Chapitre 246
246 — Chapitre 7
En se caressant la barbe broussailleuse, Landon poussa un soupir résigné.
« Si tel est votre souhait, je ne peux rien y faire. Vous pouvez retourner dans vos quartiers avec vos brouillons. Je trouverai un autre novice pour vous remplacer.
Maxi écarquilla les yeux. « Vous… vous me retirez de la compétition ?
— Que puis-je faire d’autre ? Puisque vous n’avez pas l’intention de présenter cette rune, il va falloir que je trouve un autre candidat.
— Je… je peux en travailler une nouvelle…
— Vous vous montrez trop gourmande, dit Landon en fronçant ses sourcils broussailleux. Je ne peux pas laisser une proposition conçue à la hâte ternir la réputation de la Salle de Nome. Vous présenterez votre rune de golem ou vous vous retirerez.
Maxi se mordit la lèvre. À la pensée de toutes ces nuits blanches consacrées à l’espoir d’être sélectionnée, le découragement qu’elle ressentait était indicible. Pourquoi ne lui était-il pas venu à l’esprit de vérifier que la rune qu’elle avait choisie ne contrevenait pas aux préceptes de l’Église ? Ses yeux la brûlèrent de larmes. Malgré tout, elle savait que Maître Landon avait raison. Elle ne pouvait pas s’obstiner ainsi.
Elle baissa la tête. « Je vais… me retirer de la compétition.
Un novice du nom d’Armin Dolph fut choisi pour remplacer Maxi. Ce garçon de vingt-cinq ans était plutôt grand et avait une allure saisissante pour un mage de la tribu Umri. Parmi les novices, il était réputé pour son talent et son peu de mots.
Maxi avait surpris son regard déconcerté lorsque Landon lui avait proposé la place. Une demi-seconde plus tard, Armin avait saisi l’occasion, avec son expression de pierre habituelle. Maxi poussa un soupir amer. Elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même. Après tout, c’était son mauvais jugement qui l’avait mise dans cette situation.
« Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? » demanda Anette en s’approchant de Maxi. « Tu as fait quelque chose pour mettre Maître Landon en colère ?
Embarrassée, Maxi s’empressa d’inventer une excuse. « Il y avait… un défaut grave dans ma rune. Maître Landon et moi en avons longuement discuté, et nous avons décidé qu’il valait mieux que je me retire.
— Mais tu es la meilleure d’entre nous en matière de runes. Qu’est-ce qui n’allait pas ? Laisse-moi regarder. Je suis sûre qu’elle n’est pas irrécupérable.
— N-Non !
Surprise, Anette écarquilla les yeux.
Maxi passa la main sur son visage épuisé, s’efforçant de garder son calme. « Maître Landon l’a déjà examinée attentivement pour moi. Je préférerais… ne plus en parler.
Les joues d’Anette tressaillirent avant qu’elle ne tourne les talons. Il était évident qu’elle était contrariée, mais Maxi avait déjà assez de mal à maîtriser ses propres émotions sans devoir se préoccuper de celles des autres.
Absorbée par ses pensées, elle quitta l’atelier commun pour se rendre à son cours suivant. Elle avait l’esprit embrouillé. Que pouvait-elle faire, à présent ? Pour obtenir plus tôt une rune élémentaire, il fallait accomplir quelque chose de remarquable. Pour un novice, le moyen le plus sûr était de faire valoir son talent lors du concours de runes ou du tournoi de duel organisé chaque année à Urd. Maxi avait déjà perdu toute chance de remporter le concours de runes, et elle n’aurait jamais songé à participer à une épreuve de combat. La magie offensive n’était vraiment pas son fort.
Elle se mordilla la lèvre. Quel qu’en soit le prix, elle devait trouver une solution. Elle entra dans le hall du rez-de-chaussée d’Urd au moment où Sidina descendait l’escalier. Dès qu’elle l’aperçut, la jeune fille se précipita vers elle.
« Max, qu’est-ce qui s’est passé ? C’est vrai que tu t’es retirée du concours de runes ?
Maxi répéta sans conviction l’explication qu’elle avait donnée à Anette. Sidina ne sembla pas convaincue, mais, voyant son air abattu, elle s’abstint de poser d’autres questions. Les autres, en revanche, se montrèrent plus insistants. À peine Maxi eut-elle mis les pieds dans la salle de cours qu’une quinzaine de novices l’entourèrent pour lui demander pourquoi elle ne participait plus au concours. Répéter sans cesse la même excuse l’épuisa.
Elle fut immensément soulagée lorsque le professeur entra enfin et commença la leçon. Maxi essaya de se concentrer sur sa voix douce tout en prenant des notes sur une petite tablette de pierre. Mais son agitation l’empêcha de suivre, et elle passa la moitié du cours à corriger ses fautes d’orthographe. Une envie violente de jeter sa tablette par terre s’empara d’elle.
Pourquoi était-elle aussi incapable ? Six mois gâchés à travailler sur une rune qu’elle n’avait pas le droit de présenter, et maintenant, elle n’arrivait même plus à suivre un cours.
À la fin du cours, Maxi quitta la salle d’un pas traînant, accablée. Quelques novices tentèrent de lui parler, mais elle n’était pas d’humeur à bavarder. Après leur avoir répondu avec froideur, elle les dépassa à la hâte et s’engagea dans le couloir.
En bas des escaliers, elle s’apprêtait à quitter la tour lorsqu’elle aperçut un groupe de novices qui regardaient le jardin voisin. Elle suivit leur regard et vit cinq hommes vêtus de robes noires avancer en file indienne parmi des amas de feuilles rouges.
Maxi plissa les yeux pour mieux les observer. Leurs visages étaient dissimulés sous leurs capuchons, mais il était évident qu’ils venaient de l’extérieur.
« Ce sont de nouveaux mages ? » murmura un novice.
— Sans doute des marchands. Ils sont là pour acheter des mages ou des objets magiques.
— C’est étrange. Ce n’est pas encore la saison d’arrivée des navires.
Maxi comprit rapidement qu’ils faisaient fausse route. Le motif argenté brodé sur l’ourlet des robes des inconnus lui était familier. Il ne lui fallut qu’un instant pour se rappeler que seuls les paladins des Chevaliers du Temple avaient le droit de porter cet emblème.
Comment avaient-ils réussi à entrer sur l’île ?
La Tour des Mages dissimulait d’innombrables secrets à l’Église. Sa bibliothèque regorgeait d’ouvrages controversés sur la magie et de publications radicales venues du sud, tandis que ses ateliers abritaient quantité d’instruments que l’Église jugerait sans doute suspects.
Elle observa les hommes de loin, se demandant s’ils étaient venus procéder à une inspection surprise. Mais ses suppositions furent vite dissipées lorsqu’elle vit les mages d’Urd sortir pour accueillir les paladins. À la façon tranquille dont ils recevaient leurs invités, il était clair que leur visite n’avait rien d’inattendu.
Cette scène atténua quelque peu son inquiétude, mais une autre question lui vint à l’esprit. Qu’avaient donc à faire les Chevaliers du Temple avec la Tour des Mages ? Dans quel but les mages de la Tour avaient-ils autorisé cette visite ?
Ça ne te regarde pas.
Un soupir amer lui échappa. Elle n’était pas en mesure de s’inquiéter de telles choses. L’avenir de la Tour des Mages était l’affaire des hauts mages. Elle détourna le regard et prit la direction des dortoirs.
Le temps s’écoula comme l’eau, filant vers Paxias, la saison du repos, l’équivalent de l’hiver. À mesure qu’il passait, l’anxiété de Maxi grandissait. Après l’échec de son projet d’impressionner les hauts mages au concours de runes, elle se rendit dans les ateliers des mages confirmés pour leur proposer ses services d’assistante.
Malheureusement, elle n’était pas la seule novice à chercher à s’attirer les faveurs des mages de haut rang. La concurrence acharnée ne lui laissa jamais l’occasion de prouver ses capacités. À présent, son seul espoir reposait sur une recommandation de Maître Landon. Mais, comme chaque tour regorgeait de talents, elle se demandait si l’appui du mage en chef suffirait à la faire passer devant les autres pour obtenir une rune élémentaire dans l’année.
Tous les novices de Nornui partageaient le même objectif. Une telle rune leur permettrait non seulement d’emmagasiner dans leur corps cinq à dix fois plus de mana, mais aussi de lancer librement des sorts qu’ils ne pratiquaient jusque-là qu’en théorie. Surtout, elle leur ferait gravir les échelons de la Tour des Mages.
Maxi savait qu’une bonne évaluation ne suffirait pas à la distinguer de ses concurrents, mais elle ne voyait pas comment attirer l’attention des mages confirmés. Elle ruminait ce dilemme en contemplant les flammes qui dévoraient le brasier du fourneau. Si elle ne trouvait pas de solution avant la cérémonie d’attribution, elle serait contrainte de rester sur l’île une année de plus. Rien que d’y penser la rendait folle. Au printemps, cela ferait exactement trois ans qu’elle était là. Comment pourrait-elle en supporter une quatrième année, alors que les autres lui étaient déjà si insupportables ?
Des larmes lui montèrent aux yeux et elle les essuya précipitamment sur sa manche. Le désir de revoir Riftan pesait sur elle comme une douleur physique. Il lui manquait, le réconfort de son torse large contre lequel elle se blottissait, sa voix grave et rocailleuse au réveil. Le contact de ses cheveux soyeux qui s’enroulaient autour de ses doigts lui manquait, tout comme la douceur de ses caresses sur son visage et son dos.
Son besoin désespéré de le revoir était tel que même les fois où il se mettait en colère contre elle lui manquaient. Accroupie devant le fourneau, elle enfouit le visage entre ses genoux pour cacher ses yeux rougis. À cet instant, une voix forte l’interpella derrière elle.
« Max !