Chapitre 318
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Chapitre 318 : Chapitre 79
Les soldats baltoniens ayant installĂ© leur camp sur le terrain dâentraĂźnement, les mages transfĂ©rĂšrent leur atelier de prĂ©paration de remĂšdes dans le chĂąteau principal. La plupart des habitants du Nord Ă©taient soit de fervents adeptes de la doctrine orthodoxe, soit des gens incivilisĂ©s aux mĆurs dissolues. Les mages jugeant ces deux catĂ©gories aussi dangereuses lâune que lâautre, ils faisaient tout leur possible pour les Ă©viter. Ils sâĂ©taient assurĂ© lâaide des soldats livadoniens, qui transportaient les ingrĂ©dients des remĂšdes et les piĂšces des dispositifs magiques jusquâĂ leur atelier, amĂ©nagĂ© dans le chĂąteau principal. Des chevaliers escortaient Ă©galement les mages dans leurs dĂ©placements.
Pourtant, il sâavĂ©ra difficile de fabriquer des dispositifs magiques Ă lâintĂ©rieur.
Anxieuse, Maxi transporta jusquâau terrain dâentraĂźnement le dispositif sur lequel elle travaillait avec Anette. Lâinfanterie baltonienne Ă©tait en plein exercice, et les soldats sâentraĂźnaient avec vigueur. Peut-ĂȘtre parce quâelle savait que la plupart Ă©taient dâanciens condamnĂ©s, elle les trouvait dĂ©sormais plus terrifiants encore. Elle sâefforça de ne pas les dĂ©visager et se hĂąta vers lâatelier, prĂšs de lâarmurerie.
« Enfin ! Vite, viens mâaider avec ça ! » sâĂ©cria Armin Ă leur entrĂ©e, Ă elle et Ă Anette.
Ayant passĂ© le plus clair de son temps enfermĂ© dans la forge du chĂąteau, Armin sâĂ©tait retroussĂ© les manches avec enthousiasme dĂšs que les travaux de renforcement des armes de siĂšge avaient commencĂ©.
Maxi se prĂ©cipita vers lui en le voyant peiner Ă soulever une lourde poutre de bois. Mais avant quâelle ne lâatteigne, Ulyseon, son escorte, fut le premier Ă arriver. Le jeune chevalier redressa la poutre sans effort.
Armin Ă©pousseta ses vĂȘtements et poussa un soupir contrariĂ©. « Nous manquons cruellement de bras. Ce serait bien que les autres mages nous donnent aussi un coup de main. »
Maxi secoua la tĂȘte en posant sur une longue table le dispositif magique fabriquĂ© Ă partir dâos de drake.
« Déchiffrer les runes des mages noirs est plus urgent. Si nous ne réglons pas le problÚme des wyvernes⊠ce sera un obstacle majeur à la prise de la ville. »
« Ont-ils avancé ? »
« Non, quelque chose les bloque. »
En remarquant que des soldats, tout prĂšs, tendaient lâoreille, Maxi sâempressa dâajouter : « M-Mais je suis sĂ»re quâils trouveront. MaĂźtre Calto a rĂ©ussi Ă dĂ©chiffrer la plupart des runes ; je suis certaine quâils finiront bientĂŽt par trouver une solution. »
« On pourrait aussi rĂ©gler ce problĂšme en ayant plus de renforts », grommela Anette en laissant tomber ses outils par terre. « Quelques mages de plus, mĂȘme de bas rang, seraient les bienvenus. Pas besoin quâils soient mages Ă©lĂ©mentaires pour aider Ă prĂ©parer les remĂšdes ou les dispositifs magiques. »
« Câest⊠en fait une bonne idĂ©e », marmonna Maxi, songeuse.
La plupart des mages de la Tour Ă©taient au service de nobles de haut rang. Il y avait certes parmi eux des mages libres, qui nâobĂ©issaient Ă personne, mais le fait que seuls dix dâentre eux se soient prĂ©sentĂ©s au ChĂąteau dâEthylene signifiait que les autres ne voulaient pas prendre part Ă la guerre.
Toutefois, les mages qui nâappartenaient pas Ă la Tour seraient peut-ĂȘtre plus enclins Ă se porter volontaires. Maxi avait entendu dire que la famine avait plongĂ© nombre dâhabitants du Nord dans la pauvretĂ© ; il devait sans aucun doute y avoir des mages parmi eux. La promesse dâune rĂ©munĂ©ration et la possibilitĂ© dâĂ©tudier Ă la Tour pourraient bien convaincre quelques-uns dâentre eux de rejoindre lâarmĂ©e de la coalition.
« Je vais suggĂ©rer Ă MaĂźtre Calto⊠dâengager des mages ordinaires. »
« Commençons par nous mettre au travail. Il faut nous dĂ©pĂȘcher si nous voulons tout terminer Ă temps », dit Armin en dĂ©signant le tas dâos de drake et les sacs de pierres magiques.
Tous trois se plongĂšrent dans leurs tĂąches. Anette Ă©tait chargĂ©e de creuser avec minutie des cavitĂ©s dans le mantelet Ă lâaide dâun couteau Ă sculpter, puis dây fixer les dispositifs magiques. Pendant ce temps, Armin disposait les Ă©lĂ©ments de la tour de siĂšge et y gravait des runes de fortification. Maxi, elle, devait prĂ©parer les pierres magiques Ă enchĂąsser dans les dispositifs : un travail terriblement monotone, mais nĂ©cessaire. Elle souffla sur ses mains glacĂ©es tout en grattant soigneusement les impuretĂ©s des pierres. Une fois toutes les saletĂ©s retirĂ©es, elle se mit Ă les imprĂ©gner de mana, lâune aprĂšs lâautre, crĂ©ant un circuit de mana dans chacune.
Ses mains ne cessaient de sâactiver, mais le froid les rendit vite pĂąles et Ă vif. Le brasero tout proche nây changeait presque rien. Elle ramena sa cape autour dâelle et sâinterrompit un instant pour approcher ses doigts des flammes.
Elle leva les yeux lorsquâun groupe de Chevaliers du Temple vĂȘtus de noir franchit la porte du chĂąteau. Ils semblaient se diriger vers le terrain dâentraĂźnement. Maxi plissa les yeux en les suivant du regard. Depuis leur arrivĂ©e au ChĂąteau dâEthylene, les Chevaliers du Temple sâĂ©taient retranchĂ©s dans lâĂ©glise. Ils avaient fait une brĂšve apparition pour saluer lâarmĂ©e osiriyenne, mais, Ă part cela, ils Ă©taient restĂ©s Ă lâintĂ©rieur.
« On dirait que lâarmĂ©e de la coalition se rassemble enfin dans la salle de guerre », marmonna Ulyseon, lâair pensif.
Comme il lâavait supposĂ©, les commandants de chaque royaume entrĂšrent un Ă un dans la caserne. Sejuleu Aren traversa le terrain avec quatre de ses adjoints, suivi du commandant des Chevaliers de Phil Aaron et dâune file de ses subordonnĂ©s.
Maxi rabattit instinctivement sa capuche. Rien que dâapercevoir de loin le visage de Richard Breston lui donnait la chair de poule.
« Vous croyez⊠quâil va nous crĂ©er des ennuis ? » marmonna-t-elle, inquiĂšte.
« Sâil le fait, je suis certain que messire Riftan sâen chargera. »
Maxi leva les yeux vers Ulyseon, surprise par sa remarque glaciale. Riftan avait dĂ» prĂ©venir son frĂšre dâarmes avec une fermetĂ© toute particuliĂšre, car Breston ne lâavait plus harcelĂ©e depuis leur dĂ©sagrĂ©able rencontre, le jour de son arrivĂ©e. Elle ignorait ce que Riftan lui avait dit, mais doutait quâil sâagisse dâun Ă©change paisible.
Remarquant son air prĂ©occupĂ©, Ulyseon ajouta pour la rassurer : « Nâayez crainte, madame. MĂȘme cet homme doit savoir quâil ne gagnera rien Ă semer le trouble. Il se retiendra au moins jusquâĂ la fin de la guerre. »
Priant ardemment pour quâUlyseon ait raison, Maxi retourna Ă son Ă©tabli. Un instant plus tard, elle aperçut Riftan et la princesse Agnes qui marchaient cĂŽte Ă cĂŽte. Elle se figea en les regardant passer. Hebaron, Elliot et trois hommes qui semblaient ĂȘtre des chevaliers royaux leur emboĂźtaient le pas, mais Maxi ne voyait quâeux : son mari et la princesse.
Au fond dâelle, elle savait quâil nây avait rien entre eux, mais les voir marcher cĂŽte Ă cĂŽte lui faisait tout de mĂȘme mal. Maxi nâavait pas rĂ©ussi Ă obtenir lâautorisation de Riftan pour rejoindre lâunitĂ© de soutien, alors que la princesse avait le droit de se tenir Ă ses cĂŽtĂ©s.
Une vieille jalousie se réveilla en elle, et elle se mordit la lÚvre en sentant cette émotion monter.
Anette, qui se tenait non loin, lui lança plusieurs regards. Elle dĂ©clara sans dĂ©tour : « Si tu as fini de les regarder, tu ferais mieux de te remettre au travail. Ă ce rythme, nous nâaurons terminĂ© que la moitiĂ© de la tĂąche aujourdâhui. »
Maxi se força Ă dĂ©tourner les yeux et saisit son couteau Ă sculpter. Comme pour Ă©vacuer sa frustration, elle se mit Ă gratter furieusement la chair et le sang sĂ©chĂ©s dâune pierre de drake.
« Alors, câest ici que vous Ă©tiez. »
Maxi leva les yeux en entendant la voix dâAnton. Il descendait les escaliers de la grande salle avec Geoffrey, Miriam, Albern et Lucain. Ă la vue des cinq mages, les yeux de Maxi sâarrondirent.
« V-Vous⊠assistez à la réunion ? »
« En effet. Maßtre Calto ne se sent pas bien, je le représenterai donc auprÚs des mages. » Anton promena son regard sur Maxi, Anette et Armin. « Vous trois, vous devriez nous accompagner. Nous aurons besoin que vous expliquiez le fonctionnement des dispositifs magiques. »
« Vous avez besoin de nous trois ? » demanda Armin en fronçant les sourcils.
Anton secoua la tĂȘte. « Une seule personne suffira. »
« Alors, vas-y, Maxi », dit Anette sans hĂ©siter. « Je prĂ©fĂšre Ă©viter autant que possible de me mĂȘler aux humains. »
Maxi sâempressa de poser son ouvrage.
Lorsquâils entrĂšrent dans la caserne, un soldat livadonien les conduisit dans une grande salle, au deuxiĂšme Ă©tage. Maxi jeta un regard prudent autour dâelle en franchissant lâentrĂ©e voĂ»tĂ©e. Une cheminĂ©e rugissante rĂ©chauffait la vaste piĂšce. En son centre se dressait une grande table ronde, autour de laquelle Ă©taient assis les chevaliers reprĂ©sentant chaque royaume. Maxi repĂ©ra Riftan aussitĂŽt. Il Ă©tudiait dâun air sombre une carte Ă©talĂ©e au milieu de la table. La princesse Agnes Ă©tait assise Ă cĂŽtĂ© de lui et lui chuchotait quelque chose Ă lâoreille. Maxi fronça lĂ©gĂšrement les sourcils.
« Quâest-ce que vous attendez ? Venez, asseyez-vous. »
Les jambes engourdies de Maxi se dĂ©liĂšrent Ă lâinvitation de Miriam, et elle sâapprocha de la table. Ce ne fut quâalors que Riftan posa les yeux sur elle. Elle Ă©vita son regard, tira la chaise Ă cĂŽtĂ© de Miriam et sâassit.
« Tout le monde est là , alors ? »
La voix de Richard Breston sâĂ©leva dans lâombre. Maxi tressaillit. Elle se tourna vers lui et le vit adossĂ© Ă son siĂšge, faisant tourner une dague entre ses doigts.
Il lança, avec impatience : « On peut commencer, maintenant ? Jâai des crampes Ă force de rester assis ici, obligĂ© de contempler la sale gueule dâun foutu Sudien. JâapprĂ©cierais quâon en finisse au plus vite. »
Maxi se raidit, le sang lui montant Ă la tĂȘte devant lâinsolence de cet homme. Comment osait-il insulter Riftan aussi ouvertement, devant tous les nobles Ă©minents des Sept Royaumes ? Riftan, pourtant, semblait sâen moquer complĂštement. Il dĂ©plia calmement un parchemin sur la table.
« Voici la carte du plateau de Pamela, établie lors de notre reconnaissance de la région. »
Tous les regards se fixÚrent sur la carte. Riftan en déroula une autre à cÎté de la premiÚre.
« Et voici le plan de la cité des monstres. »
Maxi baissa les yeux vers le plan. Il sâagissait dâun dessin architectural dĂ©taillĂ©, semblable Ă ceux quâutilisaient les maçons.
« La ville est encerclĂ©e par une double enceinte de soixante-dix kevettes, poursuivit-il dâun ton sec. Comme elle se trouve sur une pente, nous ne pouvons installer les tours de siĂšge quâĂ un seul endroit, au sud-ouest. »
Il saisit une petite maquette de tour posĂ©e au bord de la table et la plaça sur la carteâŠ