Chapitre 164
Chapitre 164
Traducteur – LF
Relectrice – Nymeria
« Une alliance semble se former entre des monstres humanoïdes du plateau de Pamela, au nord du Livadon. Des hommes-lézards et des trolls très intelligents ont constitué une vaste armée de monstres qui s’est mise à piller les villages. D’après ce que nous avons appris juste avant de quitter le Livadon, l’armée des trolls a même ravagé un territoire assez étendu dans le nord. »
« Une alliance de grande ampleur entre les monstres ? »
Le chevalier écarquilla les yeux, tout comme Maxi, abasourdie par cette nouvelle invraisemblable.
« Admettons que les monstres aient formé une alliance. Au mieux, elle aurait la taille d’un petit village. De toute ma vie, je n’ai jamais entendu parler de monstres humanoïdes rassemblant de grandes armées. »
« Personne n’a jamais tenté de s’enfoncer dans le plateau de Pamela. Il est possible que des monstres très intelligents y aient bâti une civilisation à l’échelle d’un royaume, bien au-delà de simples villages, sans que nous le sachions. »
Maxi pâlit et se sentit défaillir tandis que le jeune chevalier poursuivait son récit avec gravité. Son corps trembla d’horreur à la pensée de hordes de monstres pillant les terres des humains. Même le visage de Lombardo se durcit, signe qu’il avait pris la mesure de la situation.
« Vos informations sont-elles fiables ? »
« Ce n’est qu’une rumeur, rien n’a été confirmé. Ce qui est certain, c’est qu’une armée de monstres composée d’hommes-lézards, de trolls et de gobelins rouges a commencé à mener des raids organisés. »
Gabel réfléchit en se caressant le menton. « Pensez-vous que le Livadon puisse gérer la situation ? »
Le jeune chevalier secoua la tête avec inquiétude, les yeux plissés et le front ridé.
« Je pense qu’il y a de fortes chances que chacun des Sept Royaumes envoie bientôt des chevaliers. »
« Si cela arrive, c’est Wedon, leur allié à l’ouest, qui sera le premier appelé en renfort. »
« Vous voulez dire… que les C-Chevaliers du Dragon rouge partiront en campagne au Livadon ? »
Maxi, qui avait suivi leur conversation avec attention, l’interrompit soudain. Elle savait qu’elle n’aurait pas dû intervenir, mais l’impatience l’avait gagnée et elle n’avait pas pu s’empêcher de poser la question. Ce ne fut qu’alors que Gabel remarqua son teint livide et secoua vivement la tête.
« Les Chevaliers du Dragon rouge ne sont rentrés que l’année dernière, après trois ans de campagne militaire. Même si l’on demande des renforts, seuls les chevaliers royaux seront envoyés, et ce sera à eux de partir. »
« Rien ne le garantit. D’après les mages, cette migration massive de monstres est due à l’armée maléfique qui se cache sur le plateau de Pamela et a déferlé sur le nord. C’est un problème grave qui concerne tout le continent occidental. Anatol sera évidemment appelée en renfort, elle aussi. Nous devons nous préparer. »
« Nous en discuterons au retour du capitaine. »
Sir Gabel lança un regard noir au jeune chevalier, qui ne savait pas lire l’ambiance. Maxi comprit qu’il cherchait à mettre fin à la conversation pour elle et se leva précipitamment.
« Il a l’air d’aller m-mieux… Je dois y aller, m-maintenant. »
« Je vais vous raccompagner jusqu’à votre chambre. »
« C-ce n’est pas la peine. Je peux y aller seule. »
« J’insiste. Vous avez besoin d’une escorte, même à l’intérieur du château. »
Sir Gabel insista fermement et se dirigea aussitôt vers la porte. Maxi demanda à Sir Lombardo de prévenir Ruth, à son retour, pour qu’il examine de nouveau le patient : il se pouvait qu’il lui reste du venin dans le corps. Puis elle quitta les quartiers des chevaliers. Le soleil s’était couché et le ciel se teintait d’orange écarlate.
« J’ai appris que vous aviez épuisé une grande partie de votre mana l’autre jour, madame. Est-ce que vous allez mal ? »
« C-ce n’était rien. Ne vous inquiétez pas… Je ne vais pas m’évanouir de nouveau. »
Gabel se pencha pour examiner attentivement son visage. Ce n’est qu’après avoir constaté que son teint était encore rosé qu’il hocha la tête, rassuré, et reprit sa marche.
Alors qu’ils avançaient côte à côte en silence, Maxi contempla avec inquiétude la montagne au loin. Après avoir appris qu’une armée de monstres semait le chaos, elle ne pouvait plus se laisser engloutir par le passé, alors que tant d’incertitudes les attendaient. Elle ressentait le besoin impérieux de s’y préparer. Comme aujourd’hui, quelqu’un pouvait être empoisonné ou grièvement blessé à tout moment ; dans ces cas-là, c’était elle qui pouvait répondre aux appels à l’aide. Grâce à ses talents de magicienne, le jeune chevalier avait échappé à la perspective de perdre ses bras à jamais.
Riftan avait dit qu’il n’avait pas besoin de son aide, mais aujourd’hui, c’était différent. Moi aussi, je peux faire quelque chose. Maxi s’accrocha désespérément à cette pensée. Son père lui avait répété d’innombrables fois qu’elle ne valait rien, mais aujourd’hui, elle lui avait donné tort.
Non. Ce n’était pas arrivé qu’aujourd’hui. Depuis son arrivée à Anatol, elle apprenait quantité de choses et s’efforçait de progresser. Si elle abandonnait tout maintenant, elle ne sortirait jamais de ce sentiment d’infériorité qui l’accompagnait depuis toujours. Elle resterait une incapable et une ratée toute sa vie, comme son père le lui avait prédit. Maxi avançait, le visage pensif, mais une lueur résolue brillait dans ses yeux.
***
Riftan ne rentra dans leur chambre que tard dans la nuit. Il semblait qu’ils avaient passé la soirée à discuter des nouvelles rapportées par le jeune chevalier à son retour de campagne au Livadon. Maxi avait décidé de l’attendre pour lui demander quels étaient ses projets, mais après de longues heures, épuisée par l’usage de son mana, elle ne put résister à la fatigue. Allongée sur le lit, elle s’endormit à un moment donné, comme si elle s’était évanouie.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, le soleil était déjà haut dans le ciel. En apercevant les draps vides à côté d’elle, elle laissa tomber les épaules.
La défense du territoire, la construction des routes, et maintenant les monstres… Pourquoi le monde ne pouvait-il pas laisser mon mari tranquille, ne serait-ce qu’un moment ? Elle soupira profondément et passa sa main droite dans ses cheveux ébouriffés comme un nuage.
« Madame, vous êtes réveillée ? »
« Ludis… »
Comme toujours impeccable, sans un cheveu de travers, la servante entra dans la chambre avec un plateau de nourriture. Maxi rit d’un air gêné, honteuse d’avoir dormi jusqu’à midi.
« Il est trop tard p-pour vous dire bonjour, n’est-ce pas ? »
« Le seigneur m’a demandé de vous laisser dormir autant que vous en aviez besoin. Il a dit que vous étiez fatiguée… » Ludis posa le plateau sur la table de chevet en souriant avec douceur.
Tout à coup, Maxi se demanda comment Riftan réagirait s’il apprenait qu’elle avait utilisé sa magie pour soigner le jeune chevalier la veille. S’y opposerait-il, comme il l’avait toujours fait, ou reconnaîtrait-il à contrecœur que sa magie avait été utile ? Tandis qu’elle se perdait dans ses pensées, Ludis lui tendit un thé à l’odeur singulière.
« Le mage m’a donné des feuilles médicinales et m’a dit que cela aiderait à reconstituer votre mana. »
Maxi prit la tasse et ouvrit de grands yeux. « Ruth est rentré ? »
« Il m’a donné la pochette de thé hier soir, en me disant de le faire infuser à votre réveil. »
Ludis ouvrit une pochette en cuir, où l’on voyait des feuilles séchées et des racines soigneusement préparées. Maxi avait appris à reconnaître les plantes médicinales et comprit aussitôt de quoi le thé était composé : un mélange de racines de mandragore et d’herbes séchées.
Maxi leva les yeux au ciel. Tout le monde semblait au courant de ce qu’elle avait fait avec sa magie la veille ; ils avaient dû en parler entre eux. Qu’est-ce que ce mage pouvait bien raconter dans son dos ?
« Je devrais le r-remercier. Peut-être qu’il est encore au château ? »
« Le mage ? » Ludis pencha la tête et posa une main contre sa joue, comme si elle cherchait à se souvenir. « Je l’ai vu descendre à la cuisine pour manger ce matin, mais après… Voulez-vous que j’aille vérifier à la bibliothèque ? »
« C-ce n’est pas la peine. J’irai m-moi-même. J’ai quelque chose à lui demander… »
Elle marmonna ces mots sans conviction en sirotant son thé et en soufflant dessus. Après avoir fini le breuvage légèrement amer, Maxi se contenta de remplir son estomac avec le repas apporté par Ludis, puis se lava le visage. Elle se coiffa, enfila une robe de soie bleu marine confectionnée par la couturière et se rendit directement à la bibliothèque.
Voilà un moment qu’elle n’avait pas vu Ruth, et cela la rendait un peu mal à l’aise. Elle entrouvrit la porte, le visage tendu, s’attendant à ce qu’il lui lance une remarque sarcastique parce qu’elle le dérangeait, mais le mage était introuvable.
Elle fouilla tous les recoins, jusque derrière la bibliothèque la plus éloignée, au cas où il se serait caché quelque part pour dormir. Comme elle ne trouvait aucune trace de lui et que les livres étaient rangés en piles bien ordonnées, elle soupira : il avait dû partir sur le chantier de la route. C’était un projet de grande envergure, qui traversait une chaîne de montagnes escarpées ; il ne faisait aucun doute qu’ils auraient besoin d’un mage pour bien plus d’une tâche.
Elle regarda par la fenêtre d’un air maussade, puis remit de l’ordre dans ses pensées. Même si Ruth n’était pas là, elle pouvait toujours se documenter seule. Elle parcourut les rayonnages et choisit un lourd atlas, repensant aux paroles du jeune chevalier.
« Le plateau de Pamela… »
Elle posa unépais livre sur le bureau et en tourna les pages jusqu’à trouver le nom dans la région nord-ouest. Maxi suivit du bout des doigts les contours d’une carte rugueuse. Le plateau de Pamela se trouvait à l’extrémité du Livadon, dans le nord, à la frontière du Balto. Elle plissa les yeux pour déchiffrer les lettres tortueuses inscrites sur le côté de la carte. La brève description de la région indiquait qu’il s’agissait d’une terre désolée et inhabitée, en raison de son climat rude et de son environnement aride.
Le front plissé, elle examina la page suivante, espérant y trouver des explications, mais n’en trouva aucune. Elle finit par refermer le livre. Après tout, les jeunes chevaliers avaient dit qu’on ne savait pas grand-chose de cet endroit ; cela expliquait l’absence de description détaillée dans un livre aussi ancien.
Maxi chassa rapidement sa déception et se remit à fouiller les rayonnages. Elle finit par trouver, dans un coin, plusieurs ouvrages consacrés aux monstres. Elle les sortit, les feuilleta, puis choisit une encyclopédie richement illustrée et retourna s’asseoir au bureau. Lorsqu’elle ouvrit le lourd volume à la couverture de cuir ouvragée, une odeur nauséabonde lui monta au nez. Maxi parcourut les pages jaunies en fronçant le nez. Dans le deuxième chapitre, elle trouva les noms des monstres dont elle avait entendu parler la veille.
« Troll… »
C’était le nom de ces monstres cannibales dont parlaient souvent les récits des bardes héroïques. Les yeux plissés, elle observa l’illustration détaillée. Le troll avait un aspect terrifiant, avec sa peau rugueuse qui rappelait celle d’un crapaud, son énorme nez recourbé, ses oreilles pointues, ses membres épais et musclés et son ventre rebondi. Ses yeux enfoncés, plissés sous des paupières gonflées, semblaient la fixer. Maxi contempla l’image saisissante, puis lut la description juste en dessous.
<Leur taille moyenne varie de 7 kvet (210 cm) à 8 kvet (240 cm). Leur force immense est à la mesure de leur corpulence. Ils sont très féroces et cruels de nature. Ils possèdent une remarquable capacité de régénération : même les blessures profondes guérissent en peu de temps. Ils vivent en groupes de trente à cinquante individus et sont plus intelligents que les gobelins, ce qui leur permet de fabriquer leurs propres armes et armures.>
En lisant ces mots griffonnés, Maxi sentit ses épaules se crisper malgré elle. Imaginer une armée de géants cannibales, assez intelligents pour fabriquer leurs propres outils, lui donna des frissons.
« Ça va, le plateau de Pamela est loin d’Anatol, presque à l’autre bout du continent… »
Pourtant, le fait que l’armée de monstres déchaînée soit loin d’Anatol ne la rassurait pas. Après tout, cette situation risquait d’obliger son mari à partir en campagne dans une région lointaine.
Maxi se mordit les lèvres avec inquiétude, puis tourna la page. Des illustrations de gobelins et d’ogres apparurent les unes après les autres. Elle lisait attentivement les descriptions qui les accompagnaient quand quelqu’un lui tapota soudain l’épaule. Surprise, elle bondit de sa chaise.
Note – Nymeria : J’ai corrigé le chapitre précédent et en ai fait la relecture. Désolée de ne pas avoir pu m’en occuper plus tôt, je ne me sentais pas bien et notre adorable administrateur de LNH a pris le relais pour le corriger un peu, pour vous ! Bref, j’ai l’impression que ce chapitre est un tournant dans l’évolution de Maxi.