Chapitre 157
Chapitre 157
Traductrice – LF
Relectrice – Nymeria
Note – Nymeria : Comme certains d’entre vous ont du mal avec les noms, petit rappel ! Dans ce chapitre, vous verrez Sir Gabel, Sir Hebaron Nirta et Sir Elliot Caron 🙂
Maxi se redressa et se tint bien droite. Comme l’avait dit la princesse, elle avait complètement recouvré la santé et était en parfaite forme. Elle avait bonne mine, les joues rosies et le visage plus rond. Pourtant, quand Riftan la regardait, l’inquiétude se lisait toujours dans ses yeux.
« Je suis navré de vous le dire, mais elle doit encore se reposer. De plus, Anatol accueille beaucoup de visiteurs en ce moment, ce qui rend la sécurité incertaine. Envoyer ma femme, qui n’a pas encore entièrement recouvré la santé, dans un endroit dangereux… »
« Cher Sir Calypse. Je n’ai pas dit que nous allions sur un champ de bataille. Nous allons simplement participer à une joyeuse fête du printemps, avec d’innocentes jeunes filles de la campagne. Savez-vous qu’à force de trop s’inquiéter, on finit par tomber malade ? »
La princesse l’interrompit et lui répliqua d’un ton acerbe, le défiant de ses yeux bleus flamboyants. Riftan lui rendit son regard noir, sans se laisser impressionner. Même les chevaliers, témoins de ces regards autoritaires, en eurent des sueurs froides, mais la princesse ne cilla pas et ricana même à ses paroles.
« Vous ne m’intimiderez pas. Si vous êtes vraiment inquiet, venez donc à la fête avec nous. »
« Perdre autant de temps à des activités aussi inutiles… ! » Riftan, qui avait commencé à hausser le ton, se mordit aussitôt la langue en voyant le visage abattu de Maxi. Elle reprit rapidement contenance.
« Je ne veux p-pas vous déranger, Riftan… Je vais b-bien… »
Par habitude, elle s’apprêtait à dire qu’elle allait bien, mais se rappela soudain qu’il détestait l’entendre prononcer ces mots et se mordit la langue. Quand le silence gêné se dissipa, la princesse croisa les bras devant sa poitrine et lança un regard sévère à Riftan, imposant sa volonté. Les chevaliers, assis en silence, le fixèrent eux aussi.
« Vous ne pourriez pas arrêter de faire cette tête et nous donner la permission ? Il n’y a rien de mal à aller à la fête du printemps du village. »
« C’est vrai. Votre femme a parfaitement le droit de profiter des fêtes d’Anatol autant qu’elle le souhaite. Si vous essayez de la garder trop étroitement sous votre coupe, elle finira par vous détester, capitaine. »
Hebaron et Gabel tentèrent de le convaincre, mais Riftan leur lança un regard noir. Les chevaliers haussèrent les épaules et se turent. Après être resté longtemps silencieux, l’air mécontent, Riftan finit par se lever en soupirant.
« Très bien. Préparez la voiture. Je vous accompagnerai. » Il accepta à contrecœur, puis plissa les yeux vers Maxi et claqua la langue. « Mais si tu montres le moindre signe de fatigue, je te ramène immédiatement au château. »
« O-Oui… ! »
Maxi hocha la tête, le visage illuminé de joie. Elle se sentait coupable de lui prendre du temps alors qu’il était occupé, mais ne pouvait cacher son bonheur à l’idée qu’il sorte avec elle. Tandis que Riftan ramassait ses affaires, Hebaron s’éclaircit la gorge et s’approcha.
« Je viens avec vous. Plus nous serons nombreux à vous escorter, mieux ce sera. »
« Sir Nirta n’a envie que d’aller reluquer les filles du village. » Gabel s’interposa soudain devant lui.
« Emmenez-moi, je vous en prie. Je me conduirai en chevalier et remonterai le moral des jeunes vierges innocentes à la fête du printemps. »
« Franchement, ce type ne vaut pas mieux que moi… »
« Elliot, tu viens avec moi. » Riftan mit aussitôt fin à leur dispute. « Et ne laissez surtout pas ces deux-là approcher du village. Je ne veux pas voir les femmes d’Anatol débarquer aux portes avec leurs bâtards. »
« Capitaine ! »
Il ignora les protestations et quitta la salle de réunion, un bras autour des épaules de Maxi. La princesse haussa simplement les épaules et leur emboîta le pas.
***
Ils prirent une voiture modeste jusqu’au village afin d’éviter d’attirer inutilement l’attention. Riftan et Sir Caron portaient des manteaux à capuche, peu ornés, et s’étaient habillés aussi simplement que possible, tandis que Maxi et Agnes avaient passé des capes sombres par-dessus leurs robes blanches.
Mais, une fois arrivées sur la place du village, la princesse remarqua que les femmes étaient bien plus nombreuses qu’elle ne l’avait prévu et rejeta aussitôt sa cape.
« Même sans cape, nous ne devrions pas nous faire remarquer. »
« Il vaut mieux se déguiser, par sécurité. »
« Avec cette cape, nous avons seulement l’air plus suspectes. » Sans détour, elle dénoua ses cheveux blonds étincelants. « Tout le monde s’est habillé pour l’occasion. Nous ne pouvons pas être les seules à être vêtues ainsi, n’est-ce pas ? »
« Euh… Ça… Je… »
« Ne fais pas cette tête, enlève la tienne aussi, Maximilian. Profite de l’occasion pour te mettre en valeur. »
Comme la princesse tirait sur l’ourlet de sa cape, Maxi ôta à son tour ce vêtement étouffant, faisant mine de céder. Riftan, qui était resté raide et mécontent pendant tout le trajet, entrouvrit les lèvres, puis laissa retomber ses épaules, comme s’il avait perdu toute énergie.
« … Faites comme vous voulez. »
« Tu vas faire comme tu veux ? » répliqua la princesse avec sarcasme en arrachant la cape des mains de Maxi, qui essayait de la remettre.
Riftan fronça les sourcils, mais la princesse prit un air innocent et ignora son regard noir. Sir Caron, quant à lui, contemplait le paysage par la fenêtre, de loin, refusant de s’immiscer dans leur querelle.
Coincée entre eux, Maxi fit semblant de lisser les plis de sa jupe. Au bout d’un long moment, la voiture s’arrêta et elle poussa un soupir de soulagement. L’atmosphère était tendue et étouffante dans la voiture.
« Nous sommes assez loin de la place où se trouve le cœur de la fête. »
La princesse marmonna en descendant de voiture, aidée par Sir Caron. Elliot lui adressa un sourire aimable.
« La place est un peu encombrée par tous les stands de la fête. Et puis, le printemps ne se savoure-t-il pas mieux dans les champs, au milieu de l’herbe ? »
Maxi suivit la princesse et descendit à son tour, promenant autour d’elle un regard curieux. Des tentes de toutes les couleurs étaient dressées à intervalles réguliers dans un vaste champ aux reflets bleutés. Les gens faisaient des affaires, s’installaient autour des tables pour jouer aux cartes, boire de l’alcool ou manger dans des échoppes en plein air.
« Allez donc boire un verre ou autre chose. »
Riftan lança une pièce au cocher. Maxi, qui tournait la tête de tous côtés pour examiner les environs, fut ramenée contre lui d’un geste possessif. Le vieux cocher ôta son chapeau, s’inclina avec gratitude, puis conduisit la voiture à l’abri. Beaucoup de visiteurs étaient venus en voiture, semblait-il : plusieurs chariots étaient garés derrière les tentes.
« Il y a plus de visiteurs cette année. »
« N’est-ce pas grâce à la réputation des Chevaliers du Dragon rouge ? De plus en plus de voyageurs doivent être curieux de découvrir les terres protégées par les chevaliers les plus puissants du monde. » La princesse prit un air fier.
Maxi écouta leur conversation tout en observant l’animation de la fête. Il semblait y avoir davantage de monde que lorsqu’elle était venue au marché avec la princesse. Des hommes vêtus de haillons, qui avaient l’air d’être des voyageurs, des bardes qui jouaient tête nue, de jeunes filles venues participer aux festivités, toutes sortes de boissons et de mets à vendre, ainsi que quelques gardes chargés de veiller à la sécurité.
« Maximilian, regarde ! » La princesse entraîna soudain Maxi, subjuguée par la fête, vers une tente. Maxi la suivit jusqu’à un groupe de jeunes filles qui vendaient des couronnes de fleurs à côté d’une scène décorée de drapeaux colorés. « Tout le monde en porte une, alors je me suis dit qu’ils devaient en vendre quelque part. »
La princesse en acheta deux, s’en posa une sur la tête et déposa l’autre sur celle de Maxi. Celle-ci la toucha d’un air étonné. Les tiges piquantes, emmêlées dans ses cheveux ondulés, lui inspiraient une certaine inquiétude, mais elle ne pouvait refuser ce geste. Elle lui adressa un sourire gêné et reconnaissant, et la princesse se détourna, satisfaite.
« On se croirait des dryades, pas vrai ? »
« Ça… vous va v-vraiment bien. »
« À toi aussi, Maximilian. Tu es ravissante. » Elle la complimenta avec joie et lui reprit la main. « Allez, allons jouer aux cartes sous cette tente. »
« Arrête de courir partout. »
Riftan, qui les suivait de près, barra le chemin à la princesse. En attirant Maxi contre lui, il serra les dents d’un air menaçant.
« Ma femme n’est pas ta servante, que tu peux traîner partout où bon te semble. Si tu as besoin de traîner quelqu’un derrière toi, prends un foutu chien ! »
« Oh là là ! Quelle grossièreté ! »
La princesse Agnes fit la moue et Maxi blêmit. La princesse n’avait pas exactement dit qu’elle doutait de la loyauté de Riftan, mais elle appartenait tout de même à la famille royale. Si elle se vexait et rapportait au roi Reuben des propos défavorables à son sujet, cela pourrait déclencher une catastrophe.
« Ri-Riftan… ! Quelle façon irrespectueuse de parler à Son Altesse ! »
« Oui, c’est vrai ! Vous êtes grossier ! »
Maxi pâlit encore davantage devant la princesse. « Vous ne pouvez pas lui parler ainsi… à une dame. Vous êtes chevalier. Vous devez vous montrer poli. »
« C’est vrai ! C’est vrai ! »
Riftan regarda Maxi d’un air perplexe, puis lança un regard meurtrier à la princesse. Agnes prit la main de Maxi sans ciller, affichant un sourire boudeur.
« Nous sommes venues nous amuser, alors laissons ce rabat-joie sans scrupules de côté et profitons de la fête autant que nous le voulons. Qu’ils restent tranquillement en retrait à nous regarder nous détendre et nous amuser. »
Maxi jeta un regard inquiet à Riftan, puis suivit la princesse, faisant semblant de céder. À vrai dire, elle aussi voulait profiter librement de la fête, et l’entêtement de la princesse ne la dérangeait pas.
Contrairement à elle, qui traînait toujours et hésitait, la princesse semblait incapable de résister à l’envie de courir satisfaire sa curiosité. Dès qu’elle voulait voir quelque chose d’étrange ou de nouveau, elle prenait Maxi par la main et partait sans hésiter. Maxi participa avec entrain à toutes sortes de jeux. Emportée par l’énergie débordante de la princesse, elle se mit elle aussi à profiter pleinement de la fête. Même ses pensées inquiètes semblaient s’être envolées dans le tumulte de l’atmosphère festive.
Note – Nymeria : La remarque de Riftan sur les bâtards d’Hebaron et de Gabel qui pourraient débarquer au village m’a fait mourir de rire ! Et franchement, dans ce chapitre, Agnes m’a donné des vibes lesbiennes ! Ahah