Chapitre 309
Chapitre 309 : Chapitre 70
Maxi plissa les yeux en levant le regard vers le chevalier qui se découpait sur le soleil. Elle ne distinguait aucun détail, mais devinait qu’il était assez jeune.
Kuahel rengaina son épée et lança froidement : « C’est le marginal de Bolosé ? »
Elle observa le paladin, perplexe, puis comprit qu’il parlait de l’ordre de chevalerie de Livadon. Relevant de nouveau la tête vers le bord du ravin, elle aperçut le chevalier en armure sombre qui lui adressait un salut désinvolte.
Le chevalier baissa sa visière et cria : « Je descends tout de suite. Vous pouvez garder ma lance ? »
Il bondit avec agilité sur son grand cheval de guerre gris et fit signe à ses hommes. Il devait y avoir un sentier de l’autre côté de la paroi rocheuse, car les Chevaliers royaux de Bolosé s’éloignèrent bientôt du bord et disparurent.
« Je ne m’attendais pas à voir Sir Sejuleu en personne », remarqua Elliot en rejoignant Riftan, son cheval à la main.
« Sir Sejuleu ? s’exclama Ulyseon. Le grand Sejuleu Aren, le meilleur chevalier de Livadon ? »
Sans prendre la peine de répondre, Riftan arracha la lance dorée du cou du fenrir et la tendit à Hebaron. L’arme dépassait d’une bonne kevette (environ trente centimètres) la tête du robuste chevalier.
Hebaron pinça les lèvres en sifflotant, tandis qu’il examinait la pointe ensanglantée. « Il faut lui reconnaître ça : il ne rate jamais sa cible. »
« Nous ferions mieux d’avancer un peu plus loin, dit Riftan en se tournant vers Kuahel. Faire descendre les chariots jusqu’ici ne sera pas une mince affaire. »
Le paladin acquiesça sèchement, puis donna ses ordres à ses hommes. « Débarrassez-vous de la carcasse. »
Les Chevaliers du Temple brûlèrent le cadavre du fenrir à l’aide de leur magie divine. Tandis que l’odeur de viande maigre grillée envahissait le ravin, une faim intense se réveilla dans le ventre de Maxi. Elle se renfrogna, écœurée par elle-même. Même affamée après une journée entière sans manger, elle n’aurait jamais cru que la puanteur d’un cadavre en train de brûler lui ouvrirait l’appétit. Horrifiée, elle détourna le regard.
Une fois le monstre réduit en cendres, le groupe guida ses chevaux épuisés à travers le ravin. Au bout d’un moment, le passage étroit s’élargit en un espace assez vaste pour y installer un camp, et ils s’arrêtèrent aussitôt pour se reposer.
Les Chevaliers royaux de Livadon apparurent un à un à l’autre bout du ravin. Maxi poussa un long soupir de soulagement. Le groupe de ravitaillement était là.
« Ça faisait longtemps, Riftan. »
Le chevalier à la tête du groupe de ravitaillement sauta de selle et s’avança à grands pas.
Maxi était accroupie par terre et caressait l’encolure de Rem. Elle leva les yeux vers l’homme avec curiosité.
Sa carrure imposante rivalisait avec celle de son mari. Il retira son casque, le tint sous le bras et posa avec affabilité une main sur l’épaule de Riftan.
« Tu m’as donné du souci en disparaissant comme ça sur le plateau de Pamela.
Mais je vois que je m’inquiétais pour rien. Tu as bonne mine, Sir Riftan. C’en est presque agaçant. »
« Je te prie de m’excuser d’être indemne », répliqua Riftan en repoussant brusquement sa main.
La froideur du commandant des Chevaliers du Dragon rouge ne sembla pas déranger Sir Sejuleu. Il sourit et tendit son casque à l’écuyer qui le suivait.
« Je dois avouer que je suis heureux de te voir, malgré ton mauvais caractère. Ça prouve bien à quel point je me suis fait du souci. »
Maxi écarquilla les yeux devant leur échange familier. Lorsque Sejuleu tourna la tête pour examiner les autres, elle put mieux le détailler.
Malgré sa façon de parler sans détour, le commandant livadonien avait une allure aristocratique. De sombres boucles brunes encadraient doucement son visage hâlé. Les commissures tombantes de ses yeux lui donnaient un air affable, mais celui-ci contrastait avec ses lèvres et sa mâchoire, qui évoquaient un homme d’une gravité inflexible.
Le regard de Sejuleu se posa sur Maxi et Sidina, assises par terre, le dos contre la paroi rocheuse.
« Oh, je ne savais pas qu’il y avait des dames parmi vous. »
Il contempla avec compassion leur mine épuisée, puis ordonna à ses hommes : « Commencez à monter le camp. J’espérais attendre que nous soyons sortis du ravin, mais je ne crois pas que nous tiendrons jusque-là. »
Pendant tout ce temps, Kuahel était resté un peu à l’écart, silencieux. Il prit la parole tandis que les hommes de Sejuleu s’activaient.
« Pourquoi êtes-vous ici, et pas le groupe que nous avons envoyé en avant ? »
Le visage de Sejuleu s’éclaira lorsqu’il remarqua la présence de Kuahel. « Par tous les dieux, combien d’années se sont écoulées ? Tu te portes bien ? » « À ton avis, est-ce que j’ai l’air de bien me porter ? »
Sejuleu soupira devant la réplique mordante du paladin. « Quelle froide réception vous me réservez, alors que je me suis précipité à votre secours ! »
Kuahel répondit par un reniflement, et Sejuleu poursuivit avec résignation : « Très bien. Pour répondre à ta question, le groupe que vous avez envoyé en avant se trouve actuellement au Château d’Ethylene.
Je les ai dissuadés de repartir sur-le-champ. Ils avaient tous désespérément besoin de repos. »
« Ils n’ont pas été blessés ? demanda Riftan.
— Non, répondit Sejuleu. Ils sont tous arrivés au château sains et saufs. »
Il inclina la tête en direction de ses hommes, qui dressaient les tentes et aménageaient une écurie de fortune avec une efficacité remarquable.
« Je sais que nous avons beaucoup de choses à nous dire, mais vous devriez d’abord manger. Cela fait sûrement longtemps que vous n’avez pas eu droit à un vrai repas. »
Ces mots furent une douce musique aux oreilles de Maxi, mais elle savait que les chevaux avaient davantage besoin de nourriture. Sa jument épuisée refusait de bouger de là où elle se trouvait, mais Maxi parvint à la remettre debout et la conduisit jusqu’à la longue auge préparée par les chevaliers royaux. Dès qu’un chevalier de Bolosé la remplit de fourrage, les chevaux se mirent à fouiller dedans avec empressement.
Maxi les regarda avec compassion. Elle retira la selle de Rem, sortit une couverture de son sac et l’enroula autour de l’encolure de la jument. À cet instant, quelqu’un lui saisit le bras.
« Les chevaliers de Livadon s’occuperont des chevaux. Viens par ici. »
Riftan l’emmena vers l’endroit où les chevaliers allumaient un feu. Elle le suivit docilement et s’installa devant un brasero flamboyant. Il ôta son manteau, le posa sur ses épaules et lui tendit une coupe de vin chaud épicé. Sejuleu, qui avait laissé les préparatifs à ses subordonnés, s’approcha alors qu’elle prenait sa première gorgée.
« Cette dame n’est sûrement pas n’importe qui, pour que tu prennes tant soin d’elle.
Puis-je avoir l’honneur d’être présenté ? »
Riftan répondit sans même regarder l’homme.
« Va te faire foutre. »
« Je suppose qu’il ne me reste qu’à me présenter moi-même », dit Sejuleu, nullement ébranlé par sa froideur.
Il sourit à Maxi. Elle ouvrit de grands yeux lorsqu’il s’agenouilla devant elle et lui retira son gant avec dextérité.
« Veuillez me pardonner de ne me présenter que maintenant, madame », dit-il en lui baisant la main. « Je suis Sejuleu Aren, commandant des Chevaliers royaux de Bolosé. Puis-je savoir à qui j’ai l’honneur de m’adresser ? Si vous le permettez, bien sûr. »
« Je… je suis… M-Maximilian Calypse », balbutia Maxi, étourdie.
Sejuleu lui adressa un doux sourire, comme s’il s’y était attendu. « L’honneur est pour moi, Lady Calypse. Votre beauté dépasse mes espérances. »
Dès que les joues de Maxi s’empourprèrent, Riftan se jeta dans le mouvement avec la rapidité de l’éclair.
Il lui arracha la main de Sejuleu. « Ça fait une sacrée longue présentation ! »
Sejuleu se releva lentement.
« Je ne faisais qu’exprimer mon admiration pour le courage de Lady Calypse. » Il se tourna ensuite vers Maxi, l’air déférent. « Veuillez me pardonner si j’ai enfreint les usages
de Wedon, madame. Je ne voulais pas vous offenser. »
« Je vous en prie, ne vous excusez pas, monsieur. Vous avez fait preuve d’une parfaite courtoisie », répondit Maxi en secouant vivement les mains.
Ses yeux se plissèrent doucement. « Me voilà soulagé. »
Riftan était toujours près d’eux et observait leur échange. À bout de patience, il gronda : « J’en ai assez de te voir sourire comme ça. Je t’en serais reconnaissant si tu prenais congé. »
Maxi fronça les sourcils devant son impolitesse, mais Sejuleu se contenta de hausser les épaules, comme s’il avait l’habitude.
« Ta jalousie est inutile, commandant. Tout comme ton hostilité. Jamais je ne ferais quelque chose d’aussi méprisable que de séduire la femme d’un autre. »
Riftan rougit jusqu’au cou. « C’est ta face insolente qui m’exaspère ! »
« Je suis navré d’apprendre que mon séduisant visage te met à ce point mal à l’aise », le taquina Sejuleu avec un sourire en coin.
Plus furieux encore, Riftan fit un pas en avant, comme s’il allait lui décocher un coup de poing. Hebaron s’interposa juste à temps.
« Allons, arrêtez donc ces chamailleries puériles. Vous venez à peine de vous retrouver. Allez, tous les deux. Inutile de gaspiller votre souffle. »
Sejuleu recula en affichant un air exagérément digne. Les lèvres de Maxi s’étirèrent en un sourire. Elle devait reconnaître qu’elle appréciait beaucoup l’audace avec laquelle il tenait tête à Riftan. Ses paroles et ses gestes étaient espiègles, mais montraient qu’il tenait
Riftan en haute estime.
« On dirait que tu l’aimes bien », dit Riftan après avoir étudié son expression un instant.
Elle baissa la tête pour dissimuler son sourire. Comme Sejuleu l’avait fait remarquer, son mari était jaloux. Maxi fit semblant de ne pas le remarquer.
« J-Je suis juste un peu surprise, c’est tout. Je ne savais pas qu’un homme aussi courtois et bien élevé pouvait devenir commandant d’un ordre de chevalerie. » Riftan se pencha vers elle et demanda à voix basse : « Qu’est-ce que tu veux dire par là ? » Maxi battit des cils, feignant l’innocence. « À ton avis ? »
Il plissa les yeux. Il s’apprêtait à répliquer sèchement lorsqu’une agitation s’éleva : les Chevaliers royaux de Bolosé commençaient à distribuer la nourriture. Elle se leva d’un bond. Cette interruption tombait à point nommé.
Installée près du brasero, elle savoura chaque bouchée de jambon épais et gras, d’oignons finement émincés, de pain moelleux et de fruits confits au miel. Ce ne fut qu’une fois rassasiée qu’elle se rendit compte qu’ils étaient enfin sortis sains et saufs du plateau de Pamela.
Les yeux pleins de larmes, elle parcourut les visages de ceux qui s’étaient rassemblés autour du feu. Elle n’arrivait toujours pas à croire qu’ils avaient réussi à quitter cet endroit affreux sans subir de blessures graves. Ils avaient certes connu des moments angoissants, mais ils y étaient parvenus. La poitrine de Maxi se gonfla de fierté.
Un sourire satisfait se dessina sur ses lèvres. Dans quelques jours, ils seraient au Château d’Ethylene.
Leur aventure touchait à sa fin…