Chapitre 166
Chapitre 166
Ils voulurent commencer l’entraînement sans attendre, mais l’emploi du temps de Ruth ne le permettant pas, ils décidèrent de s’y mettre le lendemain matin.
Ruth prit quelques ouvrages utiles sur l’étagère et sortit, une pile de parchemins sous le bras. Maxi, elle, resta seule dans la bibliothèque et se plongea dans un épais livre décoloré.
L’ouvrage que le magicien lui avait tendu portait sur la géométrie intermédiaire. À mesure qu’elle en parcourait les pages, la tête lui tournait et ses yeux se fatiguaient ; le contenu était difficile à comprendre. Maxi, qui tournait consciencieusement les pages et inspectait les rayonnages, fronça les sourcils sous l’effort. Au bout d’un moment, épuisée, elle atteignit ses limites et renversa la tête en arrière.
Sans qu’elle s’en aperçoive, la journée était déjà passée et le ciel, d’un orange éclatant, virait peu à peu à l’indigo pâle. Elle se massa les épaules raides en contemplant par la fenêtre le soleil orange sombre, puis referma le livre et se leva. La faim lui tiraillait le ventre.
À bien y réfléchir, elle n’avait rien mangé de consistant aujourd’hui, à part un peu de pain et de soupe. Maxi sortit de la bibliothèque en se frottant le ventre qui grondait. Dans le couloir, des serviteurs s’affairaient à allumer les chandelles. Elle les salua comme à son habitude, puis descendit lentement l’escalier. Alors qu’elle en franchissait plusieurs volées, son regard accrocha quatre serviteurs qui transportaient quelque chose sous la rampe. Maxi jeta un coup d’œil machinal et se rendit compte qu’il s’agissait d’une armure couverte de sang, ce qui lui fit se durcir le visage.
« Q-qu’est-ce qui se passe ? Encore… Qui a été b-blessé ? » Elle dévala les dernières marches, et les serviteurs qui portaient la lourde armure gémirent avant de s’immobiliser. Maxi s’empressa de parler avant même qu’ils aient le temps de répondre. « Est-ce que… le s-seigneur est b-blessé ? »
Elle fronça les sourcils en examinant la cuirasse, les glands et les brassards, tous trempés de sang noir : c’étaient les pièces de l’armure de Riftan. Que diable avait-il pu se passer pour qu’elle finisse dans cet état ? Même si ce n’était pas son sang, il y en avait tout de même une quantité effrayante.
« Où est le s-seigneur… en ce moment ? Il est monté dans sa chambre ? » Son visage se remplit de confusion. « Pourquoi… lavez-vous tout ça dehors ? »
« C’est que… nous non plus… » Les serviteurs balbutièrent, embarrassés. Maxi, décidée à ne plus attendre leurs réponses, fit volte-face. Pour comprendre ce qui se passait, elle devait le voir de ses propres yeux ; elle se précipita aussitôt dans la cour.
Elle balaya du regard la vaste cour déserte : des ouvriers fendaient du bois, des marchands passaient avec des charrettes chargées de fil et des servantes tiraient des seaux d’eau du puits. Maxi plissa les yeux en apercevant Riftan, debout près des domestiques, le torse entièrement nu, tandis qu’il se versait de l’eau sur la tête. Deux servantes s’approchèrent pour lui tendre un seau rempli d’eau. Il le prit et s’en servit pour rincer ses mains couvertes de sang.
Un flot limpide trempa sa nuque longue et épaisse avant de ruisseler sur ses épaules robustes, son dos lisse et sa taille fine. En voyant les servantes lui jeter des regards en coin et échanger des œillades éloquentes devant leur seigneur, Maxi se précipita vers elles, le visage écarlate de colère. Riftan, qui se frottait la nuque des paumes, écarquilla les yeux en la voyant approcher.
« Maxi… ? »
« Pourquoi… faire ça ici… »
Elle allait lui reprocher de se laver à moitié nu dans un endroit où tout le monde pouvait le voir, mais à sa vue, sa voix s’étrangla, comme si une corde lui serrait la gorge. Maxi jeta un coup d’œil à son torse, qui brillait comme une statue d’or sous le soleil rouge sombre. Son immense corps, sculpté par des muscles délicats et parfaitement dessinés, resplendissait d’un éclat doré. Elle se lécha les lèvres sèches. Même après avoir vu son corps une douzaine de fois, elle sentit son cou s’embraser.
« J’ai retrouvé les monstres qui ont attaqué mes chevaliers en formation et je les ai tués. »
En entendant sa voix, Maxi releva les yeux de la poitrine de Riftan. Il passa une main dans ses cheveux d’un noir de jais, plus sombres encore, mouillés, puis reprit d’un ton quelque peu embarrassé :
« La rencontre m’a couvert de sang, alors je suis en train de le rincer. »
« Mais vous pourriez aller vous laver dans votre ch-chambre. Je vais demander qu’on prépare un bain t-tout de suite… »
« Mais j’étais dans un état lamentable. Je te dis que j’avais l’air d’une goule. »
Il marmonna entre ses dents. Une servante prit la gourde qu’il tenait, la remplit d’eau, et il s’en versa de nouveau sur la tête. Maxi recula pour éviter l’eau qui ruisselait, tandis que Riftan secouait la tête comme un chien pour se sécher, puis reniflait son avant-bras.
« Bon sang, cette odeur de sang ne part pas. »
« A-alors, pourquoi ne pas… monter dans votre chambre ? Lavez-vous au savon, je vous assure… ça partira. »
Elle dit cela en s’essuyant légèrement le visage avec les manches de sa robe. En la voyant, Riftan s’écarta brusquement, comme s’il s’était brûlé. Sa réaction soudaine fit écarquiller les yeux de Maxi. Son expression trahissait l’agacement ; il parla avec précaution.
« Ne salis pas tes vêtements pour rien. Le sang des loups-garous a une odeur répugnante. »
« Ce ne sont que des v-vêtements… Ça ira, je n’aurai qu’à me changer. »
Les manches flottantes de sa robe, Maxi s’approcha pour essuyer l’eau qui dégoulinait de ses joues et de sa nuque. Riftan eut un mouvement de recul, comme s’il allait la repousser, puis baissa doucement la tête. Elle sourit légèrement en le voyant agir comme un animal de compagnie qui pressait sa tête contre la main de son maître, et écarta de son front ses cheveux ruisselants. Le lobe de l’oreille de Riftan semblait rougeoyant ; elle se demanda si c’était à cause du soleil ou s’il avait de la fièvre. Inquiète, Maxi lui toucha l’avant-bras et fronça les sourcils en constatant qu’il était froid.
« Ton corps… est froid. Il fait encore froid… malgré le temps… »
« Ça ne me dérange pas. Un jour, en plein hiver, j’ai brisé la glace d’un lac pour me laver… »
« Ne sois p-pas stupide. Si tu attrapes un r-rhume, qu’est-ce que tu vas f-faire ? »
Riftan écarquilla les yeux devant l’insistance véhémente de Maxi. Elle baissa timidement le regard, se demandant si elle avait été trop familière, mais il se contenta de ramasser une tunique détrempée. Après s’être essuyé le corps à plusieurs reprises pour en retirer le sang, il jeta le linge crasseux aux servantes.
« Lavez-la et faites-la tremper dans de la lessive. Si l’odeur persiste, brûlez-la. »
« Oui, mon seigneur. » Riftan jeta un coup d’œil à Maxi tandis que les servantes s’empressaient de faire la lessive. « Allez, rentrons. »
Soulagée, elle se mit à ses côtés et le suivit. Riftan était tellement trempé qu’à chacun de ses pas, il laissait une flaque sombre sur le sol. Maxi les contempla et prit la parole d’un ton ferme.
« À partir de maintenant… rentrez directement dans votre ch-chambre. Ne faites p-pas ça dehors. »
« Et quoi, je dois revenir trempé jusqu’aux os et couvert de sang pour t’effrayer encore ? »
Maxi fronça les sourcils devant sa réponse brusque, mais ne put s’empêcher d’être gênée en comprenant qu’il parlait de l’attaque de la horde d’ogres.
« C-c’était la première fois que je voyais des monstres… j’étais bouleversée. »
« Si tu le dis… » Il marmonna d’un ton sceptique. Il semblait avoir compris qu’elle mentait sur ce qui lui faisait vraiment peur. Elle jeta un regard inquiet autour d’elle.
« Maintenant… je n’ai plus peur de voir du sang comme avant… vous n’avez pas à vous en inquiéter. »
À ces mots, le visage de Riftan s’assombrit, surtout lorsqu’elle affirma qu’elle n’avait plus peur du sang. Il la fixa d’un regard perçant.
« Je n’ai pas l’intention de t’habituer à ce genre de spectacle. »
Maxi ne trouva rien à répliquer et garda le silence. Une étrange tension s’installa entre eux. Riftan semblait vouloir ajouter quelque chose, mais elle évita son regard et le suivit dans le château.
Elle le suivit avec hésitation tandis qu’il traversait le hall et appelait un serviteur qui attendait à proximité.
« Écoute, prépare de l’eau pour le bain et monte-la dans la chambre. Apporte aussi des vêtements propres. »
« Oui, mon seigneur. »
« Après le bain, je prendrai mon repas dans la chambre. Prépare-le et apporte-le à l’heure. »
Il donna ces ordres d’un ton sec, comme un militaire, puis gravit rapidement l’escalier. Maxi agrippa l’ourlet de sa robe et se hâta de le suivre. Riftan monta deux étages à grandes enjambées, puis ouvrit la porte de la chambre, qui était bien chaude grâce au feu que Ludis avait allumé à l’avance dans la cheminée. Il entra avec précaution en évitant le tapis et retira ses bottes.
« Putains de louveteaux… Ils m’ont salopé mes belles bottes. »
Elle referma la porte derrière elle et le regarda jurer. Une légère puanteur s’échappait de ses bottes de cuir trempées, ce qui le fit grimacer ; il les jeta dans un coin. Maxi prit une serviette et la lui tendit.
« S-séchez-vous… d’abord. »
« Pas besoin. Je vais prendre un bain, de toute façon. »
« Vous ne devriez pas rester trempé p-pendant que l’eau du bain chauffe. »
Il jeta un regard à la flaque sous ses pieds, soupira et prit les serviettes qu’elle lui tendait.
Maxi s’approcha de la cheminée et remua le bois qui brûlait dans l’âtre avec une tige de fer pour attiser le feu, puis en ajouta soigneusement quelques bûches.
En entendant un bruissement derrière elle, elle tourna la tête par-dessus son épaule et retint son souffle en voyant Riftan retirer son pantalon mouillé. Ses fesses parfaitement dessinées se contractèrent lorsqu’il se pencha, révélant ses longues jambes musclées. Elle songea à détourner le regard par bienséance, mais resta figée, incapable de bouger, comme une statue. Maxi le dévisagea, hébétée, comme si son cerveau avait cessé de fonctionner.
Depuis quelques semaines, elle avait à peine l’occasion de voir son mari une fois par jour ; elle ne se souvenait même plus de la dernière fois où elle avait senti son corps se presser contre le sien pour lui donner du plaisir. Le désir lui emplissant les pensées, Maxi sentit son cœur battre à grands coups et ses joues s’échauffer. À cet instant, Riftan se tourna vers elle, comme s’il avait senti son regard avide.
Maxi se retourna aussitôt et se mit à tisonner le feu, comme si l’âtre venait soudain de devenir passionnant. Elle était gênée d’avoir été prise en flagrant délit, à baver devant la nudité de son mari ; ses oreilles rougirent.
Reprends-toi, je t’en prie, et cesse de te comporter comme une perverse en manque ! Tiens-toi tranquille et avec grâce, comme une noble dame…
Tandis que Maxi se réprimandait intérieurement, elle entendit derrière elle une voix tendue.
Note – Nymeria : Les gars, c’est la première fois que je me reconnais autant en Maxi, elle a tellement soif mdr