Chapitre 184
Chapitre 184
Riftan la fit s’allonger sur le ventre contre les couvertures et sortit de son sac un linge propre ainsi qu’une gourde d’eau, l’air sombre. Maxi baissa les yeux, embarrassée, tandis qu’il trempait le linge et commençait à lui essuyer la sueur des jambes. La fraîcheur du tissu apaisa doucement sa peau brûlante. Il lui nettoya soigneusement les cuisses, les mollets et même les pieds. Puis il prit le petit flacon d’huile et en retira le bouchon avec les dents. Quand le liquide glissant coula sur sa peau, les orteils de Maxi se recroquevillèrent. Riftan appuya du pouce au milieu de la plante de ses pieds, puis remonta lentement les mains pour lui masser les mollets tendus. Maxi gémit de douleur.
« Ç-Ça fait mal… »
« Si je ne détends pas tes muscles, tu ne pourras plus bouger demain matin. »
Il s’acharna à dénouer ses muscles contractés. Maxi ne put que retenir ses gémissements en enfouissant le visage dans l’épaisse couverture. La douleur était si intense qu’elle n’avait même plus la force d’avoir honte de son état.
Riftan lui massa les mollets longuement, sans se soucier de ses protestations, puis appliqua de l’huile parfumée à la menthe poivrée sur ses cuisses. Maxi tenta de se dérober lorsque ses paumes rugueuses glissèrent sur la peau brûlante près de son intimité.
« Je… Je vais vraiment mieux, maintenant. Riftan, tu dois être épuisé, toi aussi… » Avant qu’elle ait pu finir, il soupira profondément et lui baissa ses sous-vêtements jusqu’aux genoux. « Ri-Riftan !! »
« Ne bouge pas. Il faut appliquer ce remède, sinon tu auras du mal à monter à cheval demain. »
« Je vais l’a-appliquer moi-même ! Je peux le faire, alors… ! »
« Qu’est-ce qui te gêne tant ? » Il souffla, puis posa légèrement son poids sur ses cuisses pour l’empêcher de gigoter. « Arrête de te fatiguer et reste allongée. Je ne vais rien faire de bizarre. »
Riftan était déterminé à aller jusqu’au bout. Il versa une généreuse quantité d’huile dans ses paumes et se mit à lui masser les fesses nues par mouvements circulaires. Les oreilles de Maxi brûlaient tandis qu’elle agrippait fermement les couvertures. C’était tellement gênant d’être touchée en pleine possession de ses moyens, surtout après avoir crié à tout le monde qu’elle serait leur guérisseuse pendant l’expédition. Et voilà qu’elle était maintenant celle qui recevait des soins. C’était pitoyable.
Riftan, lui, ne se doutait pas de son tourment intérieur. Sans un mot, il appliqua l’huile à la menthe poivrée sur ses chairs meurtries et, quand ses muscles furent suffisamment détendus, lui remonta ses sous-vêtements.
« …Je vais voir si le repas est prêt. Je te l’apporterai, alors reste allongée et repose-toi. » Il marmonna d’une voix tendue en se frottant la nuque. Il avait le visage un peu rouge, sans doute parce qu’il était à l’étroit dans la petite tente. Maxi se contenta de hocher la tête et remonta son pantalon.
Il poussa un profond soupir et sortit de la tente en boitant légèrement, les genoux fléchis depuis trop longtemps. Maxi, épuisée, s’affala sur les couvertures, aussi molle qu’un tas de nouilles détrempées. Pendant le massage de Riftan, la honte s’était mêlée à la douleur, mais ses courbatures s’étaient nettement atténuées. Elle frotta les endroits qu’il avait touchés, puis croisa les bras et ferma les yeux un instant. Riftan ne revint qu’une fois le coucher de soleil orangé devenu nuit bleue.
« Je t’ai apporté du jambon fumé au feu de camp. Voici du pain pour l’accompagner. »
Il posa le plateau en bois près d’elle : il contenait une épaisse tranche de jambon luisante d’huile, trois pains gros comme le poing, un morceau de fromage et une gourde de vin. Riftan sortit un poignard et entreprit de couper les aliments en petits morceaux pour Maxi, qui s’empressa de les avaler. Le repas était assurément bien plus frugal que ceux du château, mais elle avait si faim qu’il lui semblait plus délicieux que n’importe quel autre.
« Je t’en apporte encore ? »
Riftan le lui demanda sans détour en la voyant engloutir son repas avec avidité. Maxi secoua la tête, mais elle avait presque vidé le plateau. Son corps lui pesait comme mille livres ; son ventre se gonflait et la somnolence l’envahissait. En un clin d’œil, elle s’endormit, oubliant complètement qu’ils campaient au cœur des monts d’Anatol, infestés de monstres.
Le lendemain, avant même le lever du soleil, les chevaliers commencèrent à rassembler leurs affaires en vue du départ. Maxi se prépara elle aussi à la hâte et monta en selle. Elle n’avait pas eu le temps de se laver le visage, encore moins de se brosser les cheveux. Heureusement, grâce au massage de Riftan, ses fesses lui faisaient moins mal qu’elle ne l’avait craint. Malgré tout, suivre le rythme des chevaliers restait épuisant.
Yulysion l’aida à s’orienter sur le sentier montagneux plongé dans l’obscurité, tandis que les chevaliers qui les entouraient restaient constamment sur le qui-vive. Ils accéléraient sans jamais ralentir, pas même un instant. Arrivés au pied de la montagne, ils modérèrent l’allure, et Maxi put enfin poser une question.
« Pourquoi ont-ils l’air si te-tendus… Je… Je n’ai vu aucun monstre. »
Garrow, qui chevauchait à ses côtés, secoua la tête. « Les monstres qui vivent à Anatol sont assez intelligents. Quand une grande armée traverse leur territoire, ils savent se cacher pour survivre. Ils préfèrent nous observer de loin. La nuit dernière, j’ai entendu dire par quelques chevaliers que des gobelins des forêts avaient tenté de voler nos provisions. »
« L-la nuit dernière ? »
Yulysion intervint aussitôt en voyant son visage blêmir. « Ne t’inquiète pas. Les chevaliers de garde les ont repérés tout de suite et s’en sont occupés. »
« Quelqu’un a-t-il été b-blessé ? »
« Bien sûr que non ! Les gobelins des forêts ne pourraient même pas égratigner un chevalier du Dragon rouge ! »
Yulysion releva le menton avec indignation, comme si ses paroles l’avaient insulté. Maxi s’inquiéta tout de même et observa les chevaliers en première ligne. Tous montaient calmement, sans montrer le moindre signe de fatigue. Elle scruta le groupe à l’avant, cherchant Riftan parmi les chevaliers grands et robustes, mais renonça rapidement et se concentra sur la conduite de son cheval sur le chemin montagneux accidenté.
Ils finirent par quitter les monts d’Anatol, alors que le soleil était déjà haut dans le ciel. Ils firent une courte pause près d’un ruisseau qui traversait une prairie. Les écuyers s’occupèrent des chevaux, tandis que les autres commencèrent à distribuer de quoi manger pour leur petit-déjeuner tardif.
Maxi se lava rapidement le visage pendant que Rem buvait au ruisseau. Elle se mouilla la nuque et sortit son peigne pour dompter sa tignasse en bataille. Elle faillit renoncer à démêler ses cheveux, mais, une fois qu’elle eut terminé, elle les tressa et retourna dans la prairie.
Yulysion lui tendit une pomme et un morceau de pain.
« Tu dois avoir faim. Mange ça en attendant. Nous préparerons un vrai repas ce soir. Nous ne pouvons pas perdre de temps à faire cuire nos aliments sur un feu pendant la journée : il faut avancer le plus vite possible. »
« Non… pas du tout… ça me suffit. »
Elle accepta rapidement la nourriture, et Yulysion posa soudain les yeux sur ses paumes tendues.
« Tu as les mains rouges ! Tu t’es fait mal ? »
« C’est à cause… des rênes. »
Elle sourit comme si de rien n’était, sans se rendre compte à quel point Yulysion examinait sérieusement les vives rougeurs qui lui brûlaient les paumes.
« Ça a l’air douloureux. Tu ne devrais pas te faire soigner ? »
« Non… ce n’est rien… »
« Mais si ! C’est tellement enflé… »
Garrow, qui nourrissait les chevaux, accourut en entendant la voix inquiète de son ami. Il s’interposa entre eux et examina à son tour les paumes de Maxi en fronçant les sourcils.
« Yulysion a raison. Ça ne fera qu’empirer et tu souffriras pendant tout le voyage. Tu ne ferais pas mieux de lancer un sort de guérison ? »
« C-Ce n’est rien. Je n’ai pas besoin de recourir à la magie pour mon propre corps… C’est c-comme boire son propre sang quand on a soif. À moins que ce soit mortel, mieux vaut laisser le corps guérir naturellement… et… je veux économiser autant de mana que possible. »
« Mais tu souffres quand même… »
Maxi soupira devant toute cette agitation et s’assit sur la cape étendue dans l’herbe.
« Je t’assure, ça va… Même si je lançais un sort de guérison… mes mains finiraient comme ça tant que je monterai à cheval. Je ne peux pas me soigner à chaque fois. Alors, même si c’est pénible, mieux vaut laisser mon corps s’adapter… » Elle leur montra ses mains avec assurance. « Si ça continue, des callosités vont forcément se f-former dans quelques jours. Quand mes paumes seront rugueuses… je n’aurai plus mal, même après avoir chevauché très longtemps. »
Yulysion contempla sa main, l’air perplexe, en cherchant une solution. Puis il se précipita vers les sacs attachés à sa selle et fouilla dedans.
« En attendant, prends ça, s’il te plaît. »
Maxi regarda les gants de cuir qu’il lui tendait. « Tu… tu ne les avais pas apportés pour toi, Y-Yulysion ? »
« Je les ai pris au cas où. Je n’en ai pas besoin, alors utilise-les sans t’inquiéter pour moi. »
Maxi hésita, mais accepta les gants. À vrai dire, elle avait mal aux paumes. Elle enfila les gants souples de couleur fauve, mais, sur sa petite silhouette, ils étaient si grands qu’ils lui glissaient des mains. Il y avait même assez de place pour en mettre une autre paire.
« Yulysion… tu as de plus grandes mains que je ne le pensais… » remarqua Maxi en constatant la longueur de ses doigts par rapport aux siens. Elle en fut étonnée. Malgré son visage délicat et sa silhouette élancée, le jeune apprenti n’en restait pas moins un homme. Yulysion rougit et se gratta l’arrière de la tête, gêné, puis sortit une lanière de cuir de son sac.
« Je vais les attacher à tes poignets. Ce serait très embêtant qu’ils tombent pendant que tu chevauches. »
Maxi tendit les mains sans un mot et laissa Yulysion nouer maladroitement une cordelette autour de ses poignets.
« Ce n’est pas trop serré ? »
« …C’est parfait. » Elle agita plusieurs fois les mains pour le lui prouver, puis sourit, satisfaite. « M-Merci. Je vais en prendre… bien soin. »
« Ce n’est rien. »
Maxi termina son repas avec ses mains gantées. Elle regarda Riftan, qui étudiait une carte et discutait des itinéraires avec les autres chevaliers, à distance. Quand il eut fini de donner ses ordres, il replia la carte et la rangea dans son sac. Elle attendit qu’il vienne lui parler, mais il se contenta de froncer légèrement les sourcils avant de se tourner vers Talon pour le seller en vue du départ. Maxi baissa les yeux devant son attitude contrariée.
Après la façon dont il avait pris soin d’elle la veille, elle avait cru que les choses entre eux reviendraient à la normale. Mais lui en voulait-il toujours de lui avoir désobéi et d’avoir insisté pour participer à l’expédition ? Maxi songea à franchir la première le mur qui les séparait et à lui parler. Mais avant qu’elle ait pu aller au bout de sa réflexion, Riftan était déjà monté à cheval et lança froidement :
« Ne reste pas là à ne rien faire. Nous devons repartir. À partir d’ici, nous entrons sur le territoire des demi-dragons. Ne baissez jamais la garde, pas une seconde ! »
Les chevaliers montèrent en selle et se rangèrent en formation. Maxi enfourcha donc rapidement Rem. Riftan, qui se trouvait en tête, se retourna pour vérifier comment elle allait, puis lança son cheval à travers la plaine à une vitesse fulgurante.
Ils longèrent le ruisseau en traversant la prairie verdoyante comme le vent. Maxi ne put s’empêcher de sourire en sentant la brise fraîche et vivifiante lui caresser agréablement le visage. Elle savait que ce n’était pas le moment de profiter de la chevauchée, mais c’était la première fois qu’elle galopait ainsi, librement, dans une vaste plaine. Son cœur en était bouleversé, bien plus que par le terrible sentier de montagne qu’ils venaient d’emprunter.
Elle contempla les environs, les yeux éblouis. Le ciel était limpide, sans le moindre nuage, et le ruisseau d’un bleu profond qui serpentait dans les champs sauvages scintillait comme du cristal. Sous le soleil nourricier du début de l’été, les fleurs sauvages s’épanouissaient avec éclat, débordantes de vie. Le paysage était si paisible qu’elle avait du mal à croire qu’une armée de monstres féroces était en marche.
Note – LF : Bon, je dois admettre que j’ai jugé Riftan trop vite, lol. C’est un joli chapitre. Riftan fait preuve d’une vraie sollicitude et les jeunes chevaliers sont tellement adorables avec elle aussi <3
Nymeria : Il y a peut-être quelques erreurs dans ces chapitres, les amis, je suis à moitié endormie, désolée, lol.