Chapitre 195
Chapitre 195
La pluie continua de tomber toute la nuit et ne faiblit guère à l’aube. Les chevaliers sortirent de leurs tentes avant le lever du soleil et s’affairèrent à préparer un copieux petit-déjeuner. Comme personne n’avait vraiment mangé la veille au soir, ils voulaient prendre un bon repas avant de partir. Pour survivre à une expédition éprouvante, rien ne comptait davantage que de bien se reposer et de bien manger.
Maxi souffla sur la vapeur qui s’élevait de la soupe de pommes de terre que Riftan lui avait apportée, puis s’habilla dès qu’elle eut fini son bol. À peine le soleil eut-il pointé derrière les plaines, l’expédition se prépara à partir.
Maxi fixa la selle sur le dos de Rem et, au moment où elle allait monter, Riftan arriva derrière elle et lui saisit le bras.
« Quant à toi, tu monteras là-dedans. »
Maxi tourna les yeux vers la bâche doublée de bitume qu’il soulevait du chariot.
« Pour aujourd’hui, tu voyageras là-dessus. »
Maxi rougit en comprenant qu’il craignait de l’avoir blessée lors de leurs ébats de la veille. « Ça va. Je peux monter… à cheval. »
« Peu importe que tu en sois capable ou non, nous avons déjà consommé la moitié des provisions que nous avions emportées. Économise tes forces pendant que nous avançons sur des routes plates. »
« Écoutez le commandant. Vous devez reprendre des forces. »
Les autres chevaliers approuvèrent vivement et donnèrent leur avis. Maxi fut mortifiée en comprenant que tout le monde avait probablement remarqué ce qui s’était passé la veille, mais elle fit mine de rien et hocha la tête.
Dès qu’elle fut montée dans le chariot et assise, les chevaliers se mirent en rang et s’engagèrent à cheval dans la forêt luxuriante. Maxi regarda Rem suivre docilement, menée par Yulysion qui tenait ses rênes, puis se rassit sur l’épaisse couche de foin qui tapissait le fond du chariot.
Le chariot cahotait beaucoup, mais le trajet était bien plus confortable qu’à cheval. Elle s’allongea sur le lit de foin et s’assoupit aussitôt. Heureusement, ils ne rencontrèrent aucun monstre avant de quitter la Forêt de Caldical. Maxi put aussi se reposer paisiblement dans le chariot pendant une demi-journée et, au coucher du soleil, elle avait remarquablement repris des forces.
Maxi s’empressa d’aider à préparer le dîner. Riftan n’apprécia guère de la voir s’affairer, mais ne l’en empêcha pas. Elle aida les apprentis à faire bouillir une soupe de haricots dans une grande marmite au-dessus du feu, tandis que les chevaliers faisaient rôtir quatre quartiers de lapin embrochés au-dessus du feu de camp. Quand le repas fut prêt, tous s’assirent autour du feu et savourèrent ce dîner simple, mais copieux.
Grâce à cette journée sans encombre, Maxi put se déplacer avec plus d’agilité que jamais le lendemain. L’expédition traversa les vastes champs à la manière d’un vent furieux et franchit en peu de temps une petite prairie couverte de fleurs sauvages. Enfin, le port apparut devant eux. Les yeux de Maxi s’écarquillèrent devant le spectacle grandiose qui s’offrait à elle, au pied des collines.
La mer d’un bleu profond brillait comme si elle était remplie d’or, tandis que le soleil l’éclairait depuis l’ouest. Le port était bondé de navires et de bateaux, qui s’étiraient en un arc de cercle vers la mer paisible. Émerveillée par la vue, Maxi se tourna ensuite vers la grande ville nichée à l’abri de solides remparts.
À la vue des maisons compactes, bâties sur plusieurs niveaux et desservies par un réseau de rues complexes, elle estima que la ville comptait au moins deux ou trois fois plus d’habitants qu’Anatol.
En apercevant l’immense ville, Hebaron s’exclama joyeusement. « Enfin, on va pouvoir souffler. Je donnerais tout pour une bière. »
Riftan ne répondit pas à son exclamation et conduisit simplement l’expédition vers le bas de la colline. Une fois arrivés, ils se soumirent aux vérifications d’identité à la porte de la ville, puis entrèrent.
Maxi promena son regard autour d’elle, tournant la tête à gauche et à droite avec curiosité. La rue principale, éclairée par des torches, était bordée d’innombrables tavernes et auberges. Elle aperçut des marins et des mercenaires ivres, ainsi que des femmes dont les seins étaient à moitié découverts derrière des portes grandes ouvertes.
Certaines femmes se penchaient même aux fenêtres pour envoyer des baisers aux chevaliers. Maxi rentra les épaules, décontenancée par les éclats de rire avinés des femmes.
Gabel s’approcha d’elle pour la mettre en garde. « Beaucoup de gens de basse extraction vivent près du port. Ce spectacle pourrait être trop indécent pour vous, madame. Mieux vaut éviter de regarder autour de vous. »
Maxi reporta aussitôt son attention sur la route devant elle. Comme s’il connaissait déjà les lieux, Riftan traversa la place et se dirigea droit vers le quai, sans regarder autour de lui ni demander son chemin. Bientôt, Maxi aperçut les grands navires et les bateaux amarrés le long de l’eau.
Riftan s’arrêta devant un bâtiment bondé, face au quai. « Evan, annonce notre arrivée et fais venir des domestiques. »
Dès qu’il en reçut l’ordre, Evan Crude sauta de son cheval et entra dans le bâtiment. Quelques minutes plus tard, plusieurs domestiques portant des lanternes accoururent pour les accueillir.
Maxi descendit de cheval et observa avec curiosité le bâtiment de pierre à trois étages. Riftan s’approcha soudain d’elle, lui passa un bras autour des épaules comme pour la protéger et la guida vers l’entrée.
« Nous passerons la nuit ici. »
En pénétrant dans le bâtiment, Maxi promena les yeux sur le sol lisse en ardoise, les escaliers recouverts de tapis et les murs blancs soigneusement enduits. Le luxe des lieux n’avait rien à voir avec les auberges bon marché qu’elle avait vues en chemin.
« Q-Quel est cet endroit ? »
« Cette propriété appartient à la famille Verden. » Riftan lui expliqua la chose en la guidant d’un pas assuré dans l’escalier. « Les Verden gèrent plusieurs navires marchands appartenant à la famille royale. Le duc Verden, cousin du roi, est à leur tête ; ils n’ont donc pas besoin de subventions importantes et peuvent héberger de grandes expéditions comme la nôtre. Nous louerons l’un de leurs navires. »
Un domestique conduisit les chevaliers à leurs chambres respectives, tandis que Riftan emmena Maxi dans une chambre luxueuse, occupée par un grand lit. Il retira une à une ses lourdes pièces d’armure et les posa sur le sol. Maxi alla ouvrir les fenêtres et contempla la mer, devenue rouge sous le soleil couchant.
La senteur iodée de la brise marine lui chatouilla le nez, tandis que le fracas des vagues contre le quai lui parvenait avec netteté. En regardant l’horizon infini, Maxi sentit son cœur se remplir d’émotions indescriptibles. La mer était bien plus impressionnante et majestueuse que ne le décrivaient les livres.
« J’ai demandé aux domestiques de préparer un bain. Te reste-t-il des vêtements propres pour te changer ? »
Maxi secoua la tête et leva les yeux vers lui. Après avoir retiré toute son armure, Riftan s’approcha d’elle et repoussa les mèches qui lui barraient le visage.
« Alors, tu n’auras pas d’autre choix que de dormir nue ce soir. » Ses joues s’empourprèrent devant le sous-entendu érotique, mais Riftan se contenta de prendre son visage entre ses mains rugueuses et de déposer un doux baiser sur ses lèvres. « Tu es épuisée ? »
« Ça va. » En vérité, Maxi était complètement épuisée, mais si elle le lui disait, Riftan repartirait aussitôt et ne reviendrait qu’après minuit.
Maxi enroula les bras autour de sa taille et frotta son visage contre son torse solide. Riftan se raidit et la dévisagea, interdit par son audace soudaine, puis s’assit à la fenêtre, près d’elle, en souriant. Avec précaution, il défit sa tresse serrée et passa les doigts dans ses cheveux dénoués. Maxi se blottit contre lui, savourant la sensation de ses longs doigts qui démêlaient ses cheveux. Riftan s’occupa un moment des nœuds, puis posa les paumes sur ses épaules et massa les muscles tendus.
Quand ses épaules se furent détendues, les domestiques arrivèrent avec l’eau du bain et des serviettes propres. Ils se déshabillèrent et s’assirent côte à côte dans la baignoire, se lavant l’un l’autre. Elle lui savonna généreusement les cheveux, tandis qu’il lui frottait doucement le dos et les épaules avec une serviette. Après s’être soigneusement lavés, ils se séchèrent et s’allongèrent sur le lit, unissant leurs lèvres en un long baiser passionné.
Maintenant qu’ils étaient arrivés à destination sains et saufs, Riftan se montra bien plus tendre et détendu que pendant l’expédition. Il prit son temps, caressant chaque parcelle de sa peau pour la préparer avant de la pénétrer, puis se mouvant lentement, comme de douces vagues. Maxi se perdit tout entière dans son étreinte. À mesure que le temps passait, ses mains devenaient plus habiles. Elle adorait sentir son corps puissant l’écraser, ses lèvres brûlantes parcourir sa peau, et la sensation de le sentir remplir l’entrée entre ses jambes, qui lui procurait de délicieux frissons.
Ils recommencèrent encore et encore, jusqu’à être complètement épuisés et s’effondrer sur le lit de plumes. Ils se régalèrent de fruits et de plats copieux relevés d’épices, jusqu’à en être alanguis. Ils dormirent les membres entremêlés comme des lianes : après plusieurs semaines de voyage, ils goûtèrent enfin à un moment doux et reposant.
Pourtant, cette paisible parenthèse prit fin de manière terrifiante au petit matin. Riftan revint le visage grave et enfila rapidement son armure, tandis que Maxi rassemblait les vêtements propres que les servantes avaient lavés la veille.
Leur voyage n’était pas terminé ; il ne faisait que commencer. Pendant les sept à dix prochains jours, ils navigueraient jusqu’à Levan, la capitale du Livadon. Ensuite, les Chevaliers du Dragon rouge s’engageraient dans une longue bataille contre l’armée de trolls qui les attendait. Maxi sentit son visage s’assombrir en se rappelant ce qui était arrivé à l’expédition qui les avait précédés. Ce n’était pas le moment de se réjouir simplement parce qu’ils étaient arrivés au port sains et saufs. Un voyage plus difficile les attendait.
Maxi descendit prendre le petit-déjeuner avec Riftan, puis ils se dirigèrent vers le quai avec les chevaliers. De grands navires longeaient le débarcadère, et sur leurs ponts, des marins couverts de suie couraient en tous sens pour transporter des tonneaux de marchandises. Certains inspectaient le mât, les cordages et les voiles.
Maxi ne parvenait pas à détacher les yeux de ce port animé et bruyant, grouillant de monde. Riftan alla parler au capitaine, devant le navire amarré tout au bout du quai. D’après Hebaron, disposer d’un capitaine compétent était la condition la plus importante pour prendre la mer. Il fallait donc prendre le temps de s’assurer que l’homme était digne de confiance. Le capitaine répondit avec un calme professionnel à chacune des questions insistantes et minutieuses de Riftan, sans laisser paraître le moindre mécontentement.
« Tous les préparatifs du départ ont été achevés il y a quelques jours. Avant de partir pour le Livadon, la princesse avait ordonné que tout ce dont vous auriez besoin soit prêt, afin que les Chevaliers du Dragon rouge puissent embarquer dès leur arrivée. »
Les yeux de Maxi s’écarquillèrent lorsqu’elle entendit le mot princesse. La princesse Agnes est-elle aussi partie pour le Livadon ?
Contrairement à elle, Riftan resta calme, comme s’il s’y était attendu. « Quand les chevaliers royaux sont-ils partis ? »
« Ils sont arrivés ici il y a environ quatre jours et sont aussitôt partis pour le Livadon. »
« Avez-vous des nouvelles du Livadon ? »
Le capitaine secoua gravement la tête. « Apparemment, personne n’a réussi à s’échapper depuis que l’ennemi a pris le Château de Louiebell. Personne ne connaît les détails de la situation, si ce n’est qu’une bataille fait rage pour reprendre les terres conquises par les monstres. »
Le visage de Riftan se durcit, et les chevaliers qui écoutaient derrière lui prirent un air sombre. Le capitaine s’inquiéta de l’atmosphère soudainement lugubre qui les enveloppait.
« Si vous le souhaitez, nous pouvons lever l’ancre immédiatement. Le navire est déjà chargé d’assez de vivres et d’eau. »
« Y a-t-il assez de place pour les chevaux ? »
« Bien sûr. Les écuries à bord sont également bien entretenues. »
Riftan emmena quelques chevaliers à bord pour inspecter le navire, puis conclut qu’ils pouvaient lever l’ancre sans attendre. Les chevaliers firent sortir leurs chevaux de l’auberge et les menèrent aux écuries du navire. Maxi embarqua et laissa un marin s’occuper de Rem, au cas où la jument serait effrayée par ce nouvel environnement et s’emballe.
Dès qu’elle posa le pied sur le pont, son cœur se mit à battre à tout rompre, partagé entre la peur et une étrange excitation. Maxi inspira profondément et contempla au loin la mer calme, qui scintillait sous les rayons du soleil.
« Maxi, ne reste pas si près du bastingage. »
Riftan, qui supervisait l’embarquement des chevaux, lui fit signe de le rejoindre. Elle eut honte de s’être comportée comme une enfant surexcitée alors qu’ils allaient partir au combat. Reprenant contenance, Maxi s’approcha de lui.
Note – LF : C’est gênant de voir à quel point Riftan ne se formalise pas que les chevaliers sachent qu’ils ont couché ensemble, alors qu’il est si attentionné avec sa femme 😊
Nymeria : Il était temps qu’ils aient un moment tendre comme celui-là !