Chapitre 155
Chapitre 155
Traductrice – LF
Relecture – Nymeria
« Cela dit, je ne peux pas vraiment te féliciter d’avoir été assez imprudente pour épuiser ta mana. »
« E-enfin, c’était la première fois que je soignais des blessures aussi graves… J-je ne savais pas quelle quantité de mana cela consommerait. Quand ma mana s’épuise… Je ne savais même pas ce qui allait se passer. »
« Tu as appris auprès de l’incarnation même de l’irresponsabilité, et c’est insensé. » Soudain, le ton de la princesse Agnes se fit amer. « Je n’arrive pas à croire que cet homme n’ait pas pris la peine de t’enseigner les précautions essentielles à prendre quand on utilise la magie. Je te conseille de trouver un professeur digne de confiance dès que possible. »
« Ruth… est un bon professeur. Même s’il est occupé, il fait de son mieux… pour m’enseigner la magie. »
« Mais ce n’était pas suffisant. »
Maxi tenta de défendre Ruth, mais se mordit bientôt la lèvre et se tut, refroidie par le ton de la princesse. L’hostilité d’Agnes envers Ruth semblait plus forte qu’elle ne l’avait imaginé. Maxi garda le silence, ne voulant pas se disputer inutilement avec Agnes ; mais, prenant ce silence pour un aveu, la princesse reprit d’un ton détaché :
« Pourquoi ne viendrais-tu pas dans la capitale avec Riftan ? Je m’arrangerai pour qu’un éminent mage du palais t’enseigne la magie. Si tu désires sincèrement apprendre et pratiquer la magie, il est essentiel que tu aies un professeur compétent. »
« J-je suis satisfaite d’apprendre auprès de Ruth. Et puis, je ne v-vois pas Riftan quitter Anatol… »
« S’il apprenait que tu souhaites vivre dans la capitale, je suis sûre qu’il changerait d’avis. Réfléchis-y, je t’en prie. À Drachium, tu pourrais vivre dans un plus grand luxe. Le palais donne chaque jour de grands banquets, et la ville regorge de choses à voir. Tu pourrais aussi fréquenter librement d’autres dames. »
Maxi leva les yeux vers son ravissant visage, le cœur lourd. La capitale devait regorger de dames aussi belles et pleines de vie que la princesse. Si elles vivaient entourées de gens magnifiques, telles des paons, son mari finirait peut-être par la trouver ennuyeuse. Mais même sans cette inquiétude, Maxi n’avait pas le moindre intérêt pour la vie dans la capitale. Elle répondit avec une détermination sans faille :
« Je vous suis reconnaissante de votre o-offre… mais je suis c-contente de ma vie ici. »
Comme si elle cherchait à convaincre Maxi, la princesse claqua la langue et poussa un profond soupir.
« Je vois. Vous êtes aussi têtus l’un que l’autre. »
« Princesse Agnes… voulez-vous e-emmener Riftan avec vous d-dans la capitale ? »
« Mon père veut garder Riftan auprès de lui. Il compte renforcer l’unité de Wedon en montrant aux nobles qu’il est loyal à la famille royale. Si les nobles voient qu’un chevalier puissant suit le roi, la loyauté des seigneurs envers la famille royale s’en trouvera renforcée. » Un sourire amer se dessina soudain sur le visage de la princesse. « C’est pour cela qu’ils ont essayé de nous forcer, Riftan et moi, à nous marier. Le roi craint que Riftan ne trahisse Wedon et ne parte pour Livadon ou Osyria, car tous les souverains du continent convoitent le plus puissant des chevaliers. »
« Riftan… tient beaucoup à Anatol. Il n’a p-pas l’intention d’abandonner cette terre. »
Maxi répondit vivement, surprise que la famille royale nourrisse de tels soupçons quant à la loyauté de Riftan. La princesse haussa légèrement les épaules, puis acquiesça avec douceur.
« Je le pense aussi. J’ai vu Riftan risquer sa vie pour rendre à Anatol sa prospérité. S’il avait eu l’intention de s’installer dans un autre royaume, il ne se serait pas donné tant de mal. Si quelqu’un en informait le roi, il serait certainement soulagé. »
Maxi observa attentivement le visage d’Agnes, puis demanda :
« Votre Altesse… êtes-vous venue e-espionner Riftan ? »
La princesse ne répondit pas, mais son sourire indéchiffrable suffit à répondre à la question de Maxi.
« Je ne voulais pas vous retenir si longtemps… On dirait que je vous ai troublée. Je ferais mieux de m’en aller. » Elle se leva de sa chaise et lui adressa un doux sourire. « Vous devez vous reposer suffisamment pendant un jour ou deux, le temps que votre mana se reconstitue. Je vous souhaite un prompt rétablissement. »
« M-merci. »
Pour la première fois, une lueur de compassion éclaira les yeux bleus et froids d’Agnes. La princesse la contempla un instant avec douceur, puis se détourna pour quitter la pièce. Maxi s’allongea sur le lit, épuisée.
***
Maxi avait l’impression d’avoir oublié comment dormir. Elle entrouvrit à peine les yeux et regarda autour d’elle : le soleil se couchait et une pénombre enveloppait la pièce. Elle se frotta les yeux, encore lourds, puis se redressa. Malgré son long sommeil, elle avait l’esprit embrumé et se sentait lasse.
« Comment te sens-tu ? »
Une voix retentit soudain au loin ; Maxi tourna la tête, surprise. Riftan était assis devant la cheminée, les longues jambes étendues.
« Q-quand êtes-vous r-rentré ? J’ai entendu dire que vous étiez parti en p-patrouille… »
« Je suis rentré dès que les chevaliers m’ont informé de l’accident. Je me suis dit que tu aurais besoin de quelqu’un pour veiller sur toi. » Il marmonna d’un ton sombre dans la pénombre, caressant doucement le dos du chat installé sur ses genoux. « Je n’arrivais pas à me concentrer, je me demandais sans cesse si tu dormais tranquillement dans ton lit. »
« Je n’ai fait que… rester dans ma chambre. »
« Je sais. Je n’ai pas cessé de te surveiller. »
Maxi leva les yeux au ciel devant la réponse sans détour de Riftan. Depuis combien de temps l’avait-il observée ? Riftan avait certainement besoin de repos autant qu’elle. Elle le regarda avec inquiétude tandis qu’il s’approchait de la cheminée et déposait dans leur panier les chats qui s’étaient accrochés à lui.
« Tu dois mourir de faim. Tu n’as presque rien mangé et tu as dormi longtemps. J’ai réchauffé la soupe. Tu peux en manger ? »
« Je crois que je peux en manger un p-peu. »
Riftan prit la louche et remua la soupe dans la marmite, en recueillit une portion et la versa dans un bol en bois.
« C’est chaud, fais attention. »
Maxi prit le bol et mélangea la soupe claire avec sa cuillère. C’était un bouillon léger, préparé avec des herbes finement hachées, de l’orge et des œufs. Elle souffla sur la vapeur qui s’en élevait, en prit une cuillerée avec une cuillère en bois et la porta à sa bouche. Tandis que la soupe chaude et juste assez salée lui coulait dans la gorge, son ventre se mit à gronder, comme s’il avait attendu cet instant. Ce n’est qu’alors qu’elle comprit à quel point elle était affamée et se mit à engloutir la nourriture. Riftan, assis sur le lit, la regardait et poussa un soupir de soulagement.
« Vu que tu as retrouvé l’appétit, tu dois vraiment aller mieux. »
« Je v-vous répète que ça va. »
« Que tu ailles bien ou non, tu dis toujours que ça va. »
Il lui répondit froidement, puis retourna près de la cheminée et suspendit une petite bouilloire au-dessus du feu. Maxi garda sa cuillère en main et le regarda avec prudence. Était-il soulagé ? Il semblait plus calme que lorsqu’il avait quitté la pièce, mais paraissait toujours nerveux. Riftan fixait les flammes d’un air pensif quand il prit soudain la parole.
« J’ai appris qu’Agnes était passée te voir tout à l’heure… Elle t’a dit quelque chose d’étrange ? »
« Elle n’a p-pas dit grand-chose. Un peu de tout… »
Maxi répondit que leur conversation n’avait rien eu d’important, se demandant si elle pouvait lui dire qu’Agnes lui avait proposé de partir pour la capitale et qu’elle avait refusé. Riftan la dévisagea, perplexe.
« Vraiment ? »
« Hier, la princesse a dit que l’accident était arrivé p-parce qu’une brèche s’était formée dans la barrière et que le camp avait été attaqué après la fuite du monstre… Elle semble s’en vouloir. Elle a dit que j’avais été en danger à cause d’elle… et elle m’a p-présenté ses excuses. »
« … Je vois. »
Un silence inhabituel s’installa. Maxi s’agita et chercha le regard de Riftan. Elle ne savait pas quoi faire face à son mari, qui était manifestement en colère contre elle.
D’ordinaire, lorsque son père était de mauvaise humeur, elle retenait son souffle et évitait autant que possible de croiser son chemin. Elle savait que si elle disait quoi que ce soit, cela ne ferait qu’attiser sa colère.
Pourtant, le silence de son mari la rendait de plus en plus malheureuse. Riftan contemplait la cheminée, le visage fermé, puis lâcha d’une voix contenue :
« Maxi, cela ne doit plus jamais se reproduire. »
À sa voix grave, les épaules de Maxi se voûtèrent. Elle n’avait pas besoin de lui demander ce qu’il entendait par « cela ». Tandis que Riftan remuait le bois dans le feu avec un tisonnier, il tourna lentement la tête vers elle et la fixa intensément.
« Je sais que tu essaies simplement d’assumer tes responsabilités d’épouse, mais ici, ce n’est pas le duché de Croyso. Anatol est infestée de monstres, et j’ignore où se cachent les dangers ou sous quelle forme ils se présenteront. As-tu entendu parler des gens qui sont morts dans le chaos ? »
Elle acquiesça raide. Un étrange flottement passa un instant dans le regard de Riftan, mais il parla sèchement, comme pour le chasser.
« Ça aurait pu être toi. »
Le ventre de Maxi se noua et les cheveux de sa nuque se dressèrent. Si Yulysion ne l’avait pas aussitôt poussée hors de la trajectoire du monstre, elle aurait pu être grièvement blessée. Comme elle ne pouvait nier la justesse de ses paroles, Riftan reprit d’un ton légèrement plus dur :
« Tu n’as aucune idée de ce que tu fais. Tu as utilisé ta magie de guérison jusqu’à épuiser toutes tes forces. Si j’avais su que tu irais jusque-là, je me serais opposé à toi quand tu as dit que tu apprenais la magie. »
« C’est p-parce que je manque encore d’expérience. À l’avenir… je ferai attention… »
« Il n’y aura pas de prochaine fois. » Riftan trancha froidement.
Maxi leva vers lui un regard déconcerté. « M-mais… vous m’avez dit que je pouvais f-faire tout ce que je voulais. »
« Tant que ce que tu fais ne te met pas en danger ! »
Comme s’il avait perdu toute patience, Riftan s’avança jusqu’au lit et s’écria avec véhémence :
« Tu es ma femme. C’est mon devoir de te garder en sécurité et de te protéger. Je ne supporte pas de te voir en danger. Je ne peux pas te regarder lutter ou souffrir. Cela ne doit plus jamais arriver. »
« Alors, q-que dois-je faire ? Vous livrez des combats dangereux… Q-que suis-je censée faire quand vous traversez toutes sortes d’é-épreuves… ? »
« Tu n’as rien à faire. »
Riftan la secoua et encadra son visage de ses mains.
« Je te répète que je ne veux rien. T’occuper du Château de Calypse ou veiller au bien-être de cette maison, c’est déjà largement suffisant pour moi. »
Maxi brûlait de protester avec véhémence, mais ne trouvait pas ses mots ; elle ne faisait que trembler pitoyablement. Elle avait agi ainsi parce qu’elle voulait aider Riftan, devenir quelqu’un d’utile à ses yeux ; elle avait donc mis toutes ses forces à s’améliorer. Pourtant, il n’avait pas besoin de son aide, et elle peinait à accepter cette réalité. Comme elle gardait le silence, Riftan lui tourna le visage vers lui et murmura d’un ton suppliant :
« Je t’en prie… Ne me fais pas m’inquiéter. »
Maxi pleurait, dévastée. Que pouvait-elle répondre ? Face à cet homme qui perdait la raison à force de s’inquiéter pour elle, elle ne parvenait pas à s’obstiner et hocha faiblement la tête. Riftan l’attira contre lui et la serra dans ses bras. Elle s’appuya contre son épaule, sa voix s’échappant de sa gorge comme verrouillée.
« Je suis d-désolée de vous avoir inquiété. »
Un souffle chaud et humide glissa le long de son cou. Elle ferma lentement les yeux, sentant la grande main de Riftan lui envelopper la tête. Elle ne savait pas pourquoi, mais ces bras puissants et chaleureux, qui autrefois lui avaient apporté un réconfort immense, lui donnaient à présent l’impression d’étouffer.
Note – LF : C’est parce que Riftan a tellement rétréci le monde de Maxi en voulant la protéger T.T Je sais que Riftan aime Maxi à la folie, si seulement Maxi le savait. Mais elle vit dans un monde étriqué depuis tout ce temps ; elle doit pouvoir décider par elle-même.
Nymeria : Ugh, j’en ai le cœur brisé. Je comprends qu’il soit si inquiet à l’idée qu’elle soit en danger, mais comme le dit LF, elle a maintenant besoin de plus de liberté !