Chapitre 196
Chapitre 196
Riftan passa un bras autour de ses épaules, comme s’il tenait les rênes d’un poulain.
« Je vais te montrer la cabine où nous logerons. »
Maxi le suivit dans l’escalier et leva les yeux vers lui.
« Ça ne pose pas de problème si tu ne vérifies pas que les ch-chevaux… sont entrés dans les écuries ? »
« Les chevaliers s’en occuperont. »
Il la rassura tandis qu’ils descendaient le couloir, dont le sol luisait comme s’il avait été frotté à l’huile, puis ouvrit la cabine la plus à l’écart.
Depuis le côté de Riftan, Maxi jeta un regard curieux à l’intérieur et observa la pièce faiblement éclairée. Elle n’avait rien à voir avec leur chambre au Château de Calypse, mais elle était assez spacieuse et luxueuse.
Elle se hâta d’entrer et se laissa tomber sur le lit moelleux, tandis que Riftan posa leurs bagages au pied du lit dans un bruit sourd.
« Tous les marins sont des hommes. Il n’y a pas de servantes pour s’occuper de toi, alors si tu as besoin de quoi que ce soit, dis-le-moi. »
Il ouvrit le petit hublot à côté de la table, et la lumière du soleil qui s’y engouffra illumina son visage.
« Ne te promène pas seule non plus. Personne n’oserait te faire du mal en sachant que tu es ma femme, mais mieux vaut rester prudente malgré tout. »
Sans cette sollicitude excessive, Maxi doutait que quiconque fasse attention à elle, mais elle hocha simplement la tête sans rien dire.
Un peu plus tard, ils remontèrent sur le pont lorsque le navire commença à s’éloigner du quai. Les marins couraient en tous sens, occupés à remplir leurs tâches respectives. À mesure que le navire s’éloignait de la côte, ils tirèrent sur les cordages qui pendaient du mât et déployèrent des dizaines de voiles.
Maxi s’adossa au bastingage et regarda l’immense navire s’avancer sur la mer agitée. Chaque fois qu’une forte vague frappait la coque, une légère oscillation se faisait sentir sous ses pieds. Puis le vent se leva, gonflant les voiles comme des nuages ; il soufflait si fort qu’on aurait dit qu’on les poussait dans le dos.
Maxi se cramponna au bras de Riftan, tentant de s’habituer à cette étrange sensation de naviguer sur l’eau. Comme pour la rassurer, il lui caressa doucement le dos.
« C’est la première fois que tu prends un bateau, tu peux avoir le tournis. Évite de regarder l’eau tant que tu ne t’y es pas habituée. Et ne te focalise pas sur le roulis, sinon tu risques d’avoir le mal de mer. »
Maxi avait déjà un peu la tête qui tournait. Elle suivit donc son conseil et s’éloigna du bastingage.
Elle regarda vers la poupe et vit la ville s’éloigner. Bientôt, elle ne fut plus qu’un point brumeux, et ils dérivèrent, seuls au milieu de la mer. Après avoir encore un peu profité de la brise marine aux côtés de Riftan, elle retourna dans leur cabine pour se reposer.
Leur première journée à bord se déroula dans le plus grand calme.
Maxi eut beau avoir la nausée pendant des heures durant la traversée, une sieste la remit suffisamment d’aplomb pour qu’elle puisse manger correctement le soir venu. Elle se rendit avec Riftan à la salle à manger, mangea, puis se coucha tôt. Malgré sa sieste, elle se sentait lourde et ses membres étaient engourdis. Peut-être toute la fatigue accumulée lui retombait-elle dessus d’un seul coup.
À peine sa tête eut-elle touché l’oreiller qu’elle s’endormit. Le lendemain, elle ne se leva pas avant que le soleil ne soit haut dans le ciel.
« Alors, ce mal de mer ? »
Riftan s’approcha avec un verre d’eau tandis qu’elle se redressait, encore hébétée. Maxi avala l’eau tiède d’un trait et regarda son mari. Riftan portait un pantalon de coton décontracté et une simple tunique blanche. Sans son armure, il paraissait beaucoup plus jeune et reposé.
« Tu as encore la nausée ? »
« N-non. Je crois… que ça va. »
« Ne te fatigue pas. Reste ici et repose-toi. Tu n’as pas à soigner les blessés ni à monter à cheval pendant qu’on est à bord. Tu veux que je t’apporte à manger ? »
« J’aimerais… me l-laver le visage… et me changer d’abord… »
Riftan sortit aussitôt donner aux serviteurs l’ordre d’apporter de quoi manger et de l’eau pour sa toilette. Peu après, un garçon d’à peine seize ans lui apporta de l’eau. Maxi s’en servit pour se laver le visage, puis se peigna et rassembla ses cheveux en une tresse lâche. Alors qu’elle fouillait dans ses sacs à la recherche d’une tenue de rechange, Riftan lui tendit une boîte.
« J’ai demandé qu’on me procure ça. »
Les yeux de Maxi s’agrandirent lorsqu’elle découvrit une robe bleu indigo dans l’écrin de velours. Riftan posa sur sa tenue un regard désapprobateur.
« Allez, enlève-moi ce fichu pantalon. »
« Qu’est-ce qu’il a, m-mon pantalon ? »
Maxi marmonna en faisant la moue, mais sortit docilement la robe de la boîte. Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas senti la douceur veloutée de la soie qu’elle ne put s’empêcher de rayonner au contact du tissu.
Le visage illuminé, Maxi déploya la robe devant elle pour en apprécier la coupe. Riftan alla fermer soigneusement la porte de la cabine, puis se tourna vers elle et lui tendit la main.
« Je vais t’aider à t’habiller. Tourne-toi. »
« J-je peux le faire toute seule. »
Maxi serra la robe contre sa poitrine, sur la défensive, et Riftan plissa les yeux en la voyant réagir ainsi.
« Je n’ai pas l’intention de faire de bêtise tant que tu ne seras pas complètement habituée à la vie sur un navire. Alors, ne t’inquiète pas et donne-moi tes vêtements. »
Maxi le regarda d’un air méfiant, mais finit par céder et lui tendit la robe. Riftan lui passa la tunique par-dessus la tête, dénoua les cordons de son pantalon et le fit glisser jusqu’au sol. Il s’interrompit pour contempler un instant son corps, la mâchoire serrée, puis lui enfila la robe par la tête.
Maxi passa les bras dans les longues manches, ravie de sentir la soie fraîche glisser doucement sur sa peau.
Avec une grande retenue, Riftan fit descendre l’ourlet de la robe jusqu’à ses chevilles. Puis il tira délicatement sur les lacets ouvragés de son dos et les noua.
« Parfait. Elle te va bien. »
Il la fit pivoter et la détailla des pieds à la tête. Maxi rougit en sentant la chaleur qui s’était subtilement installée entre eux, mais, contre toute attente, Riftan recula d’un pas et détourna sèchement la tête.
« Tu as l’air d’aller mieux, alors allons prendre le petit déjeuner à la salle à manger. Viens. Mieux vaut sortir avant que je change d’avis. »
Maxi le suivit en silence hors de la cabine, sans lui demander ce qu’il voulait dire. Ils descendirent d’un niveau et entrèrent dans la salle à manger, où ils prirent un petit déjeuner tardif avant de remonter sur le pont. Le ciel était dégagé et bleu, sans le moindre nuage.
Maxi courut jusqu’au bastingage et contempla la mer d’un bleu profond, striée d’écume blanche. Riftan vint la rejoindre et posa les coudes sur la rambarde.
« Si le temps reste comme ça, nous arriverons à Levan dans une semaine. »
« La b-bataille… sera à quelle distance de Levan ? »
« À trois ou quatre jours de là. Une fois à Levan, nous passerons d’abord par le temple central. Si nous arrivons au bon moment, nous pourrons rejoindre les chevaliers sacrés envoyés par Osiriya et partir avec eux au combat. »
Soudain, son visage se crispa. « Tu resteras au temple. Je m’arrangerai pour que tu loges au monastère. »
Maxi se raidit. Comme elle ne répondit pas tout de suite, il se redressa et posa anxieusement les mains sur ses épaules pour la tourner vers lui.
« Si tu ne veux pas rester au monastère, je peux parler à la famille royale de Livadon. Ils pourront te loger au palais. »
« Je… Je ne veux pas être laissée seule… dans un endroit que je ne connais pas. Si je venais avec toi, Riftan… »
Maxi se tut brusquement en voyant le visage de son mari se fermer en une expression glaciale. Riftan reprit alors d’un ton calme, ce qui était encore plus effrayant.
« C’était déjà incroyablement difficile de t’emmener jusque-là. N’insiste pas. »
« M-mais… les chevaliers ont besoin d’une guérisseuse… »
« Livadon compte quantité de grands mages et de grands prêtres. Tu n’as donc aucune raison de prendre davantage de risques. »
La tête de Maxi retomba, accablée. Elle avait appris avec le temps que lorsque Riftan gardait son calme en se disputant avec elle, il était bien plus dangereux que lorsqu’il haussait la voix. Elle déglutit péniblement et répondit d’un ton abattu.
« Je comprends. Alors… je resterai au m-monastère. »
Les épaules de Riftan se détendirent visiblement lorsqu’elle accepta. Puis il lui caressa doucement la joue comme pour la réconforter.
« Ne t’inquiète pas. Je ferai en sorte que tu sois aussi à l’aise que possible là-bas. Le monastère de Levan est immense et luxueux. Ce ne sera pas un mauvais endroit où séjourner. »
Maxi poussa un soupir. Croyait-il vraiment qu’elle pourrait vivre confortablement en sachant qu’il serait en danger ?
Si rester à ses côtés signifiait monter à cheval toute la journée jusqu’à s’en briser les hanches, ou dormir chaque nuit sur un sol de terre bosselé, elle s’y serait inscrite sans hésiter. Elle était venue jusque-là, avait lutté et traversé bien des épreuves, mais elle n’avait pas regretté une seule seconde.
Elle était profondément contrariée, mais se tourna vers la mer pour le lui cacher. Riftan l’enlaça en silence par-derrière. En sentant son corps chaud et robuste contre son dos, elle se sentit encore plus impuissante.
Une fois le navire à quai, elle devrait lui dire au revoir. Une brise lugubre souffla sur son cœur à l’idée de devoir rester seule au monastère jusqu’à la fin de la bataille.
Maxi appuya faiblement la tête contre sa poitrine.
***
Le voyage se poursuivit sans encombre. La coque du navire tanguait violemment sous les vents puissants et les grandes vagues, mais il gardait son cap.
Au début, Maxi était très nerveuse ; maintenant, le moindre roulis ne lui faisait même plus cligner des yeux. Pourtant, elle faisait semblant d’avoir peur, car chaque fois que le navire tanguait, Riftan la serrait contre lui et lui assurait que tout irait bien.
La vie en mer était monotone, mais elle ne s’ennuyait pas du tout. Riftan restait presque toujours avec elle, sauf lorsqu’il devait s’occuper de la manœuvre du navire. Maxi n’avait jamais été aussi heureuse. Elle le suppliait de lui apprendre à manier la dague qu’il lui avait offerte, ou lui demandait de lui apprendre les jeux de dés que les chevaliers préféraient.
Elle avait beau le taquiner, Riftan ne montrait jamais le moindre signe d’irritation ou d’agacement. Et même lorsqu’elle remportait souvent la partie contre lui, il lui souriait de bon cœur, arrachait les boutons d’or de ses vêtements et les lui offrait en guise de prix. Puis, le soir venu, il la lavait et lui brossait les cheveux, tel un serviteur dévoué.
Parfois, Maxi lui lisait même des livres. Lorsqu’elle était trop courbaturée pour faire l’amour, ils s’asseyaient ensemble sur le lit et elle lui lisait à voix haute des récits d’anciens héros épiques ou des poèmes d’amour écrits par des bardes. Il posait la tête sur ses genoux et fermait les yeux, comme s’il écoutait une douce musique. Même quand elle bégayait terriblement, elle ne se sentait ni pitoyable ni ridicule auprès de lui.
Leur temps ensemble était si précieux que Maxi souhaitait parfois que le navire se perde à jamais en mer. Mais chaque fois qu’elle y pensait, elle était rongée par la culpabilité à l’idée que Ruth et les autres chevaliers risquaient leur vie.
Bien sûr, elle s’inquiétait pour eux, mais rien qu’à penser que Riftan allait partir pour un lieu si dangereux, elle avait l’impression que son cœur était dévoré par les flammes.
Chaque nuit, Maxi s’accrochait passionnément à ses bras pour chasser son angoisse, et Riftan lui rendait son étreinte en lui caressant tendrement chaque parcelle du corps.
Il ne la prenait que lorsqu’il ne pouvait plus se retenir, et Maxi réagissait avec une intimité nouvelle à la sensation de leurs corps unis. Pourtant, après leurs ébats passionnés, elle n’entendait plus que les vagues solitaires, au milieu d’un silence lugubre.
Note – LF : Une fois de plus, Riftan a placé la barre encore plus haut pour les hommes. C’EST LE MODÈLE.