Chapitre 253
253 Chapitre 14
Le soir venu, les chevaliers affluèrent au château pour voir Maxi. Elle dînait avec les autres mages lorsque Ursuline Ricaydo entra dans la salle à manger d’un pas décidé, accompagné d’Ulyseon. Elle leur adressa un sourire gêné tandis qu’ils s’approchaient.
À l’expression grave d’Ursuline, Maxi devina qu’il avait déjà appris son départ imminent pour le plateau de Pamela. Sans prêter attention aux regards curieux des mages, il s’arrêta devant elle et s’inclina avec respect.
« Ma dame. Cela fait bien trop longtemps.
Maxi avala sa bouchée et marmonna nerveusement : « E-En effet, Sir Ursuline.
Pourquoi fallait-il que ce soit lui ? De tous les chevaliers, c’était celui auprès duquel elle se sentait le plus mal à l’aise. Elle jeta un coup d’œil vers la porte. Il aurait été plus facile d’expliquer la situation à Hebaron ou à Gabel. Malheureusement, les seuls chevaliers qu’elle reconnaissait dans la pièce étaient Ulyseon et Sir Remus Baldo.
« Rovar m’a mis au courant. Il semblerait que vous vous soyez encore lancée dans une entreprise périlleuse.
Quand Maxi lança à Ulyseon un regard furieux pour l’avoir trahie, le jeune chevalier agita vivement les mains, l’air offensé. « Je n’ai rien dit de tel ! Je lui ai seulement dit que je m’inquiétais pour…
« Bon sang, à quoi pensiez-vous ? » l’interrompit Ursuline, coupant la parole à Ulyseon. « Vous partez pour le plateau de Pamela alors que vous venez à peine de rentrer ? Vous imaginez comment le commandant va prendre la nouvelle ? Je ne peux pas vous laisser vous mettre en danger. Comment pouvez-vous seulement songer à participer à une autre campagne militaire après ce que vous avez vécu la dernière fois ? Vous êtes trop téméraire, ma dame. Pensez au commandant, et…
« Si vous tentez de la retenir contre son gré, nous quitterons ce château sur-le-champ », intervint Calto, qui leva les yeux de son repas, qu’il savourait tranquillement près de la cheminée.
Le regard perçant d’Ursuline se posa sur le vieil homme.
Calto ne se laissa pas impressionner par le regard intimidant du chevalier et poursuivit calmement : « Maximilian Calypse se trouve ici non pas en tant que votre maîtresse, mais en tant que mage de la Tour des Mages. Elle nous a donné sa parole qu’elle participerait à l’expédition jusqu’à son terme. Le groupe a besoin de tous les mages disponibles.
« Êtes-vous le responsable ?
« En effet. Je suis Calto Serbel, le chef de cette expédition, et Maximilian Calypse est une mage sous mes ordres. Jusqu’à la fin de notre mission, elle devra suivre mes instructions.
« Elle est l’épouse de Sir Riftan ! » aboya Ursuline.
Même face à la fureur du chevalier, Calto ne céda pas. « Les mages de la Tour des Mages doivent respecter les règles de la Tour. Les nobles, et même les membres de la famille royale, n’y font pas exception. Elle est l’une des nôtres et a prêté serment d’allégeance. Si vous tentez de la retenir ici contre son gré, vous serez coupable d’avoir séquestré de force une mage de Nornui.
Calto marqua une pause, comme pour jauger la réaction des chevaliers, puis ajouta : « Si c’est ce que vous comptez faire, je ne le tolérerai pas.
Les traits aristocratiques d’Ursuline se durcirent. Fixant Calto d’un regard noir, il demanda d’un ton raide : « Et que feriez-vous, au juste ?
« Je dénoncerai votre crime à la Tour des Mages. Anatol subirait sans doute des sanctions plus sévères encore que celles qui sont déjà en vigueur », répondit froidement Calto, avant de tourner les yeux vers Maxi, immobile. « Aucun mage ne serait plus jamais autorisé à séjourner à Anatol.
En somme, même après avoir achevé l’expédition, elle n’aurait pas le droit de devenir mage d’Anatol. L’atmosphère de la salle devint aussitôt hostile. Voyant la colère assombrir les visages des hommes, Maxi se leva brusquement et s’interposa entre Calto et les chevaliers.
« T-Tout le monde, arrêtez !
Les yeux bleu sombre d’Ursuline semblaient protester avec véhémence. Maxi s’humecta les lèvres et soutint son regard avec détermination.
« Maître Calto a raison. J’ai déjà promis de me rendre au plateau de Pamela en tant que membre de l’expédition. Rien de ce que vous direz ne m’empêchera de partir avec mes compagnons, Sir Ursuline.
Décontenancé par sa résolution, Ursuline ouvrit de grands yeux. Il la dévisagea un long moment, puis se tourna vers Calto.
« Quel est le but de votre mission sur le plateau ?
Calto garda fermement le silence, mais Ursuline continua de réclamer des réponses.
« Je sais que les Chevaliers du Temple traquent les derniers vestiges de l’armée des monstres. Ont-ils découvert quelque chose ?
« Je crains de ne pouvoir divulguer cette information.
Après avoir observé le visage du vieil homme, Ursuline exposa les conclusions qu’il avait tirées des renseignements déjà recueillis.
« Les morts-vivants se sont multipliés à une vitesse fulgurante sur tout le continent ces derniers temps. Il y a trois ans, pendant la guerre, l’armée des monstres comptait un nécromancien capable de puissantes magies. Se pourrait-il que les monstres qui ont fui vers le plateau de Pamela conspirent de nouveau ?
Maxi écarquilla les yeux en apprenant la propagation des morts-vivants. Elle se rappela la bataille du château d’Ethylene : la blessure maudite d’Hebaron qui refusait de guérir, les goules qui surgissaient du sol et le lézard-homme qui avait manié une magie du feu terrifiante.
Tout cela était peut-être lié d’une manière ou d’une autre aux mages noirs bannis. Maxi observa le visage de Calto, qui ne semblait pas surpris.
« Je ne peux pas me prononcer là-dessus, répondit Calto d’un ton indifférent. Rien n’a été confirmé.
Ursuline sembla considérer sa réponse comme suffisante. Son expression s’assombrit davantage.
« Je ne peux pas vous laisser vous mêler à une affaire aussi dangereuse, ma dame », dit le chevalier en se tournant de nouveau vers Maxi. « Si nous ne faisions rien pour vous empêcher de vous rendre dans un endroit où vous attendent des dangers inconnus et qu’il vous arrivait quelque chose…
« Les Chevaliers du Temple ont accepté de nous protéger. Dix-neuf grands mages et les gardiens du continent occidental participeront à cette expédition. Je ne vois pas de raison de s’inquiéter », déclara Calto, visiblement agacé par cette discussion qui tournait en rond. « De plus, je ne pense pas que vous ayez le droit de vous mêler de nos affaires. Nous avons accepté votre hospitalité, mais cela ne signifie pas que nous devons nous plier à vos caprices. Comme je vous l’ai déjà expliqué, si vous insistez pour retenir l’une de mes subordonnées, nous quitterons aussitôt ce château.
Comme pour montrer qu’il pensait ce qu’il disait, Calto se leva brusquement. Il se tourna vers les mages, tout près, qui observaient la dispute en sirotant le meilleur vin que le château de Calypse avait à offrir.
« Vous tous, lança Calto, levez-vous immédiatement et rassemblez vos affaires.
Les mages protestèrent d’une seule voix à l’idée de devoir écourter leur festin. Mais devant la détermination du vieil homme, ils se levèrent à contrecœur. Ils se dirigèrent vers l’entrée principale, visiblement prêts à partir sur-le-champ. Les chevaliers affichèrent un air troublé.
Remarquant l’hésitation de Maxi, Calto lui lança sèchement : « Qu’attendez-vous ? Je vous ai demandé de faire vos bagages.
Quand Maxi se retourna docilement après son remontrance, Ursuline l’interpella : « Très bien ! Je n’en dirai pas davantage.
Calto se retourna et observa le chevalier avec scepticisme.
Fixant le vieil homme d’un regard noir, Ursuline déclara, la mâchoire crispée : « Lady Calypse n’est pas rentrée chez elle depuis trois ans. Je vous demande de lui permettre de rester au château jusqu’à votre départ.
Calto parut réfléchir, puis répondit avec une bienveillance de façade : « Très bien. Nous resterons. Toutefois, comme je l’ai dit, nous partirons le moment venu.
Ursuline sembla lutter contre l’envie de répliquer, mais il finit par céder d’un hochement de tête et jeta un regard au visage pâle de Maxi.
« Comme vous voudrez.
Dès que le chevalier céda, la tension qui régnait dans la salle se dissipa. Les mages retournèrent à table pour reprendre leur repas, tandis que Maxi partit avec les chevaliers après avoir obtenu l’autorisation de Calto. En voyant leur air anxieux, elle fut submergée par la culpabilité.
« Pardonnez-moi de vous avoir inquiétés, dit-elle en rentrant les épaules. Mais… je voulais quitter l’île au plus vite. Et… je pensais pouvoir me rendre utile pendant l’expédition.
« Je vous en prie, ne vous excusez pas, ma dame. Personne ici ne vous en veut », répondit Ursuline, dont le ton s’adoucit un peu. « Après tout, vous n’avez accepté d’entrer à la Tour des Mages que pour sauver Sir Riftan et Anatol. Pour être franc, c’est moi qui ai dépassé les bornes. Ce n’était pas à moi de critiquer une décision prise pour hâter votre retour. Je suis simplement… » Il s’interrompit, fronça les sourcils, puis reprit : « inquiet de la réaction de Sir Riftan.
« V-Vous avez… déjà envoyé un message ?
« Oui, ma dame, intervint Ulyseon en se grattant l’arrière de la tête. J’ai pensé qu’il valait mieux le prévenir de votre retour sans attendre.
Maxi déglutit malgré sa gorge desséchée. Elle se demanda comment Riftan réagirait. Leur séparation avait été douloureuse, pour le moins, et ils ne s’étaient pas vus depuis si longtemps. Même après avoir découvert les lettres qu’il avait conservées, Maxi était toujours anxieuse.
La voix presque enrouée, elle marmonna : « Je ne sais pas… si je serai encore là quand il recevra le message.
« Combien de temps comptez-vous rester à Anatol ?
Maxi hésita un instant avant de répondre à Ursuline. « Environ une semaine… mais cela peut changer. Tout ce que je sais, c’est que nous partirons dès l’arrivée des Chevaliers du Temple.
Remus Baldo se tenait près du mur, immense comme un totem. Il dit d’une voix douce : « J’ai appris que les Chevaliers du Temple enquêtaient récemment dans les régions orientales d’Arex et de Dristan.
Ursuline se caressa le menton glabre, l’air songeur. « Ils ne devraient donc pas tarder. Arex et Dristan ne sont pas loin.
Jusqu’alors, Maxi avait eu l’impression de marcher sur des œufs en sa présence. Elle finit par se risquer à demander : « Ruth et les autres… sont avec Riftan à Livadon ?
« Le sorcier, Nirtha et Charon sont avec le commandant. Lachzion et quelques autres ont été chargés de garder la mine.
« L-La mine ?
« Les monts d’Anatolium ne sont plus un repaire de monstres, même si des gobelins s’y montrent parfois. Nous nous sommes annexé la région à la suite de nombreux raids et pouvons désormais exploiter ses ressources comme bon nous semble. C’est la principale raison pour laquelle Anatol a prospéré aussi rapidement.
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