Chapitre 161
Chapitre 161
Traducteur – LN
Relectrice – Nymeria
Maxi regarda Riftan et Agnes se disputer. Les voir se quereller en public était gênant, mais les chevaliers qui les entouraient semblaient habitués à leurs chamailleries et secouaient la tête d’un air blasé.
« Bon sang, dites-vous au revoir et partez, maintenant », lança Riftan.
« C’est toi qui as commencé ! »
« Tu comptes rester jusqu’au coucher du soleil ? » ajouta-t-il.
Les épaules d’Agnes tremblèrent brièvement, comme si elle s’efforçait de retenir une réplique, puis elle soupira. « Oui, les invités indésirables devraient s’en aller. »
« Merci, Votre Altesse. »
« R-Riftan ! » Maxi tira sur le bas de sa chemise.
Riftan baissa les yeux vers elle, puis se força à adresser un sourire de façade à Agnes. « Bon voyage. »
« Merci », répondit sèchement Agnes, mais elle sourit en se tournant vers Maxi. « Maximillian, merci également pour votre hospitalité. »
« J-Je vous souhaite bon voyage et bonne chance ».
« Je vous souhaite la même chose », dit la princesse avant de faire signe à ses hommes.
Ses chevaliers poussèrent des cris enthousiastes et suivirent Agnes sur le pont-levis, soulevant la poussière sous leurs pas. Maxi agita la main jusqu’à ce qu’elle disparaisse de son champ de vision. Elle s’était sentie mal à l’aise de voir Riftan et Agnes passer du temps ensemble, mais à présent, une étrange sensation de vide semblait remplacer son inquiétude.
« Rentrons dans notre chambre », lui dit Riftan.
Il l’étreignit fermement en regardant le château. Maxi se retourna dans ses bras pour le contempler : ses bras étaient épais et solides comme des troncs d’arbre.
***
Maxi acheva bientôt ses travaux de rénovation du jardin et du château. Le jardin était désormais luxuriant et verdoyant, avec des fleurs en pleine floraison. Au-dessus, les cris des colporteurs qui dressaient leurs oiseaux résonnaient dans le ciel. Dans le château, les vieux meubles avaient été remplacés, et chaque recoin était décoré ou nettoyé.
Pendant ce temps, Riftan était toujours occupé à superviser la construction de la route. Les chevaliers travaillaient à ses côtés de l’aube au crépuscule, tenant les monstres à distance.
Maxi finit par s’enliser dans une routine monotone. Les domestiques étaient diligents et compétents ; ils avaient peu besoin de sa surveillance. Auparavant, elle étudiait la magie pendant son temps libre, mais elle hésitait désormais à s’y remettre. Son manque d’intérêt pour le sujet nuisait à ses aptitudes ; sans l’enthousiasme qu’elle avait autrefois, elle mettait plus longtemps à mémoriser les formules complexes.
Dans le confort de sa chambre, elle soupira en effleurant les dos des livres rangés sur les étagères. Agnes lui avait dit qu’elle avait un don pour la magie de guérison, mais Maxi n’en était toujours pas tout à fait convaincue. Devait-elle continuer à étudier la magie, même si Riftan s’y opposait ? Son mari avait clairement fait comprendre qu’il ne voulait jamais de son aide, et Maxi était trop découragée pour insister après son premier refus.
Des rayons blancs de soleil inondaient la chambre par la fenêtre. Son regard se perdait sans cesse dans le paysage extérieur au lieu de se poser sur son livre, et la fiche d’exercices d’élocution que Ruth lui avait préparée ne l’intéressait plus. À quoi bon continuer ? Elle appuya la tête contre le rebord de la fenêtre et soupira de nouveau.
« Qu’est-ce que tu fais ? Tu es malade ? » demanda Riftan.
Maxi se retourna vivement et s’approcha de lui. « P-Pourquoi es-tu là à cette heure-ci ? »
Riftan était parti avant l’aube pour superviser la construction de la route. Maxi l’observa avec inquiétude, se demandant si un problème était survenu. Pourtant, il n’était pas blessé et se tenait droit comme toujours, dégageant une assurance indéniable. Ses cheveux luisaient comme de l’onyx noir, quelques mèches partant dans tous les sens.
Il l’examina méthodiquement, à l’affût du moindre signe de faiblesse. Après avoir retiré ses gants de cuir, il posa la main sur son front.
« Je devais revenir voir le forgeron, alors j’en ai profité pour passer te voir. Tu as de la fièvre ? »
« Oh, non. Je r-regardais juste dehors. »
« Tu soupirais. Tu t’ennuies ici ? » demanda-t-il, l’air préoccupé. « Tu voudrais inviter quelques nobles des environs et organiser un banquet ? »
Maxi ouvrit de grands yeux et recula, surprise. Riftan avait maintenant les moyens d’organiser un banquet, mais les chevaliers n’avaient pas le temps de savourer tranquillement leur repas, de boire et de recevoir des invités. Son offre était absurde, comme lorsqu’il lui avait proposé d’organiser une fête tous les jours de l’année. Pourtant, son visage montrait qu’il était sincère ; elle secoua donc rapidement la tête. Riftan fronça les sourcils et se pencha jusqu’à ce que leurs regards soient à la même hauteur. Il l’observait gravement, comme s’il cherchait à comprendre ce qu’elle avait en tête.
« Tu fais la tête depuis que les invités sont partis. Si la vie à la campagne t’ennuie… »
Maxi l’interrompit. « Non ! C-C’est seulement à cause de la chaleur. J’avais s-sommeil. Je ne veux pas organiser de banquet ni de festin. Je n’aime p-pas ce genre de choses. »
« Au château de Croix, tu n’es pas restée longtemps au banquet non plus », observa-t-il. « Tu t’es montrée un moment, puis tu es partie. »
Son ton sembla désapprobateur à Maxi. Voulait-il une épouse plus sociable ?
« Je v-veux être une bonne hôtesse et m’assurer que nos invités se sentent les b-bienvenus », déclara-t-elle avec résolution. « M-Mais, en général, je n’aime pas les événements bruyants. Même enfant, je ne les ai jamais aimés. »
« Pourtant, ça n’en avait pas l’air, pendant la fête. Je veux juste te voir prendre du plaisir… » Riftan grimaça en remarquant qu’il haussait la voix. Ses épaules se raidirent. « Alors, tu voudrais plutôt te promener avec moi ? » ajouta-t-il d’un ton plus doux.
« Tu n’as p-pas besoin de faire ça. Tu es occupé. »
« Pas au point de ne plus avoir le temps de respirer », répliqua Riftan, agacé. Il prit le manteau de Maxi, accroché au mur. « Tu ne veux pas passer du temps avec moi ? »
« Non, ton idée ne me déplaît p-pas. M-Mais, Riftan, tu travailles tout le temps. Tu n’as même pas le t-temps de dormir correctement. Au lieu de te promener, tu d-devrais te reposer un peu. Ce serait mieux pour toi. »
« Faire une sieste au lit, ensemble, me tente bien », dit Riftan en jetant un regard au lit avant de grimacer. « Mais je ne suis pas sûr de pouvoir simplement m’allonger près de toi et dormir tranquillement. »
Maxi rougit. Il posa une main sur son épaule, puis attacha l’agrafe de son manteau autour de son cou.
« Allons nous promener. Je n’ai pas encore vu de près le jardin que tu as aménagé. » Une brise fraîche entra par la fenêtre ouverte. Riftan renifla, puis fit une drôle de grimace. « Tout le château sent les fleurs. »
« Ça te déplaît ? »
« Non, c’est juste inhabituel », répondit-il sèchement. « Je suis habitué à l’odeur de la terre, des chevaux, de la sueur, du sang… »
Maxi avait l’impression que Riftan avait peut-être plus en commun avec les fleurs qu’elle. Comme son jardin, il débordait de vie ; il connaissait le quotidien, avec ses épreuves et ses entraînements. Il était assez fort et brave pour surmonter ses difficultés, tandis qu’elle n’était que vide.
« Allons d’abord chercher quelques rafraîchissements », dit Riftan d’un ton léger, dans l’espoir de lui remonter le moral.
Maxi sourit pour dissimuler son inquiétude. « Il y a quelques jours, j’ai a-acheté beaucoup de fruits frais. Il y avait de bonnes épices en promotion. Nous aurons l’embarras du choix. »
« Parfait. Ça fait longtemps que je n’ai pas mangé de fruits frais. Pas séchés ni marinés. »
Riftan regarda droit devant lui et sortit avec Maxi. Ils firent un bref arrêt aux cuisines, puis partirent avec un panier de framboises, de vin chaud, de pommes fraîchement cuites et de pain.
Maxi plissa les yeux lorsque la vive lumière du soleil l’inonda, faisant scintiller comme des bijoux la rosée sur les boutons de fleurs. Comparée au sol de pierre que les domestiques nettoyaient et faisaient briller chaque jour, l’herbe ressemblait à un tapis moelleux, d’une douce teinte bleutée.
« Tu as froid ? »
« Non, j’ai t-très chaud. » Elle lui prit la main et marcha lentement. L’arbre Uigru bourgeonnait à présent. Maxi sourit et laissa échapper un petit rire en admirant le feuillage. La magie de Ruth avait fonctionné : l’arbre avait enfin repris vie.
« Qu’est-ce qui te fait sourire et rire ? »
« L’arbre, là. Tu vois ? Les f-fleurs ont éclos. »
« Je croyais que cet arbre était mort. »
« Ruth m’a dit que l’a-arbre pouvait sembler mort, mais qu’il y avait de fortes chances qu’il soit encore vivant. À l’automne, il a utilisé sa magie », expliqua Maxi, puis elle s’interrompit en voyant Riftan se fermer. « Quelque chose ne va pas ? »
« Non », répondit-il sèchement en lui tirant le bras. « Je ne vois pas ce qu’il y a d’intéressant à voir un arbre laid se couvrir de feuilles. Allons regarder autre chose. Le jardin que tu observes toujours depuis notre chambre, par exemple. »
« Le marchand m’a recommandé quelques fleurs. J’en ai planté un mélange. J’espère qu’elles te p-plairont. »
Ils avancèrent à un rythme tranquille le long d’un sentier qui longeait les portes du terrain d’entraînement. Maxi sourit, ravie, en voyant le soleil filtrer à travers le feuillage et illuminer le visage de son mari.
Elle aimait le regarder et, en même temps, craignait de le décevoir. Ses yeux naturellement cruels et perçants, son grand corps imposant, qui se mouvait avec souplesse même quand il était détendu… Elle admirait tout chez lui et n’avait plus peur de son apparence.
Elle ne comprenait pas pourquoi un homme aussi beau éprouvait tant de passion pour une femme comme elle. Quoi qu’il en soit, son cœur semblait se remplir de lui un peu plus chaque jour.
« Le jardin est encore plus beau vu de près. »
Ils arrivèrent enfin. Un mélange de fleurs colorées était en pleine floraison, et Riftan prit la parole.
Note – LN : Haha, Riftan a balayé la légende de l’arbre Uigru en trois phrases.
Nymeria : Les amis, la réaction de Riftan à propos du chêne… Riftan est suspect.