Chapitre 149
Chapitre 149
Traducteur – LN
Relectrice – Nymeria
Riftan baissa les yeux vers le visage de Maxi.
« Je ne crois pas que tu aies envie de coucher avec lui, lança-t-il sèchement, comme s’il cherchait à sonder sa réaction.
« N-non ! Bien sûr que non ! » répondit Maxi.
Ses paroles l’avaient blessée, comme s’il l’avait insultée. Elle s’empressa de répondre avec ardeur, au cas où Riftan se ferait encore du souci à propos de Ruth.
« E-enfin, je te le p-promets. Même en y p-pensant, je n’y ai jamais songé ! R-Ruth non plus. Lui et m-moi, nous ne trahirions j-jamais Riftan. »
« Je sais », murmura-t-il d’une voix apaisée. Il lui suçota doucement les lèvres. « Ce n’était qu’un exemple. Je n’ai rien contre la princesse. C’est une compagne de confiance, mais je n’ai jamais eu envie de l’embrasser ainsi. »
Maxi aimait sentir le menton de Riftan frotter contre sa peau, sa barbe naissante légèrement rêche.
« Ce que je ressens pour Agnes n’a rien à voir avec ce que je ressens pour toi. »
« Q-Qu’est-ce que tu veux d-dire, exactement ? »
Elle contempla le visage viril de Riftan, les yeux troublés. Ils ne partageaient qu’un lit ; elle n’était qu’une petite partie de sa vie. Il vit son expression et lui plaqua le visage contre sa poitrine.
« Tu es ma seule famille », soupira-t-il au-dessus de sa tête.
À ces mots, le cœur de Maxi se mit à battre à tout rompre. Elle retint un instant son souffle, méditant sur ce qu’il venait de dire. Une famille. Elle n’avait jamais envisagé les choses ainsi. Pourtant, c’était bien ce qu’ils étaient : il était son mari et elle était sa femme. Elle sentit soudain sa gorge se nouer.
Riftan fit glisser sa main sur son ventre et se mit à le caresser pour alléger l’atmosphère.
« Et si nous avons un enfant un jour, notre famille comptera trois personnes. »
« Oh, un e-enfant. Tu a-aimerais en avoir un ? »
« Ce serait bien d’avoir un enfant. J’aimerais le voir ramper sur le sol, avec des cheveux roux et des yeux gris. »
« J-je crois que des cheveux n-noirs lui iraient b-bien », murmura Maxi, la voix étranglée. Rien que d’imaginer un bel enfant qui ressemblerait à son mari la rendait heureuse.
Vivre avec Riftan et avoir un enfant de lui… Depuis son arrivée à Anatol, Maxi avait été accaparée par toutes sortes d’aventures et de tâches ; elle n’avait donc même pas envisagé une grossesse. Mais à présent qu’elle y songeait, il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’ils aient enfin un enfant. Son regard se perdit dans le vague tandis qu’elle se laissait aller à rêver. Qu’éprouverait-elle en serrant contre sa poitrine un bébé tout doux, blanc comme le lait, et en caressant ses épais cheveux noirs ? En regardant ses lèvres roses se pincer ? Pouvait-elle seulement imaginer la joie qu’elle ressentirait lorsque l’enfant l’appellerait « mère » ? Le cœur de Maxi s’accéléra tandis qu’elle se réjouissait à l’idée de cet avenir.
Pourtant, une pensée amère lui traversa l’esprit. Cela faisait presque six mois qu’elle était arrivée à Anatol ; était-il normal qu’elle n’ait toujours pas d’enfant ? D’après la nourrice qui l’avait élevée, les femmes cessaient d’avoir leurs règles lorsqu’elles tombaient enceintes. Dans ce cas, elle aurait dû ne pas les avoir depuis le mois dernier, n’est-ce pas ? Riftan avait beau s’être absenté du château à plusieurs reprises, ils avaient si souvent partagé le même lit…
Maxi s’inquiéta en repensant à sa mère, qui avait tant souffert de ne pas pouvoir donner naissance à un fils.
« Dors, maintenant », lui dit Riftan. Il tendit le bras pour éteindre la lampe et remonta la couverture jusqu’au menton de Maxi. Elle se blottit contre lui, dans la chaleur de ses bras, et tenta d’oublier ses sombres présages.
Le moment n’est simplement pas encore venu, pensa-t-elle.
Certains couples n’avaient des enfants que trois ou quatre ans après leur mariage. Le moment venu, une bonne nouvelle leur parviendrait, à eux aussi.
***
Le lendemain, Maxi se réveilla seule, alors que le soleil était déjà levé. Elle jeta un regard à la place vide où Riftan avait dormi. Déçue, elle se redressa et soupira. Quel homme incroyablement matinal.
Elle sortit du lit et commença sa toilette. Ce jour-là, elle allait reprendre les tâches qu’elle avait négligées en faisant visiter Anatol à Agnes. Il lui fallait inspecter les jardins et s’assurer que les invités étaient bien installés.
La journée ne faisait que commencer, mais Maxi se sentait plus légère et plus sereine que la veille. Elle sourit en repensant aux bras puissants de Riftan, qui l’avaient tenue au chaud toute la nuit. Savoir que ses sentiments pour elle ne s’étaient pas refroidis l’avait apaisée.
« Bonjour, madame », dirent les servantes en s’inclinant avec un sourire enjoué, lorsqu’elles ouvrirent la porte et la virent. « Avez-vous bien dormi ? »
« J’ai b-bien dormi. Merci. Les i-invités ont-ils eu des p-problèmes ? »
« Tout le monde a dormi confortablement, madame. À part la princesse, tous les invités se reposent encore dans leurs chambres », répondit Ludis.
« C-Comment va la p-princesse ? »
« Elle est dehors, sur le terrain, avec lord Calypse, depuis tôt ce matin. »
« T-Tous les deux ? »
Voyant l’inquiétude de Maxi, Ludis s’empressa d’ajouter :
« Les chevaliers sont avec eux aussi. Un autre serviteur m’a dit qu’ils comptaient assister à l’entraînement des gardes. »
« J-Je vois. »
Gênée que Ludis ait remarqué son trouble, elle détourna rapidement le visage. Même si Riftan lui avait dit de sa propre bouche la veille au soir qu’il n’éprouvait rien pour la princesse, Maxi s’inquiéta aussitôt en apprenant qu’ils étaient ensemble. Avait-elle toujours été aussi jalouse ?
Elle dévala les escaliers en se frottant le visage brûlant. Son anxiété ne la quitta pas, même lorsqu’elle chercha Rodrigo, le majordome en chef, dans le jardin. Riftan n’avait pas de rendez-vous secret avec une autre femme ; alors pourquoi était-elle si inquiète ? Maxi erra longtemps dans le jardin, incapable de tenir en place, avant de céder et de se diriger vers le terrain d’entraînement. Même si la présence de tous ces gens la mettrait mal à l’aise, elle se sentirait plus tranquille qu’à cet instant.
Perdue dans ses pensées, Maxi franchit en hâte les portes du terrain d’entraînement lorsqu’un cri retentit. Elle s’arrêta à l’entrée et regarda en contrebas.
Comme lors des entraînements spéciaux, les chevaliers et les recrues étaient plus nombreux que d’habitude et se pressaient autour des gradins. D’un côté se tenaient Agnes et son escorte, de l’autre, les chevaliers en formation.
Sous les regards de tous, deux chevaliers pénétrèrent dans l’arène. Maxi ouvrit de grands yeux. Ils portaient tous deux un casque, mais la démarche assurée de l’un d’eux suffisait à reconnaître Riftan. Allait-il se battre contre l’un des hommes d’Agnes ? Pourquoi ?
Elle les regarda, perplexe, tandis qu’ils dégainaient leurs épées. L’armure de son adversaire prouvait qu’il s’agissait d’un chevalier, et non d’une recrue. Une dispute avait-elle éclaté avec les invités ?
Maxi cligna des yeux. Riftan se rua sur son adversaire, tel un boulet lancé dans les airs, avec une vitesse stupéfiante, difficile à croire sous une armure complète. Elle poussa un cri et recula lorsque les deux hommes s’entrechoquèrent dans un fracas métallique qui évoquait le tonnerre.
Riftan se défendit sans peine et désarma son adversaire, qui prit aussitôt une nouvelle position d’attaque. Leurs épées s’entrechoquèrent avec violence, à la vitesse des ailes d’un colibri ; le crissement du métal résonna dans l’air.
Elle était incapable de bouger. Elle resta là, pétrifiée, à regarder la violence de l’affrontement. Les pieds des combattants s’enfonçaient dans le sol et soulevaient la poussière, qui formait autour d’eux un voile de brume. Le combat était si intense que Maxi ne put continuer à regarder sans avoir le vertige. Elle détourna les yeux.
Sir Karon, qui se tenait à proximité, s’approcha d’elle.
« Madame, tout va bien ? »
« S-Sir Karon. » Instinctivement, Maxi s’agrippa au bord de sa cape. « Q-Que font-ils ? P-Pourquoi Riftan se b-bat-il ? »
« Restez calme, madame. Ce n’est pas un duel, juste un petit affrontement amical. »
« A-Amical ? » Maxi le regarda, incrédule. Le grondement du tonnerre résonnait encore derrière elle. « C-Comment ça peut être amical ? Et si quelqu’un se b-blessait ? »
« Je ne connais pas le chevalier qui l’a défié, mais le seigneur ne le pousse pas dans ses retranchements. Ce genre d’entraînement est courant parmi nous, les chevaliers. Ne vous inquiétez pas. »
Karon tenta de la rassurer, mais chaque fois qu’un homme gémissait, son cœur se mettait à battre plus fort. Autour d’elle, les chevaliers observaient le combat, les bras croisés et l’air détendu.
« Si vous ne vous sentez pas bien, je peux vous raccompagner », proposa-t-il en voyant son visage pâle et inquiet.
Machinalement, Maxi posa la main sur le bras de Karon pour s’appuyer. À cet instant, un CLANG retentit et tout le monde se tut. Elle se retourna, se demandant si son mari avait été blessé.
Riftan se tenait immobile, tel une statue de pierre. D’un geste ferme, il avait appuyé son épée contre le cou de son adversaire. Celui-ci n’avait pas bougé ; il finit par lever la main pour reconnaître sa défaite.
Maxi expira de soulagement. La tension retomba dans son corps : aucun des deux combattants ne semblait blessé. Ses épaules s’affaissèrent tandis qu’elle se détendait, quand elle sentit soudain un regard acéré posé sur elle.
Maxi vit Riftan, qui venait d’ôter son casque, la fixer d’un air féroce. Il marcha droit vers elle, rengaina son épée à sa ceinture et l’éloigna vivement de Karon.
« Que faites-vous ? » demanda-t-il à Karon.
« Madame semblait bouleversée par ce combat d’entraînement », répondit-il, gêné, en reculant d’un pas. « Je ne faisais que la soutenir. »
Riftan le fusilla du regard, puis se tourna vers Maxi.
« Ne viens pas ici. Cet endroit n’est pas fait pour toi. »
Il lui saisit le bras et la guida vers l’entrée. Maxi eut un mouvement de recul, gênée, lorsque le gantelet de métal de Riftan se resserra autour de son bras. Comme s’il l’avait brûlée, il la relâcha aussitôt. Elle se frotta l’avant-bras à l’endroit où il l’avait agrippée et le regarda, déconcertée. Pourquoi était-il si contrarié ?
« J-Je vais bien. C’était la p-première fois que je voyais un combat. J’ai juste été s-surprise. »
« Tu n’as jamais assisté à une joute ou à une compétition d’escrime ? » intervint soudain Agnes.
Note – Nymeria : Riftan au début du chapitre = bisous, parfait. Riftan à la fin du chapitre = DU CALME ! Je comprends qu’il soit jaloux et très protecteur envers elle, mais j’aimerais qu’il réalise qu’elle est une femme adulte, enfin libre de ses mouvements >:c