Chapitre 193
Chapitre 193
Pourtant, le ciel sembla malheureusement rester sourd à leurs prières. Après cinq jours de voyage sous un soleil de plomb, ils n’avaient pas aperçu la moindre flaque, et encore moins un ruisseau. Quelques arbres et buissons épineux se dressaient çà et là, mais trouver de l’eau relevait de l’exploit. Les réserves des tonneaux empilés comme une montagne sur les chariots s’épuisèrent à toute vitesse. Bien entendu, il était hors de question de se laver.
L’expédition avançait toute la journée à travers une terre désolée où ne poussait pas le moindre brin d’herbe. Tous étaient couverts de sueur et de poussière, et ils avaient déjà affronté deux autres monstres. Un jour, trois demi-dragons leur avaient sauté dessus alors qu’ils traversaient un champ rocailleux ; le lendemain, une salamandre cachée parmi les rochers avait failli réduire en cendres tous les chariots qu’ils transportaient. Maxi avait été terrifiée par ce lézard géant cracheur de feu, mais les chevaliers s’étaient réjouis de trouver une précieuse pierre de mana de feu dans le corps de la salamandre. Elle avait fini par s’endurcir au point de supporter qu’on dépèce des cadavres de monstres sous ses yeux, mais elle n’avait de toute façon pas le choix.
En fait, ces derniers jours, ils avaient rencontré plusieurs monstres, et Maxi avait souvent vu les chevaliers préparer les animaux qu’ils avaient chassés pour se nourrir. Cela avait eu raison de ses nerfs, déjà à vif et sensibles : elle ne souriait plus joyeusement lorsqu’ils dénichaient un adorable petit lapin dans une crevasse. Elle songeait plutôt avec amertume qu’il finirait dans le ragoût du dîner. Elle ne savait pas si ce changement en elle était bon ou mauvais.
« Commandant, il ne nous reste presque plus d’eau. Il faut trouver au moins une flaque aujourd’hui. »
Evan lança ces mots pendant qu’ils faisaient une pause pour abreuver les chevaux. Riftan, assis sur un rocher, mâchait un morceau de viande séchée. Il regarda par-dessus son épaule le seul tonneau d’eau qui restait dans le chariot. Maxi vit ses sourcils se froncer. Il observa les alentours un instant, puis répondit d’une voix calme et claire, assez forte pour que tous l’entendent.
« Nous atteindrons la Forêt de Caldical vers midi. Il nous suffit de tenir encore quatre heures. »
Elle le regarda avec curiosité, se demandant comment il pouvait prévoir les itinéraires avec une telle précision. Il n’y avait autour de lui que des rochers et des buissons épineux, et pourtant Riftan savait toujours exactement quelle direction prendre et combien de temps il leur faudrait pour arriver à destination. Il menait l’expédition avec assurance et un sens aigu du commandement ; jamais les chevaliers ne remettaient ses décisions en doute. Son habileté et sa prudence étaient à la base de la confiance absolue qu’ils lui accordaient.
Après leur pause, ils reprirent la route à cheval. Ils chevauchèrent des heures sans s’arrêter et, bientôt, comme Riftan l’avait annoncé, une étendue verdoyante et brumeuse se dessina à l’horizon. Maxi oublia aussitôt la fatigue qui pesait sur ses épaules et lança son cheval au galop vers la forêt. Quelques instants plus tard, l’expédition atteignit un bois dense, peuplé de grands arbres aux troncs épais. Dès qu’ils se réfugièrent sous l’ombre profonde des hautes frondaisons, Maxi poussa un long soupir de soulagement.
L’air restait chargé de chaleur, mais les feuilles luxuriantes qui les protégeaient du soleil rendaient celle-ci bien plus supportable. Pourtant, après s’être enfoncés un moment dans la forêt, ils n’aperçurent toujours pas d’eau, pas même une petite flaque. Maxi s’inquiétait de plus en plus. Elle ne supporterait probablement pas de ne pas pouvoir se laver aujourd’hui. Je vous en prie… supplia-t-elle en scrutant les alentours, dans l’espoir d’apercevoir ne serait-ce qu’une source étroite et miroitante. Soudain, Riftan s’arrêta et leur annonça :
« Nous allons camper ici. La pluie ne tardera pas. »
Maxi leva les yeux vers le ciel clair, à travers les feuilles. Le soleil brillait haut dans le ciel et l’air était étouffant d’humidité. Elle se demanda si la pluie allait vraiment tomber, mais descendit de cheval sans un mot. Les chevaliers dressaient déjà leurs tentes entre les arbres et recouvraient soigneusement les chariots de toiles enduites de bitume afin de protéger leur nourriture et leur bois de chauffage. Maxi guida Rem à travers les chevaliers affairés, attacha les rênes autour d’un grand arbre, puis retira la selle. Son sac à la main, elle se dirigeait vers sa tente lorsque Riftan arriva derrière elle et le lui prit des mains.
« Viens avec moi. »
Maxi le suivit, s’éloignant du groupe de chevaliers pour rejoindre une grande tente installée sous un arbre haut, touffu et feuillu. Riftan jeta ses sacs à l’intérieur, puis souleva le pan de la tente pour la laisser entrer. Maxi se glissa dedans et soupira. Riftan lui lança un regard sévère, comme pour lui dire de rester tranquille et de ne pas bouger, avant de s’éloigner.
Le sol était couvert de toiles enduites de bitume et d’épaisses couvertures, qui le rendaient plutôt moelleux. Après avoir passé toute la journée en selle, elle était reconnaissante envers ces couvertures douillettes qui accueillaient son postérieur douloureux. Elle ôta ses bottes et les posa à côté d’elle. Elle voulait enlever ses vêtements, imprégnés de plusieurs jours de sueur, mais il ne lui restait qu’une tunique propre. Si possible, elle voulait attendre d’avoir pris un bain pour se changer. Mais trouveraient-ils une source aujourd’hui ?
Alors qu’elle se demandait si elle devait s’aventurer dans les bois à la recherche d’eau, le bruit des gouttes de pluie se mit à crépiter. Surprise, Maxi passa la tête hors de la tente. De grosses gouttes se mirent à tomber tout à coup du ciel, désormais pâle et couvert. Maxi souleva entièrement le pan de la tente pour voir où Riftan s’était abrité, mais elle le vit se frotter le visage et le cou à quelques pas de là. Elle cligna des yeux, sans comprendre ce qu’il faisait. Riftan se tourna vers elle et lui fit signe de sortir pour se mettre sous l’averse.
« Maxi, viens ici. »
Riftan retira soudain son armure et la posa par terre. Sa tunique fut aussitôt trempée par la pluie, et il n’était pas le seul. À l’exception de ceux qui montaient la garde et devaient rester armés, tous les chevaliers enlevèrent leur armure pour laisser la pluie laver leur sueur séchée et la poussière. Ils se comportaient comme des enfants ravis de jouer dans l’eau ; certains commencèrent même à se laver les cheveux, tandis qu’Hebaron ôta sans la moindre honte sa chemise et se frotta chaque centimètre du torse. Maxi les regarda, perplexe.
« Viens. Si tu ne te laves pas maintenant, tu n’en auras peut-être plus l’occasion. »
« M-Mais… »
Elle ne pouvait quand même pas se laver dehors en toute pudeur. Elle voulait refuser catégoriquement, mais brûlait d’envie de débarrasser son corps de toute cette saleté. Maxi observa avec envie les chevaliers qui profitaient de la pluie. Finalement, son désir de se laver l’emporta sur ses réticences. Elle prit le savon dans son sac et sortit de la tente en rampant. Les grosses gouttes trempèrent aussitôt tout son corps, et Maxi gémit de plaisir en sentant l’eau froide et rafraîchissante lui frapper le visage. Elle ne pouvait pas se déshabiller comme les chevaliers, mais elle pouvait au moins se cacher derrière un arbre pour se laver le visage et les cheveux. Elle passa donc derrière la tente et se savonna rapidement les cheveux, avant que la pluie ne cesse, mais Riftan la suivit et lui saisit le bras.
« Par ici. »
Maxi le suivit sans savoir pourquoi, enjambant les brins d’herbe détrempés. Riftan l’éloigna du groupe et la conduisit dans un coin envahi de buissons épais et d’arbres. Il l’emmena derrière un énorme rocher, puis sortit un morceau de tissu et l’attacha aux branches d’un arbre, lui aménageant aussitôt un endroit à l’abri des regards.
« J’ai dit aux autres de ne pas approcher. Détends-toi et lave-toi autant que tu veux. »
Maxi essuya la pluie de ses yeux, puis regarda en direction des chevaliers. Elle ne les voyait pas, puisque Riftan lui avait aménagé cet abri, et des arbres épais ainsi que des buissons les séparaient, mais elle se sentait tout de même extrêmement mal à l’aise. Pourtant, elle n’avait pas le temps d’y réfléchir. Elle mourait d’envie de prendre un bain et ignorait quand la pluie risquait de s’arrêter.
Maxi jeta un coup d’œil au visage de Riftan par-dessus la toile. Il recula ensuite de quelques pas, comme pour monter la garde. Elle se déshabilla alors à la hâte. Les gouttes de pluie sur sa peau nue la firent frissonner ; la sensation était étrange. Elle suspendit ses vêtements à une branche toute proche, puis se frotta chaque centimètre de peau avec les paumes, pour en chasser la sueur et la saleté accumulées.
Et si un inconnu surgissait soudain de derrière les buissons ? Ou une bête sauvage ? Ou un monstre qui l’attaquerait sans prévenir ? Malgré ses tremblements d’inquiétude, Maxi s’enduisit le corps de savon, se lava soigneusement et se rinça les cheveux à la hâte. Heureusement, la pluie continuait de tomber et redoubla peu à peu. Elle tombait avec une telle violence que les alentours devinrent presque d’un blanc brumeux. Sa vue se brouilla derrière le rideau dense de pluie, et ses inquiétudes se dissipèrent peu à peu. Un étrange sourire lui vint aux lèvres : jamais elle n’aurait imaginé prendre un bain sous la pluie, dans une forêt.
Maxi rit et renversa la tête en arrière, laissant l’eau rincer le savon de ses cheveux et de son visage. Satisfaite de s’être enfin lavée, elle se tourna pour ramasser ses vêtements trempés, quand elle s’aperçut que la séparation entre elle et Riftan avait disparu. Elle recula d’un pas et regarda autour d’elle, déconcertée. Les cordes qui maintenaient la toile enduite de bitume n’avaient apparemment pas résisté à la violence de l’averse et s’étaient détendues. Le tissu pendait désormais mollement au sol, retenu par une seule branche.
Riftan se tenait de l’autre côté, raide comme une statue, immobile. Maxi se figea en découvrant l’expression de son visage. Son regard brûlant parcourut ses épaules mouillées, ses cheveux qui retombaient dessus, puis s’attarda longuement sur ses seins. Les muscles de son cou épais tressaillirent et se tendirent. Maxi sentit sa gorge s’embraser tandis que son regard descendait vers son ventre plat, ses cuisses pâles, puis ses pieds blancs striés de veines bleutées, avant de remonter jusqu’à ses yeux. Elle fut submergée par un étrange sentiment d’impuissance. Il la contemplait avec une telle fascination, comme s’il la voyait nue pour la première fois, que sa réaction ne faisait qu’accroître sa gêne.
Maxi sentit ses joues rougir et attrapa rapidement ses vêtements pour couvrir sa poitrine. Mais Riftan fit un grand pas vers elle et lui saisit la main. Ses doigts rugueux, refroidis par la pluie, s’entrelacèrent aux siens.
« Ne… » Sa voix était haletante, à peine un murmure contre le martèlement de la pluie. « Laisse-moi te regarder encore un peu. Tu sais à quel point j’ai… »
Il ne parvenait même pas à prononcer sa phrase correctement. Maxi leva les yeux vers lui. Il tremblait comme un oiseau pris au piège, comme s’il la suppliait. Un gémissement étouffé lui échappa, et son corps trembla, comme si sa maîtrise de lui-même ne tenait plus qu’à un fil. Il tendit la main et l’effleura, incapable de résister à la tentation qui s’offrait à lui.
Note – LF : Prenez vos billets pour le tour de manège clin d’œil, clin d’œil >>> {[billet réservé aux plus solides]} (>///<)/
Nymeria : ON Y VA, PUTAIN !