Chapitre 282
282 Chapitre 43
La tempête de neige fouettait leurs corps suspendus. Un abîme sans fond s’ouvrait sous leurs pieds, prêt à les engloutir. Maxi contempla, hébétée, la gorge noyée de brume, puis leva de nouveau les yeux. Les chutes de neige étaient si abondantes qu’il était impossible de savoir de quelle hauteur ils avaient dégringolé.
« Passe tes bras autour de mon cou, dit Riftan d’une voix étranglée.
Tout ce qu’elle parvint à faire en réponse, ce fut de cligner des yeux à toute vitesse, terrifiée.
— Maintenant ! »
Tirée de sa torpeur, Maxi sursauta et noua ses bras tremblants autour de lui. Tout son corps était raide comme la pierre ; les muscles de son cou, si tendus qu’elle sentait son pouls affolé battre dans ses veines saillantes.
Comme s’il craignait de la laisser tomber, Riftan la plaqua contre lui dans une étreinte étouffante à un bras, tandis que de l’autre, il tâtonnait contre la paroi. Enfin, il s’agrippa à une saillie rocheuse. Il les hissa et réussit à prendre appui. Une fois qu’ils furent tous deux assurés contre la paroi, il resserra son bras autour d’elle.
La tempête redoublait de violence. Maxi distinguait à peine ce qui se trouvait devant elle. Enfouissant le visage dans le creux de son cou, elle se mit à sangloter tout bas. Riftan lui murmura à l’oreille des paroles qui ressemblaient à des mots de réconfort, mais elle était trop bouleversée pour les comprendre. Lui-même ne semblait pas vraiment conscient de ce qu’il disait.
« Tiens encore un peu. Tout va bien. Les mages devraient bientôt nous remonter. Il faut juste tenir jusqu’à…
Une avalanche gronda au-dessus d’eux. La coulée de neige arracha le piton qui les retenait à la paroi, les précipitant dans l’abîme.
Le gantelet de Riftan râpa contre la pierre tandis qu’il cherchait désespérément une prise, en vain. Agrippée à son cou comme une noyée, Maxi tenta de toutes ses forces de lancer un sort de lévitation, mais le mana rebelle qui bouillonnait en elle refusait de se plier à sa volonté.
Rassemblant toutes ses forces, elle finit par reprendre le contrôle de sa magie déchaînée. Ils n’étaient plus qu’à quelques pouces du sol quand ils se mirent à flotter. Riftan fixa aussitôt le piton à la paroi et les descendit avec agilité jusqu’en lieu sûr.
Survivre à la chute n’était que l’un de leurs problèmes. L’avalanche restait une menace : des vagues de débris et de neige déferlaient du haut de la pente. Maxi lança un sort de protection au moment où les ténèbres les engloutirent. De lourds chocs continuèrent de retentir à l’extérieur de leur bulle protectrice pendant un long moment.
Elle ne sentait plus rien. Au point de se demander s’ils n’étaient pas morts dans la chute. La pression dans ses oreilles l’avait rendue sourde ; elle n’entendait même plus sa propre respiration. Pétrifiée, elle s’agrippa à Riftan jusqu’à le sentir se redresser lentement.
Il se dégagea du monticule glacé et l’en tira à sa suite. Après une quinte de toux, Maxi cracha la neige qui lui emplissait le nez et la bouche, puis secoua les flocons pris dans ses cheveux. Mais la tempête leur fouettait toujours le visage, et ses efforts ne servaient à rien.
Le visage livide, elle leva les yeux vers Riftan. Il la tenait d’un bras tout en observant la paroi rocheuse dont ils avaient dégringolé. Contrairement à lui, elle était incapable d’évaluer la hauteur de leur chute.
Après avoir contemplé la paroi un long moment, le visage impassible, il la souleva dans ses bras et se mit à avancer dans la neige. Maxi comprit qu’il cherchait un abri contre la tempête.
Elle parvint à entrouvrir sa mâchoire gelée. « J-Je peux… lancer un sort de protection contre le vent…
— Ne parle pas, dit-il sèchement en accélérant le pas. »
Elle aurait voulu lui proposer à nouveau, mais se tut en se rendant compte qu’elle n’avait presque plus de mana. Pourtant, errer au hasard jusqu’à trouver un abri convenable ne lui semblait pas une très bonne idée.
Elle tâtonna dans ses poches, scrutant les environs avec anxiété. La pierre à feu nichée contre sa poitrine n’était plus chaude ; le rune lui avait aspiré tout son mana. Elle jeta la pierre inutile et rentra les épaules. Riftan la couvrit aussitôt de son manteau pour la protéger du vent.
Leur recherche, qui semblait ne jamais devoir finir, les mena par hasard jusqu’à une ouverture dans la paroi. Après avoir déposé Maxi au sol, Riftan entra inspecter la grotte. Peu après, il lui fit signe qu’elle était sûre. L’entrée était si étroite qu’elle dut ramper à genoux pour passer.
À l’intérieur, la grotte s’élargissait de manière surprenante. Maxi poussa un soupir de soulagement et s’affala au sol. À l’abri des bourrasques, cette grotte obscure lui semblait aussi accueillante qu’un palais.
Adossé à la paroi, Riftan prit le temps de reprendre son souffle. « Tu es blessée quelque part ?
— J-Je ne sais pas trop, répondit-elle en secouant la tête, encore étourdie.
Elle devait avoir des bleus partout à cause de leur chute, mais son corps était encore trop engourdi pour qu’elle sente la douleur.
Il vérifia qu’elle n’avait pas d’os brisé, puis demanda d’une voix rauque : « Et ton mana ? Tu n’en as pas trop dépensé ?
— J-Je vais bien. J’en ai presque plus… mais je ne suis pas complètement à sec, répondit-elle, les dents claquant sous l’effet du froid qui lui pénétrait jusqu’aux os.
Riftan retira ses gants et lui toucha la joue glacée. Il fronça les sourcils. « Tu as encore des pierres à feu ?
— D-Dans mon sac.
Ce ne fut qu’alors qu’elle pensa à vérifier si ses affaires avaient survécu au chaos. À sa grande surprise, son sac pendait toujours à sa taille. Riftan le dénoua et se mit à fouiller dedans. Des paquets d’herbes et de nourriture, des parchemins roulés et une bourse remplie de diverses pierres magiques se répandirent au sol.
Maxi prit une pierre à feu et la posa à bonne distance. Une étincelle illumina les ténèbres lorsqu’elle insuffla une bribe de mana à la pierre, et une flamme assez grande pour servir de feu de camp s’éleva. Elle s’installa juste devant, mais la chaleur ne suffisait pas à dégeler son corps. Dans un grognement, elle tendit les mains vers les flammes.
« Tu vas te brûler, dit Riftan en lui tirant le bras.
Elle leva vers lui un regard suppliant. « J-J’ai froid.
Son expression changea légèrement. Glissant une main sous ses vêtements, il lui caressa la nuque glacée et lâcha un juron étranglé.
Les lèvres tremblantes, Maxi le regarda se débarrasser en hâte de son manteau et de son armure, qu’il empila sur le côté. Il ôta ensuite son épais manteau et sa tunique de laine, puis les étala près du feu. Maxi contempla, hébétée, son torse musclé qui luisait comme du bronze à la lueur des flammes. Il avait l’air d’un fou à se déshabiller ainsi dans ce froid mordant.
Après avoir retiré ses bottes, il les jeta de côté et lui fit signe d’un mouvement de tête. « Déshabille-toi.
— N-Non ! s’écria Maxi, mortifiée.
Elle agrippa sa robe, mais il la lui arracha sans ménagement.
— Tes vêtements sont trempés par la neige. Si tu ne les enlèves pas, la chaleur de ton corps va chuter encore plus vite. Alors dépêche-toi.
Maxi le regarda avec méfiance. Elle était certaine qu’il ne lui ferait jamais de mal, mais ne parvenait pas à se déshabiller. Comme elle restait immobile, il la tira sur ses genoux et lui ôta ses bottes. Il lui arracha sa robe et la jeta sans façon dans un coin. Enfin, il déboutonna son manteau et glissa les mains dessous.
Elle tressaillit sous son contact glacé. Après avoir retiré sa ceinture et l’avoir posée au sol, Riftan glissa les mains sous sa tunique et lui caressa la peau gelée. Le bout de ses doigts était froid, mais sa paume et son avant-bras avaient la chaleur du bronze chauffé à blanc. Un gémissement échappa à Maxi tandis que cette chaleur l’envahissait, et elle se pressa contre son torse.
Il lui ôta sa tunique de laine par-dessus la tête, lui laissant deux chemises de lin, un pantalon de cuir doublé de laine polaire et une paire de leggings épais. Lorsqu’il glissa la main dans son pantalon, une expression étrange, ni sourire ni grimace, se dessina sur son visage.
« Tu t’es bien emmitouflée.
Sur ces mots, il lui fit glisser le pantalon d’un seul geste. Maxi poussa un cri de surprise. Après avoir roulé leurs vêtements en boule et les avoir jetés sur les siens, il se mit à lui frotter la peau glacée. Ses joues s’empourprèrent tandis que ses mains chaudes et calleuses parcouraient ses hanches, ses cuisses et ses mollets. Elle s’était déjà retrouvée nue devant lui d’innombrables fois, et pourtant, elle en éprouvait toujours de la gêne.
Elle resta assise sur son genou, et il l’attira contre lui dans une étreinte serrée.
« Tu as encore froid ? demanda-t-il d’une voix plus douce.
Plaquée contre son torse, Maxi secoua la tête, feignant d’ignorer ses dents qui claquaient. Comme elle continuait à trembler, Riftan laissa échapper un grondement sourd et, délaissant son dos raide qu’il frottait, se mit à tirer sur ses couches de chemises.
Par réflexe, elle retint ses sous-vêtements, mais il était déjà en train de les lui faire passer par-dessus la tête. Il couvrit aussitôt la partie découverte avec sa propre tunique. Leurs peaux se frôlèrent tandis qu’il passait un bras autour de sa taille, réveillant ses sens. La chaleur de sa peau lisse et brûlante pénétra jusqu’à ses os, et elle sentit le sang circuler dans ses veines.
Un gémissement de soulagement lui échappa tandis qu’elle se fondait dans ses bras. Malgré les autres préoccupations qui s’imposaient à son esprit, à cet instant, elle se sentait parfaitement en sécurité et apaisée. Elle posa le front contre son épaule et enfouit le visage dans son torse puissant. Leurs corps s’emboîtaient comme les deux pièces d’un puzzle.
Elle écouta le vent et le feu crépiter, caressant ses bras, son torse ciselé et son ventre. Des perles de sueur commencèrent à se former sur sa peau. Elle suivit du doigt les contours de son torse sculpté dans le marbre et taquina son petit mamelon. Sous ses fesses, elle sentit son membre durcir et grossir. Après avoir pris une inspiration rauque, Riftan la déplaça sur le côté et lui écarta la main de son torse.
« Arrête de me tripoter.
Maxi rougit de honte. « M-Mais, vous avez fait pareil, non ? J-Je vous ai bien senti… les mains sur mes hanches, mon ventre… mes jambes, mes pieds…
— Je vérifiais que tu ne souffrais pas d’engelures…
Riftan pinça les lèvres, puis cogna l’arrière de sa tête contre la paroi de la grotte en marmonnant dans sa barbe. À ce qu’elle parvenait à comprendre, cela ressemblait à la prière récitée lors d’une cérémonie d’adoubement. Après l’avoir observé un moment, elle lui prit lentement la main et la posa sur son sein.
« Alors… v-vous voulez me caresser, vous aussi ?
Riftan serra la mâchoire lorsqu’elle plaqua sa paume ferme contre son sein. Ses yeux noirs brûlaient comme des braises dans l’obscurité. Maxi rougit en sentant son mamelon se tendre et se demanda si elle ne se montrait pas trop audacieuse.
À la fin, son désir l’emporta sur la honte et le souci de garder sa dignité. Peut-être leur proximité avec la mort avait-elle éveillé quelque chose en eux, car ses caresses étaient plus ferventes que jamais.
Cela lui semblait faire une éternité qu’elle ne l’avait pas touché. Elle rêvait de connaître le bonheur d’explorer chaque parcelle de leurs corps. S’ils ne sortaient pas vivants de cette périlleuse expédition, ce serait peut-être leur dernier moment ensemble. Une peur paralysante lui glaça les os à cette pensée. Lorsqu’elle frotta ses lèvres contre son cou pour la chasser, un frisson fiévreux parcourut le corps de Riftan.