Chapitre 172
Chapitre 172
« Tes cheveux sentent bon. »
Il laissa échapper un gémissement satisfait et enfouit le visage contre son épaule. Les joues de Maxi rosirent ; elle était contente d’y avoir appliqué quelques gouttes d’huile parfumée à la rose un peu plus tôt. Savourant cette fragrance, Riftan frotta l’arête de son nez contre sa chevelure épaisse, puis glissa un bras sous ses hanches et la souleva pour mieux l’étreindre. Maxi ferma les volets et se blottit contre lui tandis que ses paumes rugueuses lui caressaient la nuque.
Elle flottait dans une extase absolue, si intimement enlacée par sa grande stature. Ses cheveux soyeux lui chatouillaient doucement le front et le nez, et ses bras solides comme l’acier l’enserraient avec une force qui ne lui causait aucun malaise. Il effleura de ses doigts fins l’arrière de son oreille et remit en place une mèche rebelle. Maxi lui rendit ses caresses en lui passant la main dans les cheveux. Un gémissement léger échappa aux lèvres de Riftan, et leurs corps semblèrent fondre sous le contact brûlant et sensuel.
Maxi s’enivrait profondément de cette chaleur ardente quand un coup discret et délicat frappé à la porte les tira de leur étreinte.
« Monseigneur, l’eau du bain est prête. »
Riftan poussa un long soupir, lui caressa les seins d’une main, puis déposa un baiser sur son épaule pâle dénudée.
« … Je savais que ça arriverait. Nos serviteurs ont toujours un sens du moment parfait. » Il grommela et la reposa avec précaution sur le sol. « Entrez. »
À son ordre, la porte s’ouvrit et les serviteurs entrèrent en portant une baignoire. Riftan s’en approcha et retira sa tunique par-dessus sa tête, puis regarda Maxi en souriant d’un air séducteur.
« Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas baignés ensemble. On y va ? »
« Je… je me suis déjà lavée… » murmura Maxi en jetant un coup d’œil aux serviteurs qui versaient de l’eau froide dans la baignoire pour en régler la température.
« Tu peux te laver encore une fois. Viens. »
Il trempa les doigts dans l’eau pour en vérifier lui-même la température, puis congédia rudement les serviteurs. Maxi s’approcha à contrecœur, feignant l’hésitation tandis qu’ils se hâtaient de sortir de la pièce. Riftan eut un rire satisfait quand elle commença à dénouer les liens de sa robe.
***
Les préparatifs de l’expédition commencèrent à l’aube. Réveillée par l’agitation qui régnait dehors, Maxi se pencha à la fenêtre de la chambre. Serviteurs et chevaliers s’affairaient dans la vaste cour, baignée par la lumière bleutée de l’aurore. Au loin, on entendait les sabots marteler le sol près des écuries et les chevaux hennir.
Maxi se frotta les yeux encore ensommeillés, puis se retourna et constata que le côté du lit de Riftan était vide. Son armure avait disparu, inutile de le préciser. Elle soupira et appela Ludis pour qu’elle l’aide à se préparer pour la journée.
Riftan lui avait dit qu’elle n’avait pas à se soucier des préparatifs, mais sa conscience ne lui permettait pas d’envoyer des hommes au combat sans rien faire pour eux. Elle enfila un chemisier bleu, tressa ses cheveux de chaque côté, puis les releva en chignon. Dès qu’elle eut fini, elle traversa la grande salle et se dirigea tout droit vers les écuries. Des dizaines de chevaux y étaient alignés, tandis que les chevaliers examinaient l’un après l’autre leur carrure et leurs fers.
Maxi reconnut un visage familier et s’approcha aussitôt du chevalier en question. Sir Karon, qui discutait avec Rodrigo, se tourna vers elle et lui adressa un sourire courtois.
« Bonjour, Lady Calypse. »
« B-bonjour. Vous p-préparez le départ pour l’expédition ? »
« Oui, je rassemble les provisions nécessaires au voyage. »
Il désigna les sacs de cuir remplis de provisions et de nourriture, empilés contre le mur du château. Maxi plissa les yeux et tenta d’évaluer leur quantité, mais, quoi qu’il en soit, elle estima qu’il n’y aurait pas assez de vivres pour nourrir soixante-quatre hommes jusqu’au Livadon. La voyant perplexe, Sir Karon prit la peine de lui expliquer.
« Nous ne pouvons pas emporter trop de nourriture, car cela ne ferait que nous ralentir. Il faut garder de la place pour d’autres choses indispensables, comme les armes, les sacs de couchage et les marmites. Nous pourrons traverser des villages en chemin et y acheter ce dont nous aurons besoin ; nous limiterons ainsi notre chargement autant que possible. »
« Je… je vois. »
La princesse Agnes avait dit exactement la même chose avant de partir en voyage. Maxi observa l’agitation autour d’elle, puis regarda Sir Karon d’un air gêné.
« Y-y a-t-il quelque chose… que je puisse faire pour vous aider ? »
« Vous, madame ? »
Il parut surpris, puis un sourire embarrassé se dessina sur ses lèvres.
« Ce n’est pas nécessaire, nous pouvons nous en occuper nous-mêmes. C’est notre devoir. Mais je vous remercie de votre sincère envie de nous aider. »
Maxi ne fut pas déçue ; elle s’était de toute façon attendue à ce qu’il décline son offre. Elle se ressaisit et posa une autre question.
« Riftan… Le seigneur… où est-il ? »
« Il donne des instructions aux chevaliers sur le terrain d’entraînement avec Sir Rikaido. Avez-vous besoin de lui ? »
Elle agita précipitamment les mains pour lui faire comprendre que non. « N-non. C’est juste que je ne l’ai pas encore vu… »
« Sir Karon ! Devons-nous emmener les chevaux au terrain d’entraînement ? »
Sir Karon regarda par-dessus son épaule le chevalier qui l’appelait. Comprenant qu’elle le dérangeait, Maxi recula timidement.
« P-pardonnez-moi de vous avoir fait perdre votre temps… Ne vous occupez pas de moi… je vous en prie, continuez votre travail… »
« Je vous prie de m’excuser, madame. Veuillez m’excuser. »
Il s’inclina en signe d’excuse, puis rejoignit les chevaliers rassemblés. Maxi fit demi-tour et retourna dans la grande salle. Même si ce n’était pas indispensable, elle pouvait au moins préparer des vêtements et de la nourriture pour les chevaliers.
Elle se rendit directement aux cuisines, remit au chef les clés de l’armoire à épices et lui demanda d’avoir la main généreuse sur les ingrédients pour préparer une montagne de plats raffinés. Ensuite, elle ordonna aux servantes de fournir des vêtements et des sacs de couchage aux chevaliers.
Elle veilla à ce qu’ils soient soigneusement vérifiés et à ce que ceux qui étaient abîmés soient réparés. Elle leur demanda aussi d’emporter les marmites et les bols achetés récemment pour le voyage. Alors qu’elle parcourait le château en toute hâte, une voix familière l’interpella. Maxi se retourna et vit Ruth accourir dans le couloir vers elle, ses longues jambes élancées dévorant la distance.
« Vous voilà. Je vous cherche partout depuis un moment. »
« Q-qu’y a-t-il ? Je croyais que vous é-étiez occupé par les préparatifs de l’expédition… »
« J’ai terminé tous les préparatifs nécessaires. À vrai dire, il y a quelque chose que je dois montrer à madame avant de partir.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Vous le saurez si vous me suivez. »
Il lui fit signe de le suivre et se détourna sans autre explication. Maxi lui emboîta le pas, sans trop savoir ce qui se passait. Ruth descendit les escaliers et sortit aussitôt du château.
« O-où allons-nous ? »
« À ma tour. »
Surprise, Maxi le regarda, puis jeta un coup d’œil autour d’elle. Elle se souvint que Riftan l’avait mise en garde : il lui avait interdit de s’approcher de cet endroit. D’après lui, Ruth avait créé toutes sortes de sortilèges étranges autour de la tour. Elle resta aussi près de Ruth que possible, sur ses gardes, craignant que le mana environnant ne se dérègle.
« Qu’y a-t-il dans la t-tour… ? »
« Nous y sommes presque, encore un peu de patience. »
Il répondit d’un ton distrait, trop fatigué pour tout lui expliquer point par point, et poursuivit rapidement sa route sinueuse. Au bout d’un moment, ils atteignirent l’entrée de la tour, dissimulée derrière d’immenses ormes verts.
Maxi observa avec curiosité la tour grise enlacée de lierre rouge. Peut-être parce que personne ne s’en occupait, ses murs étaient couverts de mauvaises herbes et de mousse. Ruth gratta rudement la mousse, sortit des clés de sa poche et déverrouilla la porte de la tour.
« Entrez. »
Elle s’arrêta sur le seuil et passa la tête par l’ouverture pour voir l’intérieur : une forteresse plongée dans les ténèbres. De l’eau gouttait d’un trou dans le plafond et trempait le sol en contrebas. Un escalier de pierre s’enroulait vers le haut comme une coquille d’escargot. Ruth entra sans hésiter.
« Qu’est-ce que vous faites ? Vous ne venez pas ? »
Renonçant à obtenir de lui une véritable explication, elle le suivit à contrecœur. Ils gravirent près des trois quarts de la tour avant que Ruth ne reprenne enfin la parole.
« Nous y voilà. »
Il tira la vieille poignée de la porte contre le mur. Maxi jeta un regard méfiant à l’intérieur et fronça les sourcils. Une forte odeur de brûlé, mêlée à celle de médicaments amers et de vieux parchemins moisis, lui piqua le nez.
« Ça sent m-mauvais, là-dedans. »
« Qu’avez-vous contre le sanctuaire d’autrui ? Vous lui manquez de respect ? Je n’ai simplement pas pu aérer depuis un moment, alors c’est un peu poussiéreux. »
Ruth grommela et alla ouvrir une fenêtre pour laisser la lumière du soleil inonder la pièce sombre. Maxi cligna des yeux devant ce brusque changement de luminosité. Le lieu correspondait exactement à l’image qu’elle se faisait du laboratoire d’un sorcier. Des instruments et des maquettes étranges encombraient le sol, tandis que de vieux livres étaient rangés sur les étagères contre le mur. Des armoires étaient remplies de bocaux et de fioles de médicaments.
Ruth lui fit signe d’approcher et écarta les objets éparpillés sur le sol.
« J’ai compilé quelques formules magiques que madame pourra étudier pendant mon absence. J’ai essayé de les organiser de façon à ce qu’elles soient faciles à comprendre… mais je ne sais pas si cela vous conviendra… »
Maxi s’approcha prudemment, faisant de son mieux pour ne rien écraser. Ruth prit une pile de parchemins et les lui tendit.
« Regardez-les et dites-moi tout de suite si quelque chose vous échappe. »
« Vous m’avez fait venir jusqu’ici… pour me d-donner ça ? »
Ruth acquiesça. « Vous pouvez aussi lire tous les livres de cette pièce pendant mon absence. Mais, autant que possible, ne les sortez pas de la tour. Ils sont bien plus précieux que ceux de la bibliothèque ; vous auriez des ennuis si l’un d’eux venait à disparaître. »
Maxi plissa les yeux en voyant la poussière blanche qui s’accumulait sur l’énorme pile de livres. Pour des ouvrages si précieux, ils étaient vraiment traités comme des déchets.
« S’ils sont si précieux… vous devriez en prendre p-plus soin. »
« Tant qu’on peut les lire, tout va bien. » répondit-il avec sarcasme en prenant quelques livres pour les poser sur son bureau. « Celui-ci vous aidera à apprendre la magie. Lisez-le quand vous aurez le temps. Celui-ci porte sur les remèdes à base de plantes. Il y a aussi des livres d’anatomie du sud. Ils ne sont pas traduits, mais si vous étudiez les illustrations et vous familiarisez avec la structure du corps humain, cela vous aidera à mieux lancer vos sorts de guérison. La médecine du sud est bien plus avancée que la nôtre, ces ouvrages vous seront donc très utiles.
Après avoir fini de ranger frénétiquement les livres, il entreprit d’expliquer un à un le contenu des flacons alignés dans les armoires.
« Ce pot rouge contient un onguent pour les blessures. Si vous l’appliquez après avoir bien nettoyé la plaie, elle guérira beaucoup plus vite. Le sirop dans cette bouteille aide à faire dégonfler les enflures, et les feuilles dans le sachet, là-bas, font baisser la fièvre et neutralisent le poison et le venin. Ces racines séchées aident à restaurer le mana. Oh, et elles redonnent aussi de l’énergie. Et maintenant… »
« A-attendez un instant ! Expliquez-moi plus lentement, je vous prie… » l’interrompit rapidement Maxi en cherchant une plume et du parchemin sur le bureau de Ruth pour noter ses explications.
Note – Nymeria : Ne perdez pas les livres, ils sont tellement précieux ! Quoi, je les traite comme des déchets ? Eh bien, tant qu’on peut les lire… MDRRR Ruth, tu vas tellement me manquer, reviens vite !