Chapitre 189
Chapitre 189
« Où sont les… les autres chevaliers ? »
« Je leur ai dit de franchir la montagne et de poursuivre leur chemin. »
Le visage de Maxi s’assombrit. « Tu as laissé les chevaliers… à cause de m-moi ? »
Riftan fit sortir Talon de derrière un arbre et se tourna vers elle. Son visage était fermé, et son expression semblait troublée.
« Hebaron se débrouillera très bien pour mener les chevaliers. Je leur ai dit que nous les rejoindrions dès que je t’aurais retrouvée. »
« M-mais… comment m’as-tu retrouvée ? »
« J’ai suivi tes traces. »
Riftan répondit d’un ton bref, sans appel, puis désigna le sol du regard. Maxi baissa les yeux, perplexe, et les écarquilla en découvrant ses empreintes sur le chemin de terre. Le terrain était accidenté et des racines en jaillissaient de partout, mais en regardant attentivement, elle distingua çà et là des traces peu marquées.
Voyant sa surprise et son étonnement devant sa capacité à la suivre, Riftan lui montra les empreintes de sabots près des siennes, ainsi que les buissons écrasés et les branches brisées par Rem à leur passage.
« En fait, ce cheval m’a beaucoup aidé. »
« Tu n’as pas pensé… que ça pouvait être les traces d’un m-monstre ? »
« Je sais au moins faire la différence. » Riftan répondit froidement et la fixa d’un regard dur. « C’est un grand soulagement de t’avoir retrouvée avant que la pluie ne tombe. Sinon, les empreintes auraient été effacées et je ne t’aurais pas retrouvée aussi facilement. »
Maxi frissonna. Si Riftan avait eu ne serait-ce qu’une seconde de retard, elle aurait fini dans le ventre des poissons.
Mais le chemin était bloqué. Comment avait-il bien pu me rejoindre aussi vite ?Ne me dis pas qu’il a escaladé le tas de rochers ? Tandis que Maxi l’observait avec curiosité, Riftan sauta sur une planche et lui tendit la main.
« Il faut trouver un abri avant que la pluie ne redouble. Dépêche-toi. »
Maxi saisit la main qu’il lui tendait et le suivit en silence sur les sentiers de montagne. Riftan guida les deux chevaux sur la pente escarpée et avançait avec l’aisance d’un animal sauvage dans son habitat. Même en le voyant de ses propres yeux, elle avait du mal à croire qu’il se déplaçait si silencieusement malgré sa lourde armure. Fascinée, Maxi le regarda, tandis que la fine pluie trempait ses cheveux sombres et ruisselait le long de son cou puissant. Elle essuya les gouttes qui lui coulaient jusque dans les yeux.
La bruine formait un voile blanc en rebondissant sur ses larges épaules, et son armure gris foncé luisait sous les gouttes qui y dégoulinaient. Son visage, aux aguets, brillait lui aussi d’un éclat lisse. Riftan ne semblait pas le moins du monde fatigué. Ses longues jambes robustes avançaient d’un pas ferme sur le chemin boueux, sans le moindre signe d’épuisement. Quand elle trébucha, ses avant-bras puissants la soutinrent aussitôt.
Maxi était stupéfaite par la force physique de Riftan. Il ne s’agissait pas d’une simple différence de puissance : c’était comme s’il appartenait à une tout autre espèce.
« Reposons-nous un peu, là-bas. »
Riftan jeta un coup d’œil à ses épaules affaissées, puis les conduisit sous un arbre gigantesque. Maxi poussa un petit cri en peinant à suivre son rythme. Il attacha les chevaux sous une branche au feuillage dense et la rattrapa d’un bras alors qu’elle chancelait.
Elle était trop épuisée pour protester. Il la mena au pied de l’arbre et se pencha pour examiner le creux du tronc épais, si large que six hommes, bras tendus, n’auraient pas pu en faire le tour. Après l’avoir installée dans la cavité, il s’assit juste à côté d’elle.
Maxi s’affala, molle comme un chou salé, et contempla au loin le paysage noyé sous la pluie brumeuse. Sa tête penchait sans cesse sur le côté, comme si elle était devenue une lourde pierre, et son corps tremblait tandis qu’elle transpirait à grosses gouttes, incapable de savoir si elle avait froid ou chaud. Riftan retira habilement sa cuirasse et la posa sur le côté, puis l’attira contre son torse.
La chaleur de son corps, qu’elle sentait à travers ses vêtements trempés, dissipa toute la tension et la peur de Maxi. Ils étaient accroupis sous un arbre comme des bêtes sauvages à l’abri de la pluie, et pourtant elle se sentait aussi en sécurité que derrière les murs d’une forteresse. Elle se blottit autant qu’elle le put contre lui et appuya la tête sur son épaule dure comme du marbre. Riftan dénoua ses brassards, retira ses gantelets et les posa au sol, puis passa un bras autour d’elle et lui frictionna les épaules et le dos de ses paumes brûlantes.
« Dès que la pluie s’arrêtera, il faudra repartir. Ferme les yeux et repose-toi un peu. »
« Est-ce que les autres chevaliers vont b-bien ? Les g-gobelins risquent d’attaquer à nouveau… »
« Les gobelins détestent l’eau. Tant qu’il pleuvra, il ne leur arrivera rien. Tout le monde doit déjà être en train de descendre de la montagne. » Riftan glissa une main sous sa tunique pour réchauffer son corps glacé. « Ne t’inquiète de rien et dors. »
Maxi soupira de bien-être sous cette chaleur intense qui semblait pénétrer jusqu’à la moelle de ses os. Riftan la serra contre lui et contempla silencieusement les montagnes. Les yeux mi-clos, elle leva le regard vers lui et observa les gouttes d’eau qui tombaient de ses cheveux. Bientôt, la fatigue eut raison d’elle et ses paupières se fermèrent lentement. Le vent sifflait au loin, et les arbres tremblaient sous ses rafales.
Riftan souleva Maxi, qui somnolait profondément, et la posa sur ses genoux. Elle appuya naturellement la tête contre son torse. Pour la mettre un peu plus à l’aise, il lui retira ses chaussures et ses chaussettes mouillées, les jeta dans un coin, puis lui massa les pieds gonflés de ses paumes brûlantes. Écrasée de fatigue, Maxi s’endormit en un instant.
Lorsqu’elle reprit enfin connaissance, la pluie s’était calmée. Elle observa la bruine d’un œil ensommeillé, puis releva la tête. Riftan était appuyé contre le tronc, les yeux doucement clos. À cette vue, son cœur se serra soudain : il était assis là, immobile comme une statue, et respirait sans faire de bruit. Maxi approcha sa main de son nez et sentit son souffle léger, à peine perceptible.
Soulagée, Maxi lui écarta avec précaution la mèche qui lui piquait les yeux. Même s’il ne le montrait jamais, il devait être épuisé. Il n’y avait rien d’étonnant à cela, puisqu’il n’avait pas eu droit à un vrai repos et avait marché sans relâche ces derniers jours.
Prise de compassion, elle lui caressa affectueusement la joue tendue. À cet instant, Riftan ouvrit brusquement les yeux. Maxi fut surprise par leur éclat et retira sa main. Il la fixa en silence de ses yeux si sombres qu’il était difficile de distinguer ses pupilles de ses iris, puis baissa la tête et s’empara de ses lèvres.
La tête de Maxi se mit à tourner. Sa langue rugueuse explora doucement le creux de sa bouche, tandis que sa paume chaude se glissait le long de son cou comme un serpent. Elle eut l’impression qu’un chien, qui reposait tranquillement à ses pieds, venait de la mordre. Elle gémit doucement et s’agrippa à son avant-bras. Il souffla contre ses lèvres humides, puis lui empoigna les seins. Riftan enfonça sa langue épaisse plus profondément, balaya son palais et sa langue, et aspira avidement la salive qui s’amassait dans sa bouche.
Elle était à bout de souffle, comme lorsqu’elle était tombée dans l’eau. Riftan aussi haletait avec force. Cela ne ressemblait guère à l’homme qui avait gravi en silence une montagne escarpée, vêtu d’une lourde armure, sans même reprendre son souffle.
« La pluie s’est arrêtée. » Il rompit soudain le baiser et regarda vers la forêt. Il lui fallut un moment pour comprendre ce qu’il venait de dire, tant ses paupières tremblaient encore. Riftan sembla hésiter longuement, puis soupira et la fit descendre de ses genoux. « Le soleil va bientôt se coucher si nous ne nous dépêchons pas. Allons-y. »
Il sortit de sous l’arbre et ramassa les pièces d’armure qu’il avait retirées. Ce n’est qu’alors que Maxi sortit de sa torpeur. Riftan avait raison : ils ne pouvaient pas rester là à traîner. Ils étaient seuls sur une montagne infestée de monstres.
La chaleur qui lui était montée au corps retomba en un instant, et Maxi ramassa précipitamment ses chaussures. Elle grimaça en enfonçant de force ses pieds dans ses bottes humides, puis sortit. Riftan avait déjà remis son armure et s’approcha d’elle avec son cheval.
« Tu peux marcher ? » Il affichait un air parfaitement calme, comme s’il n’avait pas été sur le point de la dévorer.
Elle le regarda d’un air boudeur et hocha lentement la tête. « Oui, je me suis a-assez reposée. »
« Reste près de moi. La pente sera plus facile un peu plus bas. »
Riftan se retourna et descendit en silence le chemin détrempé et boueux. Maxi le suivit de près, attentive à ne pas glisser. La pluie avait atténué la chaleur, mais le vent frais ne la soulageait pas : elle était trempée jusqu’aux os. Elle frissonna, croisa les bras sur son corps et tenta de chasser le froid en se frottant. Riftan remarqua son état et scruta les environs.
« Je vais bientôt trouver un endroit où monter le camp. Tiens bon encore un peu. »
Le visage anxieux, Maxi observa la montagne assombrie. « On va… passer la nuit dans la m-montagne ? »
« Il fera nuit avant qu’on ait fini de descendre. »
« M-mais… ne vaudrait-il pas mieux rejoindre le village, même si ça prend plus de temps ? »
Le visage de Riftan se durcit. « Descendre une montagne dans le noir est très dangereux. Mieux vaut trouver un endroit sûr où passer la nuit et attendre l’aube. »
Maxi acquiesça, le visage crispé. Elle était un peu inquiète à l’idée de passer la nuit seuls dans la montagne, mais elle n’avait pas d’autre choix que d’obéir. Elle baissa la tête, morose. Si Riftan avait été seul, il aurait sans doute déjà atteint le village. Son cœur s’alourdit comme une pierre à l’idée qu’elle était la cause de leur retard.
« Est-ce que… je me suis trompée de chemin ? Peut-être que je suis allée au mauvais endroit et que je me suis éloignée de notre destination… »
Riftan sauta avec agilité par-dessus de grosses racines et s’arrêta pour la regarder. « Tu pensais descendre la montagne toute seule ? »
« Si je descendais cette m-montagne… il y avait un village, alors… »
Maxi marmonna et laissa sa phrase en suspens, craignant qu’il ne se fâche contre elle à cause de sa décision. Riftan plissa les yeux. Mais au lieu de lui crier dessus, il reporta son attention sur la forêt sombre et répondit calmement.
« Tu as pris la bonne direction. En descendant par là, tu serais arrivée au village. »
Ses paroles apaisèrent un peu son cœur, qui s’était abîmé dans le découragement. Ils poursuivirent leur chemin en silence dans la montagne, tandis que la nuit tombait peu à peu. Avant le coucher complet du soleil, Riftan trouva une petite grotte. Il l’inspecta pour s’assurer qu’elle ne contenait ni insectes, ni chauves-souris, ni serpents, puis lui fit signe d’entrer. Maxi examina avec inquiétude la cavité sombre, puis s’y installa à genoux.
« Je vais enlever les selles des chevaux. Attends un instant. »
Maxi acquiesça et entoura ses genoux de ses bras. Elle regarda Riftan se glisser dehors et attacher les chevaux à un arbre, à portée de vue, avant de revenir dans la grotte avec leurs bagages.
« C’est un peu humide, mais pas trop. Enlève tes vêtements et mets ça. »
Il sortit une couverture de son sac de cuir et la lui tendit. Maxi ouvrit de grands yeux.
« I-ici ? »
« La température chute la nuit. Tu risques l’hypothermie si tu gardes tes vêtements mouillés. »
Il lui tendit fermement la couverture, puis se détourna pour retirer ses propres vêtements. Maxi jeta un regard inquiet au plafond sombre de la grotte et à la forêt qui prenait une teinte bleutée, puis se déshabilla, incapable de supporter le froid qui la gagnait. Dès qu’elle eut retiré sa tunique et son pantalon trempés, collés à sa peau, elle s’enveloppa étroitement dans la couverture et se sentit aussitôt mieux. Elle ôta aussi ses bottes et les posa à côté d’elle, en ramenant la couverture autour de ses chevilles.
« J’ai f-fini. »
Riftan lui jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, puis sortit autre chose de son sac. Maxi s’assit en silence près de lui. Riftan arracha les manches de sa tunique, en fit une boule et frappa deux silex l’un contre l’autre au-dessus du tissu pour y faire jaillir une étincelle.
Note – Nymeria : Je crois que le prochain chapitre va être… clin d’œil