Chapitre 183
Chapitre 183
La servante qui attendait près de la porte lui prit son sac, proposant de le porter. Après que la troupe de domestiques l’eut escortée dehors en lui faisant des adieux larmoyants, Maxi monta en selle sur Rem. Tous les chevaliers étaient alignés sur le terrain d’entraînement, prêts à partir. Ils semblaient si bien préparés à l’expédition qu’on aurait dit qu’ils y travaillaient depuis plus de deux jours.
« Avez-vous emporté tout ce qu’il vous faut ? »
Alors qu’elle s’approchait des rangs de chevaliers, Gabel, qui inspectait les lignes, s’adressa à elle. Maxi hocha la tête. Il examina la taille du sac attaché à la selle de Rem, puis fit signe à quelqu’un derrière elle.
« Hé, dame Calypse est arrivée. »
À son appel, deux garçons sortirent des rangs d’écuyers qui se tenaient derrière les chevaliers. Maxi écarquilla les yeux en voyant Yulysion et Garrow accourir vers elle en tirant un étalon gigantesque.
« On nous a dit que la dame partirait avec nous. Nous nous sommes portés volontaires pour vous escorter tout au long du voyage », expliqua Yulysion, tout essoufflé après sa course.
« Mais… Yulysion et Garrow sont encore apprentis. Est-ce b-bien raisonnable de les laisser participer à cette expédition ? »
« Les écuyers sont choisis parmi les apprentis avant la cérémonie de leur adoubement. Ne vous inquiétez pas, nous avons beaucoup d’expérience, maintenant, après ces derniers mois. »
Garrow bomba fièrement le torse et Yulysion hocha vigoureusement la tête à ses côtés. « Je ne mettrai jamais la vie de milady en danger, pas comme la dernière fois. Nous vous protégerons quoi qu’il arrive, vous n’avez aucune raison de vous inquiéter ! »
Maxi sourit aux deux garçons, qui avaient encore gagné en prestance depuis leur dernière rencontre. « M-merci. Je vous fais confiance. »
« Rovar et Livakion sont les meilleurs parmi les écuyers. Gardez-les près de vous où que vous alliez. Et ne vous éloignez jamais des rangs sans autorisation. Si un problème survient, prévenez-moi ou un autre chevalier. »
Gabel lui donna ces consignes d’un air grave, et Maxi acquiesça fermement. « Je m’en souviendrai. Au fait… où est Ri-Riftan ? »
« Le commandant est là-bas. »
Maxi regarda dans la direction indiquée par Gabel et aperçut Rodrigo, deux chevaliers plus âgés aux cheveux gris et son mari. Ils discutaient avec d’autres chevaliers plus jeunes.
« Le commandant délègue la supervision du château. Rodrigo sera responsable de l’entretien de la grande salle, tandis que Sir Obaron et Sir Sebrick veilleront aux installations d’entraînement et militaires. »
Riftan remit un trousseau de clés à Rodrigo et aux chevaliers plus âgés, puis s’avança vers l’avant des rangs. Maxi le suivit attentivement du regard tandis qu’il montait sur Talon. Soudain, Riftan tourna les yeux vers elle. Maxi se raidit, craignant qu’il ne change d’avis et ne lui ordonne de renoncer à l’expédition, mais il se contenta de mener Talon vers les portes sans dire un mot.
« En route ! »
Sa voix autoritaire résonna. Sur les remparts, les gardes soufflèrent puissamment dans leurs cors, signalant aux chevaliers de garder leurs rangs et de franchir les douves en bon ordre. Maxi prit les rênes et fit avancer Rem le long de la colonne. À mesure que le Château de Calypse s’éloignait, la peur et une étrange excitation grandissaient en elle. Elle se demanda ce qui les attendait dans un avenir proche. Garrow, qui chevauchait à ses côtés, sembla remarquer son anxiété et prit la parole d’un ton calme.
« Il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Tout le printemps, nous avons parcouru les montagnes autour d’Anatol pour en éliminer les monstres. Nous n’aurons pas à tirer l’épée de sitôt. »
Maxi sentit ses joues s’échauffer, embarrassée de voir un garçon bien plus jeune qu’elle se montrer aussi assuré. Garrow n’était pas le seul : tous les jeunes chevaliers de son âge arboraient la même expression sereine.
Alors qu’ils traversaient la place d’Anatol à cheval, les habitants affluèrent sur le bord de la route et les regardèrent partir au combat avec émerveillement. Maxi se sentait comme un chiot égaré au milieu d’une meute de loups.
« Madame, veuillez rejoindre le centre des rangs une fois que nous aurons franchi les portes. »
Gabel cria par-dessus son épaule, et Maxi suivit docilement ses instructions. Dès qu’ils eurent quitté le territoire protégé, elle dirigea Rem vers le centre de la colonne. Riftan lui jeta un coup d’œil depuis l’avant des rangs, puis lança son cheval au trot plus rapide. Les chevaliers l’imitèrent et filèrent droit à travers les vallées.
Maxi guida Rem en s’efforçant de suivre leur allure, tout en veillant à ne pas se faire renverser par les autres chevaux. Le chemin de terre accidenté était plus difficile à parcourir qu’elle ne l’avait imaginé. Sans ses entraînements pendant son temps libre, elle n’aurait pas réussi à suivre.
Alors qu’elle se demandait combien d’heures il leur restait à chevaucher ainsi, essoufflée et en sueur, Yulysion lui adressa un sourire encourageant.
« Nous allons franchir deux montagnes aujourd’hui. Une fois sortis d’Anatol, la route sera plus facile, alors tenez bon. »
Maxi hocha la tête, se demandant comment le jeune homme pouvait chevaucher à cette vitesse sans se mordre la langue. Ses cuisses étaient déjà engourdies et ses hanches la lançaient, mais elle ne pouvait pas se plaindre après avoir tant insisté pour les accompagner. Elle s’efforça de suivre les chevaliers.
Heureusement, la route devenant plus escarpée, ils durent ralentir. Maxi parvint à reprendre son souffle et examina les environs. De grands arbres verdoyants bordaient le sentier étroit qui serpentait entre les montagnes. Des rochers aux arêtes vives, sculptés par la nature, penchaient au pied de la montagne, et elle entendait le murmure lointain d’un ruisseau. Comme ils chevauchaient depuis un moment, ils décidèrent enfin de faire une pause.
Maxi eut du mal à descendre de cheval, les jambes tremblantes, puis conduisit Rem jusqu’au ruisseau. Les chevaliers mangèrent du pain et du bœuf séché pendant que les chevaux buvaient avec avidité, comme s’ils allaient vider le cours d’eau. Elle aussi but à sa gourde pour humidifier ses lèvres desséchées, puis mordit dans un morceau de viande séchée aussi dur qu’un bout de bois. Ils se reposèrent une vingtaine de minutes avant de remonter en selle et de reprendre aussitôt la route.
En moins d’une demi-journée, Maxi était complètement épuisée. Ses fesses, écrasées contre la selle, lui brûlaient. Elle avait l’impression qu’on lui plantait une lame dans les poumons. Ses cheveux tressés se défaisaient sans cesse et lui collaient au visage, ce qui l’agaçait aussi. À côté d’elle, les chevaliers semblaient bien plus à l’aise, malgré leurs lourdes armures de fer.
Maxi serra les cuisses contre la selle pour redresser sa posture qui s’affaissait. Cette marche infernale ne prit fin que lorsqu’ils atteignirent l’extrémité du sentier étroit et isolé et trouvèrent un endroit assez plat pour établir leur campement.
« Nous camperons ici pour aujourd’hui. » La voix de Riftan résonna avec force. Garrow descendit de cheval et marmonna à voix basse :
« Après une journée entière de voyage, nous sommes toujours sur le territoire d’Anatol… »
Maxi était si soulagée de pouvoir enfin se reposer qu’elle ne se souciait pas de passer la nuit dans les montagnes. En descendant de selle, elle faillit tomber. Sans Yulysion, qui se précipita pour la retenir, elle aurait fini le nez dans la terre humide.
« Vous devez être épuisée. Asseyez-vous ici et reposez-vous. Je vais monter la tente tout de suite. » Yulysion la saisit par les épaules et l’aida doucement à s’asseoir sur un rocher plat. Épuisée, elle parvint à peine à marmonner un remerciement.
Les deux garçons dessellèrent rapidement leurs chevaux et déballèrent leurs affaires sans montrer le moindre signe de fatigue. Les autres chevaliers s’affairaient eux aussi à creuser des foyers, à allumer les feux et à apporter de la nourriture et de l’eau aux chevaux. Maxi savait qu’elle devait les aider, mais elle n’arrivait vraiment pas à lever le petit doigt. Elle posa ses paumes rougies contre la surface froide du rocher pour les soulager après avoir serré les rênes si longtemps.
« J’ai installé un lit. Milady, c’est assez rudimentaire, mais vous pouvez entrer vous reposer… »
« Je m’occuperai d’elle. » Maxi tressaillit en entendant cette voix grave qui interrompit le garçon. Elle leva les yeux vers Riftan, toujours aussi impassible. « Allez vous occuper de vos chevaux. »
À son ordre, Garrow et Yulysion partirent aussitôt vers les montures.
Elle craignait qu’il ne la réprimande pour être dans un état aussi pitoyable et incapable de contribuer, mais Riftan l’aida simplement à se relever et la guida jusqu’à la tente dressée sous un arbre, sans lui faire le moindre reproche.
« Je vous apporterai à manger quand ce sera prêt. En attendant, allongez-vous. »
« Ça va. Je devrais aussi aider… »
Maxi se tut aussitôt lorsque Riftan lui lança un regard terrifiant. Il abaissa le rabat de la tente et s’éloigna. À vrai dire, elle n’avait même plus la force de lever le petit doigt. Elle se laissa donc tomber sur les épaisses couvertures, inquiète de ce qui l’attendait le lendemain. Elle savait qu’elle aurait les fesses et les cuisses couvertes d’ecchymoses au réveil et se demanda comment elle pourrait survivre à toute l’expédition. Puis elle secoua vivement la tête pour chasser ces pensées défaitistes.
Non. Encore un jour, et nous aurons quitté les montagnes d’Anatol.
D’après la carte, une fois Anatol derrière eux, ils traverseraient de vastes plaines en direction de Livadon. En plus, son corps s’habituerait peu à peu à la chevauchée, surtout quand les chemins seraient moins difficiles. Elle ne devait pas abandonner si facilement. Alors qu’elle s’efforçait de se donner du courage, Riftan revint dans la tente.
« Vous feriez mieux de vous faire masser avant de manger. Enlevez votre pantalon. »
Il se pencha pour entrer dans la tente, puis s’assit dans un coin en sortant une petite bouteille d’huile d’un sac. Maxi le regarda, incertaine d’avoir bien entendu.
« Qu’est-ce que… qu’est-ce que vous venez de dire ? »
« Enlevez vos bottes et votre pantalon. Demain, vous ne pourrez pas remonter à cheval si je ne vous applique pas ce remède. »
Riftan répondit d’un ton indifférent, puis retira son gantelet, ses jambières et ses brassards, comme s’ils le gênaient, et les posa dans un coin. Pendant ce temps, Maxi continua de le fixer sans comprendre. Il fronça les sourcils en la voyant immobile et posa les mains sur ses bottes pour les lui retirer. Affolée, elle protesta et se recroquevilla à l’autre extrémité de la tente.
« J-je vais bien ! Ce n’est pas nécessaire ! »
« Vous avez l’air sur le point de vous évanouir. Comment pouvez-vous prétendre que tout va bien ? »
Riftan s’approcha et rattrapa Maxi, qui tentait de toutes ses forces de lui échapper, puis la remit en place. Ses muscles endoloris hurlèrent lorsqu’il lui saisit la cuisse. Quand elle ne put plus retenir un gémissement de douleur, Riftan fronça les sourcils et se mit à dénouer ses bottes, lacées très serrées autour de ses mollets. Maxi devint rouge écarlate.
« J-je peux le faire. Je vais… je vais m’en occuper moi-même ! D-donnez-moi l’huile, je peux le faire… S-sortez un instant. »
« Vous n’avez même pas la force de lever le petit doigt. »
« Ce n’est p-pas vrai. Je p-peux le faire moi-même, alors… »
« Écoutez au moins votre mari, même si ça vous paraît absurde. »
Elle cessa de protester, comprenant que sa patience touchait de nouveau à ses limites. Riftan lui retira ses bottes et les jeta dans un coin, puis posa les mains sur les lacets de son pantalon. Maxi jeta un coup d’œil à l’entrée de la tente et sentit les larmes lui monter aux yeux.
« E-et si quelqu’un entre… ? »
« Je leur ai dit de ne pas approcher de la tente. Ne vous inquiétez pas. »
Il souffla sèchement et lui ôta sans ménagement son pantalon trempé de sueur. L’air frais sur sa peau nue lui fit monter le rouge aux joues.
Note – LF : J’AI LITTÉRALEMENT DÛ INTERROMPRE MA TRADUCTION QUAND IL LUI A DIT D’ENLEVER SON PANTALON. Mon Dieu, Riftan. Gardez-le dans votre pantalon, s’il vous plaît. Un peu de pudeur ? À ce rythme, votre femme ne pourra effectivement pas remonter à cheval demain.
Nymeria : Je le sens bien, ce massage à l’huile ! Je crois qu’il va garder son pantalon cette fois, mdr. Il a toujours l’air très en colère et inquiet qu’elle participe à l’expédition.