Chapitre 154
Chapitre 154
Traducteur – LN
Relectrice – Nymeria
« Je ne sais pas si je devrais t’étrangler, toi ou les idiots qui t’ont laissée sortir des portes du château », lança Riftan. « Qu’est-ce qui t’a pris d’aller dans une zone infestée de monstres ? Tu as oublié ? Je t’ai ordonné de rester à l’écart du danger. »
« M-mais, j’étais s-seule au c-château. Je d-devais aussi a-aider dehors. »
« Tu aurais évidemment dû rester au château ! » Riftan se frappa la poitrine du poing. « À ton avis, pourquoi est-ce que je travaille du matin au soir ? Pour qui crois-tu que ces remparts et ce château ont été bâtis ?! »
Sa voix monta presque jusqu’au rugissement. Mais lorsqu’il croisa le regard pâle et las de Maxi, il se tut. Ses épaules tressaillirent violemment tandis qu’il s’efforçait de contenir ses émotions.
« Ne songe même pas à quitter cette chambre aujourd’hui », cracha-t-il d’une voix étouffée, comme si on l’étranglait. Il se détourna de Maxi, ramassa une chemise tombée par terre et sortit en refermant la porte derrière lui.
Elle resta les yeux fixés sur la porte close, perplexe. Riftan était souvent impatient et avait la parole crue, mais c’était la première fois qu’elle le voyait aussi bouleversé.
Son état l’avait-il tant effrayé ? Maxi commença à s’inquiéter. C’était la deuxième fois qu’il se fâchait contre elle parce qu’elle s’était évanouie. Bien sûr, il devait en avoir assez d’elle, à présent. Son cœur battait encore à tout rompre après l’éclat de Riftan. Alors qu’elle tentait de reprendre son souffle, on frappa à la porte.
« Madame, je vous ai apporté des vêtements de rechange et votre repas. Puis-je entrer ? »
« O-oui, entrez. »
Après avoir obtenu l’assentiment de Maxi, Ludis entra dans la chambre avec un grand plateau.
« Je vous ai préparé une soupe aux herbes pour vous remettre sur pied. Comment vous sentez-vous, Madame ? »
En voyant que sa servante s’inquiétait pour elle, Maxi essaya de sourire.
« Ça va. H-hier, j’ai utilisé p-plus de mana que je ne le pensais. »
« Votre état semblait grave, hier », dit prudemment la servante en posant le plateau près du lit. « Le seigneur était très inquiet. En partant, il m’a dit de bien prendre soin de vous, Madame. »
Les épaules crispées de Maxi se détendirent et le soulagement l’envahit. Elle se sentait mieux en sachant qu’il ne lui était pas encore tout à fait indifférent.
« O-où est parti Lord Calypse ? H-hier et t-toute la nuit, il s’est à peine r-reposé pour p-prendre soin de moi. Est-il r-reparti du c-château ? »
« Il est allé au terrain d’entraînement, Madame », répondit gentiment Ludis en étalant sur le lit la tenue qu’elle avait apportée. « Je suis prête à vous habiller quand vous le souhaiterez. »
Avec son aide, Maxi enfila une robe propre et douce, puis retourna au lit et mangea une soupe claire. Pendant qu’elle s’affairait, la servante alluma un feu dans la cheminée et prépara du thé. Maxi l’observa du coin de l’œil, puis se risqua à poser quelques questions.
« Savez-vous p-peut-être ce qui est a-arrivé aux a-autres personnes ? »
« Aux autres personnes, Madame ? »
« C’est que le monstre est apparu soudainement là où se trouvaient b-beaucoup de blessés. C’était le chaos », expliqua Maxi.
Sa voix faiblit tandis qu’elle se rappelait les gens projetés dans les airs par un simple battement d’ailes du monstre. Voyant le visage pâle et las de sa maîtresse, Ludis répondit avec mesure.
« Je ne connais pas tous les détails, Madame. Voulez-vous que je me renseigne ? »
« O-oui, je vous en prie », dit-elle en souriant gentiment et en hochant la tête.
« Pendant mon absence, le seigneur m’a chargée de vous dire que vous deviez rester dans votre chambre et vous reposer. »
Maxi hocha de nouveau la tête. Même sans les ordres de Riftan, elle ne savait pas si elle aurait eu la force de quitter la chambre. Ludis posa la bouilloire sur l’étagère, loin du feu, puis prit congé. Maxi écarta son bol de soupe et s’allongea pour se reposer et reprendre des forces. Un peu plus tard, la servante frappa à la porte.
« Madame, la princesse a demandé à vous voir. »
« Oh, attendez ! » s’exclama Maxi, surprise.
Elle se leva précipitamment, mais le vertige la força à se rasseoir. Elle était trop peu vêtue, avec pour seul habit une fine robe de lin. Elle ne pouvait accueillir Son Altesse Royale dans une tenue aussi simple, et pourtant, elle ne pouvait pas non plus refuser de recevoir Agnes. Maxi se releva et alla se placer devant un miroir. Elle brossa ses cheveux ébouriffés, gonflés comme un nuage, puis appliqua une serviette humide pour faire dégonfler ses paupières.
Ses efforts ne changèrent pas grand-chose à son apparence, mais ses cheveux s’étaient au moins un peu aplatis. Maxi retourna au lit.
« E-entrez, je vous en prie. »
La porte s’ouvrit et Agnes entra avec Ludis. Maxi contempla la tenue de la princesse, découragée.
La princesse, d’excellente humeur, portait une élégante robe bleue qui soulignait les courbes de son corps. Ses longs cheveux blonds étaient tressés et ondulaient joliment à chacun de ses pas. Elle était aux antipodes de la tenue ample et du pantalon qu’elle portait d’habitude.
« Maximilian, comment vous sentez-vous ? » demanda Agnes.
« Ça va, merci. V-veuillez me pardonner ma t-tenue. Il est i-impoli de vous accueillir dans cet état. »
« Les convenances n’ont aucune importance pour l’instant. Je suis désolée de ne pas avoir demandé à vous voir plus tôt et d’être venue sur un coup de tête. J’ai vu votre servante interroger les gardes sur ce qui s’était passé hier et j’ai décidé de venir vous expliquer la situation moi-même. » Elle s’assit sur la chaise que Ludis lui avait proposée et adressa un demi-sourire à Maxi. « Je tenais aussi à m’excuser. »
« Vous e-excuser ? »
« Hier, les soldats et moi avions prévu de rabattre les vouivres dans la vallée et de les éliminer une par une. Si j’avais correctement dressé la barrière, aucune vouivre n’aurait pu échapper aux chevaliers qui essayaient de les encercler. Mais ma barrière avait une brèche… » Agnes soupira. Elle s’agita et repoussa une mèche de son front. « Mon erreur a semé le chaos et t’a même blessée, Maximilian. Je suis vraiment désolée. »
Maxi fut surprise que la princesse reconnaisse son erreur. Agnes était la personne de plus haut rang au Château de Calypse ; elle n’avait pas à s’excuser auprès de qui que ce soit, ni même à leur prêter main-forte la veille. Maxi leva vivement la main pour la détromper.
« N-non. Je vous en p-prie, ne vous excusez pas auprès de moi, V-Votre Altesse. M-même si vous n’étiez pas obligée de nous a-aider, vous vous êtes battue en p-première ligne pour Anatol. Si vous ne nous aviez pas du tout aidés hier… »
« Je ne l’ai pas fait gratuitement », dit Agnes en riant de son sourire facile, devenu sa marque de fabrique. « Hier, nous avons capturé vingt-trois vouivres, et récupéré vingt-trois pierres précieuses, ainsi que des os et des peaux de monstres. On m’a même largement payée pour le peu d’aide que j’ai apporté. »
Maxi la regarda avec scepticisme. Elle ignorait la valeur exacte de toutes les ressources qu’Agnes avait énumérées, mais savait qu’elles valaient cher.
« Cependant, à cause de mon erreur, je parlerai à Riftan pour partager le butin. Ma conscience ne me laisserait pas faire autrement », ajouta tristement la princesse.
« B-beaucoup de gens ont été blessés ? » demanda Maxi. « Comment les gens s’en sont-ils sortis hier ? »
Maxi se souciait peu du sort des monstres ou du butin de guerre ; elle voulait seulement savoir ce qu’il était advenu des personnes qu’elle avait soignées.
Agnes remarqua son air inquiet et sembla choisir ses mots avec soin avant de répondre lentement.
« Six personnes ont été grièvement blessées, mais elles ont reçu rapidement des soins grâce à la magie de guérison et sont maintenant hors de danger. Les autres n’ont eu que des blessures légères. Cependant… deux civils se sont retrouvés coincés sous une vouivre pendant que nous combattions le monstre. Quand le combat a pris fin, l’un d’eux avait déjà cessé de respirer. »
Malgré le calme avec lequel la princesse lui annonça la nouvelle, Maxi blêmit de stupeur. Un frisson lui glaça le dos en apprenant que quelqu’un qu’elle avait vu la veille, quelqu’un qui s’était trouvé au même endroit qu’elle au même moment, était mort. Sa magie de guérison avait-elle sauvé quelqu’un ? Maxi baissa les yeux et murmura doucement :
« Ce que j’ai fait là-bas n’a servi à rien. »
« Bien sûr que si ! »
Agnes referma la main sur ses doigts et la dévisagea d’un regard franc et scrutateur. Maxi fut surprise par la chaleur de sa main contre ses doigts glacés.
« Certaines des personnes qui ont survécu à l’attaque des vouivres ne le doivent qu’à toi, Maximilian. Tu les as guéries grâce à ta magie. Tu as été très courageuse. »
« N-non. Ce n’est p-pas la peine d’en faire toute une histoire », dit Maxi en se dénigrant. Elle gardait les yeux baissés. « Je n’ai p-pas été la seule à d-décider d’aider. Et j’avais le devoir de le faire, en tant qu’épouse de Lord Calypse. Même si Riftan n’a pas a-apprécié que je sois là-bas. »
« Il ne s’agissait pas seulement de désapprobation. Quand il t’a vue par terre, il a failli perdre la raison. Mon Dieu, dire que Mahgo, celui-là même qui n’a pas cillé devant un vrai dragon, a réagi comme ça ! »
Les paroles de la princesse irritèrent Maxi. Ce que Riftan lui avait dit sur la façon dont Agnes avait le don d’exaspérer les gens semblait vrai. Elle marmonna, avec un soupçon de rancune :
« Riftan s’est inquiété pour moi p-parce qu’il est g-gentil. Il sait que mon c-corps est fragile. Je suis s-souvent en mauvaise santé. »
Pour une raison quelconque, Agnes se prit le ventre et éclata de rire à sa répartie.
« Ah, bien sûr. C’est un homme gentil. » Des larmes lui montèrent aux yeux et elle eut le souffle coupé.
Maxi ne comprenait pas. Elle ne trouvait pas la situation drôle et se mit en colère, persuadée qu’Agnes se moquait d’elle. La princesse remarqua son changement d’humeur et se reprit.
« Ce que je veux dire, Maximilian, c’est que tu as fait du très bon travail là-bas. Ne t’inquiète pas de la réaction de Riftan. Quand il se sera calmé et aura retrouvé ses esprits, il sera fier d’avoir une épouse aussi courageuse et capable. »
En se rappelant l’attitude de Riftan, Maxi ne trouvait pas les paroles d’Agnes très convaincantes, mais elle ne la contredit pas à voix haute.
« Je vois. M-merci de me l’avoir dit. »
« Je le pense vraiment. Dis-moi, n’as-tu pas commencé à apprendre la magie de guérison pour te préparer à une attaque de ce genre ? Peu de femmes nobles iraient jusque-là. »
Les joues de Maxi s’empourprèrent de honte. Elle n’avait pas appris la magie pour une raison aussi noble que celle qu’imaginait Agnes. Elle avait seulement été assez pragmatique pour penser que, lorsque Riftan se lasserait d’elle, il la garderait peut-être auprès de lui si elle maîtrisait la magie, au lieu de la rejeter. Elle évita le regard de la princesse et répondit, mal à l’aise :
« J’ai commencé à apprendre la m-magie l’hiver dernier, mais je ne suis toujours p-pas très douée. »
« Guérir sept patients dans un état critique en une journée, alors que tu débutes, c’est un exploit remarquable ! » dit Agnes avec désinvolture. « Maximilian, tu es peut-être un prodige de la magie de guérison. »
Note du traducteur – LN : Quand Agnes appelle souvent Maxi « Maximilian », elle le fait à la place de « Lady Calypse », ce qui laisse entendre qu’elle souhaite se rapprocher de Maxi. Youpi, les meilleures amies !
Nymeria – Je suis toujours à fond avec Agnes ici B)