Chapitre 148
Chapitre 148
Traducteur : LN
Relectrice : Nymeria
Maxi n’était pas la seule. Ludis et le serviteur dans la voiture firent la grimace, comme s’ils étaient malades, tandis qu’Agnes éclata de rire.
« Ce n’est qu’une rumeur. Si on vous prend, vous serez simplement excommunié de l’Église. De toute façon, il faut être fou pour tenter une chose pareille. »
« Les vagues existent dès lors qu’on les a provoquées. » Seville, le serviteur, intervint. « C’est de la folie, ne serait-ce que d’envisager de manger de la chair de monstre. » Il se couvrit la bouche de sa manche, comme s’il allait vomir.
« Quoi qu’il en soit, il est généralement assez facile de fabriquer des outils magiques à Dristan, l’État voisin. » déclara Agnes. « Le problème, c’est de se procurer les matériaux. Pour en acheter, il faut obtenir l’autorisation du gouvernement. Il existe bien un marché noir, mais les prix y sont astronomiques. Les sorciers de la capitale descendent souvent dans les provinces du Sud pour acheter des matériaux moins chers, car le protestantisme y est plus répandu. »
« A-alors, c’est p-pour ça que les s-sorciers v-viennent souvent à Anatol ? » demanda Maxi.
« D’après ce que nous avons vu aujourd’hui, il semblerait bien que oui. Il y avait pas mal de sorciers en ville, qui troquaient avec les marchands. La moindre influence de l’Église ici explique peut-être en partie pourquoi ils viennent à Anatol. »
Comme Agnes l’avait dit, l’afflux de sorciers à Anatol serait une véritable bénédiction pour la province. Il y avait si peu de sorciers qui y vivaient à l’année qu’il aurait fallu trois fois plus de guérisseurs qu’à présent pour soigner convenablement les blessés après les attaques de monstres.
« Même si les sorciers affluent à Anatol, le trafic s’interrompra en hiver. » observa Agnes, songeuse. « Il faudrait vraiment qu’ils s’installent ici pour que cela change les choses durablement. Maximilian, êtes-vous protestante ? »
« D-dans le duché de Croyso, n-notre grand prêtre était catholique. Il pr-prêchait strictement les T-Testaments. » Maxi s’empressa d’ajouter, de peur qu’Agnes ne se méprenne. « M-mais c’était un homme pragmatique et il ne s’opposait pas ouvertement à la magie. La m-magie est utile, c-comme l’escrime. Dieu nous a d-donné des ressources magiques. »
« Merci de parler ainsi. » La princesse lui sourit avec douceur.
Maxi ne précisa pas qu’elle apprenait elle aussi la magie. Elle aurait été trop embarrassée de parler à Agnes, déjà archimage, de ses timides tentatives pour maîtriser le mana. Elle toussota et sentit le sang lui monter aux joues lorsque la princesse frappa soudain à la porte de la voiture pour attirer l’attention du cocher.
« Où allons-nous, maintenant ? » demanda Agnes.
« Au château. » grogna Seville. « N’avons-nous pas déjà passé assez de temps au marché ? Je suis épuisé. Avant le coucher du soleil, je veux me débarrasser de toute cette poussière et me reposer. » Il étira les jambes.
À l’exception d’Agnes et des chevaliers, tout le monde était épuisé. La voiture quitta donc la ville en direction de la campagne, puis regagna le château en faisant un détour. Le soleil se couchait déjà, embrasant le ciel d’un rouge éclatant.
Quand la voiture s’arrêta enfin, Maxi en descendit et aperçut des nuages violets dans un ciel couleur ambre. À force de se tenir sur la pointe des pieds auprès d’Agnes, elle avait les épaules et la nuque raides. Elle fronça les sourcils et se dirigea vers le grand hall, mais quelqu’un lui passa un bras autour de la taille et la plaqua contre son torse. Surprise, elle se retourna et vit Riftan qui l’enlaçait par-derrière.
« Tu as dû trouver la journée longue, à être traînée partout. »
« Oh là là, qu’est-ce que vous racontez ? » s’exclama Agnes. « On dirait que vous prétendez m’avoir vue traîner Maxi partout de force. »
La princesse descendit de la voiture. Uslin l’aidait par courtoisie et grogna en entendant la remarque de Riftan, mais se couvrit la bouche pour le dissimuler. Riftan ne lui prêta aucune attention et déplaça son bras pour enlacer Maxi par les épaules. Il lui embrassa doucement la tête.
Maxi rougit. Riftan se montrait souvent affectueux en public, mais recevoir ainsi ses marques de tendresse la gênait toujours. En même temps, son cœur bondit de joie et une sensation de chatouillement lui parcourut la nuque. Quand Riftan lui caressa la nuque du pouce, elle en eut la chair de poule.
« Capitaine, la patrouille est-elle terminée ? » demanda Hebaron. « Je comptais me joindre à vous plus tard dans la nuit pour aider à inspecter les environs. Des problèmes jusqu’ici ? » Il continua de sortir de la voiture les achats d’Agnes.
Riftan soupira et retira son bras autour de Maxi.
« Nous avons écourté la patrouille. Nous devons discuter de quelque chose. Réunissez tous les chevaliers dans la salle de réunion. »
« Cap’taine, tout de suite ? »
« Oui. » répondit Riftan.
Hebaron pinça les lèvres, agacé par sa brusquerie. Maxi se mordit elle aussi la lèvre, un peu déçue de ne pas pouvoir passer la soirée avec lui. Sans se soucier des autres, Riftan la repoussa doucement en direction du grand hall.
« Retourne dans ta chambre et repose-toi. Tu as eu une journée bien remplie. »
Elle hésita, puis fit signe à Ludis de la suivre. Agnes allait-elle se retirer, elle aussi ? À cet instant, la princesse s’adressa franchement à Riftan.
« Laissez-moi assister à la réunion. Je vous aiderai si je le peux, compte tenu de l’histoire de notre alliance. »
« Merci. » Riftan hocha la tête.
Maxi resta immobile et regarda Hebaron, Uslin, Riftan et Agnes traverser le terrain en direction des quartiers des chevaliers.
***
Le groupe était parti dans la salle de réunion. Sans raison, le cœur de Maxi se serra et son estomac se noua. Elle monta rapidement l’escalier, cherchant à chasser son malaise. Elle resta dans sa chambre, dîna seule et passa la soirée à regarder les chatons jouer sur le sol. Riftan et les chevaliers ne sortirent de leur réunion que très tard ; le sujet de leurs discussions demeurait un mystère. Les servantes racontèrent à Maxi qu’elles leur avaient apporté à manger dans la salle de réunion.
Elle était fatiguée, mais fit de son mieux pour ne pas s’endormir. Elle alluma une bougie sur son bureau et se mit à lire un livre aux caractères anciens. Bien plus tard, la porte s’ouvrit dans un petit claquement et Riftan entra sans bruit.
« A-avez-vous terminé ? » demanda Maxi.
Riftan, qui retirait son armure dans l’obscurité, s’arrêta et tourna la tête vers elle.
« Je pensais que tu dormirais déjà. »
Il ôta sa chemise et la jeta au sol avant de s’approcher d’elle.
« Tu as dû être fatiguée après cette sortie. Pourquoi es-tu encore réveillée ? »
« N-non, je ne suis p-pas si fatiguée. »
Riftan fronça les sourcils, lui toucha la joue et écarta doucement de ses yeux sombres une mèche de cheveux avec son pouce calleux.
« Tu as décoré le jardin et accueilli les invités. Inutile de te surmener. »
« Ça va. R-Riftan, vous travaillez bien p-plus que moi. »
La caresse de Riftan lui faisait du bien. Instinctivement, elle inclina la tête et frotta ses lèvres contre sa paume. Il tressaillit et gémit, puis couvrit sa bouche de la sienne. Les lèvres de Riftan étaient un peu froides, et sa langue avait un léger goût de vin.
« C’est difficile de me retenir. » marmonna sombrement Riftan, qui s’efforçait manifestement de se maîtriser.
Il prit son visage entre ses mains et caressa les mèches qui s’enroulaient autour de l’oreille de Maxi. La lueur des bougies donnait à son visage une teinte dorée, lui conférant l’apparence d’un démon.
« Mais je ne veux pas te forcer si tu n’en as pas envie. »
« Ça ne me dérange p-pas. » Maxi enroula lentement les doigts autour du bras de Riftan. Il lui avait tant manqué.
Riftan en resta muet. Dès qu’il vit son assentiment, il poussa un grondement bestial et se mit à l’embrasser presque violemment.
Maxi lui caressa les cheveux et lui rendit ses baisers, le corps brûlant. Riftan la déshabilla à la hâte et lui saisit les seins. Sans attendre, elle posa à son tour les mains sur son torse ferme. Il ressemblait à un chien de chasse sans laisse, incapable de contenir son ardeur. Il les conduisit bientôt jusqu’au lit, où il glissa les mains entre ses jambes et couvrit avidement de baisers la peau sous ses genoux, comme s’il voulait la dévorer tout entière.
Quand il perdit la raison, il la pénétra. Un instant plus tard, Maxi se sentit fondre sous le plaisir intense. Il poursuivit ses mouvements jusqu’à ce qu’elle jouisse, et les inquiétudes qui lui serraient le cœur se consumèrent. Pourtant, malgré ce plaisir charnel, une petite part d’elle-même demeurait vide.
Maxi posa la tête contre le bras de Riftan et contempla le baldaquin au-dessus du lit. Elle ne comprenait pas pourquoi elle ne se sentait pas comblée après avoir partagé ce moment avec lui. Que pouvait-elle faire pour chasser cette angoisse, alors qu’il la traitait si bien ? Elle n’avait jamais ressenti cela avant de le rencontrer.
« Ta journée a été difficile ? » demanda Riftan, inquiet.
Il avait senti Maxi se raidir et se mit à lui caresser la peau, encore froide de sueur. Elle secoua la tête et enfouit son visage dans son épaule. Riftan fronça les sourcils, comme s’il ne la croyait pas, puis prit dans une main ses seins roses et gonflés, les caressa doucement et posa les lèvres sur son épaule.
« Agnes a encore commencé ses manigances inutiles ? » demanda-t-il.
« I-inutiles ? Q-qu’est-ce que vous voulez dire ? »
Riftan releva la tête et fronça légèrement les sourcils. « Viens, allonge-toi sur moi. »
« M-mais, ce que vous avez dit… Je ne c-comprends pas. »
« La princesse est calculatrice. C’est un génie pour sonder les gens en quelques mots bien choisis. Elle sait leur donner l’impression qu’on leur arrache les tripes, puis les manipuler à sa guise. J’ai peur qu’elle ne t’ait maltraitée. »
Maxi fut choquée par ses paroles. Comment pouvait-il parler aussi tranquillement de la princesse dans son dos ? Elle serra les jambes autour des mollets durs comme le fer de Riftan et recroquevilla les orteils.
« Vous avez l’air de b-bien vous entendre. » dit obstinément Maxi.
« … Quoi ? » Riftan la regarda, incrédule, puis éclata de rire devant cette absurdité. « Tu as vu comment je traite Agnes ? Pourquoi diable crois-tu que nous irions bien ensemble ? »
« R-Riftan, vous la traitez comme Uslin, Hebaron et les a-autres chevaliers. C’est p-pourquoi vous avez l’air de bien vous entendre. »
Il releva la tête pour examiner l’expression de Maxi. Gênée de laisser paraître sa jalousie, elle baissa les yeux ; Riftan lui adressa plutôt un sourire narquois.
« À bien y réfléchir, notre relation n’est pas si mauvaise. Elle est agaçante, mais très compétente et pas arrogante comme la plupart des membres de la famille royale. Mais c’est tout. Nous ne sommes que des compagnons d’armes, et je n’ai jamais envisagé de me rapprocher d’Agnes de cette façon. Elle doit ressentir la même chose. »
« R-Riftan, comment p-pouvez-vous en être sûr ? »
« Pendant l’expédition contre le dragon, nous avons passé presque un an ensemble, mais aucun de nous n’a eu envie de franchir cette limite. »
Maxi se retint de lui demander ce qu’il entendait par « franchir cette limite », de peur que la vérité ne lui fasse encore plus mal. Elle détestait qu’ils aient passé une année ensemble. Même si elle savait qu’elle pouvait faire confiance à Riftan, son estomac se noua de nouveau.
Comme s’il avait remarqué qu’elle était toujours mal à l’aise, Riftan rougit et lâcha :
« Toi aussi, tu t’entends bien avec Ruth. »
Maxi releva la tête, stupéfaite. Pourquoi Ruth venait-il soudainement de s’immiscer dans la conversation ?
Note — Nymeria : Comme Riftan est mignon, à être jaloux de Ruth ! Ils vont enfin pouvoir discuter un peu et je sens déjà que ça va être adorable, ça ne saurait tarder !