Chapitre 242
242, chapitre 3
Maxi se précipita vers Anette, qui contemplait le chat d’un air ensommeillé.
La jeune fille arqua un sourcil brun foncé. « C’est pour l’expérience d’aujourd’hui ?
— N-non ! Il est à moi.
Éberluée, Maxi prit aussitôt Roy dans ses bras.
Le visage rond d’Anette se renfrogna. « Écoute-moi bien, Max. Même si les mages chevronnés sont trop occupés par leurs examens de promotion pour surveiller l’atelier, ça ne t’autorise pas pour autant à y amener ton animal.
— P-pitié, laisse-le rester ici, juste cette fois. Le loquet de ma fenêtre est abîmé… alors je ne pouvais pas le laisser seul dans ma chambre. Il s’est déjà échappé ce matin et a mis le bazar dans le travail de Miriam…
— De Miriam ? lança brusquement Anette.
Elle reporta les yeux sur le chat, et un sourire satisfait s’étira sur son visage renfrogné. Elle ébouriffa la tête de Roy de sa grande main calleuse, puis éclata de rire.
« Je suis impressionnée, Max. Quelle astuce d’utiliser ton familier pour saboter la concurrence !
— R-Roy n’est pas mon familier ! C’est juste un chat ordinaire. E-et je n’ai jamais eu l’intention de déranger…
— Très bien, très bien. Si tu le dis.
Anette lui adressa un clin d’œil complice avant de passer devant elle et de s’éloigner à grandes enjambées. Maxi la regarda partir, incrédule. On savait que les mages n’étaient pas réputés pour leur écoute, mais les enfants Godric se situaient à un tout autre niveau.
Dans un soupir, Maxi suivit Anette jusqu’à l’atelier commun, principalement utilisé par les novices de la Salle de Nome. À l’intérieur, la première chose qu’elle aperçut fut l’immense fourneau qui crachait des flammes. Les frères Godric s’affairaient à jeter du charbon de bois et des bûches dans la trémie. Un homme, assez grand pour quelqu’un de la tribu Umri, actionnait vigoureusement le soufflet sous la structure. À côté du fourneau, quatre autres novices de petite taille martelaient une plaque d’acier. Tous semblaient travailler à la fabrication d’un appareil magique.
Maxi rabattit sa capuche sur sa tête pour se protéger de la chaleur étouffante et chercha un coin relativement calme. Elle posa son sac sur un vieux bureau près de la fenêtre, puis déposa doucement Roy au sol. Le chat se faufila sous le bureau et se roula en boule, échappant ainsi à cet endroit inquiétant et inconnu.
Après lui avoir caressé le dos d’une main apaisante, Maxi sortit les ébauches de runes magiques qu’elle avait organisées la veille au soir. Les jumeaux Godric interrompirent aussitôt leur travail et accoururent.
« Ce sont les runes que tu vas présenter au concours ? demanda Dean Godric avec un vif intérêt.
— Laisse-moi voir, dit Alec Godric en tendant une main potelée et couverte de suie. Je vais vérifier ça pour toi.
Maxi recula précipitamment. « L-lave-toi d’abord les mains !
— Ah, vous autres nobles, vous vous tracassez toujours pour les choses les plus futiles.
Alec pinça les lèvres, s’essuya les mains sur son tablier crasseux et lui arracha les ébauches des doigts. Maxi poussa un cri. Les frères Godric feuilletèrent sa présentation sans se soucier des traces de suie qu’ils laissaient sur les bords du parchemin.
« La réputation de la Salle de Nome dépend du résultat de ce concours. Si tu présentes des sorts bâclés, je m’opposerai à ta participation. Il faut remettre ces salauds de Kabala à leur place une bonne fois pour toutes !
— Tu oublies toujours… mais je ne suis pas encore une mage de la Salle de Nome. J’étudie aussi la magie du feu à Kabala, en ce moment.
Les frères, qui examinaient les runes de Maxi avec des yeux brillants, relevèrent brusquement la tête à son rappel. Dans tout l’atelier, les autres novices cessèrent de marteler le métal, et les gerbes d’étincelles jaillissant de leurs enclumes s’éteignirent tandis qu’ils tournaient vers elle des regards hostiles. Ils la dévisagèrent comme si elle était une traîtresse. Maxi ne put s’empêcher de se recroqueviller.
Alec eut pitié d’elle, claqua la langue et dit : « Tu n’as toujours pas renoncé ? Maximilian, tu n’as absolument aucun talent pour la magie du feu.
« Il a raison, intervint Anette, qui venait de sortir du fourneau un appareil d’acier en forme de wyverne. Elle y pratiqua une ouverture à l’aide de son pouce et de son index nus. Ton affinité avec la magie du feu est pratiquement inexistante. Pourquoi ne pas viser la magie de l’eau ? Au moins, tu as une affinité pour cet élément, même si elle est infime.
— Mon affinité avec la magie de l’eau… n’est pas infime ! s’exclama Maxi.
— Alors pourquoi n’as-tu suivi aucun cours à Undaim ce semestre ? demanda Dean d’un ton moqueur.
Elle pinça les lèvres à cette taquinerie. Tout le monde voyait bien que son affinité magique penchait nettement vers la terre. Elle montrait une certaine aptitude pour la magie de l’eau, mais, comme l’avait souligné Anette, celle-ci était tout au plus infime.
Les magies de l’eau et de la terre étaient diamétralement opposées. Aussi l’avait-on surnommée « Limace » lorsqu’elle avait suivi les cours élémentaires à la tour de l’eau.
Anette ricana et retira ses gants. « Renonce, Max. Tu es désespérément mal adaptée à la magie du feu, et tu ne trouves pas non plus ta place parmi les mages de l’eau. Les mages chevronnés sont déjà convaincus que tu recevras la rune de la terre.
— C’est vrai. Et tu ne préférerais pas être la Géante de la Salle de Nome plutôt que la Limace d’Undaim ? dit Alec avec un sourire malicieux.
Abattue, Maxi promena son regard sur les quinze novices de la Salle de Nome. Tous étaient de petite taille, avec un visage rond et une épaisse chevelure. La plupart des mages de la terre qui résidaient encore à la Tour des Mages étaient issus de la tribu Umri. Descendants des anciens nains, les Umri étaient dotés d’une forte affinité pour la magie du feu et de la terre, ainsi que d’un talent exceptionnel pour la fonte et la fabrication d’appareils magiques.
Étudier à leurs côtés avait permis à Maxi de maîtriser rapidement quantité de sorts. Pourtant, plus le temps passait à la Salle de Nome, plus elle avait l’impression de s’éloigner de la mage qu’elle rêvait de devenir. À strictement parler, les mages de la terre tenaient davantage de l’artisan que du lanceur de sorts.
Maxi poussa un soupir désolé en se rappelant avec quelle facilité la princesse Agnes avait invoqué des flammes. À son arrivée à Nornui, elle avait rêvé de devenir une mage du feu, comme la princesse. Elle était prête à tout pour manier la magie avec puissance et devenir quelqu’un sur qui Riftan pourrait compter. Mais les résultats du test d’affinité magique avaient anéanti ses espoirs. Il s’était avéré qu’elle était totalement incompatible avec la magie du feu.
« Les mages qui ont une affinité avec la terre possèdent généralement aussi une affinité plus ou moins marquée avec le feu, mais, toi, tu as étrangement une affinité avec l’eau. C’est une combinaison singulière, remarqua Dean en secouant la tête.
— Tu as quand même un talent exceptionnel pour la magie de la terre, ajouta Alec. Tu te faciliterais beaucoup la vie si tu renonçais simplement au feu.
— Mais, rétorqua Maxi, mécontente, je veux apprendre la magie offensive. Un mage de la terre… aussi talentueux soit-il, ne peut qu’apporter son soutien depuis l’arrière pendant une bataille.
— Eh bien, c’est inévitable, puisque la magie de la terre se prête par nature davantage aux sorts défensifs, répondit Anette d’un ton plat en examinant la pièce en forme de wyverne. Si tu veux apprendre la magie offensive en tant que mage de la terre, il faudra gravir les échelons. Tu pourras apprendre des sorts interdits si tu deviens une mage des étages supérieurs.
— Je-je ne veux pas de ça ! Je veux quitter cette île au plus vite, mais les grands mages… n’ont pas le droit de quitter Nornui à leur guise.
— Et qu’est-ce qu’il y a de si terrible là-dedans ? demanda Dean en haussant les épaules. Je ne vois pas pourquoi tu préfères le monde extérieur, avec tous ces monstres en liberté. Et dans le pire des cas, tu pourrais même être envoyée comparaître devant le Tribunal sacré. Mieux vaut passer sa vie à étudier la magie à Nornui que de vivre avec des inquisiteurs de l’hérésie sur le dos.
— De telles choses… arrivent rarement, de nos jours. La persécution des mages appartient au passé.
— C’est vrai, pour les gens ordinaires comme toi. Mais les mages de lignée non humaine comme nous seraient traqués par les chasseurs de païens dès qu’ils quitteraient cette île.
Las de répéter toujours la même dispute, Maxi poussa un soupir fatigué. « Les temps ont changé. Même Sa Sainteté ne peut envoyer les mages de la Tour devant le Tribunal sacré sans raison valable, et les souverains de chaque royaume n’osent pas s’aliéner Nornui.
Anette renifla, mais Alec, lui, sembla s’intéresser à ce qu’elle venait de dire.
« Y a-t-il aussi une pénurie de mages dans ton pays ? demanda-t-il, les yeux brillants de curiosité.
— Bien sûr. Les mages manquent partout sur le continent occidental, répondit Maxi. Les nobles terriens de chaque royaume cherchent désespérément à en recruter davantage. Et ils sont bien mieux traités qu’autrefois.
Alec se caressa le menton rond, soudain pensif. « Tu as dit que tu venais du sud de Wedon, n’est-ce pas ? Tu connais peut-être le seigneur d’Anatol ?