Chapitre 261
Chapitre 22 — 261
Les spectateurs éclatèrent en applaudissements tonitruants. Le barde s’inclina, un sourire satisfait illuminant son visage.
Alors que Maxi poussait un soupir de soulagement, elle entendit Ulyseon maugréer : « Les paroles sont médiocres. Il est évident que le compositeur ne savait pas… »
Maxi lui écrasa le pied de toutes ses forces. Elle le foudroya du regard quand il se tourna vers elle, l’avertissant de ne pas ajouter un mot.
Clignant des yeux, perplexe, il demanda : « Vous ne vous sentez pas bien, ma dame ? La nourriture vous a déplu ? »
Kuahel Leon, qui s’était reposé en silence, les yeux clos et la tête appuyée contre le mur, choisit cet instant pour prendre la parole.
« Je vous conseille d’aller vous reposer, maintenant. »
Maxi sentit ses joues s’embraser lorsque le regard de pierre du chevalier croisa brièvement le sien. Elle aurait été moins mortifiée s’il l’avait taquinée ou s’était moqué d’elle, comme les mages. Mais, comme toujours, le visage du Chevalier du Temple affichait une indifférence presque méprisante. Kuahel ouvrit une bourse de cuir, en tira une pièce qu’il lança au barde, puis se leva.
« Pour avoir diverti mes compagnons. »
« Merci, monsieur ! »
Comme si le paiement avait été leur seul objectif depuis le début, le barde se leva aussitôt. Il monta à l’étage avec sa troupe, la pièce serrée dans sa main. Maxi attendait une occasion de s’éclipser. Elle bondit sur ses pieds dès qu’elle se présenta.
« J-Je vais prendre congé, moi aussi. Je suis assez fatiguée. »
Sur ces mots, elle se hâta de monter l’escalier, Anette sur ses talons. Quand Maxi se retourna prudemment vers elle, Anette prit un air innocent.
« Il n’y a que neuf chambres, alors nous allons devoir partager la tienne. Sidina et Miriam en prendront une autre. »
« J’espérais partager ma chambre avec Sidina. »
Maxi baissa les yeux par-dessus la balustrade. Sidina était ivre morte. Elle hésita entre traîner la jeune fille jusqu’à son lit et endurer les taquineries de la malicieuse mage Umri. Tandis qu’elle pesait le pour et le contre, Anette la pressa de monter les dernières marches.
« Allez, allez, au lit. Il faut vraiment que je dorme. »
« … »
« À propos, j’ignorais que la Géante de la Salle de Nome était une mage aussi extraordinaire. Non, attends. On devrait t’appeler l’ange aux cheveux de feu, maintenant ? »
Maxi se prit le front dans la main. À coup sûr, Anette la taquinerait avec cette chanson pendant au moins un mois. Elle poussa un soupir à cette idée.
***
Le voyage de l’expédition se poursuivit sans encombre, à tel point que Maxi se demanda si les monstres étaient vraiment de plus en plus nombreux. Ils atteignirent l’ancienne capitale de l’empire de Roem plus tôt que prévu. Le barde avait dit vrai au sujet du festin : de longues files s’étendaient depuis les portes de la ville, tandis que les marchands encombraient les rues.
Maxi s’imprégna des sons et des images qui l’entouraient pendant qu’ils traversaient la ville. Balbourne était une cité majestueuse, vestige ostentatoire de l’ancien empire qui avait jadis régné sur tout le Continent de Roviden. Elle avait l’impression d’avoir pénétré dans un pays de légende ; son regard parcourait les routes propres et les bâtiments imposants. Toutes les constructions se distinguaient par leur architecture raffinée, mais aucune n’arrivait à la cheville de la basilique, dressée au cœur de la ville.
Ils franchirent une entrée voûtée et s’engagèrent sur une route impeccable bordée d’arbustes. À son extrémité, la vue de la Grande Basilique la laissa sans voix. L’édifice était presque deux fois plus grand que le Château de Drachium. Plus d’un millier de vitraux ornaient ses imposants murs de pierre, en contraste avec ses piliers d’une blancheur éclatante et son toit aux tuiles d’un bleu brillant.
Maxi leva les yeux vers l’église que Darian le Monarque, le premier empereur du Continent occidental, avait consacrée à Dieu. La Basilique d’Osiriya possédait une beauté éthérée, différente de celle de la Tour des Mages. Tandis qu’elle en admirait l’architecture, des clercs vêtus de robes noires sortirent pour les accueillir.
« Vous avez fait un long voyage. Sa Sainteté attend votre arrivée avec impatience depuis plusieurs jours. »
« Père Lugias. Cela faisait longtemps. »
Kuahel Leon descendit de cheval et posa un genou à terre devant le petit clerc âgé. Maxi ouvrit de grands yeux lorsqu’il lui baisa la main ridée avec déférence. Les paladins étant à la fois chevaliers et hauts dignitaires du clergé, le vieil homme devait être au moins un grand prêtre pour que le commandant des Chevaliers du Temple lui témoigne tant de respect.
« Je suis certain que le voyage n’a pas été de tout repos », déclara le père Lugias en se tournant vers les mages avec un sourire bienveillant. « Permettez-moi de me présenter. Je suis Lugias Talleman, serviteur de notre maître divin. »
Sur l’insistance d’Anton, Calto Serbel descendit de cheval et répondit d’un ton sec, mais courtois : « Merci pour votre accueil. Je suis Calto Serbel, chef de cette expédition, et voici les mages placés sous mon commandement. »
Le clerc examina chacun d’eux et hocha la tête. « Je vous remercie tous d’être venus. Sa Sainteté avait également hâte de vous rencontrer. »
Maxi promena un regard curieux entre leur chef et le grand prêtre. Il semblait que la Tour des Mages et l’Église fussent parvenues à un accord avant de s’allier officiellement pour cette expédition. Elle n’en connaissait pas les détails, mais pouvait en deviner la teneur : ils avaient dû trouver un terrain d’entente. C’était la seule explication à leur collaboration après des années d’animosité.
En participant à l’expédition, les mages protégeraient leur réputation, tout en recueillant des informations sur les mages noirs. Mais qu’avait donc l’Église à gagner de ce partenariat ? Maxi s’interrogeait encore lorsque Kuahel prit la parole de son ton sec habituel.
« J’ai appris que Son Éminence, le père Garis, organisait un banquet. A-t-il obtenu l’accord de Sa Sainteté ? »
Maxi vit une sombre inquiétude traverser le visage du vieux clerc. Sa réaction laissait penser que le père Garis était une source de tracas pour l’Église.
« L’Église orthodoxe s’est vivement opposée à cette expédition, expliqua le père Lugias dans un soupir. Il a donc fallu lui accorder des concessions pour l’apaiser. »
« Cela risque de poser des problèmes par la suite. »
« Nous n’y pouvons rien », répondit le clerc avec fermeté avant de se tourner vers les mages, un sourire contrit aux lèvres. « Allons donc… Je vous ai fait attendre dans le froid. Laissez les clercs s’occuper de vos chevaux et suivez-moi. Je vais vous conduire à vos chambres. »
« Nous allons informer Sa Sainteté de notre arrivée. »
Sans un regard pour leurs compagnons de voyage, les Chevaliers du Temple pénétrèrent dans la basilique. Maxi les regarda partir, puis suivit le grand prêtre. Il les conduisit à travers la chapelle, puis dans un grand bâtiment qui semblait être une école pour novices. La vaste galerie, reliée à un immense jardin, était remplie de nobles et de clercs vêtus de robes sombres.
Maxi ouvrit de grands yeux, surprise. Elle savait que la meilleure université du continent se trouvait dans la basilique de Balbourne, mais elle ne s’était pas attendue à une telle ampleur.
« L’Université d’Osiriya enseigne la théologie ainsi que diverses autres disciplines, expliqua l’un des jeunes clercs, la voix pleine de fierté. Elle accueille non seulement les hiérarques et les Chevaliers du Temple capables d’user de magie divine, mais aussi les héritiers des maisons nobles des Sept Royaumes. Les gens du peuple peuvent eux aussi y étudier, s’ils le souhaitent. Un véritable sanctuaire du savoir. »
Un léger raidissement parcourut les mages, et Maxi observa avec nervosité le visage de leurs aînés. Calto leur lança un regard d’avertissement avant qu’ils n’aient le temps de répondre. Depuis plusieurs jours déjà, le vieil homme leur répétait sans relâche de surveiller leurs paroles. Mais, bien sûr, on ne pouvait pas s’attendre à ce que les mages de la Tour des Mages obéissent docilement aux ordres.
« Une école où tout le monde peut étudier ? » marmonna Albern avec cynisme. C’était un mage chevronné de Kabala. « Quelle merveille. Vous acceptez aussi les mages ? »
Le visage de leurs guides s’assombrit, et l’un d’eux lança un regard froid à Albern. « S’ils souhaitent étudier ici, ils le peuvent. Les enseignements de Dieu sont ouverts à tous. »
« On ne risque pas de s’ennuyer pendant notre séjour », lança Anette d’un ton léger.
Maxi lui donna un coup de coude dans les côtes. Malgré leur mécontentement manifeste, les clercs firent semblant de n’avoir rien entendu et reprirent leur marche. L’atmosphère resta glaciale tandis qu’on conduisait les mages à leurs chambres. Épuisée, Maxi ouvrit la porte de celle qui lui avait été attribuée. Elle venait à peine de traîner les pieds jusqu’au lit qu’Ulyseon prit la parole.
« Ma dame, dit-il en restant sur le seuil. Je dois m’absenter quelque temps pour envoyer un message à Anatol. Pensez-vous pouvoir vous débrouiller seule ? »
« Ulyseon… Je ne suis pas une enfant qui a besoin d’un gardien. Et puis, que pourrait-il bien m’arriver à l’intérieur de la basilique ? »
Ulyseon lui lança un regard sceptique, fait rare. « Pourtant, vous avez le don de vous attirer des ennuis dès que je vous quitte des yeux, ma dame. J’ai expressément demandé la chambre voisine de la vôtre pour rester près de vous, mais on m’a dit que les hommes et les femmes n’avaient pas le droit de loger dans le même bâtiment. Je serai sans doute dans les quartiers des chevaliers. Je vous en prie, ma dame, faites attention. »
« T-Tu sembles oublier sans cesse, Ulyseon… que j’ai cinq ans de plus que toi ! » s’exclama Maxi, incrédule.
Ulyseon secoua la tête. « Cela n’a rien à voir avec l’âge, ma dame. Je suis ici pour vous protéger à la place de Sir Riftan. »
Le jeune chevalier se tourna vers la porte, l’air satisfait.
« Évitez de rester seule si vous le pouvez, ma dame. Rejoignez les autres mages après vous être changée. Je reviens dès que j’aurai rencontré notre informateur. »
Maxi se contenta d’ouvrir et de refermer la bouche en silence, tandis qu’elle le regardait s’éloigner. Au début, elle avait pensé que seule son apparence avait changé et qu’il était toujours le même garçon de dix-sept ans qu’autrefois. Mais, ces derniers temps, son arrogance la laissait parfois sans voix.
Elle referma la porte dans un soupir. Si les Chevaliers du Dragon rouge s’obstinaient à la traiter comme une enfant, elle aurait du mal à exercer son métier de mage, même après son retour à Anatol. Démoralisée, elle jeta son sac de côté et entreprit de se masser les mollets et les cuisses, raidis par une journée entière à cheval.
Peu après, des clercs vinrent lui apporter une bouilloire d’eau chaude et un brasero allumé. Maxi retira sa robe sale et son armure lourde, puis se frotta avec une serviette humide. Elle avait beau essayer de se débarbouiller dès qu’elle le pouvait, il était presque impossible de rester propre en voyage.
Elle se frotta vigoureusement pour se nettoyer, frissonnant de froid, puis se lava les cheveux du mieux qu’elle put avec l’eau restante. Elle devait au moins avoir une apparence convenable s’ils allaient être reçus par le pape. Après avoir enfilé les vêtements les plus propres qu’elle trouva, elle se peigna soigneusement. On frappa à la porte au moment où elle achevait de se coiffer.
Maxi enfila précipitamment une robe de chambre et entrouvrit la porte. Dans le couloir se tenait une femme au visage espiègle, à la peau hâlée et aux cheveux courts, presque masculins. Maxi ne la reconnut pas tout de suite. Tandis qu’elle tentait de remettre ce visage vaguement familier, la femme, qui semblait tout aussi stupéfaite qu’elle au premier abord, lui adressa un grand sourire.
« J’ai cru que mes oreilles me jouaient des tours quand j’ai appris que tu étais à la basilique, dit-elle en saisissant la main de Maxi et en sautillant d’excitation. Et pourtant, tu es bien là ! J’ai du mal à y croire ! Qui aurait pensé qu’on se retrouverait ici… Quelle coïncidence incroyable ! »
Maxi ouvrit de grands yeux.
« I-Idsilla ? C’est bien toi ? »