Chapitre 175
Chapitre 175
« Vous devez en savoir plus que ça… vous saviez quoi faire… avec moi… »
« Et toi ? » Il haussa un sourcil, l’air interrogateur.
Maxi se mordit les lèvres, hésitant à prononcer des mots qui ne lui venaient pas naturellement.
« A-avant de vous épouser, Riftan… je ne savais pas… ce que les couples faisaient avec leur corps. Mais vous… vous saviez comment faire. Vous saviez comment vous y prendre… avec moi… Tout ce que je sais, je l’ai appris de vous… »
Maxi était si embarrassée qu’elle bégaya de plus belle, manquant de se mordre la langue. On aurait dit qu’elle l’accusait d’avoir mis en pratique sur elle des techniques apprises auprès d’autres femmes ; mais, en même temps, elle ne voyait pas où il aurait pu les apprendre. Elle ne comprenait pas pourquoi cette question la tracassait tant, ni pourquoi elle la lui avait posée. Riftan semblait encore plus perplexe qu’elle, car il ne saisissait pas ce qu’elle voulait dire. Puis il entrouvrit les lèvres pour répondre, gêné par sa propre lenteur d’esprit.
« Eh bien, quatre-vingt-dix pour cent de ce que racontent les mercenaires est obscène. Dès qu’ils ouvrent la bouche, ces hommes se vantent de leurs techniques pour donner du plaisir aux femmes. J’entends ce genre de choses depuis mes quatorze ans. Je n’en connais que les bases ; et puis, ils ont sûrement exagéré plus de la moitié de ce qu’ils racontent. » Il s’expliqua d’un air embarrassé, puis la regarda avec nervosité. Il se racla rapidement la gorge, cherchant à échapper à cette conversation gênante. « Bref, je suis content que tu ne sois pas blessée. Est-ce que tu as mal quelque part ? »
« J’ai un peu mal au ventre… et je me sens fatiguée… mais c’est supportable. »
« Tu es pâle et tu as l’air épuisée. » Il lui caressa la joue et soupira, avant de se tourner vers la baignoire.n« Je vais me laver tout seul. Allonge-toi et repose-toi. »
Maxi obéit sans un mot et se glissa sous les couvertures. Recroquevillée sur le lit, elle lutta contre la douleur lancinante tandis qu’il se lavait. Pendant un long moment, elle n’entendit derrière elle que le doux clapotis de l’eau. Lorsqu’il eut enfin fini de se réchauffer, il enfila un pantalon de coton et se glissa à ses côtés. Il se faufila sous les couvertures et l’attira contre lui, la serrant dans ses bras tout en dessinant de doux cercles sur son ventre douloureux avec ses paumes chaudes.
Maxi laissa échapper un long gémissement de soulagement. La chaleur de son corps, derrière elle, dénoua doucement ses muscles tendus. Riftan passa un bras sous sa tête et déposa des baisers sur ses épaules et ses joues.
« Je déteste te savoir obligée de subir ça. Ça arrive souvent ? »
« Hum… c’est irrégulier. » répondit vaguement Maxi.
Son ignorance lui était en quelque sorte bienvenue : elle ne voulait pas qu’il sache qu’elle avait des règles moins régulières que la plupart des femmes. Quand elle se blottit dans ses bras, elle ressentit à la fois du soulagement et de la culpabilité. Elle inspira son odeur si particulière et frissonna de plaisir. Riftan enfouit à son tour le visage dans ses cheveux et huma son parfum, comme s’il voulait la posséder tout entière, puis soupira.
« J’espère que ça va bientôt s’arrêter. »
Elle sentait qu’il détestait vraiment la voir souffrir, et que ce n’était pas parce qu’elle ne pouvait pas satisfaire ses désirs charnels. Riftan continua de tracer des cercles apaisants sur son ventre crispé et de caresser ses joues pâles, comme si elle était un bouton de fleur fragile, qui pouvait se flétrir à la moindre pression. Maxi posa la tête sur son avant-bras et s’endormit lentement, profondément, tout contre lui.
***
Une pluie douce et légère tomba plusieurs jours d’affilée, mouillant les feuilles vertes comme la rosée. Parfois, le soleil doré perçait les minces nuages de pluie et souriait doucement au jardin. La beauté sereine de la nature réchauffait le cœur de Maxi, assise près de la fenêtre, tandis qu’elle étudiait les formules magiques que Ruth lui avait laissées.
Dès que ses douleurs au ventre se seraient calmées, elle comptait cueillir des herbes, passer à la tour de Ruth et apprendre à préparer des remèdes. Elle s’efforçait désespérément d’étudier tout ce que Ruth lui avait laissé, au cas où une urgence surviendrait. Tout était calme et paisible à Anatol, mais rien ne garantissait que cela durerait. Pourtant, apprendre tant de choses nouvelles seule, sans personne pour la guider, n’avait rien de facile.
Anatol était une terre infestée de monstres, ce qui exposait Maxi et ses gens à des bouleversements incessants. Au milieu de leur quotidien chargé, de nouveaux problèmes, grands ou petits, surgissaient partout. En près de six mois à Anatol, Maxi avait connu plus de changements qu’en vingt-deux ans. Ces expériences lui avaient appris combien il était important de toujours se tenir prête. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre son temps à flâner.
Maxi se levait aussi tôt que possible pour étudier les plantes magiques ou médicinales. Pendant son temps libre, elle se rendait à l’infirmerie et soignait les blessés comme Ruth l’aurait fait. Au début, les soldats, mal à l’aise, en avaient assez de voir la dame du château dans l’infirmerie ; à présent, ils l’acceptaient comme si c’était sa place naturelle.
Maxi trouvait toujours le temps de passer à l’infirmerie et d’appliquer sa magie curative à au moins cinq ou dix blessés. Ensuite, elle soignait les maux courants, comme les rhumes, les maux de tête et l’insomnie, à l’aide de divers remèdes à base de plantes. Elle consacrait tant de temps et d’énergie à cette tâche qu’elle ne pouvait plus la cacher à Riftan bien longtemps.
Ce jour-là, comme à son habitude, Maxi passa à l’infirmerie pour soigner les blessures légères des gardes et des soldats, lorsqu’elle sentit soudain un frisson inquiétant dans son dos. Elle se retourna lentement et aperçut Riftan, dont le grand corps imposant bloquait entièrement l’étroite entrée de l’infirmerie. Il la fixait.
En voyant son expression froide et fermée, Maxi déglutit avec nervosité. Hebaron se tenait derrière lui et secouait la tête, comme s’il savait ce qui allait suivre, tandis que Gabel gardait le silence, les épaules voûtées comme s’il croulait sous le poids de la culpabilité.
Riftan s’approcha d’elle comme un tigre en chasse.
« Tu veux bien m’expliquer ce qui se passe ici ? »
« … Un soldat a été b-blessé. Je suis v-venue le soigner… »
Maxi promena nerveusement le regard autour d’elle. Quand elle repéra le soldat à la jambe cassée, elle lui lança rapidement un sort de guérison. Riftan se rembrunit encore davantage et plissa les yeux. Elle se redressa aussitôt et lui adressa un sourire crispé.
« Voilà… Je crois que j’ai fait tout ce que je p-pouvais ici… J’ai une autre tâche à accomplir. »
Elle essaya de s’éclipser, mais Riftan n’allait évidemment pas la laisser partir si facilement. Il grogna et lui saisit les bras avec force.
« J’ai appris que ça faisait un moment que tu jouais les guérisseuses ici. Pourquoi suis-je le dernier à l’apprendre ? »
« Vous êtes toujours si o-occupé. Je… je ne voulais pas vous déranger… pour quelque chose d’aussi insignifiant… »
Son excuse peu convaincante ne fit qu’attiser la colère de Riftan. « Arrête tes conneries ! Tu me l’as délibérément caché ! »
« Je ne vous l’ai pas c-caché… Je ne vous en ai simplement pas parlé… »
« C’est tout ce que tu as à dire ? Bon sang, je ne savais même pas ce que ma femme faisait de ses journées. J’ai l’impression d’être un idiot ! Comment as-tu pu faire ça dans mon dos, alors que tu sais à quel point je tiens à toi ?! »
Maxi transpirait à grosses gouttes, cherchant une excuse plausible, lorsqu’elle fronça soudain les sourcils. Pourquoi diable l’accusait-il ainsi ? À mesure que lui revenaient en tête tous ses efforts, la colère monta en elle.
Elle plongea les yeux dans les siens, le visage empreint de défi. « Q-qu’est-ce que j’ai fait de mal ? »
« … Quoi ? »
« Je n’ai fait que soigner les chevaliers b-blessés. Est-ce mal ? Est-ce une raison… pour me réprimander ? »
« Bon sang, ne change pas de sujet ! La dernière fois, tu m’as promis que tu ne te surmènerais plus… ! »
« Je ne me s-surmène pas ! Ces deux dernières semaines, je n’ai pas épuisé mon mana et je n’ai p-pas eu le moindre vertige. » rétorqua-t-elle.
Refusant de se laisser faire, elle tint bon. En voyant le visage de Riftan tressaillir légèrement, Maxi poursuivit son attaque. « Et je ne fais rien de d-dangereux. Je me suis contentée de soigner les h-hommes blessés… à l’intérieur du château, où ils sont en s-sécurité. »
« Bon sang ! Tu es la femme du seigneur, ma femme ! Pourquoi joues-tu les guérisseuses ? »
« Parce que j’en suis c-capable ! » répliqua Maxi, stupéfaite de son propre aplomb.
Toute sa vie, elle s’était sentie accablée par l’obsession d’être une bégayeuse inutile, incapable de rien faire. Sa nourrice lui avait sans cesse répété que les paroles d’un mari étaient la loi pour son épouse. Tu dois lui obéir sans condition et tout accepter de lui. Et pourtant, la voilà qui désobéissait à son mari et se disputait avec lui. Était-elle devenue folle ?
Se calmant un peu, Maxi prit la parole d’une voix plus douce, en déglutissant pour ravaler la boule qui lui nouait la gorge. « Maintenant… il n’y a p-personne d’autre dans ce château qui puisse utiliser la magie curative. Je ne travaillerai pas trop et… j’ai davantage de mana, alors vous n’avez pas à vous inquiéter de me voir retomber malade. »
À son ton docile, Riftan se calma à son tour et essaya de lui parler sans s’emporter. « J’engagerai un guérisseur dès que possible. L’idée que tu fasses ça me déplaît. Pourquoi tiens-tu à t’épuiser pour rien ? »
« Pourquoi… pourquoi n’aurais-je pas le droit de travailler dur, moi aussi ? Riftan… Ruth et tous les chevaliers… accomplissent chaque jour toutes sortes de tâches difficiles… pourquoi suis-je la seule à ne pas en avoir le droit ? »
« Bon sang ! Tu n’es pas comme nous, tu es la fille d’un duc ! »
À cette explosion, Maxi rougit. Pour la première fois de sa vie, elle fut prise d’une envie irrépressible de frapper quelqu’un.
« Q-qu’est-ce que ça veut dire ? La princesse Agnes… peut faire toutes sortes de choses dangereuses. En quoi le fait d’être la fille d’un duc me rend-il si spéciale ?! »
Riftan resta sans voix. Il ne trouva rien à répondre. Hebaron, qui observait la scène les bras croisés, siffla doucement.
« Le commandant serait-il acculé ? »
Riftan lui lança un regard noir, puis reporta son attention sur elle. « La princesse est une magicienne de haut niveau qui a des années d’expérience depuis l’enfance ! Comment peux-tu te comparer à elle ? » cracha-t-il en respirant bruyamment.
Même Hebaron, qui regardait le couple se chamailler avec un sourire en coin, se couvrit le front de la paume devant l’imprudence stupéfiante de son commandant.
Maxi leva les yeux vers Riftan, puis baissa la tête, vaincue, tandis que ses yeux la piquaient de larmes. Elle ne pouvait pas le contredire, car elle savait que c’était vrai ; mais devait-il vraiment proclamer son incompétence devant tout le monde ? Sa douleur s’intensifia.
« Bon sang… ce que je voulais dire, c’est… »
Maxi repoussa la main qui s’était posée sur son épaule. Riftan se raidit, choqué par cette impolitesse dont elle ne l’avait jamais gratifié, mais Maxi se contenta de le regarder avant de sortir en claquant la porte.
« Pour l’instant… je ne veux p-pas vous voir ! »
Note – Nymeria : BRAVO, MAXI ! Dis-lui de quoi tu es capable, à cet idiot ! Elle ne « joue » pas les guérisseuses, elle en est une ! Franchement, moi aussi, j’avais envie de frapper quelqu’un😠 (Et, comme toujours, Hebaron est le personnage auquel on s’identifie le plus, je l’adore !!)