Son ton ferme imposa le silence aux mages. Il étudia leurs visages avant d’ajouter : « Les mages de la Tour seront répartis en deux unités. Ceux de Sigrew et de Kabala assisteront les chevaliers au front. Ceux d’Undaim et de la Salle de Nome formeront la ligne défensive à l’arrière et soigneront les blessés avec les mages indépendants. Y a-t-il des objections ? »
Comme personne ne répondait, Anton poursuivit lentement : « Je dirigerai l’unité de soutien offensif, et je veux que vous, Maximilian, preniez la tête du soutien arrière. »
Maxi avait écouté attentivement. Les yeux écarquillés à l’ordre d’Anton, elle leva le regard vers lui, puis se tourna, déconcertée, vers Ben, un mage chevronné d’Undaim.
« P-Pourquoi moi, et pas maître Ben ? »
« Je n’ai aucune expérience de la guerre, mais vous avez servi dans une unité de soutien lorsque vous étiez encore une mage indépendante, répondit Ben avec calme. Et puis, vous êtes très appréciée des soldats. Je suis certain qu’ils n’auront aucun mal à obéir à la Dame Écarlate. Cela nous faciliterait grandement les choses que vous soyez à la tête de l’unité. »
Maxi sentit ses joues s’échauffer tandis qu’elle parcourait les visages autour d’elle. Au total, vingt et un mages serviraient dans l’unité de soutien, elle comprise. Trois venaient de la Salle de Nome, un d’Undaim, et tous les autres étaient indépendants. Elle se demanda avec une certaine appréhension s’ils accepteraient de suivre ses instructions sans protester, puis finit par hocher la tête avec détermination.
« Je comprends. J’accepte cette responsabilité. »
« Bien. Maintenant, allez-y tous. Faites vos bagages. »
Sur l’ordre d’Anton, chacun se dispersa. Maxi se rendit à l’infirmerie pour rassembler des remèdes et du matériel médical. À sa grande surprise, le terrain d’entraînement, auparavant encombré par les tentes des chevaliers baltois, était maintenant rempli de dizaines de chariots et de milliers de chevaux alignés en rangs ordonnés. Elle se faufilait entre eux quand la vue de Riftan penché sur l’un des chariots la figea sur place.
Il était éblouissant dans sa tunique couleur vin, son plastron d’argent et son haubert de mailles des Chevaliers du Dragon rouge, sur lesquels il avait jeté un manteau de fourrure noire. Maxi en fut furieuse.
Se mordant la lèvre, elle songea à céder et à lui adresser la parole la première. Le fait qu’il n’eût fait aucun effort pour se réconcilier avec elle commençait à l’angoisser. Mais lorsqu’elle le vit se redresser après avoir examiné une arbalète et se tourner vers la princesse Agnes, toute envie de l’aborder s’évanouit.
Elle les observa tour à tour, les yeux plissés. Ils semblaient tout droit sortis d’un tableau : une beauté élancée aux boucles d’or éclatantes et un chevalier séduisant aux cheveux de jais.
Le cœur de Maxi brûla de jalousie. Depuis l’arrivée de la princesse au Château d’Ethylene, ils étaient toujours ensemble. D’après Ulyseon, l’édit royal que la princesse avait apporté nommait Riftan principal conseiller du commandant suprême de l’armée royale de Wedon — la princesse elle-même.
Ils assistaient ensemble aux réunions stratégiques, puis supervisaient côte à côte l’entraînement militaire. En apparence, rien d’étrange à cela. Après tout, Riftan était un chevalier qui avait prêté allégeance à la couronne de Wedon. Malgré tout, Maxi soupçonnait le roi Reuben de ne pas avoir renoncé à son désir d’unir Riftan à la princesse.
Réprimant ses émotions bouillonnantes, Maxi fit volte-face et entra dans l’infirmerie. Les mages qui s’y trouvaient déjà emballaient des fioles dans la pénombre. Elle s’absorba dans le travail, mais ses mains affairées ne purent empêcher ses pensées de revenir à Riftan et à la princesse Agnes.
Éprouvait-il vraiment quelque chose pour elle ? Même si ce n’était pas le cas, on ne pouvait en dire autant de la princesse. Maxi grimaça, se détestant d’entretenir de tels soupçons. Sa raison lui disait qu’elle n’avait aucune inquiétude à avoir, mais elle bouillonnait toujours de l’intérieur dès qu’elle les voyait ensemble.
Agacée, elle se mordilla la lèvre et noua aussi serré que possible l’ouverture du sachet d’herbes. Il était grand temps qu’elle surmonte ce sentiment d’infériorité qu’elle éprouvait face à la princesse. Après tout, Agnes n’avait fait que la soutenir et l’encourager jusqu’ici. Lui rendre sa bonté par une jalousie aussi mesquine serait profondément ingrat. Elle prit une grande inspiration.
La princesse Agnes n’était pas le problème. Le vrai problème, c’était le manque de confiance entre Riftan et elle. Pourtant, elle ne voyait pas comment le résoudre.
Peut-être que j’en demande trop.
Elle s’approcha de la fenêtre et ouvrit les volets. Dehors, elle aperçut Riftan et Agnes qui traversaient la foule de soldats.
C’était une sensation étouffante, ce désir d’être à ses côtés, que ce soit à l’abri du château ou sur le champ de bataille. Mais tout ce désir n’avait fait que creuser un fossé entre eux. Il faudrait que l’un d’eux cède le premier.
Elle savait que sa résolution s’affaiblissait de jour en jour. Sa plus grande crainte était qu’ils finissent par devenir de parfaits étrangers si elle s’obstinait à faire passer sa volonté avant la sienne. Une fois cette guerre terminée, ne vaudrait-il pas mieux se plier à ses désirs ? Elle ne voulait pas le mettre davantage en colère.
Le lendemain, vingt mille soldats quittèrent le Château d’Ethylene à l’aube. L’infanterie ouvrait l’immense procession, portant les étendards de leurs royaumes respectifs. La cavalerie suivait, puis un long convoi de chariots de ravitaillement. Les armées d’Osiriya et de Balto étant déjà parties, les seuls étendards qui flottaient encore étaient ceux de Livadon et de Wedon, celui, doré, des Chevaliers royaux de Bolosé, ainsi que le bleu marine des Chevaliers du Dragon rouge.
Maxi parcourut la foule du regard tandis qu’elle chevauchait derrière les Chevaliers du Dragon rouge. On aurait dit que tous les habitants de la ville s’étaient massés dans les rues. Ils agitaient des mouchoirs colorés en criant : « Rosem Wigrew d’Aren ! Rosem Wigrew de Calypse ! Paix et victoire aux Sept Royaumes ! »