Chapitre 243
243, chapitre 4
Maxi se raidit à cette question inattendue. Elle cherchait quoi répondre quand Dean intervint.
« Le seigneur d’Anatol ? Le tueur de dragons ? Qu’est-ce qu’il a ?
— J’ai entendu dire qu’il possédait une épée d’adamantine et des pièces plaquées d’orichalque, dit Alec, les narines frémissantes d’excitation. Vous vous rendez compte ? On raconte que sa cave regorge de minerais divins ! Vous savez que mon rêve de toujours, c’est de pouvoir travailler l’orichalque. Si je devenais le mage du tueur de dragons, je pourrais enfin le réaliser. »
« Quelle sottise. Tu as oublié que le déserteur est à son service ? »
La voix grave d’Anette fit sursauter Maxi. Après avoir examiné en silence le modèle de vouivre en acier qui battait des ailes, elle posa un regard sévère sur Maxi et les jumeaux.
« Gardez ce genre de pensées pour vous si vous ne voulez pas vous attirer les foudres des mages chevronnés. Les Serbel ne décolèrent toujours pas dès que le sujet revient sur le tapis. »
Alec prit un air sombre à la mention du clan de mages qui dominait les hautes sphères d’Urd. Maxi déglutit discrètement. Elle découvrait que la réputation de Ruth Serbel au sein de la Tour des Mages était bien pire qu’elle ne l’avait imaginé. Les grands mages d’Urd l’apostrophaient dès qu’ils en avaient l’occasion pour tenir sur son ami des propos peu flatteurs, et même le clan Serbel, pourtant réputé pour son extrême gravité, ne manquait pas de lancer une ou deux insultes cinglantes dès que son nom était prononcé.
Heureusement, aucun des autres novices ne savait d’où elle venait. S’ils apprenaient qu’elle avait été formée par le traître en personne, elle était certaine qu’ils ne cesseraient jamais de le lui reprocher. La désertion de Ruth était la raison pour laquelle la Tour des Mages avait durci son règlement, et la plupart des novices le détestaient pour cela.
Maxi s’empressa de changer de sujet. « J-je crois qu’on ferait mieux d’arrêter de bavarder ! Nous avons beaucoup à faire… pour préparer les cours de cet après-midi. »
« Je n’ai pas encore terminé de relire tes brouillons. La réputation de la Salle de Nome est en jeu !
— Il a raison ! Et puis, tu affrontes Miriam, de Kabala. Cette fille est une pinailleuse infernale ! Tu seras complètement humiliée si tu rends un travail bâclé. »
Maxi lança un regard critique aux frères. « Vous ne devriez pas vous occuper de vos propres travaux… au lieu de vous inquiéter des miens ? Vous échouerez tous les deux aux examens de passage si vous ne rendez pas vos traductions de textes anciens à temps. »
Les frères Godric eurent l’air malades. Maxi arracha les brouillons des mains d’Alec, les roula et les fourra dans son sac.
« Quant à ceux-là, poursuivit-elle, Maître Landon a accepté de les relire pour moi. Vous n’avez donc pas à vous en faire. »
Anette, qui s’était remise à contempler sa création d’un air satisfait, releva brusquement la tête. « Maître Landon ?
Maître Landon, de la tribu Umri, était le mage en chef de la Salle de Nome. Il était réputé pour son exigence et sa mauvaise humeur. Tout le monde savait qu’à ses yeux, les novices n’étaient que des importuns.
Anette haussa un sourcil. « Qu’est-ce qui lui a pris, à ce vieux mulet ?
— Il avait l’air… de tenir beaucoup à ce concours, répondit Maxi, en prenant délibérément un ton indifférent.
Malgré tous ses efforts pour se défaire de cette pression, elle continuait de peser sur elle. Non seulement elle représenterait les novices de la Salle de Nome, mais les résultats du concours détermineraient aussi si elle recevrait ou non sa rune élémentaire l’année suivante.
Les novices devaient suivre quatre années d’études avant d’obtenir une rune. Toutefois, s’ils faisaient preuve d’un talent exceptionnel, ils pouvaient en recevoir une au bout de trois ans seulement. Maxi consacrait ses jours et ses nuits à étudier les cours théoriques nécessaires pour devenir une grande mage, et ses notes exemplaires témoignaient de tous ses efforts. Si elle obtenait une bonne évaluation au concours qui approchait, elle pourrait quitter Nornui dès le printemps suivant.
Alors, je pourrai rentrer chez moi.
Son cœur s’emballa. Chaque fois qu’elle pensait à Anatol, des vagues de chagrin et de nostalgie déferlaient sur elle. S’efforçant de ne pas se laisser submerger par ses émotions, elle tira la chaise de son bureau et s’assit. À cet instant, le plus important était le concours.
« Je dois me préparer pour les cours. Je vous conseille d’en faire autant et de retourner à vos travaux. »
« Fais juste attention… dit Anette en observant les cernes de Maxi. Ne te surmène pas. »
Anette lui tapota l’épaule, puis retourna à sa table. Les frères Godric suivirent leur sœur. Maxi glissa la main sous le bureau pour caresser le menton de Roy, puis ouvrit son manuel.
Grâce à la généreuse proposition d’Anette, qui s’était offerte à fabriquer un dispositif pour piéger la fée familière de Miriam, Maxi put laisser Roy dans sa chambre le lendemain. Avant de partir, elle lui donna quelques caresses d’adieu tandis qu’il se prélassait sur le rebord de la fenêtre. En descendant l’escalier, elle sortit ses notes pour le cours de débat quand une voix joyeuse retentit derrière elle.
« Max !
En se retournant, Maxi aperçut une fille aux beaux cheveux bruns qui accourait vers elle, sa longue tresse rebondissant dans son dos. Elle lui sourit chaleureusement.
« Bonjour, Sidina.
— Bonjour. Tu es prête pour le débat d’aujourd’hui ?
— Je crois. »
La jeune fille gémit. « C’est pas juste ! Tu avais promis de ne pas te préparer à l’avance !
— Je ne me souviens pas avoir promis quoi que ce soit de ce genre, répliqua Maxi d’un ton pincé avant de reporter son attention sur ses notes.
Sidina se mit à hurler comme un loup pour déconcentrer Maxi. Celle-ci lui lança un regard réprobateur en coin. Naturellement éloquente, Sidina était généralement en tête de classe sans presque jamais étudier.
Maxi, en revanche, devait s’y prendre au moins trois jours à l’avance si elle voulait éviter de se ridiculiser en public. Deux ans et demi d’efforts avaient presque corrigé son bégaiement, mais sa langue se figeait encore lorsqu’elle était troublée ou nerveuse. Sans prêter attention au vacarme que faisait sa camarade, Maxi se plongea dans la préparation du débat, répétant à voix basse les mots les plus difficiles à prononcer.
Sidina, qui s’était mise à chanter à tue-tête une chanson populaire osiriyane, s’exclama : « Oh, quelle érudite tu fais !
— Je… fais ce qu’il faut pour suivre.
— Tu fais bien plus que suivre ! Essaie donc de ménager les autres, Maximilian. Je dois passer juste après toi, tu sais. Mon argumentation, déjà médiocre, paraîtra encore plus fade après la tienne. Tu n’as pas pitié de moi ?
Maxi ricana. « Tu exagères. Tout le monde sait que tu as une langue d’argent.
— Je ne sais pas improviser ! Maître Lorraine m’a déjà passé un savon à ce sujet l’autre jour.
— Tu n’avais qu’à te préparer. »
Sidina pinça les lèvres. Maxi fit abstraction de ses jérémiades et parcourut ses notes. Sans qu’elle s’en rende compte, elles atteignirent le vaste jardin qui menait à Urd.
Juste devant la salle de cours, Maxi se rappela qu’elle devait rendre les livres empruntés à la bibliothèque. Elle changea de direction et demanda à Sidina de lui garder une place. La jeune fille grommela, mais acquiesça à contrecœur.
Maxi se mit à gravir l’escalier qui longeait une immense entrée voûtée, dévalant les marches deux par deux. Ce n’était pas une conduite digne d’une dame, mais cette île était le seul endroit où elle n’avait pas à faire semblant. Elle parcourut un long couloir baigné par la vive lumière du soleil du début de l’automne et atteignit la porte de la bibliothèque, qui faisait près de sept kevettes (environ deux cent dix centimètres). Dès qu’elle franchit le seuil, d’innombrables livres s’offrirent à sa vue.
Elle se faufila entre les rangées bien ordonnées d’étagères bondées et s’arrêta devant le vieux bureau de la bibliothécaire. Une petite vieille au nez crochu leva les yeux vers elle et cligna des paupières.
« Puis-je vous aider ?
« Je viens rendre des livres, dit Maxi d’une petite voix en les sortant de son sac.
La bibliothécaire fronça les sourcils en les examinant. « Ils sont en retard depuis longtemps.
« O-oui, j’ai oublié hier…
La bibliothécaire sembla ne pas l’entendre. Elle enregistra le retour, puis déclara d’un ton monocorde : « Vous êtes privée de votre droit d’emprunt pour deux semaines. Vous pourrez consulter sur place les ouvrages dont vous aurez besoin.
« M-mais… j’ai besoin de nombreux ouvrages de référence pour le concours qui approche. Si vous pouviez fermer les yeux sur mon retard, rien que cette fois, je vous promets de rendre…
« Le règlement, c’est le règlement.
La réplique sèche de la bibliothécaire sembla clore la discussion, et elle replongea le nez dans le livre qu’elle lisait.
Maxi songea à insister, mais se retourna docilement, se rappelant combien la vieille femme pouvait se montrer inflexible. C’est alors qu’une voix tonitruante résonna derrière elle.
« Maximilian !
Surprise, Maxi se retourna vers la personne qui l’avait appelée.