Chapitre 150
Chapitre 150
Traducteur : LN
Relectrice : Nymeria
Maxi recula avec surprise lorsque le visage d’Agnes apparut devant elle, puis regretta aussitôt son geste : son mouvement pouvait passer pour une terrible impolitesse envers la princesse.
« J-je n’ai jamais assisté à une c-compétition de combat. »
« Êtes-vous déjà allée au palais ? Mon frère s’y rend presque chaque année. La capitale ne vous plaît-elle pas, Maximilian ? » demanda Agnes.
Maxi se mit à transpirer. Elle n’aimait pas ce sujet.
« V-voyager… Je n’aime p-pas beaucoup ça. »
« Malgré tout, venez donc nous rendre visite avec le seigneur Calypse. Cette fois, je vous ferai découvrir Drachium. »
« Merci pour votre proposition, mais ma femme n’est pas assez robuste pour voyager aussi loin », répondit Riftan, coupant court à la réponse de Maxi. Il la conduisit vers la sortie. Elle se retourna, déconcertée. Agnes haussa les épaules, comme si elle était habituée à l’impolitesse de Riftan, puis lui adressa un étrange sourire.
« N-ne faites pas ça. V-vous ne devez pas vous montrer aussi i-impoli envers la princesse. En tant que s-seigneur, vous d-devez donner l’exemple, dit Maxi avec inquiétude.
« Même si elle est de sang royal, nous n’avons pas besoin d’en faire autant. Elle se joue de nous et aime me taper sur les nerfs. Je me chargerai d’escorter Agnes, alors ne la revois plus, cracha Riftan. Comme je te l’ai dit hier, cette femme sait manipuler les gens pour qu’ils fassent ce qu’elle veut. Tu n’as aucune raison de te mêler à elle. »
« M-mais, Riftan… Vous êtes déjà très o-occupé par la construction de la route. »
À ces mots, Riftan soupira, comme s’il répugnait à reconnaître quelque chose.
« En fait, Agnes va nous aider pour cette affaire. »
« N-nous aider ? »
« Pour construire une route reliant Anatol au port, il faut éliminer les monstres qui rôdent à la frontière sud. Avec l’aide d’une mage de haut rang comme Agnes, nous aurons moins de peine. Tu n’as plus besoin de lui faire visiter Anatol. »
Maxi resta un moment plongée dans ses pensées.
« La princesse est t-toujours notre i-invitée. Lui demander une telle chose… Et si la f-famille royale le prenait m-mal ? »
« L’un des gens de l’entourage d’Agnes m’a dit la même chose », répondit Riftan en claquant la langue, agacé. « Mais ce n’est pas moi qui ai eu cette idée : c’est la princesse qui a proposé son aide. Ne t’inquiète pas, je n’ai enfreint aucune règle. »
En définitive, il entraînait Agnes et les autres invités dans des expéditions périlleuses. Riftan vit l’inquiétude dans les yeux de Maxi, lui sourit et lui caressa la tête de sa main gantée de métal.
« Ne t’inquiète pas autant. Je n’ai pas été si grossier avec elle ; c’est ainsi que nous nous parlons d’habitude. Quant aux expéditions, les talents d’Agnes ne sont pas indispensables pour les raids les plus dangereux. Je ne suis pas assez fou pour mettre en péril une invitée royale venue uniquement comme ambassadrice. »
Maxi garda le silence, ne sachant que répondre. Cette situation ne lui plaisait pas, mais elle ne trouvait pas d’autre solution.
« Ne t’inquiète pas », reprit Riftan. « Repose-toi dans ta chambre. Tu as assez longtemps veillé sur les invités. »
« J-je peux aussi a-aider dehors, non ? »
« Tu en es capable ? » Il plissa les yeux, comme s’il désapprouvait.
Intimidée, Maxi balbutia : « Je p-peux lancer des s-sorts de guérison et m’occuper d’autres t-tâches. »
« Merci de t’en soucier », répondit Riftan d’un ton ferme. « Mais il y a beaucoup de mages à Anatol et je paierai leurs services. Tu n’as pas à t’en mêler. »
Maxi se tut. Il était évident qu’il ne voulait la voir jouer que deux rôles : celui de dame du Château de Calypse et celui de son épouse.
Riftan avait dit qu’elle était sa seule famille au monde, mais il ne la considérait pas comme son égale, comme une partenaire qui pourrait l’aider à résoudre ses problèmes. Dissimulant sa déception, Maxi le devança d’un pas pour lui cacher son visage.
***
Depuis ce jour au terrain d’entraînement, Maxi ne revit plus Agnes. La princesse passait presque toutes ses journées avec Riftan. Ils partaient souvent dès l’aube pour se rendre à la frontière sud et, lorsqu’ils restaient dans l’enceinte du château, ils discutaient longuement sur le terrain ou inspectaient les environs.
Bien sûr, ils ne se retrouvaient jamais vraiment seuls : quelques chevaliers du Dragon rouge et les gardes du corps d’Agnes les accompagnaient toujours. Maxi n’avait donc aucune raison de s’inquiéter ou de se tourmenter. Pourtant, son cœur n’était pas en paix. La seule vue de la chevelure blonde et éclatante de la princesse, debout aux côtés de Riftan, lui vrillait le cœur. Maxi soupira tristement en regardant par la fenêtre. Le printemps s’éveillait dans les jardins.
Agnes était tout le contraire de Maxi. Contrairement à elle, elle était sûre d’elle, forte, belle et expérimentée. À force de passer autant de temps ensemble, Riftan finirait sûrement par comprendre à quel point il avait mal choisi son épouse, toujours mélancolique et si peu gracieuse. Ses pensées s’assombrirent. Maxi s’était comparée à sa sœur Rosetta presque toute sa vie ; et si Riftan se mettait, lui aussi, à la comparer aux autres femmes ? Elle se mordit la lèvre. Son complexe d’infériorité était gravé jusqu’au plus profond de ses os.
« Qu’est-ce que tu as à faire cette tête ? » demanda Ruth.
Maxi leva les yeux de son livre de philosophie et aperçut Ruth, debout à l’entrée de la bibliothèque, qui mangeait tranquillement une pomme.
« O-où étais-tu ? Je m’inquiétais p-parce que tu n’étais p-pas venu à la bibliothèque ! »
« J’ai travaillé à la tour pendant un moment et préparé quelques remèdes, par-ci par-là. »
Ruth rejoignit d’un pas décidé sa place préférée.
« Tu t-travaillais plus souvent à la bibliothèque, avant. »
« J’ai fui, de peur de tomber sur une adversaire détestable. »
« De q-qui parles-tu ? »
« Agnes. J’aimerais l’éviter, si possible. »
Cette remarque inattendue fit écarquiller les yeux de Maxi. La plupart des chevaliers du Dragon rouge et des autres hommes de Riftan avaient une bonne opinion d’Agnes. Elle avait supposé que Ruth pensait comme eux.
« Vous avez de m-mauvais rapports tous les deux ? »
« C’est elle qui m’en veut, pas l’inverse. Agnes est une mage de Nornui ; elle me considère donc comme un traître qui a enfreint les règles de la Tour des Mages. Il croisa les bras derrière la tête et s’adossa à son siège. Pour être honnête, je préfère simplement éviter d’attirer son attention. J’ai passé une période lamentable là-bas. Vu la façon dont elle me traite, elle et les autres mages me traitent sans doute plus mal encore que l’Église ne traite les païens. »
« Je n’en s-savais rien. L’autre jour, quand j’ai appris que la p-princesse venait, je n’imaginais p-pas que cela t’affecterait. »
« Pourquoi raconter une vieille histoire de rancune quand on peut l’éviter ? » déclara Ruth avec emphase en ouvrant un livre posé près de lui.
Maxi le regarda d’un air étrange et se sentit proche de lui. Elle était soulagée de savoir qu’au moins une autre personne n’appréciait pas Agnes. Elle avait honte de voir combien la princesse la troublait, mais elle ne parvenait pas à se débarrasser de son agitation.
« Je ne crois p-pas qu’elle soit m-mauvaise », marmonna Maxi.
« La princesse n’est pas une mauvaise personne », acquiesça Ruth. « Objectivement, ses connaissances et ses talents sont remarquables, et elle s’entend bien avec les chevaliers du Dragon rouge. Ce que j’éprouve à son égard est une autre affaire. »
Maxi hésita, puis avoua avec franchise : « Je… Je ne suis p-pas à l’aise avec la p-princesse. »
« J’aurais été surpris que ce soit le cas, répondit Ruth en tournant une page. Il serait plutôt étrange de se réjouir à l’idée de voir la femme qui a failli épouser ton mari. »
Ses paroles réconfortèrent Maxi. Ruth avait raison : ses sentiments étaient parfaitement légitimes ! Jusque-là, elle avait souvent comparé sa jalousie envers Agnes à celle d’une sorcière acariâtre nourrissant de la rancune, comme dans les contes de fées.
« Malgré tout, la p-princesse aide Anatol. Je d-devrais essayer de la voir d’un meilleur œil. »
« Elle ne nous aide pas par amitié, répondit Ruth en refermant son livre, un léger sourire aux lèvres. Quand j’ai appris qu’elle allait s’en mêler, j’ai compris que c’était parce que nous aider finirait par fournir davantage de matériaux à la capitale. La princesse Agnes a tout intérêt à soutenir une telle entreprise. Je suis sûr que Sa Majesté l’a également poussée à convaincre le seigneur Calypse de se rendre à la Haute Cour. Le roi Reuben veut le garder à ses côtés. »
Les épaules de Maxi se raidirent. « Le roi v-veut que Riftan aille à Drachium ? »
« Tu ne savais pas pourquoi elle était venue ? » demanda Ruth. En voyant le visage de Maxi, il s’empressa d’ajouter : « Mais cela n’arrivera pas. Le seigneur Calypse n’ira nulle part, évidemment. Il n’aime pas la vie dans la capitale, et le palais ne lui plaît pas davantage. »
« P-pourquoi ? »
« C’est évident : depuis qu’il a été adoubé, le seigneur Calypse méprise les nobles qu’il voit entrer et sortir du palais. Même quand ils se montrent respectueux envers lui, cela ne lui fait pas plaisir. Il déteste les faux-semblants. » Ruth haussa les épaules, comme s’il s’agissait d’une vérité universelle. « Et puis, le seigneur Calypse aime Anatol. Pourquoi voudrait-il vivre à Drachium alors qu’ici, il peut agir en roi et tout diriger ? »
« En r-roi, dis-tu ? »
« Pour les jeunes gens d’Anatol, la réputation du seigneur Calypse dépasse de loin celle du roi Reuben. Il a relevé Anatol, tel un homme qui aurait rendu vie à des roseaux moribonds. Les habitants adorent sincèrement leur seigneur, parce que lord Riftan les a soutenus. »
Submergée par l’émotion, Maxi regarda par la fenêtre. Le paysage était si pittoresque qu’on aurait dit qu’un peintre accompli l’avait hardiment tracé au pinceau. Riftan tenait-il vraiment à cette terre ? Elle était soulagée qu’il en soit ainsi, et pourtant elle se sentait aussi seule. Elle enviait l’attachement si profond qui le liait à cette terre.
« Quoi qu’il en soit, Agnes ne restera pas ici éternellement, dit Ruth d’un ton enjoué. Elle ne tardera pas à comprendre qu’il est impossible de convaincre le seigneur Calypse de retourner dans la capitale, et elle repartira. Je n’aurai plus à l’éviter très longtemps ; d’ici là, il me suffit de supporter ce désagrément. »
Son entrain déconcertant arracha un pâle sourire à Maxi. Comme Ruth l’avait dit, elle n’avait qu’à attendre que la princesse renonce et s’en aille. Une fois Agnes partie, son angoisse à l’idée de perdre son mari disparaîtrait sûrement.
Note – LN : J’avais oublié à quel point Ruth m’avait manqué !
Nymeria : Oui, enfin Ruth ! Il est tellement rafraîchissant ; j’adore voir Maxi si à l’aise avec lui ! Et Riftan ne la traite pas comme son égale, comme une véritable partenaire… pff, ils ont encore beaucoup de chemin à parcourir :c
Annonce – Le point de vue de Riftan est désormais traduit sur LNH !