Chapitre 160
Chapitre 160
Traducteur – LN
Relectrice – Nymeria
Le lendemain, Agnes et ses hommes commencèrent à préparer leur retour au palais. Avec l’aide de Rodrigo, Maxi passa en revue la liste des bagages tout en coordonnant les domestiques chargés de préparer le départ de leurs invités.
Au départ, elle avait prévu de consulter Riftan pour choisir un cadeau à offrir au roi, mais les os et la peau des monstres occupaient presque toute la place disponible dans les carrosses. De plus, entre les prises d’Agnes lors des chasses aux monstres et ses achats en ville, les domestiques ne purent caser que quatre tapisseries et six coupes à vin serties de rubis, dans les espaces restants.
« A-avez-vous inspecté les carrosses ? » demanda Maxi à Rodrigo.
« Oui, madame. J’ai remplacé une roue et fait nourrir les chevaux. Les forgerons comptent aussi vérifier leurs fers avant le départ. » Maxi continua de parcourir la liste pendant que Rodrigo lui faisait son rapport. Il l’observa un instant en silence, puis reprit d’un ton hésitant : « Madame, vous venez à peine de vous remettre. Si vous avez besoin de repos, laissez-moi m’occuper de tout. »
Maxi lui adressa un sourire contrarié. Le caractère surprotecteur de Riftan semblait avoir déteint sur les domestiques. Dès qu’elle s’affairait à quelque chose, quelqu’un lui conseillait désormais de se reposer.
Elle bougea son corps frêle et regarda la jupe de sa robe vert pâle frémir doucement. Avait-elle l’air malade ? Elle savait qu’elle n’avait rien de particulièrement robuste, mais elle n’allait pas s’effondrer pour être restée debout. Maxi releva la tête et répondit avec assurance :
« Je… je ne suis pas malade. Je me suis assez reposée, merci. Je vais bien, maintenant. »
« Je suis heureux de l’entendre, madame, mais ne vous épuisez pas. »
« Oui, je sais », répondit Maxi avec ironie, sans se laisser troubler par les paroles de l’intendant. Elle se tourna vers les domestiques qui s’affairaient dans le château. Elle voulait aider le personnel débordé et refusait qu’on la traite comme une vieille femme fragile. Elle remonta le couloir d’un pas assuré, l’air détaché, pour donner l’impression de maîtriser la situation.
Agnes et ses chevaliers inspectaient leurs armes, leurs artefacts magiques et leur équipement près de la grande salle. Un chevalier avait expliqué à Maxi que traverser les monts d’Anatolium était déjà dangereux en soi ; il leur fallait donc se préparer aux embuscades de monstres. Les chevaliers harnachaient leurs chevaux d’armures protectrices et fixaient des lames acérées sur les toits plats des carrosses pour empêcher les monstres de s’y percher. Enfin, ils se mirent à vérifier que leurs armures personnelles ne présentaient aucun défaut. Même les suivants étaient légèrement armés d’épées et de cuirasses de cuir. Au lieu de rentrer chez eux, le groupe semblait partir à la guerre.
« Maximilian ! » Agnes lui fit un signe de la main, tout sourire. « Merci d’avoir aidé mes hommes et moi à faire les bagages. »
« Oui. N’hésitez pas à me dire s’il vous faut autre chose. »
« Il nous faut seulement assez de nourriture et d’eau pour rejoindre le domaine du baron Luvein. Avec davantage de marchandises, les manœuvres deviendraient dangereuses. Le poids supplémentaire ralentirait notre progression. » Agnes parcourut la liste de Maxi et hocha la tête, satisfaite. « Elle me semble juste. »
« V-vous aviez demandé des médicaments ce matin ? »
« Trente shekels de potion détoxifiante, soit environ trois cent trente grammes, et vingt shekels de potion de récupération, soit environ deux cent vingt grammes, suffiront », répondit Agnes.
Maxi nota les quantités, puis remit la liste à Rodrigo. La princesse suivit l’échange avec un sourire triste.
« J’ai mal à la tête depuis l’aube. J’avais envisagé de repousser mon départ de quelques jours, mais mon père m’a envoyé un message urgent. » Elle soupira en désignant un faucon messager perché sur l’un des carrosses.
Maxi écarquilla les yeux. « S-s’est-il passé quelque chose dans la capitale ? »
« Les querelles habituelles. Encore un différend territorial. » Agnes se frotta le front. « Après la saison des pluies, ces fichus imbéciles qui sont restés enfermés toute la journée se mettent à faire du bruit, comme des ours qui sortent d’hibernation. Il n’y a donc jamais de journée tranquille ? »
Le cœur de Maxi se serra. Elle se rappela que les chevaliers de Croix quittaient souvent le domaine pour participer aux campagnes militaires de son père. Les chevaliers semblaient passer la majeure partie de leur vie sur les champs de bataille.
« R-Riftan devra lui aussi partir, un jour. » Maxi parla d’une voix grave, tentant de cacher son abattement.
« Oui, si le conflit prend assez d’ampleur pour nécessiter les Chevaliers du Dragon rouge », répondit Agnes avec sa bonne humeur habituelle, tout en vérifiant que les marchandises étaient bien attachées à sa selle. Maxi baissa le visage et tenta de relire la liste, mais ses yeux, brouillés de larmes, l’empêchaient de distinguer les mots. Elle se mordit la lèvre pour dissimuler sa déception.
« Le moment venu, Maximilian, vous pourrez venir aussi. »
Maxi releva la tête. « M-moi ? »
« Vous êtes bien magicienne, non ? » Agnes pencha la tête, surprise par sa réaction. « Si une crise est assez grave pour réclamer l’aide de Riftan, son groupe aura aussi besoin de magie de guérison. Les conflits sont trop nombreux dans ce monde, et les magiciens ne suffisent pas à la tâche. Il pourrait bientôt avoir besoin de vous, Maximilian. »
« Oh, je… je ne sais pas si je serais utile. J’ai commencé à apprendre la magie il n’y a pas si longtemps. La d-dernière fois que j’ai utilisé un sort de guérison, je me suis évanouie. Je… je ne semble pas avoir beaucoup de mana. »
« La pratique fera progresser votre magie à une vitesse fulgurante », déclara Agnes en fronçant les sourcils. Elle semblait s’être attendue à une réaction plus enthousiaste de la part de Maxi. « Les chevaliers m’ont dit que vous n’aviez commencé à apprendre la magie que quelques mois plus tôt. Pour une débutante, vous avez déjà accompli des prouesses impressionnantes, Maximilian. »
« Je n’ai lancé que de simples sorts de guérison. Ruth maîtrise bien d’autres types de magie. J’ai essayé d’autres branches avec lui, mais je n’ai pas beaucoup progressé. »
« Il n’est pas rare que les magiciens excellent dans certaines branches. Vous avez sans doute des dispositions pour la magie de guérison, Maximilian. Si vous vous entraînez quelques années et prenez quelques risques hors du château, je ne doute pas que vous deviendrez une grande guérisseuse. » Agnes était si convaincue du potentiel de Maxi que celle-ci commença presque à se demander si elle ne possédait pas, elle aussi, un don inné. La princesse baissa la voix pour l’encourager : « Ne renoncez pas aux talents que Dieu vous a accordés. »
Maxi fixa les yeux bleus d’Agnes, incapable de trouver ses mots. Pendant presque vingt-deux ans, son père l’avait traitée d’idiote bégayante. Depuis son arrivée à Anatol, elle s’efforçait de se comporter en noble distinguée, mais se décourageait souvent devant ses piètres résultats. Et voilà qu’une magicienne aussi puissante qu’Agnes, qui avait parcouru tout le continent, affirmait qu’elle avait un don. Maxi observa la princesse avec nervosité, cherchant à savoir si elle pensait vraiment ce qu’elle venait de dire. Agnes avait le visage doux, mais le regard ferme. Elle semblait sincère.
Maxi déglutit, puis répondit : « Je… je ferai de mon mieux. »
« Vous en êtes capable », sourit Agnes pour l’encourager. Elle lui tapota légèrement l’épaule, puis alla prendre des nouvelles de ses chevaliers.
Vous en êtes capable. Ces quelques mots firent naître une onde dans l’esprit de Maxi, comme si une idée nouvelle germait en elle : elle pouvait maîtriser son avenir.
***
Un dîner somptueux fut servi dans la salle à manger pour offrir aux invités un adieu informel. Le repas était un peu trop simple pour qu’on puisse parler de festin, mais les convives mangèrent avec plaisir, sans se plaindre. Tous les chevaliers du Dragon rouge étaient présents pour souhaiter bonne route à Agnes et à ses hommes. Après une brève cérémonie d’adieu, les chevaliers se rangèrent à l’extérieur du château.
Agnes enfourcha sans tarder son cheval bai-brun, désireuse d’installer le campement au pied des montagnes avant le coucher du soleil.
« Merci à tous pour votre générosité. J’ai passé un merveilleux séjour », dit Agnes en souriant à Maxi. Elle remerciait son hôtesse comme le voulait l’étiquette, ainsi qu’il convenait à une princesse.
« N-non. J’aurais aimé être une meilleure hôtesse. »
« Assez de formalités. » La princesse regarda par-dessus son épaule pour s’assurer que son groupe était prêt à partir. Trois carrosses chargés et ses suivants se trouvaient derrière elle ; ses chevaliers, à sa gauche et à sa droite, la fixaient, attendant le signal du départ. Six chevaliers du Dragon rouge s’étaient temporairement joints au groupe d’Agnes. Riftan leur avait ordonné d’escorter la princesse jusqu’à ce qu’elle ait quitté Anatol en toute sécurité. « Nous devrions y aller. »
Hebaron, qui faisait partie de son escorte, afficha un grand sourire en se grattant le dos.
« Vous êtes arrivée comme un typhon en mettant tout sens dessus dessous, et vous repartez comme le tonnerre. Vous tenez absolument à marquer les esprits de tous ceux que vous croisez ? »
« Je déteste l’idée de laisser du désordre derrière moi », répondit Agnes.
« C’est parce que vous êtes trop impatiente et téméraire. » Debout au premier rang, les bras croisés sur la poitrine, Riftan marmonna sa remarque d’un ton sarcastique. Agnes éclata de rire, comme si les soupçons de Riftan étaient absurdes.
« Lord Calypse est la dernière personne qui devrait me faire la leçon sur la patience. »
« Ne va surtout pas me parler de patience », prévint Riftan. « Je ne t’ai pas élevé la voix une seule fois. Cela fait des semaines que je supporte ta présence, alors que tu tentes de me forcer la main avec tes manigances. »
« Tu ne m’as pas élevé la voix ? » répéta Agnes, déconcertée.
Note – Nymeria : Agnes s’en va 🙁 Elle va me manquer, cette tornade ! J’adore la voir donner du courage à Maxi et renforcer sa confiance en elle.